15 juin 2019. Aujourd’hui, je prépare des vêtements chauds et imperméables pour mon dernier cours de moto sur route. On nous annonce un cocktail météo pas joli-joli, avec des rafales de vents à 60km/h et des averses. J’ai décidé de rester zen et confiante. J’ose imaginer que notre professeur ne nous mettra pas en danger!

Il y a beaucoup de bébés-motards à la base de départ aujourd’hui. Un groupe partira avec François, un autre moniteur, pour leur première sortie sur route. Prise au milieu de ce méli-mélo, j’obtempère aux ordres de François qui nous somme de faire une inspection de nos motos. C’est une bonne idée, mais on ne nous a pas trop appris quoi faire exactement. Je commence par les lumières, tout est OK, puis j’inspecte les câbles en pressant sur les poignées pour dégager une fenêtre de visibilité. Tout semble en ordre. François me demande de vérifier le niveau d’huile. Le niveau d’huile sur ma Honda, je vois un peu où regarder, mais avec la Buell… Je n’aperçois pas de jolie fenêtre avec une petite ligne de niveau. Et pour cause! Il faut dévisser le bouchon du petit réservoir juste derrière celui d’essence et tirer la jauge. Misère, il n’y a plus une goutte d’huile dans cette moto. Par chance que François m’a fait vérifier! Celui-ci s’empresse d’en rajouter une bonne rasade. Pensant être prête à partir, je démarre l’engin, mais la pédale du sélecteur de vitesse est complètement déglinguée. « Houston, we have a problem! » Les moniteurs sortent les outils et finissent par régler le problème. Toutes ces lignes écrites sur ma sortie et on n’est même pas encore partis!

Les machines s’ébrouent enfin en direction du garage pour faire le plein. Cette fois-ci, pas de wheeling pour moi. Ensuite, on tourne encore à gauche sur la 158, une route à 4 voies pour aller prendre l’autoroute 50, direction Lachute. Au premier stop, je cale une première fois en voulant décoller. Excédée, je rallume le moteur et cale une deuxième fois. Première leçon, il ne sert à rien de s’énerver dans de telles situations. Il faut plutôt se concentrer pour bien faire les choses. Désolée les gars, je vous promets de travailler ce dossier avec attention.

L’entrée sur l’autoroute 50 sera plutôt facile, en bout de piste. Puis, c’est la grande première à 100km/h. Wow, c’est plutôt cool. On se sent drôlement vivant et concentré au max. Je scrute la route en quête d’obstacles de tous acabits : trous dans la chaussée, autres usagers à moteur, à plumes ou à pelage, etc. En deuxième position, je dois constamment ajuster ma vitesse à celle de Pierre, ce qui implique parfois de lâcher un peu les gaz pour ne pas le dépasser. Et je dois surveiller attentivement la moindre de ses envies de changer de voie ou de prendre une sortie. Mais c’est quand même assez confortable d’être aussi bien escortée. Je suis protégée derrière par un petit mur de motos amies. Il faut que j’en profite, car bientôt, je vais être mon seul rempart contre l’adversité.

Après plusieurs kilomètres à goûter toutes ces sensations, Pierre décide de prendre la sortie Arthur-Sauvé. Cela nous mènera dans une portion de la route 158 qui est limitée à 90km/h. Nous devons tourner à gauche à un stop pour entrer sur la route. Mais en cette journée moche et grise, il semble que les humains sensés ont décidé de rester au chaud sous la couette. Seuls des bébés-motards sont de sortie. Par contre, le vent ne s’est pas encore levé tel que prévu et la pluie se fait anecdotique, alors pour l’instant, tout va bien. Donc, l’entrée sur la route se fait sans problème et on peut reprendre notre périple à une vitesse légèrement inférieure que sur la 50, mais avec plus de possibilités d’obstacles.

Le Tim Hortons de Lachute est vraiment à l’entrée de la ville, juste avant toutes les lumières et les stops. Comme il est contigu à une station-service, c’est le rendez-vous des groupes de motards en balade. Mais ce matin, aucun deux-roues sur le stationnement, pour les raisons susmentionnées! Tu parles. Je m’achète une bouteille d’eau. Il fait chaud avec mon lourd manteau noir affublé de sa doublure imperméable intérieure. Je dois me réhydrater pour toute la sueur évacuée. On finit par reprendre le guidon pour aller expérimenter la 329, une route pleine de courbes et de dénivelés, limitée à 90km/h. Au départ, je constate avec un peu de déception que la plupart des virages se prennent sans trop pencher. J’attends avec impatience mes premières sensations en la matière. Puis enfin, survient une courbe prononcée où je suis invitée à défier les lois de la gravité. Quelle sensation grisante. Yahou! Encore! On avale les kilomètres sans trop s’en rendre compte, jusqu’au bout de la première portion de la 329, à Morin Heights. On s’arrête quelques instants dans le stationnement d’une station-service, pour permettre à ceux qui le désirent d’aller au petit coin. Ça n’intéresse personne. On veut rouler. On repart ensuite par des petits chemins pourris qui viraillent dans des zones résidentielles, puis on aboutit au prochain arrêt, vous l’aurez deviné : un autre Tim Hortons, mais celui de Sainte-Adèle, cette fois. Pierre a les mains gelées et il désire vivement les réchauffer sur un gobelet de café fumant. Les gars ne semblent pas trop avoir envie de rentrer, mais ils finissent par s’y résigner. La pause sera un peu plus longue. Martin en profite pour acheter une boîte de beignets qu’il partage avec tout le monde. C’est chic de sa part. Pour moi, ce sera un thé Earl Grey, le comble du réconfort selon les Anglais. Mais qui a besoin d’être réconforté? Certainement pas moi. Je ne voudrais pas être nulle part ailleurs, même si le soleil n’a pas daigné nous faire l’honneur de sa présence.

Notre retour se fera par l’autoroute 15 depuis Sainte-Adèle. Les sensations sont très différentes de notre périple sur la 50, car il y a davantage de courbes et de pentes. Et puis quelques gouttes de pluie s’abattent maintenant sur nous en nous pinçant la peau, même à travers nos couches de vêtement. Sur ma Buell, j’ai l’impression de rouler à mobylette, tellement la vitesse la rend légère. Soudain, je ressens la fragilité de ma situation, mais ça ne m’empêche pas de maintenir fermement ma vitesse avec mon guidon.

Nous roulons jusqu’à la sortie de la Salette à St-Jérôme. Je connais cette sortie comme le fond de ma poche car c’est celle que je prends toujours quand je reviens de chez mes parents en Abitibi. Je sais que la voie de décélération est très courte et coupée en deux par un virage en coude plutôt serré. Je sais qu’il faut ralentir rapidement et mon instinct me dicte de descendre de deux vitesses avant de prendre la courbe. Ma première sortie d’autoroute avec un certain niveau de difficulté se passe comme sur des roulettes.

Plus loin, en ville, on aperçoit au loin un groupe de bébés-motards et je leur fais de grands signes enthousiastes auxquels ils répondent avec autant de plaisir. On se dirige tranquillement vers notre port d’attache quand soudain, Martin éprouve quelques difficultés avec sa moto. C’est sa chaine qui a débarqué. Bon sang! Et si c’était arrivé sur l’autoroute! Comment peut-on laisser des étudiants rouler avec des motos si mal entretenues. En voilà un qui aurait dû faire l’inspection mécanique de son engin avant de partir. Heureusement pour moi, je ne me suis pas laissée tentée par cette Honda CB500F semblable à la mienne! J’ai préféré rester avec la petite Buell blanche, malgré tout ce que j’ai pu en dire. Je me suis habituée à la bête. Vraiment, si j’étais à la place de Martin, je crois que je poursuivrais l’école en justice. Mon collègue réussit à remettre la chaîne en place, mais ça se voit à l’œil qu’elle est deux fois trop distendue. On est à quelques coins de rue de notre destination. Martin dit qu’il peut vivre avec la possibilité que l’incident se reproduise. Je ne comprends pas qu’on le laisse prendre de tels risques. Comme de défaite, la chaîne sautera une autre fois, mais sur le dernier bout de rue. Je tairai ce que je pense de tout cela…

Finalement, je m’étais énervée pour rien avec la météo. Il n’a pas plu tant que cela et le vent était bien correct. Je quitte Pierre, mon moniteur, avec un petit pincement au cœur. J’ai tellement aimé mon expérience de rouler avec ce groupe. On se serre la main deux fois plutôt qu’une. Je crois que j’irai le saluer un de ces quatre, avant son départ avec un autre groupe de bébés-motards, juste pour lui donner des nouvelles. Dès que j’aurai obtenu mon permis de rouler sur les routes toute seule. L’examen est dans cinq jours. Mon collègue Saber, un Tunisien qui a émigré ici il y a dix-sept ans, va passer le sien dans le même créneau horaire que moi. On va pouvoir se soutenir. Il ne me reste donc plus qu’une dernière nuit blanche à vivre, si tout se passe bien…

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8 juin 2019. Une date à retenir dans ma vie de motocycliste, car c’est aujourd’hui que ça se passe. Ma première sortie sur la route. J’arrive sur les lieux du départ avec un nœud dans l’estomac. Jusqu’ici, rien de surprenant. Les montures sont alignées côte à côte sur le terrain de stationnement. Je m’approche et constate avec appréhension que ce sont, soit de grosses motos qui ont toutes l’air (dans ma tête) de peser 1000 kilos, ou bien, en bout de ligne, il y a une petite Buell qui semble perdue dans le lot. J’espérais que l’unique Honda CB500F de l’école réservée aux sorties sur la route serait de service, mais parait-il que le frein avant est défectueux. Je m’assois sur la Buell et j’ai l’impression d’avoir les genoux dans le front. Mais je ne peux concevoir encore conduire un de ces mastodontes. Alors ce sera la Buell.

Dès le démarrage, elle me laisse savoir qu’elle est un peu capricieuse et qu’elle aurait préféré rester au lit ce matin-là. Elle s’ébroue et vibre dans un boucan d’enfer. Mais je suis en terrain connu. Par contre, elle n’a pas dit son dernier mot et me réserve quelques surprises!

Je serai en 2e position dans le groupe, sans doute parce que je suis la seule fille et que j’ai l’air un peu nerveuse, mais ça me va très bien. C’est un départ. Alors que je nous voyais partis pour la gloire, je constate avec un peu de dépit que le prof nous amène à deux pas de là, sur le site de l’examen de la SAAQ. Il est vrai que ces pratiques seront les seules occasions pour les autres étudiants de l’essayer, alors OK. Allons-y pour quelques tours de pistes dans l’arène. Je constate avec joie que la Buell est toujours aussi agréable dans le slalom. J’ai l’impression de danser avec elle. Mais ouf, qu’il fait chaud. J’aurais dû mettre mon manteau d’été. Je meurs déjà de soif alors qu’on vient de partir. Dans le tour du circuit en 2e vitesse, je roule beaucoup trop vite, mais on ne doit pas freiner, alors je penche un peu plus. Quelques petites frayeurs car la courbe est serrée, mais c’est OK. Enfin, on finit par sortir de là. Petite pratique de stationnement à 45° sur le bord de la route. Notre prof Pierre explique très bien les choses. On se sent entre bonnes mains. Et puis enfin, on va faire un p’tit tour en ville, tester les slaloms entre les trous, tester l’embrayage avec les nombreux stops, pratiquer la conduite en formation zig zag. À un stop, j’oublie de me remettre en 1ère vitesse et je cale. Sauf que la moto refuse de redémarrer. Martin, un des étudiants, me conseille de me tasser sur le côté de la route afin qu’on voit ce qu’on peut faire et aussi pour laisser passer la voiture qui vient de se pointer. Après avoir essayé de toutes les façons, Martin décide de me pousser comme on fait pour les voitures et la Buell consent enfin à démarrer. Et c’est reparti. Mais quel vieux tacot m’a-t-on refilé!! Ha! Ha! Ha! On s’arrête un peu plus loin à un garage pour s’acheter de l’eau et discuter de comment ça s’est passé jusqu’ici. Et aussi beaucoup pour rigoler ensemble dans une atmosphère de franche camaraderie. Puis c’est le retour au bercail. Je suis aux anges. J’ai le sourire fendu d’une oreille à l’autre. À demain tout l’monde.

 

9 juin 2019. Aujourd’hui, c’est du solide. Quatre heures de balade. On va en avoir pour notre argent. Je suis un peu fatiguée par ma nuit trop courte à penser à ma balade d’hier. Aujourd’hui, ça promet d’être un peu plus sportif. Il va y avoir de la vitesse et des courbes.

Le trajet débute par un arrêt au garage pour faire le plein d’essence. Pour s’y rendre, il faut s’insérer dans une route à double voies limitée à 70 km/h en effectuant un virage à gauche. Heureusement, il est tôt et le trafic n’est pas trop dense. Quand vient mon tour de m’insérer, un peu fébrile j’accélère un peu trop fort et la roue avant a le goût de se soulever un peu, ce qui sera un des sujets de taquinerie des prochaines minutes de la part de mes collègues. Ils pensent que j’ai eu peur. Mais pas du tout! Seul mon orgueil a été touché, mais bien peu, car juste à y repenser, j’ai un gros sourire dans la face. Je vivrai un peu plus tard quelque chose de bien plus dangereux… sans avoir eu peur non plus…

Après le garage, on se rend encore au circuit de l’examen de la SAAQ mais juste pour le faire une seule fois d’une traite, suivi d’une pratique de stationnement à 45° comme la veille et on repart. On va prendre la 158, une route dont je connais chaque trou. D’ailleurs, si mon collègue en quatrième position m’avait suivie, il n’aurait pas roulé dans un gros nid de poule mal réparé que j’ai habilement évité en faisant un grand détour. La route commence à 50km/h, puis passe à 70, puis à 90! Je suis prête! Oh que oui! Ha, quel bonheur de sentir le vent, surtout avec cette chaleur. Mais les sensations sont encore plus grandes, car ma moto n’a pas de pare-brise. J’ai l’impression que le vent me soulève. Je dois presque m’accrocher au guidon. Ça demande du travail juste de replacer ses bras et ses mains dans une bonne position pour accélérer et maintenir la vitesse. Mais quel bonheur! Et quel plaisir de répondre aux signes de reconnaissance des motards croisés en chemin. On se sent dans le coup! Part of the family.

Après avoir vécu ces quelques petites sensations, on fait déjà un arrêt au Tim Horton de Ste-Sophie. On est dans ma ville! J’aurais juste le goût d’appeler François pour qu’il vienne prendre un café avec nous! Mais il est sans doute encore au lit. Je dois vivre ce moment qui n’appartient qu’à moi. Et c’est bien. J’ai mes collègues avec qui partager. Chaque arrêt est une vraie joie. On fait des blagues, on se taquine.

Nous revoilà sur la route. La 158 comporte quelques lumières de circulation distribuées dans des zones où on roule parfois à 90 km/h. On franchit la première de ces lumières, puis à la suivante, le feu passe au jaune. Merde, je vais un peu vite. J’essaye de tout gérer, rétrogradage et décélération. Je me retrouve près de la lumière à devoir freiner plutôt fort avec les deux freins et la roue arrière dérape. Je relâche ce qu’il faut du frein arrière pour garder la moto droite. Après un quasi wheeling (ouellé) au départ, voilà un dérapage contrôlé! Je suis la cascadeuse du groupe. Je regarde mes collègues avec un grand sourire pour leur signifier que tout va bien. Je pense que le prof n’a rien vu… On va lui raconter au prochain arrêt ce qui est arrivé.

Plus loin, on quitte la 158 pour s’engager dans des petits chemins pleins de courbes. De grands arbres bordent la route créant un peu d’ombre. Je me sens bien. Je me régale. On ne fait pas de folies avec les courbes. On les prend à des vitesses raisonnables. Fabuleuse sensation que de jouer avec tout cela, de s’adapter aux conditions de la route. Il y a toujours quelque chose d’inattendu, parfois une route en réparation où l’asphalte a été retiré, parfois un vélo à contourner, parfois une voiture qui s’insère sur la route devant nous alors qu’elle n’avait pas le temps, nous obligeant à ralentir. On arrive à un croisement achalandé limité à peut-être 80 km/h, avec en prime un arrêt en pente. Nous devons tourner à gauche. Le prof passe dans un créneau serré et nous attend plus loin. Les voitures arrivent de la gauche et de la droite, roulant rapidement. Bon, enfin à gauche il n’y a plus de véhicules momentanément, je regarde à droite et laisse passer quelques voitures, puis s’ouvre un créneau pour m’insérer dans le trafic devant une moto qui arrive au loin. Je me dis, c’est maintenant. Et puis c’est un motocycliste. Je compte un peu sur sa solidarité, voyant notre groupe de bébés-motards. Je fonce et me rends compte que les trois autres me talonnent, car j’ai à peine le temps de rejoindre le prof en mettant mon clignotant pour me tasser sur le bord de la route qu’ils nous ont rejoint. Ouf! Pas facile tout de même, cette manœuvre. Ça aurait été la même chose en voiture. Pas différent du tout. On continue notre périple jusqu’au prochain Tim Horton, qui semble être l’arrêt obligé des motocyclistes. Rendu là, on en profite encore pour rigoler un coup en se racontant ma dernière péripétie : mon dossard jaune d’élève s’est retrouvé à flotter au vent. Il ne tenait plus que par une manche. J’essayais de faire signe au prof de s’arrêter, mais il devait être dans sa bulle. Les autres en arrière se faisaient du souci, imaginant le pire : le dossard qui se prend dans la courroie… Ben voyons, la courroie est de l’autre côté de la moto les gars! Mais un de mes anges gardiens décide de prendre les grands moyens et de faire fi de la consigne en s’approchant du prof en klaxonnant intensément. Celui-ci comprend alors qu’on demande un arrêt et il vient m’aider avec mon problème de dossard qui est en piteux état. Décidément, cette journée est riche en émotions pour moi!

Le retour sera plus tranquille, surtout quand nous aurons atteint enfin la route 158 qui va nous ramener droit au bercail. On va rouler un bon moment à 90km/h, chacun perdu dans ses pensées. Je commence à avoir un peu mal aux fesses et aussi aux orteils, avec mes nouveaux souliers de moto avec lesquels ils ne sont pas encore habitués. Et puis quatre heures de voyage, c’est respectable pour une novice! Je suis un peu impatiente quand même de rentrer raconter mes péripéties à François. Et je n’ai pas mentionné toutes les fois où je suis passée de la première au neutre avec cette foutue Buell Blast dont il paraît que c’est le défaut : « The transmission on the motorcycle also feels much more clunky compared to it’s Japanese competitors, although you won’t have any trouble finding neutral with this bike. Buell’s generally are hit or miss when it comes to reliability, and the blast is definitely no exception. Some riders claim they never had any problems with the Blast, while others have spent more time wrenching on the bike than actually riding it. » (référence : https://www.bestbeginnermotorcycles.com/buell-blast-review/)  Mais somme toute, ça ne me donne qu’une envie, c’est de réussir ce foutu examen de la SAAQ afin qu’on aille se faire nos propres balades!

Prochain cours le 15 juin : nouveau défi, les autoroutes!

Ça fait des semaines que je tourne en rond dans un stationnement, à pratiquer toutes sortes de manœuvres utiles, mais répétitives. J’ai vécu des hauts et des bas depuis mon dernier cours en circuit fermé. J’ai même trouvé le tour d’échapper ma belle moto en pratiquant sur le circuit de l’examen de la SAAQ. Virage très serré, suivi d’un arrêt à effectuer pour se placer au début de l’allée où il faut faire l’évitement d’obstacle en contre-braquage. J’ai trop freiné en tournant (faut pas faire ça) et ce qui devait arriver arriva. Rassurez-vous, je suis tombée quasiment à l’arrêt et le seul dommage est la poignée de frein qui a un peu tordu, mais qui est encore fonctionnelle. Il en coûtera 25$ pour en poser une neuve. On peut dire que j’ai été chanceuse et ma moto aussi. Dire que je n’avais jamais échappé celle de la moto-école! Néanmoins, je préfère avoir tombé là que le jour de l’examen. En fait, j’aurais préféré ne jamais tomber du tout, mais le fait que ça soit arrivé me force à considérer les risques quand on exécute mal une manœuvre. Ce n’est pas un p’tit vélo léger. Les conséquences peuvent être vraiment graves. Il faut vivre ce genre d’expérience pour devenir humble et petit face à cette machine puissante qui pèse son poids.

Je commence à bien me familiariser avec le circuit de l’examen, peut-être trop? J’ai pu encore mesurer l’importance du regard, en tout temps. On freine avec assurance quand on regarde au loin. On reste stable, solide, même dans le parcours au ralenti. Cool.

Il faudra que je me souvienne de tout cela quand je vais faire mes premières sorties sur la route en fin de semaine prochaine. D’abord je vais rouler un deux heures samedi matin, puis quatre heures le lendemain. Envoyez-moi votre énergie positive, car je vais en avoir besoin!!! Quand je pense que je n’ai encore jamais passé la quatrième vitesse (et que dire de la cinquième, mon doux que ça doit aller vite!!!). À peine tâté la trois, un tout p’tit peu. Et puis il y aura les clignotants à gérer, et les miroirs, et les autres usagers de la route, qui j’espère seront courtois envers notre groupe de bébés-motards. D’ailleurs, en fin de semaine dernière, François et moi, on a croisé un groupe d’apprentis-motocyclistes. Ça m’a fait tout drôle, car je sais que je serai bientôt à leur place. Je les ai trouvés plutôt bien. Très disciplinés. Comme des canetons qui suivent leur maman! On a même un peu joué les balayeurs un kilomètre ou deux. Ils en ont bien profité lorsqu’ils ont eu un changement de voie à effectuer! Ha! J’ai oublié de dire qu’on était aussi à moto. On se rendait à un shower dans ma famille. C’est pour cela qu’on n’était pas avec vous, amis du Club BMW! Après le joyeux événement, on a poursuivi notre balade en direction d’Oka, puis on a longé la rivière des Outaouais. L’atmosphère était paisible et on se sentait vraiment bien. On a terminé la soirée attablés à la terrasse de la Brasserie Dieu du Ciel à St-Jérôme. Mais pas d’alcool pour mon pilote, ni pour moi, par solidarité. Seulement une petite bouffe sympa.

Je compte les jours avant samedi… plus que cinq… je commence à avoir des papillons dans le ventre. J’ai hâte de ne plus me sentir comme cela à chaque fois que je monte en selle. J’imagine qu’à mesure que je vais avoir apprivoisé la bête, ça ira mieux. Il faut, sinon je vais me taper un ulcère d’estomac! Ayayaye!

 

Bon sang! J’ai le trac comme si j’allais entrer sur scène. Mon estomac est complètement noué. Inutile de me préparer un bon repas, je n’arriverai pas à l’avaler. Alors j’attrape un restant de salade de couscous dans le frigo qui traîne là depuis quelques jours et le termine à même le plat. C’est que ce soir, j’ai mon 3e cours de moto. On va sûrement s’attaquer à de nouvelles manœuvres et ça m’angoisse un peu. Même si je sais que dès que je serai sur la moto, comme d’habitude, le stress va s’en aller et je vais y mettre tout mon cœur et ma concentration.

J’arrive sur le site et constate que le circuit avec les virages en S, le 8 et le rond est installé. Je vais pouvoir tester à nouveau le contrôle de l’embrayage et de la trajectoire. Ouf! Tant mieux! J’ai tellement pensé à ce que j’aurais dû faire la dernière fois que mon cerveau surchauffe. Mais aujourd’hui, on ajoute aussi le freinage d’urgence, le virage serré à gauche et celui à droite, le parcours au ralenti et on va pratiquer le contre-braquage avec le prof qui sera là pour nous indiquer à la dernière seconde de quel côté il devra se faire.

Je m’installe en bout de piste, tel un avion paré au décollage. J’accélère franchement. Après tout, si je dois faire un freinage d’urgence, il doit se dérouler à bonne vitesse. Et puis je freine tout aussi franchement, en utilisant pour la première fois (du moins volontairement) le frein du guidon droit, combiné avec le frein au pied, n’oubliant pas de serrer l’embrayage afin de ne pas caler, les bras tendus, tout en conservant le regard loin devant. Ouf! Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol, comme s’il était monté sur un ressort. Wow! Quelle sensation! Tout cela s’est fait sans y penser, comme une série de réflexes naturels. La moto est restée bien stable, droite, et je me suis arrêtée dans une très courte distance. Je ressens qu’il faudra moduler ces actions en fonction de la vitesse à laquelle je roule, si je ne veux pas voler par-dessus ma moto. Disons que je n’ai aucun problème de réflexe et je réagis au quart de tour. À 20 km/hre, mon premier freinage d’urgence se déroule à merveille. Une autre manœuvre démystifiée.

Tout de suite après, il faut faire un arrêt, puis exécuter deux virages à gauche serrés avant de s’arrêter à nouveau devant la porte d’accès pour le prochain défi. Oh là là. Le premier virage, ça va, mais j’oublie ensuite de tourner la tête, alors la moto suit mon regard dans une mauvaise direction et je fais une grande boucle à gauche pour recommencer l’exercice…  Je devrai repasser plusieurs fois par là avant de réaliser que juste en tournant la tête vers l’endroit où je désire aller, la moto suit comme par magie. Révélation! Même quand on y pense à la dernière minute, ça marche! Ça tourne presque sur un dix sous! OK, François dirait que j’exagère un peu, mais c’est l’impression que ça donne.

C’est ainsi que j’arriverai enfin, juste avant la fin du cours, à exécuter le parcours de virages en S sans mettre le pied à terre, en contrôlant l’embrayage et la trajectoire, en dirigeant le regard vers le cône orange suivant à contourner. C’est suffisant pour que je jubile. Ça tombe bien, le prof m’a vue réussir ce dernier parcours! Il a une preuve que je ne suis pas complètement nulle. Toutefois, le 8 et le petit rond intérieur, je ne les maîtrise pas encore, et je soupçonne que c’est encore une question de regard qui n’est pas dirigé là où il faut. Je suis fatigante avec cela, mais je comprends que c’est la base de toute la conduite à moto. Il faut aussi que je me concentre pour ne pas perdre le point de friction dans les ralentis. J’ai tendance, surtout dans les virages à gauche, à trop serrer le levier d’embrayage.

Pour l’exercice du contre-braquage et évitement d’obstacle, le prof l’a fait plus difficile que celui de l’examen. La distance entre la porte où on nous indique où tourner et les deux portes de sorties est très courte. Je rate les deux premiers virages à gauche de peu, mais quand le prof « menace » de monter avec moi sur la moto pour me faire comprendre la manœuvre, je me décide enfin à y aller franco et je réussis le 3e essai. Je réussirai tous les suivants.

Je me sens plus à l’aise avec les manœuvres à droite en général. Paraît que pour plusieurs, c’est l’inverse. Mais après 9-10 heures d’expérience, je ne peux pas dire que j’ai vraiment une faiblesse déclarée. Je n’ai juste pas l’habitude encore.

 

Le lendemain, je suis toujours aussi stressée quand vient l’heure de manger avant de partir. Mais je me contrains à le faire, car sinon, je vais manquer d’énergie. Tout ce dernier cours en circuit fermé sera entièrement dédié à la pratique de l’examen de la SAAQ. On commence par aller sur les lieux du crime, voir les traces au sol et essayer de se figurer y exécuter chacune des manœuvres. Le parcours devra se faire de façon fluide, d’un bout à l’autre. On aura tout le cours pour l’apprendre par cœur et le retenir… à jamais! Mais honnêtement, ce n’est pas si compliqué comme trajet. Faut juste savoir quoi faire et dans quelle séquence. Je ne vais pas vous l’expliquer ici, car des tas de vidéos sur Youtube le montrent très bien.

Au début, on ne va essayer que la nouvelle manœuvre du jour, le slalom, avant de faire le parcours d’examen d’un seul coup. On s’exécute chacun à notre tour et on réussit tous assez bien à passer les portes. Plus je l’essaye, plus je suis à l’aise avec l’idée de faire pencher un peu la moto pour que les passages soient plus fluides. C’est assez grisant!

Et puis le prof nous demande enfin de faire tout le parcours d’un coup. À la surprise générale de tous ceux qui m’ont vue galérer depuis le début des cours, je le réussis sans problème. Je suis sur un nuage. Les copains m’applaudissent et lèvent le pouce en l’air avec un grand sourire. Les exercices que le prof nous a fait pratiquer étaient tellement plus difficiles qu’à côté de cela, ça ressemblait à une promenade du dimanche. J’ai eu la sensation tout le long que je contrôlais la trajectoire de la moto, même pour me replacer parfaitement au centre d’une porte au début de chaque exercice. C’est la première fois que je me sens aussi bien aux guidons d’une moto.

Le prof n’en revient pas. Il me dit que je suis une vraie boîte à surprises. Il est heureux pour moi et confiant en mes capacités, car il a maintenant la preuve que je suis capable de bien diriger mon regard, de contrôler ma trajectoire et mon embrayage et de freiner avec assurance et sans hésitation, tout en conservant mon équilibre en tout temps. À la fin du cours, on s’évalue et il me dit: « donne-toi des bonnes notes là! ». Parce que je m’évaluais toujours assez sévèrement. J’ai tellement à apprendre.

La prochaine étape maintenant, c’est la conduite sur route. D’ici là (dans 1 mois), je vais avoir la chance de pouvoir pratiquer avec François, afin de maintenir mes acquis et être de plus en plus à l’aise avec l’embrayage. Je vais aussi apprendre à maîtriser ma moto aussi bien que la petite Buell avec laquelle j’ai pratiqué jusqu’ici, car c’est avec mon bike que je vais passer l’examen de la SAAQ.

Route, me voilà!

Après mes six premières heures de cours, voyant que je n’arrivais pas à bien exécuter les exercices de maîtrise de l’embrayage et de la trajectoire, je fais part à François de la nécessité plus qu’évidente d’avoir l’opportunité de pouvoir pratiquer en dehors des minces heures de cours. D’autant plus que les explications sommaires du moniteur se limitent à répéter qu’il me faut jouer avec l’embrayage, l’accélérateur et le frein. Bon. OK. Mais encore? Mon argument premier pour l’achat immédiat d’une moto : quand tu apprends à jouer d’un instrument, il faut que tu pratiques si tu veux t’améliorer! (Je suis musicienne, je sais de quoi je parle!) Le numéro deux étant qu’il me faudra bien disposer de mon propre engin sous peu. La formation se déroule à une vitesse folle. Bientôt, si tout se passe bien, j’aurai le droit de rouler sur les routes. Mais rassurez-vous, je ne le ferai pas si je ne suis pas certaine de contrôler la bête.

J’épluche les petites annonces dans le groupe de vente de motos auquel je me suis récemment abonnée. Justement, j’ai vu passer récemment une petite Honda CB500F 2014, pas trop chère. Je sais, je sais, j’avais dit que mon cœur battait très fort pour la Kawasaki Versys 650LT, mais de façon plus raisonnable, il me semble qu’une moto pas trop haute, où j’aurai les deux pieds bien au sol à l’arrêt, serait plus appropriée pour l’instant. Et puis elle est fortement recommandée pour les débutants, car elle est très maniable. C’est en plein ce qu’il me faut. Je contacte le gars, on échange nos coordonnées le vendredi 3 mai 2019. Le dimanche 5 mai on va essayer la moto, le lundi 6, on la ramène à la maison. François est totalement conquis par sa légèreté, son agilité et sa souplesse de conduite. Il a du plaisir à prendre les courbes, en ayant l’impression de rouler au ras de la route en faisant corps avec la moto. Lorsqu’il retire son casque, il a un grand sourire aux lèvres et me dit qu’il ne se souvient pas la dernière fois où il a eu autant de plaisir!

Cet achat a fait trois heureux : moi, François (qui compte en profiter tant que je n’aurai pas le droit de sortir sur la route) et notre vendeur Martin, qui une fois son argent en poche s’est précipité chez Motos Illimitées à Terrebonne se procurer une Honda CBR1000RR. C’est dire comme il était prêt pour plus de puissance!

Le lendemain, on se trouve un stationnement tranquille et assez large pour que je puisse l’essayer. Au début, je suis un peu intimidée, car elle est si belle que j’ai peur de faire des manœuvres qui auraient un potentiel de me mettre en danger de l’échapper. Un de mes amis me déconseillait de pratiquer avec ma propre moto pour éviter ce risque. Mais il faut bien se lancer un jour. Je n’ai jamais échappé la moto dans mes cours. Les seuls moments où c’était vraiment dangereux, c’était dans les virages serrés au ralenti. Il ne faut pas hésiter à mettre le pied à terre quand tu es en déséquilibre, c’est tout. Même si l’égo prend un coup à chaque fois. Ma moto est légèrement plus lourde que celle de l’école. Je ne suis pas encore totalement rassurée. Alors pour cette première fois, je ne prends aucun risque. Après avoir testé l’embrayage sous la supervision de François, mon prof privé, je fais des grands tours autour du stationnement. Et puis hop, tout à coup, je teste sa maniabilité en faisant de petits zigzags, juste pour voir. Finalement, je me risque à faire enfin un demi-tour, afin de faire mes grands tours dans l’autre direction. François commence à avoir froid. Ce sera tout pour cette fois-là. De toute façon, demain, j’ai mon 3e cours.

OK, là c’est vrai! La glace est brisée. J’ai fait la connaissance de la bête. Celles de notre cours de moto sont des Buell Blast, un modèle construit entre 2000 et 2009 par une branche de Harley Davidson. Malmenées par des générations d’apprentis motocyclistes, elles semblent avoir le double de leur âge. On sent que personne ne s’attarde à les polir amoureusement. Elles sont rangées sans ménagement dans un gros conteneur rouge et abandonnées là jusqu’à la prochaine sortie par tous les temps.

Justement, pour mon baptême de la moto, la météo ne nous a pas fait de cadeau. Alors que je me dirigeais vers le site du cours, il s’est mis à pleuvoir du grésil. Même la pluie grelottait de froid. Pas question de prendre cela comme excuse pour remettre l’événement à plus tard. Honnêtement, dès que je suis montée sur la moto, j’ignore le temps qu’il a fait jusqu’à la fin du cours. Paraît qu’il a plu averse, car mes vêtements étaient complètement détrempés. J’étais hyper bien vêtue pour affronter le pire. J’avais de nouveaux gants avec lesquels j’aurais presque pu faire du ski-doo tellement ils étaient chauds. Alors mes petits doigts ont tenu bon, pendant que mes confrères étaient obligés de s’arrêter parce qu’ils ne sentaient plus leurs phalanges.

Le problème n’est certes pas venu des vêtements. Je crois que j’ai dû caler une vingtaine de fois en une heure. Je ne donnais pas assez de gaz, je lâchais l’embrayage trop vite, alors qu’il fallait s’exercer à faire quelques mètres, puis à s’arrêter et rebelote. C’est dur d’entendre ton moteur ronronner au milieu de toutes ces Buell qui blastent tout autour! Il est clair que je me cherche une excuse.

La dernière partie du parcours était constituée par un petit slalom plutôt serré à expérimenter en première vitesse. Je m’y suis risquée tout de suite et si j’ai raté une porte la première fois, ce fut la seule, à mon souvenir. Après avoir répété plusieurs fois le parcours, je suis allée retrouvée mes confrères abrités dans le conteneur. Pause-pipi, café, friction des doigts pour ceux qui en avaient besoin et on repart.

Le dernier défi du jour consistait à passer la 2e vitesse. J’appréhendais ce moment, pensant que ça allait partir en malade! Mais non, c’est tout progressif. En fait, si on ne continue pas d’accélérer, on poursuit à la vitesse où on était rendu.

Passage de vitesse, démystifié. Check.

Constatation no 1 : rouler à 20 kilomètres heure, c’est déjà cool, alors plus vite, ce doit être le pied. 2e constatation, tant qu’on roule (et qu’on contrôle la machine), on est en business.

Le lendemain, pour le 2e cours, j’ai appris à la dure que la trajectoire, c’est aussi important que le contrôle de l’embrayage. Ne vous imaginez pas de chutes et de vêtements déchirés. Pas si dur que ça, quand même, sauf pour mon égo. J’ai galéré durant tous les exercices impliquant de faire des ronds, des 8 et des virages en lacet. Pour ces maudits virages, j’entamais mal ma trajectoire dès le début. Je serrais le cône orange que je devais contourner, dès le départ, de sorte que je me retrouvais beaucoup trop loin de l’autre côté pour revenir faire le tour du second cône. Mais personne ne m’a avertie de mon erreur. Alors j’ai persisté comme ça pendant quelques heures. Car je pensais que mon principal problème était ailleurs. Dès que j’arrivais aux cônes placés dans une légère pente, je manquais de jus, car je serrais trop mon embrayage. Il n’était plus sur le point de friction. En fait, je n’ai pas du tout compris comment exécuter l’exercice en maintenant l’embrayage au point de friction et en jouant du frein et de l’accélérateur. Frustration! Heureusement, j’avais les autres exercices pour jeter un baume sur mon orgueil de lionne. Je me débrouille pas mal avec l’équilibre au ralenti, je suis assez à l’aise avec l’évitement d’obstacle et je suis arrivée beaucoup plus facilement que la veille à passer la 2e vitesse sans manquer mon coup en m’arrêtant au neutre. À ma décharge, concernant le passage de cette vitesse, j’ai lu dans un article sur la Buell, que c’est un défaut de la machine. Ha! J’adore le son que ça fait quand on passe les premières vitesses. Ce « clock » caractéristique sonne aussi bien à mon oreille que le « plock » d’une balle de tennis bien frappée.

Le dernier exercice de la journée à maîtriser, consistait à effectuer un virage à droite serré après un arrêt. Ça s’est plutôt bien passé. Encore une question de trajectoire, donc de regard, alors je tournais bien la tête en direction de là où je devais aller, mais cette fois, je mettais le gaz nécessaire pour rouler.

Le prof a pu constater que malgré toutes mes difficultés avec les exercices de « viraillages » au ralenti, je n’avais pas peur de foncer, de réessayer, d’accélérer quand c’était le temps.

Il ne me reste plus qu’à refaire ces exercices en ayant une meilleure compréhension de ce que je dois faire pour les réussir. Et pour cela, j’ai la chance d’avoir un chum qui est prêt à me donner un coup de main. Merci François pour tout!

Journal d’une apprentie motarde

Publié: avril 18, 2019 dans Roman
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Par où commencer

Au début, quand je fais part de mes intentions à François d’apprendre à conduire une moto, il semble dubitatif. Il y a de quoi. Peu de temps avant, je n’avais jamais même pensé un jour monter sur un deux roues motorisées. Je ne jurais que par la force de mes jambes et essayais de convaincre François que le vélo, il n’y a que cela de vrai.

Honnêtement, j’ai embarqué dans son univers pour lui faire plaisir. Pour essayer de comprendre ce qu’il ressent quand il enfourche sa R1200RT. Notre première sortie ne nous a pas menés bien loin. Direction Val David, qui étale ses ambitions de villégiature à 40 minutes de notre maison. J’ai tout de suite compris comment monter en selle en transposant mon poids vers l’avant, afin de ne pas trop déséquilibrer la moto. Et je savais qu’il ne fallait pas lutter contre les mouvements du pilote dans les courbes. Mais j’ignorais encore que dans les freinages, si tu serres bien les jambes, tu ne t’affales pas sur ton partenaire. Alors je m’accrochais à en avoir les jointures blanches, aux poignées de part et d’autre de la selle passager. Ce jour-là, il faisait un 29°C bien senti et bon sang, la selle chauffante était branchée! À St-Adèle, n’en pouvant plus, je tape sur l’épaule de François pour lui faire part de mon impression d’être suffisamment bien cuite pour la dégustation. Il ne savait pas comment la désactiver avec ses commandes et pour cause, seul le passager peut enclencher le tout. Il a fallu qu’on s’arrête pour enfin repérer où se cachait le bouton. Je ne l’ai franchement pas trouvé tellement accessible. Il faut passer la main sous la jambe droite, un peu trop loin devant. C’est déstabilisant. Il me semble que les ingénieurs auraient pu faire mieux! Le mettre juste sous la selle près des fesses par exemple. On ne veut pas être trop gentil avec les « backseats ». Faudrait pas qu’elles s’incrustent! Parce que moto = liberté, hein les gars!

Mais non, François n’est pas comme ça. Il a pris goût à nos ballades à deux. Il y a eu d’autres sorties, à chaque fois un peu plus longues, la plupart du temps planifiées par moi : à Montebello, à St-Donat, à Berthier. Quel plaisir de découvrir le monde, bien calée sur la selle de sa moto. Mais c’est quand même un peu frustrant de manquer la moitié du spectacle dissimulée par son casque. Et puis, j’ai l’impression de n’être qu’un poids mort, de ne pas avoir d’emprise sur rien. De ne pas pouvoir mettre pied à terre quand c’est tellement beau que ça vaudrait bien une photo. Un gars, ça aime rouler sans s’arrêter, jusqu’à la fin des terres.

Puis de ballades de 200-300 kilomètres en un week-end, on est passé d’un coup à 800 kilomètres! On s’est inséré dans un groupe de gens très sympathiques possédant la même marque de moto que nous. J’ai vite compris que les pilotes de BMW, ça aime la vitesse, la performance, les accélérations, les sensations fortes et une multitude de courbes pour danser avec leur partenaire consentante. Je parle de leur moto, bien entendu. Ils aiment aussi avaler du bitume, beaucoup de bitume. Certains veulent imposer leurs règles sur la route, avec leur grosse moto de police. Tassez-vous de là! C’est vachement moins amusant quand tu es passif et j’étais donc pas mal moins d’accord que leur bécane devant cet excès de vitesse couplé avec une succession effrénée de virages aveugles. J’en ai convenu que ces sorties ne sont juste pas faites pour les duos. Mais c’est déchirant d’imaginer abandonner des gens aussi adorables. Alors j’essaie de contenir ma frustration et parfois mes frousses, mais ça, c’est plus difficile. Je ne désespère pas. La prochaine fois que j’irai avec eux, j’aurai expérimenté les techniques de base de la conduite de la moto. Je verrai peut-être tout cela d’un autre œil. Je comprendrai des choses. J’appréhenderai peut-être moins les difficultés de la route.

Fin novembre 2018, je passe l’examen théorique sans trop de difficulté et obtiens mon permis de suivre des cours pratiques. Si piloter une moto n’était qu’une habileté intellectuelle, ça ne me poserait pas trop de problème. Mais je ne dois pas sous-estimer mes habiletés de conduite automobile manuelle, ni mon aisance sur deux roues sans moteur. Mi-décembre, je passe à l’action et m’inscris à l’École de conduite 2000. François y a suivi ses cours pour obtenir son permis de rouler à moto au Canada et il a bien aimé son expérience. Bien entendu, nous n’aurons probablement pas le même instructeur, mais je n’attends pas de cette personne qu’elle me conduise par la main. Je suis prête à faire mon bout de chemin qui sera tout en ressenti. J’ai hâte. Je ne pense qu’à cela.

Février 2019, on se rend au Salon de la moto de Montréal. Je suis impatiente d’enfourcher une bécane toute seule, de la redresser et en sentir le poids. Je suis curieuse de tester les positions de conduite, de voir quelle moto me plaira le plus. J’ai un coup de foudre pour la Kawasaki Versys 650LT. Une routière qui ne dédaigne pas de s’attaquer aux chemins de gravelle! Ha! Voilà! De plus, son prix de base est beaucoup plus abordable que la BMW GS750 ou la 850 qui me font de l’oeil. Quand je monte sur la Honda CB500F, je suis un peu déçue. Il ne semble pas y avoir d’affinités entre nous, moi qui avais déjà, en théorie, élue cette moto comme ma première monture. La Yamaha MT07, quant à elle, ne me déplaît pas, de même que la Ducati Scrambler, mais pour l’usage que nous comptons faire de nos motos, davantage de grands voyages que de courts déplacements en ville, mon cœur revient toujours à la Kawa. J’aime comment les motos Kawasaki sont profilées. On sent qu’une fois les jambes bien calées contre leur réservoir à essence, elles en épousent les contours parfaitement, permettant une bonne maîtrise de l’engin, de jouer avec lui. Mais je ne sais rien encore de leur réaction quand on relâche l’embrayage et qu’on accélère, quand on roule au ralentit, quand on exécute des contrebraquages. Tous ces concepts qui deviendront concrets le 1er mai prochain, date de mon premier cours de moto…