26 juin 2021. Demain, les oracles prévoient de grandes possibilités d’orage. Alors nous ne rejoindrons pas nos amis à la Malbaie. Nous allons sagement rentrer, même si les augures n’ont rien prévu de plus réjouissant pour aujourd’hui.

Mais avant, on profite du petit déjeuner inclus dans notre nuitée au gîte.

Qu’est-ce que c’est que ça? Des gens, vêtus de costumes du XIXe siècle en Nouvelle-France, s’installent à la grande table de la salle à manger. Étrange, mais c’est moi qui me sens déphasée avec mes jeans noirs et ma tunique légère. Ils participeront tout à l’heure à une reconstitution historique dans un manoir à Lobitnière, à quelques kilomètres d’ici. L’homme, déjà dans son personnage, dès qu’il m’aperçoit commence à me débiter son pedigree. Oh, est-ce que j’ai le goût de cela ce matin? J’aimerais trouver le bouton pause, mais il n’y en a pas. Il continue de parler et de parler, à tel point que le propriétaire du gîte doit le couper pour nous expliquer comment se déroulera le repas. J’essaye de faire dévier la conversation, mais il trouve toujours le moyen de repartir dans ses faits historiques, qui ne seraient d’ailleurs pas sans intérêt à petite dose et dans le cadre d’un échange équilibré. Merde, on déjeune là! On devrait deviser légèrement. Surtout, on devrait pouvoir en placer une de temps en temps! Les gens trop passionnés oublient souvent de vérifier si leur auditoire est volontaire ou poli et captif.

J’essaye de me concentrer sur les produits frais qui nous sont proposés : pains artisanaux, croissants et trois différentes confitures maison, rillettes de canard, œufs brouillés au saumon fumé, muesli aux petits fruits, fromages de fermiers du coin. Les saveurs sont délicates et subtiles. Au moins, mon palais se délecte. La balade gourmande continue.

Je suis soulagée de pouvoir enfin m’extirper de la salle à manger afin de finaliser nos préparatifs de voyage. Une fois mes sacs remplis, je vais tout de suite les charger dans mes valises de moto. Oh, il faudra essuyer nos bécanes. Une ondée s’est chargée de leur nettoyage. Heureusement on avait prévu ce qu’il faut pour cela. Le ciel est gris et bas. Où que nous allions, nous n’échapperons pas à l’averse, c’est clair. D’ailleurs la pluie recommence doucement à humecter nos motos. Vite, partons! Tout à coup, c’est François qui ne peut s’arrêter de jaser avec les propriétaires du gîte. Viens François!

Je me sens optimiste et je décide de ne pas enfiler tout de suite ma protection de pluie sur mon manteau, car j’ai peur d’avoir beaucoup trop chaud et la pluie est encore faible. Mais peu de temps après le départ, je me rends compte qu’il serait préférable de mieux se couvrir, car la météo a déjà changé. L’averse nous tombe dessus comme un jet de boyau d’arrosage ajusté à « shower ». Elle nous accompagnera durant toute l’aventure du retour au bercail.

Rouler sous la pluie à moto, ce n’est pas ce qu’il y a de plus folichon, mais quand on est bien habillé, ça va. Voilà le hic. Mes pantalons sont beaucoup moins imperméables que je ne le pensais. Ce qu’on peut se prendre comme éclaboussures quand on croise de gros camions. Les salauds! Et puis après quelques heures, même si tes vêtements sont adaptés à la situation, l’humidité traverse tout. Lorsqu’on s’arrête pour une pause ravitaillement, je tors mes gants et l’eau s’en égoutte comme s’ils sortaient de la laveuse. Heureusement, j’en avais apporté une autre paire. Pas folle, moi!

Pour la dernière partie du trajet, je propose à François de passer devant. Que ce ne soit pas toujours le même qui roule à gauche, plus près des voitures qui vous arrosent sans scrupule. Et puis comme je connais bien la route, il n’y a pas de raisons pour que je ne puisse nous conduire à bon port.

C’est un peu stressant de mener, parce qu’on se sent responsable de l’autre (ou des autres). Je vérifie régulièrement que François apparaît toujours dans mon rétroviseur droit. Bon, ça va! J’aime bien initier les dépassements. Trouver le moment idéal avec toute la visibilité nécessaire pour nous deux. Et surtout, je me sens bien fière de régler le rythme de croisière à mon tour. Je dois me réfréner pour ne pas rouler trop vite. C’est vrai qu’il faut être plus prudents avec la pluie qui tombe drue. Mais pas de là à se traîner derrière une voiture qui roule en pépère. Accroche-toi François, on dépasse! Yahou! Pour le reste, on ne peut pas être plus mouillés de toute façon. En arrivant à la maison, on étalera tous nos vêtements sur le bord de la baignoire.

Il ne faut pas toujours se fier aux bulletins météo quand on voyage à moto. Sinon, on rate de belles balades pour rien, car les prévisions les plus pessimistes ne s’avèrent pas toujours. Nos amis n’ont presque pas rencontré de pluie. On aurait mieux fait d’aller les rejoindre dans la Malbaie. Mais on n’aurait pas vécu cette aventure, mon complice de voyage et de vie et moi. Et juste de me faire dire à quel point il est heureux qu’on ait retrouvé le plaisir de rouler ensemble, et à quel point il est fier de moi, du chemin que j’ai fait, du fait que jamais je ne me sois pas plainte malgré ce temps pourri, ça vaut de l’or.

J’aime rouler à moto, c’est tout! Et le faire avec mon amoureux est un vrai bonheur.

Escapade gourmande : ma moto-thérapie

Publié: juin 28, 2021 dans À moto
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25 juin 2021. Je sors d’un rendez-vous à l’hôpital qui me laisse dans l’incertitude quant à mon état de santé. Et le pire, c’est qu’une simple biopsie d’une des quatre masses trouvées sur ma thyroïde pourrait éclaircir la situation ou au moins donner l’heure juste : cancer ou pas, agressif ou pas. Mais le médecin a décidé que mon dossier serait traité dans plusieurs mois. « Le cancer de la thyroïde, ça se soigne bien. Ne vous inquiétez pas… Je ne peux pas vous faire passer devant mes autres patients! » Juste inhumain.

Je n’ai qu’une envie, c’est de fuir très loin. Nos affaires sont prêtes. On n’a qu’à enfourcher nos motos. On a réservé un gite à Saint-Antoine-De-Tilly. L’idée de départ était de se rapprocher de la Malbaie pour aller rejoindre nos amis du Club moto qui dormiront là-bas demain. On a même un logement de réservé pour samedi. Mais les possibilités d’orage de dimanche nous laissent songeurs. On réévaluera la situation en cours de route.

Il me semble que ça fait une éternité que je n’ai pas roulé. On ne prend plus le temps de rien. Toutes ces petites virées d’avant le souper qu’on se faisait, juste pour le fun, ça n’arrive plus.

Mais aujourd’hui, enfin, on remédie à la situation. On file sur nos montures tâtant ces routes qui n’attendaient que nous. L’air est si bon et surtout si doux. J’ai l’impression qu’il glisse sur ma peau comme de l’eau. Est-ce parce qu’il est tellement chargé en humidité? Les odeurs qui montent des champs de foin coupé sont encore plus intenses que d’habitude. Et mon sourire en est un de reconnaissance, quand je peux l’adresser à François à chaque lumière qui nous freine dans notre élan. François me le rend, fou de joie.

Je ne pense à rien. Je profite. Et c’est bon. La route est magnifique. Pratiquement aucun stop depuis qu’on a quitté la 30 qui nous a mené à la 132. C’est un vrai bonheur de motocycliste. Ce tronçon de la 132, baptisé la route des navigateurs, nous fait longer le fleuve Saint-Laurent. Il y règne un vrai sentiment d’ouverture et de liberté. C’est ce que provoque notre grand fleuve dans nos têtes. Peut-être parce qu’on sait qu’il coule vers l’océan et d’autres continents, vers l’inconnu et la découverte, vers les grands espaces. Et moi j’ai l’impression que j’ai laissé tous mes soucis à la maison. J’ai enfilé, avec mes vêtements de moto, une seconde peau qui me pare contre l’inquiétude. Je ne vis que le moment présent. C’est merveilleux. Ma moto-thérapie.

Saint-Antoine-de-Tilly est vraiment un charmant petit village : jolies maisons dont plusieurs ancestrales, jardins fleuris et bien entretenus. La campagne et ses champs cultivés sont tout près. On voit même des chevaux paître dans le fond d’une cour. Quoi, des chevaux dans le village? Et puis il y a ce fleuve si rassurant qu’on aperçoit de l’autre côté entre les arbres, entre les fleurs, entre les maisons. Toute cette beauté est comme une grande bouffé de bien-être.

Après avoir stationné nos motos près du gite La Maison Normand, on se rend à pied jusqu’à la crêperie Du côté de chez Swann. Le restaurant n’est plus situé dans la petite maison jaune près du gîte, mais à six cents mètres de là, dans un édifice rouge qui ressemble à une grange et qui peut accueillir beaucoup plus de gens. Il est maintenant affilié avec une microbrasserie, ce qui constitue un attrait supplémentaire pour les propriétaires. Comme s’ils en avaient besoin! Les galettes de sarrasin garnies sont tellement délicieuses! Impossible de ne pas terminer le repas avec une crêpe dessert au blé. Et on ne se sent pas plein comme des œufs après tout cela. Les portions sont parfaites comme cette soirée sur la terrasse. François s’est laissé tenter par la palette de dégustation de bières. Il a le choix entre une douzaine de breuvages au houblon. Je ne peux m’empêcher de lui voler une gorgée dans chacun des quatre petits verres de 5 onces sagement alignés sur une planchette de bois. Ma préférence s’oriente vers La Belle Saison, une bière blonde parfumée aux herbes et aux fleurs des îles de la Madeleine, élaborée par la microbrasserie À l’abri de la tempête. J’adore les noms qu’on donne aux bières et aux fromages québécois. C’est plein de poésie et d’originalité. Et que dire des emballages et des bouteilles. Mais surtout, il y a le goût. On a vraiment de bons produits au Québec. On a de quoi être fiers. Il y a de grands désirs d’innovation, d’amélioration.

Après avoir si bien bu et mangé, nous décidons d’aller sur le bord de l’eau. Près de l’église, un chemin fortement escarpé nous y conduit. Ouais, il va falloir remonter ensuite. On ira doucement, à petits pas. Ça devrait aller. Dommage que le soleil soit en train de disparaître. Ç’aurait été agréable de marcher tranquillement sur le bord de l’eau. Les moustiques à l’affût nous en dissuadent. Au moins, on sait que la possibilité existe. La prochaine fois…

On retourne au gîte heureux de notre escapade à moto. Je dormirai bien cette nuit. Juste à repenser à cette belle journée. Ne pensons pas à demain…

19 mai 2021.

Certains ont peut-être remarqué que beaucoup d’articles où je décrivais mes aventures de motardes ont disparu de ce blog. La raison est bien simple : un éditeur va publier mon Journal d’une apprentie-motarde! Ce qui signifie qu’ils ont acheté l’exclusivité de ces textes, donc j’ai dû les effacer. Mais c’est pour une très bonne cause. Le livre paraîtra au début de l’année 2022. Je vous en redonne des nouvelles.

Le 6 mai dernier donc, votre apprentie-motarde s’est prêtée à une séance photos pour la couverture du livre. J’ai engagé pour cela la meilleure des meilleures : Laurence Labat. Vous pouvez découvrir son travail artistique dans son excellent livre « Libres, Histoires de motos ».

Quelle super journée. Je me suis sentie comme une star. Waouh! Plus intense encore que la journée de mon mariage.

François baladait ma moto d’un lieu à l’autre, afin que le casque n’aplatisse pas mes cheveux et ne détruise le maquillage que j’avais appliqué au meilleur de mes piètres connaissances (vive Internet). Je pense que le résultat est bien, car on ne sent pas du tout que je suis maquillée, vous ne trouvez pas? Ou si peu.

J’avoue que j’avais hâte de faire ronronner mon moteur moi-même, après toutes ces poses autour de la moto. On a enfin fait quelques prises en roulant à basse vitesse vers la fin. Et puis je suis repartie à la maison aux guidons et François avec la voiture. Youpi!

Merci François pour ta patience et ton aide immense. J’ai bien de la chance de t’avoir!

Mon François

Retour à la « normale »

Bientôt, notre premier ministre nous l’a dit, le confinement sera chose du passé. Alors on pourra faire des plans pour de longues sorties. Peut-être même aller visiter nos voisins américains ou élargir nos horizons vers d’autres provinces canadiennes, même si le Québec est bien vaste et intéressant. On finit par avoir arpenté toutes les petites routes à notre portée. Alors il faut aller plus loin, aller humer l’odeur de la mer sur les côtes.

Tout est si différent à moto. Même les routes qu’on a parcourues des milliers de fois en voiture. On a l’impression de faire partie du paysage, de faire partie de l’histoire et de ne plus en être spectateur, protégé derrière une lucarne, un parebrise qui pare aussi l’aventure.

J’ai le goût de vivre à deux cents kilomètres à l’heure, depuis que la vie m’a avertie que je ne pouvais plus rien prendre pour acquis. J’ai envie de réaliser mille projets. Quand je range ma moto sous sa toile protectrice, je me dis à chaque fois que personne ne pourra m’enlever cette belle journée que je viens de vivre. Je la mets en banque pour les coups durs qui ne manqueront pas d’arriver un jour.

J’ai le goût de vous dire, n’attendez pas d’être à la retraite pour vivre ou réaliser des projets qui vous tiennent vraiment à cœur. C’est maintenant que ça se passe!

Bonne saison de moto!

Une nouvelle saison se prépare

Publié: mai 11, 2021 dans À moto
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11 mai 2021

Le printemps hâtif ne nous a pas incité à faire prendre l’air à nos motos autant que je l’aurais souhaité. Si c’est pour rouler sans but, le cœur n’y est pas. Avant, il y avait un petit resto sympa au bout du chemin, une terrasse accueillante. C’était du temps où cette foutue pandémie de Covid-19 ne faisait même pas partie du chapitre le plus sombre du scénario de ma vie d’apprentie-motarde. Bon. J’imagine que le soleil viendra réchauffer mes sentiments les plus noirs, quand il daignera faire grimper les degrés Celsius au-delà de la barre psychologique d’un petit vingt timide et hésitant. On devient plus difficile à contenter quand le père Noël, le lapin de Pâques et toute autre mascotte symbolique de nos fêtes familiales restent terrées dans leur repaire au lieu de virevolter autour de notre plaisir de se rassembler. Cette année, les célébrations nous ont été défendues. On ne nous a pas fait de cadeau. Maintenant, le moral est bas. Immense besoin d’évasion.

Depuis le début de l’année, on n’est vraiment sorti que trois fois à moto, histoire de garder la forme. Je pensais que ce serait plus difficile de renouer avec ma GS. Hé non. Même si j’avoue m’être sentie un peu rouillée quand je suis allée la chercher au garage où elle était entreposée. Le malaise a duré le temps de sortir du stationnement en chambranlant un peu. Puis, visière levée et nez au vent, j’ai renoué avec ce plaisir indicible de défier les lois de la physique au fil des courbes de la route. Mon cœur et le moteur de ma BM battant à l’unisson.

Je prends encore le temps de m’émerveiller de savoir manier une moto, autant que d’être capable de jouer du piano et de la guitare. Tout cela demande apprentissage et pratique assidue. Et comme il faut changer ses cordes de guitare de temps en temps ou faire accorder son piano, ma moto a bien besoin d’un bon tune-up avant de commencer une nouvelle saison. J’aimerais être en mesure de faire cela moi-même. Ce serait le summum de la compréhension de l’engin que je pilote. Mais pour l’instant je m’en remets avec confiance aux gars de Mototech. C’est beaucoup mieux comme ça! D’ailleurs, ils ont découvert que mon câble d’embrayage était dangereusement sorti de là où il aurait dû se trouver. « Vous avez été chanceuse! Vous auriez pu vous retrouver avec l’embrayage qui ne répond plus! » Oh là là! Ouais, on nous dit qu’il faut toujours vérifier sa moto avant de prendre la route. Je mérite de me faire taper sur les doigts. Dans une émission de moto anglophone, ils donnaient le truc de la révision T-CLOCK pour être certains de tout vérifier ce qu’il faut avant de partir.

Alors je vous traduis :

T, c’est pour « tires » : il faut vérifier la pression des pneus régulièrement. Surtout quand on n’a pas la chance d’avoir un petit ordinateur de bord qui t’indique si un de tes pneus manque de souffle. Il faut aussi vérifier leur état d’usure.

C, pour « cables » : justement, si j’avais vérifié mes câbles, j’aurais peut-être réalisé que quelque chose clochait. Manquer de freins avant ou pire, ne plus être en mesure d’embrayer, ça peut nous mettre en danger. Et attention aux câbles effilochés! Vérifiez aussi, tant qu’à y être, la poignée d’accélération afin de s’assurer qu’elle revienne bien en position de départ quand on la laisse aller. Et n’oubliez pas de tester les commandes de freins.

L, pour « lights » : il faut tester les phares et les clignotants. Parce que les autres usagers de la route n’ont pas grand-chose d’autre, souvent, pour nous repérer de loin et anticiper nos manœuvres.

O, pour « oil » : les niveaux d’huile et de liquide de freins doivent aussi être vérifiés régulièrement. D’autant plus si ta moto est réputée consommer beaucoup d’huile. Ça nous est déjà arrivé de devoir nous arrêter pour remplir le réservoir de la RT de François. Ça coupe ton élan quand t’as beaucoup de route à faire! Le niveau doit se situer entre les graduations maximum et minimum.

C, pour « chain » : J’ai eu deux motos dans ma courte vie de motarde, et elles avaient toutes deux un entraînement à chaîne. C’est beaucoup d’entretien, mais j’aime le répondant que ça procure à ma GS. Il faut vérifier et ajuster la tension de la chaîne et s’assurer qu’elle est correctement lubrifiée. C’est chiant quand t’es fatigué après une longue sortie, mais il faut faire cela avant de la remiser pour la nuit. Si tu t’en occupes juste avant de partir, la graisse trop fluide va se pousser de ta chaîne quand tu vas démarrer.

K, pour « kick stand » : Le contacteur de la béquille de la moto doit couper le moteur lorsqu’elle est sortie et qu’une vitesse est enclenchée. Si ce n’est pas le cas, ou qu’il y a un problème avec ce contacteur lorsque la béquille est rentrée, il faut y voir.

Bon, je ne suis pas la mieux placée pour vous faire une leçon de mécanique, mais je trouvais ça intéressant comme truc mnémotechnique pour ne rien oublier.

Les gars de Mototech ont fait la révision des 30 000 kilomètres de ma moto hier. Je me sens un peu plus rassurée de rouler. Ma GS est prête pour la prochaine sortie avec nos amis du Club moto BMW. Il faudra sortir les masques aux arrêts et demeurer à 2 mètres les uns des autres. Il faudra se préparer un pique-nique à manger avec les mouches noires qui essayeront de prendre une collation de sang frais dans notre cou. Foutue Covid!

Motards en pandémie Retour sur 2020

Publié: janvier 11, 2021 dans À moto

2019 a été pour moi une année exceptionnelle, remplie de découvertes et de nouvelles sensations. L’apprentissage de la conduite moto a été une grande révélation. La moto et moi sommes devenues amies, ce genre de pote qu’on a l’impression d’avoir toujours connu. J’avais donc de grandes attentes pour l’année à venir.

Rien ne s’est passé comme prévu en 2020. Rien.

Janvier. Tout a commencé par ce diagnostic de cancer qui a teinté mon début d’année. La nuance était plutôt sombre, mais pas question de me laisser abattre. J’ai affronté les épreuves une par une, tout comme je n’anticipe pas les difficultés de la route quand je suis à moto. Je me dis toujours qu’on verra quand on sera sur place.

Février. J’avais hâte au Salon de la Moto de Montréal. C’était jouable pour moi d’y participer après l’opération de retrait de la tumeur dans mon sein. J’avais 10 jours pour me remettre suffisamment sur pied. Mais une espèce de grippe avec de fortes allures de Covid-19 m’a clouée à la maison. J’ai voulu me faire tester, j’ai supplié les préposés au bout du téléphone, mais on m’a refusé ce privilège réservé à ceux qui revenaient de voyage. Alors je n’ai pas la confirmation s’il s’agissait effectivement du vilain virus, mais en tout cas, mes poumons ont passé un mauvais quart d’heure.

Mars. J’ai entamé ma double convalescence en regardant le monde se refermer sur lui-même et compter ceux qui tombaient au combat. Malgré tout, je m’en suis assez bien tirée, je ne sais pas si le fait que j’avais grandement pris soin de ma santé avant l’opération a aidé. Mais j’avoue que cette « grippe » m’a plus mise KO que l’opération. Même si c’était quand même douloureux. Difficile de trouver une position pour dormir ou de supporter les soutiens-gorges obligatoires (encore aujourd’hui).

Avril. Dans les dépliants sur le cancer, ils disent qu’il faut faire de l’exercice. Au moins 30 minutes par jour, afin de prévenir cette maladie et bien d’autres. Alors je me suis mise à la marche rapide sur tapis roulant, en attendant que la glace fonde dans les rues pour pouvoir marcher dehors. Un mois après le début du confinement, le gouvernement a commencé à donner du lest, permettant à quelques magasins moins essentiels d’ouvrir. Vers la fin d’avril, on a enfin pu ramener nos motos qui étaient entreposées à Montréal, chez Moto Internationale, à la maison. J’ai commencé à me visualiser aux guidons et ça m’a fait du bien. Guérir signifiait recommencer à rouler.

Mai. Long mois de radiothérapie. François avait envisagé de laisser les motos remisées jusqu’en juin pour économiser des sous. Cette idée ne tenait pas debout. Faire de la moto était notre seule joie, puisqu’on n’avait plus le droit de visiter nos amis ou d’aller voir des spectacles. J’ai fait ma première sortie de l’année le 19, heureuse de constater que je n’avais pas tout perdu. Il ne faut pas oublier que je n’avais que 6 mois d’expérience. Mais 10 000 km au compteur, tout de même. Quel bonheur et quel sentiment de liberté après n’avoir fréquenté que des salles d’examens d’hôpitaux.

Dire que dans mes plans initiaux, je voulais passer mon examen de permis moto le 20 mai. De toute façon, j’étais loin d’être prête et les gens de la SAAQ non plus. Bureaux fermés.

Juin. Le mois suivant a bien commencé, par une première sortie avec le Club moto BMW. Bien entendu, il fallait respecter des règles de distanciation et porter des masques. À moto, on roule déjà à une distance raisonnable les uns des autres et dans le Club, on porte tous des casques intégraux. Sans compter que chaque centimètre de notre peau est protégé ou ganté. Alors tant qu’on roule, aucun problème. Comme tous les restaurants sont fermés, on a prévu pour dîner faire un pique-nique dans un joli parc. Quand tout se passe au grand air, ça limite les risques d’infection.

Il faut voir comme cette sortie nous a fait du bien au moral. Revoir ces visages amicaux, reprendre d’assaut les routes pleines de courbes. Pourtant, la veille au soir, je me demandais si j’allais être en mesure de remonter en selle. Je venais de terminer mes traitements et je me sentais encore un peu faible. J’ai passé une très mauvaise nuit à souffrir des brûlures infligées par la radiothérapie. Peu importe, j’ai traversé cette journée sur un petit nuage grâce à nos amis motards et à une bonne dose d’adrénaline et d’air frais.

Deux semaines plus tard, je peux enfin prendre mon rendez-vous auprès de la SAAQ pour passer mon permis-moto. Le 23 juin, c’est enfin dans la poche. Ça y est, je suis officiellement une vraie motarde. Youpi!

Juillet. Il fait chaud. Parfois trop chaud pour que je sorte avec le club. Je ne me sens pas toujours l’énergie pour affronter de longues journées de canicule. Puisque j’ai enfin le droit de me plonger dans ma piscine, je ne manque pas d’en profiter. Je continue de faire de l’exercice quotidiennement depuis que j’ai débuté en avril. J’ai commencé un nouveau traitement d’hormonothérapie. Je vis au rythme des rendez-vous médicaux. J’en ai pour quelques années comme ça. Heureusement, il y a la moto…

Août. Ça fait longtemps qu’on y réfléchit. On a décidé d’aller voir ma famille en Abitibi à moto. Je rêve de rouler avec mes cousins Martin et Claude. C’est cool de réaliser un rêve. Mais j’ai de la difficulté à croire que c’est bien vrai. Tout se passe trop vite. On dirait que c’est normal que je me retrouve là à rouler avec eux, alors que c’est quand même bien spécial, non? Qui l’aurait cru, deux ans plus tôt, alors que je jouais les sacs de patates, campée sur la selle de la moto de François. Je suis si fière de moi. Fière de faire partie de la gang de bikers de la famille qui ne compte pas tant de membres que cela. Fière d’avoir parcouru plus de six cents kilomètres pour aller les rejoindre, après tout ce que j’ai traversé depuis le début de l’année.

Au retour, on prend rendez-vous pour changer les pneus de ma moto et le kit chaîne. Il était temps! Cette dernière passait son temps à se désajuster au grand déplaisir de François.

J’ai appris à entretenir ma chaîne moi-même, c’est-à-dire, à la nettoyer et la graisser. J’aimerais bien en savoir plus sur la mécanique moto.

Septembre. Enfin, la température est plus fraîche, mais le soleil n’est pas toujours au rendez-vous. J’ai l’impression d’avoir moins roulé que l’an dernier. Pourtant ce n’est pas le cas. J’ai participé à presque toutes les sorties du club, sauf une en juillet et l’autre quand on était en Abitibi.

Le 20 septembre, en revenant d’une balade à moto dans un vignoble avec la gang, j’apprends que mon cousin Martin nous a quitté la veille. Crise de cœur foudroyante. Je n’arrive pas à y croire. Ça ne me rentre toujours pas dans la tête. Lors de notre virée en Abitibi, on a bien rigolé et j’ai pris des dizaines de photos de son sourire fendu jusqu’aux oreilles. Il n’a pas pu profiter longtemps de sa nouvelle Harley. Et moi du plaisir de rouler avec lui. Mais quand je pense à sa femme et à ses deux jeunes filles, je me dis que la vie est bien cruelle. Et ça me rappelle qu’il faut bien profiter de chaque instant. Ma vie est encore fragile et je ne suis pas complètement tirée d’affaire.

Octobre. Avec la gang, on a quand même trouvé le tour de se concocter une belle grande saison de moto. À présent, on est en plein re-confinement. Les restaurants qui avaient rouverts en saison estivale sont à nouveaux fermés. On nous demande de faire des efforts, d’éviter les rassemblements, alors je n’ai plus trop le cœur à faire les dernières sorties de groupe. Je pense qu’il faut respecter les directives du gouvernement si on veut s’en sortir un jour.

L’automne est frisquet, pluvieux. Mais les couleurs sont toujours aussi belles et on a la chance d’habiter dans les Laurentides où les arbres se parent de centaines de chaudes nuances. Avec François, on se fait de belles virées: le mot est bien choisi, autant que les routes pleines de courbes. Je n’ai pas le goût que ça s’arrête. Vers la fin du mois, on a eu nos premiers flocons de neige. Il va falloir penser à remiser nos motos et à monter notre abri Tempo.

Novembre. En étudiant bien la tendance météo, j’ai réalisé qu’on allait avoir droit à un sacré redoux au début de novembre. Heureusement qu’on n’a pas eu le temps de remiser nos motos. Lors de notre dernière balade, le mercure monte jusqu’à 23°C. On peut pique-niquer sans nos manteaux. On s’offre une belle virée dans quelques-uns de nos endroits préférés. Les jours suivants, la température se remet à chuter. On se décide à amener nos motos chez un concessionnaire du coin, pour qu’elles passent l’hiver au chaud elles aussi. Et on commence à rêver de garage. Un beau garage pour nos motos. Comme ça, on n’aurait plus à se casser la tête avec le remisage. Je sens que François commence à l’envisager sérieusement. Mais avec l’incertitude de la pandémie côté revenus et la flambée des prix des matériaux, ce n’est pas le temps de se lancer dans de telles dépenses.

Décembre. D’abord, on nous avait dit que des rassemblements de 10 personnes seraient permis durant le temps des fêtes, puis on nous a repris ce cadeau. Pas de Noël en famille cette année. François et moi, on arrive à se créer quand même de beaux petits moments sympas. La magie de Noël opère. Vraiment. Mais j’ai un contrat de scénarisation à terminer pour le 8 janvier et il me semble que ça n’avance pas vite. Alors je vais travailler tout le temps des fêtes sauf le 25 décembre. Puis j’apprends une bonne nouvelle : une maison d’édition est intéressée par mon Journal d’une apprentie-motarde. Bon, on se réjouira vraiment quand le contrat sera signé. J’ai toujours peur qu’ils changent d’avis avec la conjoncture économique actuelle…

Bilan. J’aurai roulé 11 000 km à moto cette année. C’est quand même pas mal, compte tenu des circonstances.

Je doute qu’il y ait un Salon de la moto en février 2021. Alors le reste de l’hiver paraîtra un peu plus long. Et puis on ne pourra pas se réunir dans un resto avec la gang, comme on avait l’habitude de la faire.

Le confinement est dur pour les nerfs. Il y aura des séquelles chez plusieurs personnes. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, comme on dit. Courage!

7 septembre 2020. Aujourd’hui, je suis un peu moins enthousiaste. Parce que notre belle fin de semaine se termine, parce qu’on va tous se quitter pour retrouver le train-train quotidien, parce que même le soleil hésite à se montrer pour réchauffer mon âme un peu triste.

Ce matin, il faut régler le cas de la moto de Nancy. Comme il semble que ce soit vraiment un problème de batterie, pourquoi pas essayer de voir si celle de François, rechargée partiellement par 400 kilomètres de route, ne pourrait pas faire l’affaire, en attendant d’avoir accès à un garage? Martin s’attèle à la tâche, installe l’objet en place et puis voilà, la moto de Nancy démarre! Nous espérons qu’ils se rendront à bon port, puisqu’ils nous quittent ce matin afin d’aller visiter de la famille.

Nous formons trois groupes pour amorcer le retour au bercail : Véronique et Jean-Pierre, les courageux, sont prêts à revivre de nouvelles aventures hors-pistes, alors ils partiront avec Alain. Pour notre part, on préfère arpenter les belles routes que Fred nous a trouvées, alors on forme un quatuor avec Tuan et Isabelle. Tous les autres partiront sous la direction de Fred : Lucie, Michel, Éric et Robert.

Petite inquiétude au départ, Isabelle semble éprouver quelques difficultés avec l’embrayage de sa moto. Il faut dire qu’elle a aussi eu un pépin lors du jour 1 : une fuite d’huile assez conséquente pour saloper une de ses bottes et éclabousser la moto de Véronique qui la suivait. Tuan a effectué une réparation d’urgence avec les moyens du bord : un bon vieux tube de Crazy Glue! Je la trouve bien courageuse de partir comme cela, sans pouvoir avoir l’esprit vraiment tranquille concernant son véhicule. Bien sûr, une panne, ça peut arriver n’importe quand, peu importe l’âge de la moto, on en a largement eu la preuve en fin se semaine. Voilà pourquoi il est bon de faire partie d’un groupe de gens débrouillards et serviables. Le dévouement de plusieurs des membres du Club a le don de m’émouvoir.

Tuan descend de sa monture et va voir un peu ce qui se passe avec la moto de sa blonde. Il actionne la poignée des gaz à quelques reprises. Il lui prodigue quelques conseils et Isabelle finit par arriver à démarrer.

Tant qu’elle roulera sur cette moto, je la vois mal partir à l’aventure sans son mécanicien de chum! Mais il est vrai qu’elle a de la gueule, sa moto tigrée, avec ses rayures noires et bronze-orangé. Elle est unique! Comme celle qui la pilote! Je suis très heureuse de rouler avec eux aujourd’hui.

Notre rythme de progression est vraiment excellent. La principale difficulté d’aujourd’hui viendra du vent à écorner les bœufs. Je n’avais jamais essuyé de bourrasques aussi violentes. On en bave. Pas possible d’attendre l’arrêt prévu à la station-service de Cookshire-Eaton avant de faire une première petite pause. Le stationnement de l’église du village de Marston fera l’affaire. J’en profite pour sortir le fromage en grains que j’avais acheté à Ste-Élizabeth-de-Warwick et en offre à la ronde. Pour accompagner le tout, Isabelle nous propose un morceau d’une excellente baguette de pain. Génial! Ce petit snack convivial va nous aider à tenir jusqu’au dîner. Je crois que nous n’arriverons pas au resto avant 13h00-13h30 au moins.

« Mais, c’est le groupe de Fred qui arrive! Qu’est-ce qu’ils font là, ils sont partis bien avant nous! »

Fred s’arrête quelques secondes pour nous saluer et nous informer qu’ils ont fait un détour pour aller acheter des trucs dans une petite boutique à Lac Mégantic, ce qui explique tout. Ils repartent aussitôt et je dis aux membres de notre groupe que nous devrions faire de même, si nous voulons arriver à destination!

Un peu plus loin, juste avant Piopolis, le trajet sur le GPS indique de prendre le chemin de Bury. Sauf que, l’embranchement pour y arriver n’a juste pas de bon sens! François, voyant cela, nous montre la voie à suivre en se décalant exagérément à gauche avant de tourner dans cette intersection qui s’avance en pointe de flèche. De sorte qu’il faille faire un véritable demi-tour en plus dans une pente ascendante. Je copie sa manœuvre et réussis à m’insérer dans la voie, mais non sans empiéter légèrement sur la ligne jaune. Isabelle réussit aussi, mais elle s’arrête soudainement, ce qui donne du fil à retordre à Tuan qui la suivait de près. Dans mon rétroviseur, j’ai l’impression qu’il est tombé, mais il s’avère que c’était une illusion.

C’était une manœuvre très difficile. « We are the best! »

Le paysage est plutôt vallonné. C’est vraiment très beau, mais en hauteur, on se prend des rafales de vent plein la gueule. Je me disais que cela faisait deux fois que je passais ici et qu’on se tapait ce maudit vent. La première fois, c’était en revenant de Bar Harbour. Une très mauvaise expérience en tant que passagère. Somme toute, je trouve ça moins épeurant aux guidons de ma propre moto! Même si parfois, ça fout réellement la trouille tellement c’est intense. Disons qu’on a moins le temps d’apprécier le paysage, ce qui est vraiment dommage.

Nous arrivons enfin au point de rencontre à Cookshire-Eaton. Pendant que nous nous apprêtons à faire le plein d’essence, le trio d’Alain arrive. Véronique est plutôt déçue, car ils n’ont pas rencontré de routes à GS sur leur trajet. Je pense qu’elle en a assez de ce vent et de cette route pour aujourd’hui. Après avoir fait le plein, elle et Jean-Pierre décident de partir de leur côté par la voie la plus rapide. Ils sont aussi motivés par la crainte de se taper de la pluie. Il semblerait qu’il y en aurait de prévu dès 15h00.

Entre temps, arrive le groupe de Fred. Quoi? Comment ça? Ils sont partis devant nous! Une seule explication possible, ils n’ont pas tourné sur le chemin de Bury et ils ont fait un grand détour plus loin. Quand j’ai parlé à Fred du fameux virage à l’intersection, il ne semblait pas savoir de quoi je parlais. Un tel virage, ça ne s’oublie pas!

À Cookshire-Eaton, Éric, Michel et Alain déclarent aussi forfait et décident de rentrer par un autre chemin. Nous ne sommes plus que sept motos à continuer jusqu’à la prochaine étape, un sympathique resto à North Hatley, le Pilsen. Gilles, un membre de notre club qui n’a pas fait la grande sortie, nous y attend. L’endroit est charmant et fait très villégiature, avec la marina juste à côté. Le vent, qui semble s’être un peu calmé, souffle du sud, apportant une bouffée de chaleur nous permettant de nous prélasser sur la terrasse sans avoir besoin de nos manteaux. Le personnel est vraiment des plus sympathique et chaleureux. La nourriture est excellente, style bistro, mais un peu fancy. Un des meilleurs repas de ma fin de semaine.

Voilà que Lucie commence à réfléchir à la possibilité d’arrêter à sa maison d’Orford, plutôt que de rentrer à Montréal ce soir. Fred, qui semble un peu fatigué, se laisse tenter par cette option alléchante. Même si ça lui fera beaucoup de route à faire demain pour aller travailler sur la rive nord de Montréal.

Nous formerons donc un groupe de six, avec Robert et Gilles. François décide de laisser à ce dernier le soin de nous guider, histoire de prendre un break. Nous traversons de beaux paysages, mais sommes de moins en moins en mesure de les apprécier. On a tous hâte de rentrer et je ne pense qu’au bonheur que j’aurai à m’affaler enfin sur mon divan et d’étendre mes jambes sur le pouf.

Dès qu’on arrive sur l’autoroute 35, qui débouchera ensuite sur l’autoroute 10, ce n’est plus drôle du tout. On fait des pieds et des mains pour rester ensemble.

À la sortie vers l’autoroute 30, on dit au revoir à la moitié du groupe : Gilles, Isabelle et Tuan et François reprend la tête de notre équipée. Le trafic est dense. Je suis contente d’avoir Robert juste derrière moi. Sa présence est très rassurante, car sa moto est pourvue de jeux de lumières supplémentaires, ce qui la rend très visible.

On passe le pont Champlain puis on emprunte le boulevard Décarie pour déboucher enfin sur la 15 Nord. Les nuages se font maintenant vraiment très menaçants. On va sûrement y goûter!

Comme de fait, c’est bientôt l’averse. On doit s’arrêter en bordure de l’autoroute pour enfiler nos imperméables. J’en profite pour enlever mes lunettes de soleil, qui sont devenues une nuisance. Lorsqu’on repart, il se met à pleuvoir encore plus intensément, alors on est heureux d’avoir pris la peine de s’arrêter. Bien habillé, tout se supporte!

Bientôt, Robert poursuit sa route seul en direction de Prévost, tandis que nous prenons notre sortie, direction la maison. La pluie a cessé juste à temps pour nous permettre de décharger les motos sans se faire arroser davantage.

Pas moyen de rouler peinard dans le soleil couchant, il faut qu’on en bave jusqu’au bout. C’est ça, l’aventure à moto! Mais on est prêts à repartir. N’importe quand!

6 septembre 2020. Malgré le lit plutôt confortable, François n’a pas très bien dormi. Il avait en tête son problème de batterie de moto non réglé. Dès que la clarté a été suffisante pour aller bricoler sur son engin, il s’est levé le plus discrètement possible pour aller installer sa batterie neuve. J’ai ouvert un œil, puis l’ai refermé aussitôt, comprenant de quoi il en retournait de son côté. J’ai une nuit à terminer, un rêve à poursuivre qui était très agréable.

Plus tard, j’ai vaguement entendu une moto démarrer. Je reconnais déjà le son de sa nouvelle acquisition, une R1200GS rouge 2014. Elle est un peu plus bruyante que sa RT… Puis enfin, j’entends la clef tourner dans la porte de la chambre. Le voilà qui revient, fier de son coup.

Tant qu’à être tous les deux réveillés, nous décidons d’aller prendre notre petit déjeuner avant la cohue. Éric, un gars de la gang, est attablé depuis un moment, une assiette vide devant lui et un livre à la main. Il s’impose la discipline de se lever tôt chaque matin et d’apprendre quelque chose chaque jour (d’où le livre). Respect! Nous discutons avec lui en attendant notre repas et apprenons à mieux le connaître. D’ailleurs, ce que j’aime dans ces longues sorties BMW, c’est l’occasion d’approfondir différentes relations à chaque fois et de faire de belles découvertes.

Petit à petit, les autres émergent de leur chambre. Nous sommes quatorze motocyclistes ayant répondu « présents » pour cette grande sortie de la fin de semaine. Après avoir satisfait nos estomacs, nous nous retrouvons dehors pour récupérer nos motos et nous diriger vers la station-service qui se trouve juste à côté, accessible par le stationnement de l’hôtel. C’est vachement pratique! Bravo les organisateurs!

Malheur! La moto de Nancy a décidé de prendre la même tangente que celle de François hier. Pas de panique. François sort fièrement ses câbles de survoltage de son top case, telle une baguette magique. Comme il a maintenant une batterie neuve, il est la personne tout indiquée pour aller l’aider.

Sa moto démarre enfin, mais il n’est pas question pour Nancy de faire la route avec. Son chum Martin possède une K1600 Bagger pouvant accueillir confortablement un passager; Fred les convainc de profiter de la belle journée qui s’annonce en venant avec nous. On les aidera à régler le problème de la moto plus tard. De toute façon, les garages sont fermés jusqu’à mardi. Inutile de rester ici à se morfondre et ne savoir que faire.

Youpi! Ils décident d’accepter l’invitation. Mais en tant qu’ex-passagère et nouvelle pilote, je comprends la déception de Nancy.

Nous formons les groupes. Nous sommes cinq à rouler en GS aujourd’hui (moto double usage) : Alain avec son jeune fils en passager, Lucie, François, Véronique et son chum Jean-Pierre, et moi. Alors après quelques tergiversations, nous décidons de faire ensemble le trajet spécial GS, comprenant quantité de rangs en gravelle et quelques surprises à venir. Complètement inexpérimentée, comme la majorité d’entre nous, je n’étais pas trop certaine de le vouloir, mais bon, pourquoi pas, après tout! À nous l’aventure!

Alain, pilote aguerri, sera notre guide. C’est un départ. Nous ne roulerons pas longtemps sur le confort de l’asphalte avant d’emprunter notre premier rang de gravier.

Ça se passe plutôt bien, la difficulté de cette route est assez faible. Alain s’arrête au besoin pour nous prodiguer quelques conseils. « Restez loin les uns des autres, afin de ne pas encrasser vos filtres à air avec la poussière. Ne roulez pas trop près du bord de la route, car la gravelle y est plus molle. » Il n’a pas eu besoin d’ajouter « amusez-vous » à l’attention de Véronique, car elle est déjà aux oiseaux. Elle avance prudemment, à son rythme, quitte à disparaître un peu trop souvent de mon rétroviseur. Comme je me sens responsable, je ralentis la cadence pour qu’elle sache qu’elle roule toujours dans la bonne direction. Aux stops, en général, Alain attend le reste du groupe pour s’assurer que tout le monde est là.

François ne comprend plus rien au trajet que l’on suit, car ça ne correspond pas à ce qui apparaît sur son GPS. La règle, c’est que le meneur a toujours raison. Alors on roule derrière notre guide, comme des canetons.

La route est pratiquement déserte, ce qui est vraiment agréable. On traverse des pinèdes odorantes, c’est magnifique. De temps en temps on roule sur quelques bouts de route asphaltée, ce qui nous repose un peu. Mais parfois, ça ressemble d’avantage à des routes de zones de guerre, avec des trous en gravelle mélangés à l’asphalte en lambeaux.

Soudain, on bifurque dans un rang qui monte et monte sans qu’on n’en voie la fin. La route en planche à laver nous oblige à rouler debout sur les cale-pieds. C’est rassurant de sentir le carénage de ma moto entre mes jambes (je ne peux pas dire le réservoir, car sur ma GS, il est sous le siège). C’est une position nouvelle et je suis un peu surprise par les réajustements qu’il faut faire au niveau du maintien de l’accélérateur et du contrôle des guidons. C’est un peu déstabilisant, mais pas désagréable. On se sent comme des vrais! Yahou!

Et puis tout à coup, Alain prend une piste à gauche, un virage à 90° dans la gravelle la plus molle sur laquelle je n’ai jamais roulé, suivi d’une pente très abrupte. Chacun y va de sa stratégie pour traverser l’épreuve : rouler en 1 (tous les autres) ou en 2 (moi). Quand j’ai vu la gravelle molle j’ai vite réfléchi au fait que dans la neige molle, c’est plus facile de démarrer en 2. Mais la situation n’est pas du tout la même, et c’est de la puissance dont j’ai besoin pour monter. Heureusement mon petit moteur de 700 réagit vaillamment en 2. Pas de mouvements brusques, surtout, rouler avec constance, même si les pneus ont l’air de partir dans tous les sens.

« Maman! Je vais tomber! Il ne faut pas que je tombe ici! Surtout pas! » Ouf! J’arrive en haut tant bien que mal, après quelques frayeurs, et me stationne derrière les trois premiers du groupe : Alain, Lucie et François. Il reste encore Véronique et Jean-Pierre à monter. On les voit enfin arriver avec soulagement. Alain nous avoue, qu’après avoir vu comment cela se présentait, même avec ses bons pneus de hors-route, il était certain qu’un de nous allait tomber. Et se sortir de là n’aurait pas été une mince affaire. Impossible dans la gravelle molle de repartir en avant si on s’arrête dans une pente aussi abrupte. Mais c’était sans compter sur notre orgueil. Personne ne voulait être celui qui ne réussirait pas l’épreuve quand tous les autres sont arrivés à la franchir.

Je regarde la montée qu’on vient de faire et je suis en train de réfléchir qu’il va falloir qu’on redescende cela quelque part à un moment donné. Misère! En haut de la montagne, la piste se rétrécie de plus en plus. Car il s’agit bien d’une piste et non pas d’un rang oublié par la voirie municipale… Probablement dédiée aux quatre-roues…Arrive bientôt la descente qui se présente avec un virage au milieu. La pente est si raide que même en 1, on a l’impression de rouler trop vite pour la qualité médiocre de la chaussée. Alors, oui, je freine doucement, oui, je joue de l’embraye même, je l’avoue, et en plus, je mets le pied par terre dans le virage! Après tout, si ça se fait en motocross… Bon, ce n’est peut-être pas la meilleure technique, mais j’arrive en bas en un morceau, sans perdre la moto de François de vue et surtout, encore une fois, sans tomber. Ouf, deuxième épreuve réussie!

Véronique et Jean-Pierre tardent beaucoup trop à apparaître derrière moi, alors Alain enfourche sa moto et va voir ce qui se passe. Véronique s’est arrêtée en plein milieu de la pente, pas certaine de faire ce qu’il faut, car son moteur en compression produit selon elle un boucan d’enfer inquiétant. Jean-Pierre descend de sa moto, la rassure et elle se décide enfin à repartir, un peu avec la même technique que moi sauf pour le pied par terre. Rayonnante de fierté, elle franchit, elle aussi, cette épreuve sur ses deux roues.

Le dépassement de soi est un des sentiments les plus gratifiants qui puisse nous envahir. Il efface bien vite la peur et les difficultés qu’on vient de traverser pour faire place à l’euphorie de la réussite, ici partagée. Pour ma part, j’aurais bien délaissé le hors-piste pour le reste de la journée, mais il nous restait une autre épreuve à venir.

Après la piste, on retrouve un bout de route en bitume, jusqu’à ce que je voie avec désespoir les clignotants d’Alain nous guider vers un autre rang minuscule. Mais après ce qu’on vient de vivre, cela nous apparaît nettement plus facile. Même si la route n’est pas si bien damée. Alors on se lance dans l’ascension d’une autre pente, beaucoup plus douce avec un stop au bout. Les trois premiers du groupe se suivent d’assez près et moi je joue les tampons afin d’attendre Véronique et Jean-Pierre. Au stop, je vois les premiers tourner à droite, mais cette fois, Alain n’attend pas. Véronique est disparu de mon rétroviseur, et je me rends compte un peu tard qu’elle ne saura pas où tourner. Alors je m’arrête, espérant être encore visible depuis le coin de l’intersection. Je les vois enfin apparaître, soulagée. Mais nous ne progressons pas dans la bonne direction et nous devrons faire demi-tour, dès que cela sera sécuritaire d’y parvenir.

Notre dernière épreuve GS du jour, sera une descente plutôt abrupte dans la gravelle plus ou moins molle, avec virage, dans un rang où on croise des véhicules. C’est éprouvant, mais un peu moins difficile que notre première grande descente. J’y arrive sans trop freiner. Après cette dernière difficulté, tous les autres rangs de gravier apparaîtront vraiment faciles à emprunter.

On doit maintenant rattraper un peu notre retard pour aller rejoindre les autres au resto à St-Jean-Port-Joli. On décide de prendre l’autoroute 20 à partir de Montmagny. Sur la voie rapide, tout le groupe reste bien soudé.

Nous avons la surprise de découvrir à l’arrivée qu’un quai est réservé au stationnement des motos, ce qui nous évite le souci de chercher une place où se garer. Encore une fois, c’était bien pensé de la part des organisateurs!

Je crois qu’il ne manquait plus que nous, mais c’est connu : les groupes en GS arrivent toujours un peu plus tard. Et maintenant, je comprends pourquoi!

Des étoiles plein les yeux, on raconte nos aventures à qui veut bien nous écouter. En l’occurrence Fred, car sa blonde, Lucie, faisait partie de cette folle équipée.

On aura tout le loisir de reparler de cela à table, devant un bon repas chaud.

Dommage que les guêpes étaient aussi intéressées que nous par ce qu’il y avait dans nos verres et nos assiettes. Elles nous tournaient autour en nombre impossible à gérer. Heureusement, ce n’est pas à notre peau qu’elles en voulaient.

Après le repas, la visite d’un moulin seigneurial était prévue. Mais il y avait un groupe qui passait avant nous et nous n’avions pas le loisir d’attendre qu’ils aient terminé. Pas avec la route qu’il nous restait à faire pour rentrer. Nous nous sommes rabattus sur la visite du manoir de la seigneurie. Elle aurait pu s’avérer intéressante si elle n’avait pas été aussi longue à débuter, la mise en contexte étant interminable avant qu’on pénètre à l’intérieur. Et puis on était peut-être un peu trop sur l’adrénaline après la petite averse qu’on venait de se prendre pour se rendre ici.

En gros, ce qu’il y avait à retenir de la visite, c’est que l’hiver, le chauffage était déficient, et les larbins n’avaient que des miettes de confort. Les marches de l’escalier qui leur était réservé étaient ridiculement hautes et étroites. Il fallait nécessairement le monter en mettant les pieds de côté, tout en transportant de grands seaux d’eau pour les besoins sanitaires des gens qui couchaient à l’étage. Débile! Pour le reste, si vous avez vu la série Downton Abbey, vous comprenez le principe.

Il est temps d’amorcer notre retour. François a décidé de prendre la tête de notre groupe. Le trafic est lent près de St-Jean-Port-Joli. Nous comprenons pourquoi quand nous apercevons des gens tenter de réanimer un pauvre bougre qui, on l’apprendra plus tard, a été renversé de son vélo par un chauffard de pick-up ivre. Il ne survivra pas à l’accident, malgré tout le dévouement des gens qui lui ont porté secours. On prend soudain conscience de notre vulnérabilité, nous les conducteurs sur deux roues. D’ailleurs, un peu plus loin sur le trajet, à St-Gervais, c’est François qui a bien failli se faire rentrer dedans par un VUS. C’est un peu sa faute car il l’a doublé là où il ne fallait pas, mais on a tous eu peur pour lui. Surtout qu’il s’est retrouvé face au trafic dans la voie à gauche et qu’une voiture s’en venait. Heureusement qu’il a eu le temps d’éviter la chaîne de trottoir et de rentrer dans sa voie. François dit qu’avec sa RT, il n’aurait pas pu réagir aussi vite. Alors je suis contente de son nouvel achat, si cela lui a sauvé la vie! Ça ne fait jamais du bien de planter sur l’asphalte!

La fin du trajet a été un peu chaotique. On suivait Fred qui s’est gouré de route à un embranchement où le chemin était barré par là où on devait passer. Ensuite on a fini par perdre le groupe de Fred de vue car Véronique avait besoin de mettre des vêtements plus chauds. On les a attendu un bon bout de temps, mais comme ils n’arrivaient pas, on a pensé qu’ils avaient décidé de suivre Alain dans un chemin plus direct. Nous les savions, elle et Jean-Pierre, entre bonnes mains, mais ce n’est quand même pas cool comme situation.

Pour notre part, nous avons un peu tourné en rond, jusqu’à ce qu’on trouve le moyen de rejoindre l’autoroute qui allait nous ramener le plus promptement possible à l’hôtel, car la noirceur était presque entièrement installée.

Dès que nous sommes arrivés, je me suis attaquée à l’entretien de ma chaîne, car avec la poussière et la pluie que nous avons attrapées, ça devenait indispensable.

Vers 20h15, nous nous sommes retrouvés au resto de l’hôtel pour un repas bien mérité. Quelle journée! La gang des GS, on était tellement fiers de nous! Waouh! Pour des débutants, on a eu droit à toute une initiation!

Allez, dodo, demain une longue journée nous attend!

5 septembre 2020. Pour ce long congé de la fête du travail, le Club BMW Montréal a décidé d’organiser une sortie de trois jours dans plusieurs régions du Québec. Notre port d’attache sera St-Joseph-de-Beauce et à partir de là, on ira se balader un peu partout. Chouette, ils annoncent du temps pas trop mauvais en plus.

On a préparé la majeure partie de nos bagages la veille, donc on réussit à démarrer à peu près à l’heure planifiée. On va rejoindre Véronique et Jean-Pierre à une station-service le long de l’autoroute 15.

Peu de temps après notre arrivée, on les voit qui s’amènent. Tout baigne! Sauf que… la moto de François refuse catégoriquement de redémarrer. Rien à faire! Ça semble résulter d’un problème de batterie.

« Allez-y, on va essayer de régler cela et on vous rejoint plus tard! »

Nos amis démarrent pendant que François et moi on cherche une solution. D’abord, François appelle la CAA pour demander un survoltage, mais quand ils apprennent que c’est pour une moto, ils se désistent. François demande conseil à Fred, le président du Club, l’informant du même coup de la situation. Ce dernier lui mentionne l’option d’un bloc chargeur, mais le problème, c’est qu’il faut le charger avant l’utilisation. François part avec ma moto au Canadian Tire et il revient avec des câbles de survoltage. On va se débrouiller nous-même. Il démonte les six vis du cache qui couvre ma batterie et installe les câbles. Puis je démarre ma moto et la sienne accepte enfin de faire de même. OK, mais il n’est pas question de faire une grande route sans solution durable. On décide de passer chez Nadon à St-Eustache (heureusement, le magasin est ouvert), chercher une batterie neuve (heureusement, ils en ont!).

Durant le trajet jusqu’au magasin, la batterie semble s’être suffisamment rechargée pour être en mesure d’assurer le démarrage de sa moto, alors on décide d’attendre d’être à l’hôtel pour la changer. Au pire, on l’a, si jamais il y a un problème!

Entre temps, François reçoit un appel de Michel qui n’a pas réussi à télécharger le trajet sur son GPS et qui a manqué le départ du groupe. Alors on convient d’un lieu de rencontre pour le guider à bon port. Le malheur des uns fait le bonheur des autres!

Un weekend qui commence fort! Ce retard nous amène à rouler dans le pire du trafic sur les échangeurs qui mènent à l’autoroute 10. Un mauvais moment à passer! Le plus difficile, c’est qu’on est arrêté à tout bout de champ, et qu’il faut jouer constamment de l’embrayage. C’est épuisant pour la main gauche. On arrive enfin à la sortie 68, direction Granby. Michel nous attend à la station-service sur le bord de l’autoroute.

À l’heure qu’il est (11h20), il est hors de question qu’on dîne à l’endroit prévu, qui est à 2 heures de route au moins. Comme nous avons notre pique-nique, on convient de s’arrêter dès qu’on trouve un endroit où Michel pourra se trouver quelque chose à manger.

Le trajet se passe bien. Après le dîner, nous profitons de l’arrêt planifié à la Fromagerie du Presbytère de Ste-Élizabeth-de-Warwick pour prendre un petit café et goûter quelques fromages. L’endroit est charmant et la lumière du milieu de l’après-midi est magnifique.

On sent que l’automne est à nos portes. Déjà quelques arbres commencent à changer de couleur. C’est une belle saison pour rouler. Surtout que cet été, la chaleur était parfois suffocante sous nos manteaux et vêtements protecteurs. Aujourd’hui, le thermomètre a de la difficulté à dépasser les 20°C. Je suis contente d’avoir choisi de porter mes vêtements les plus chauds.

François commence à s’inquiéter, car son téléphone ne se recharge pas vite et la batterie de son GPS est presque à plat. Il n’ose pas trop le brancher directement sur la batterie de sa moto, avec ce qui s’est passé ce matin. On décide d’installer son téléphone sur ma moto pour le recharger. Ça fonctionne. Plusieurs kilomètres plus loin, François s’arrête soudainement au milieu d’un petit pont. Son GPS vient de le lâcher, alors il espère que le téléphone est suffisamment rechargé pour nous amener à destination. Je profite de l’arrêt pour prendre quelques jolies photos.

La route est de plus en plus vallonnée et agréable, avec de belles courbes à négocier finement. J’ai tout de même bien hâte d’arriver, car l’épisode de l’autoroute 10 a été quand même assez épuisant.

Le paysage dans les derniers kilomètres sur le bord de la rivière Chaudière est superbe. J’aurais bien aimé pouvoir m’arrêter prendre quelques photos.

Arrivés à l’hôtel, nous sommes accueillis avec des exclamations de joie par nos amis. Nous déchargeons les motos et allons les rejoindre en train de prendre une bière dans le stationnement, sous le coucher du soleil. Il fait frisquet dehors, mais chaud dans nos cœurs.

Nous rencontrons deux nouvelles recrues, Martin et Nancy, qui sont décidément bien sympathiques! Et puis comme nous commençons à avoir un peu faim, et que de toute façon, nous avons une réservation au resto de l’hôtel à 19h30, nous rentrons nous installer dans une grande salle juste pour nous.

Souper plein de rires et de plaisir. Bonne fête Fred! Lucie a commandé un gros gâteau pour souligner l’événement. Quelle belle attention. Douche chaude et dodo. Demain, le rendez-vous est à 9h00 pour une autre journée de découverte.

8 août 2020. C’était chouette de dormir chez ma grande sœur Nicole. On y est accueilli sans flafla mais avec plein de petites douceurs et d’attentions. Comme partout dans ma famille. Son Michel avait fait de la place dans leur immense garage pour y entreposer nos motos pour la nuit. Un garage si grand qu’on peut y faire demi-tour et placer les motos de face, prêtes à partir. Un garage de rêve! Et jamais je n’avais dormi dans une chambre aussi tranquille, aussi silencieuse, peut-être parce qu’elle était située tout au fond du sous-sol de la maison. Ce fut une belle occasion de passer un peu plus de temps avec eux, nous qui venons toujours en Abitibi en coup de vent, et qui n’avons jamais la chance de voir toute notre famille incluant oncles et tantes, cousins et cousines, autant qu’on le souhaiterait.

La maison de ma sœur est à deux tour de roues (ou deux rues, ha! Ha! ha!) de celle de mon cousin Claude, qui elle-même est voisine de celle de mes parrain-marraine. Du coup, notre rendez-vous chez lui pour le départ de notre randonnée, nous a donné l’opportunité de voir tout ce beau monde.

 

Je me sens dans un état second. J’ai de la difficulté à réaliser ce qui m’arrive. Depuis le temps que j’en rêvais, je vais enfin rouler avec mes cousins. Car Martin a aussi accepté de faire partie du voyage, malgré ses autres projets personnels de la journée. Se joindront aussi à nous son gendre Jean-Michel qui pilote une Honda Custom 750 et Chantal, en duo avec Claude.

Vivre un grand rêve n’est pas si simple. Parce qu’après, il n’existera plus jamais. Il aura été assouvi. Et ce qui est beau dans un rêve, c’est l’espoir, c’est l’imagination qui s’emballe.

Tout semble irréel. Ou au contraire, un peu trop normal. Personne n’a l’air étonné de me voir à moto. Même pas mon parrain et ma marraine qui sont sortis sur leur terrasse pour nous regarder nous préparer. « Bonjour! Comment ça va? C’est l’fun de vous voir! » Parlant de moto, ma chaîne a besoin d’un petit ajustement. Elle en est à ses derniers milles de vie et se détend sans cesse. Heureusement, Claude a les outils dans son garage qu’il faut pour s’occuper de cela. Avec François, ils s’attaquent à cette réparation promptement.

Pendant ce temps, je discute un peu avec Martin. Mais je suis si excitée que ma concentration sur quelque conversation que ce soit est minable. Je papillonne d’un petit groupe à l’autre. Je vais voir comment s’en tirent les garçons avec ma moto. Ils ont déjà terminé! On est prêts à partir!

Tous montent en selle et le moteur des Harley de mes cousins s’ébrouent. C’est bien vrai. Ça y est Francine! Tu vas rouler avec tes cousins! Gaz!

 

Je m’insère sur la route à la suite de Claude. François part derrière moi, suivi de Jean-Michel et Martin. Dès le départ, je sens que Claude me considère comme n’importe quel motard de son groupe. Il ne m’attend pas nécessairement aux stops. J’ai même affaire à m’activer si je veux qu’on démarre ensemble. Je suis flattée de sa confiance.

Nous traversons la ville de Rouyn-Noranda pour aller rejoindre la 391 en direction de Ville-Marie, notre destination du jour. L’asphalte neuf au début du parcours nous réjouit. Il fait beau, il fait chaud, tout le monde est heureux. Nous faisons une première halte à la petite station-service de Rollet, à une cinquantaine de kilomètres de notre départ, histoire de voir où tout le monde en est. J’en profite pour faire le plein. Et par le fait même pour pratiquer mes demi-tours autour de la pompe à essence, puisque l’ouverture de mon réservoir se trouve à la droite de ma moto, sous le siège et qu’une voiture occupe l’espace de l’autre côté! La route est agréable et le rythme est aussi super que l’essence qui coule dans mon réservoir. Que du bonheur.

Notre prochain arrêt se fera à d’Angliers, près du bateau-musée, le remorqueur de bois T.E. Draper. Ce dernier, aujourd’hui installé en cale sèche sur la rive du lac des Quinze, était utilisé pour diriger le flottage du bois dans les grands plans d’eau. En opération de 1929 à 1972, il sert maintenant à raconter l’histoire des chantiers de bûcherons de l’époque de la colonisation. Nous ne pourrons pas le visiter en raison de la maudite Covid… Claude me raconte que mon grand-père Gaulin a aussi travaillé ici comme draveur, chose que j’ignorais. Il fallait bien venir jusque-là pour découvrir de nouvelles choses sur ma famille.

Après ce petit arrêt près du bateau, nous nous rendons au pied du barrage d’Angliers admirer la puissance des flots. Cet ouvrage sert de régulateur de crue des eaux pour quelques centrales hydroélectriques abitibiennes. Les remous sont vraiment impressionnants. On se sent plutôt petits à côté de cela.

On remonte en selle pour en redescendre quelques mètres plus loin, afin de commander un petit snack au casse-croûte saisonnier du coin, qu’on appelle communément « cabane à patates frites ». Club sandwich, poutine, hot-dog et hamburger feront partie des mets consommés. Les pommes de terre frites viennent d’ailleurs probablement du coin. Les terres agricoles du Témiscamingue ont une excellente réputation.

Après avoir traversé des chemins forestiers, il est agréable de rouler au milieu de magnifiques terres cultivées. Les champs de colza illuminent le paysage. C’est tout à fait zen. Je suis la moto de mon cousin sans me poser de questions, profitant du moment présent. Comme c’est agréable de se laisser guider.

Nous arrivons bientôt à Ville-Marie, petite ville située dans une baie de l’immense lac Témiscamingue, qui fait la frontière entre le Québec et l’Ontario. Le point de vue sur le lac, lorsqu’on descend la côte qui nous y amène, est superbe. Nous allons stationner nos engins près d’un parc municipal qui borde la rive. D’ici, on ne peut imaginer toute l’étendue du vaste plan d’eau qui se trouve devant nous, qui s’étire sur 110 kilomètres. Suffisamment grand pour y organiser des régates en hydroplane, célèbres dans toute la région.

Ces nombreux arrêts rendent notre trajet facile, confortable et agréable, tout en nous permettant à chaque fois de jaser un peu avec mes cousins. Rouler c’est bien beau, mais profiter de leur présence est encore plus important. C’est pour ça que j’ai fait tout ce chemin. Mes cousins ne me taquinent pas. Bizarre venant d’eux. Je mets cela sur le compte de tout ce que j’ai dû traverser pour être ici aujourd’hui (cours de conduite moto, cancer, Covid et le fameux par La Vérendrye!).

Avant de repartir, Chantal nous propose de nous offrir une petite douceur : un cornet de crème glacée. Merci Chantal! Il fait si chaud. Un rafraîchissement est le bienvenu. Nous retournons à Rouyn-Noranda perdus dans nos pensées, avec un train légèrement plus rapide qu’à l’aller. Les montures ont hâte de revoir l’écurie.

C’est encore difficile pour moi de réaliser que mon rêve est enfin devenu réalité. Je sens que mes prochains rêves de moto devront être encore plus grands, car tout va trop vite. Faire un grand voyage en Europe ou en Amérique? Juste rêver de vivre assez longtemps pour cela. Merci mes cousins pour cette belle journée.

Virée en Abitibi 2

Publié: août 25, 2020 dans À moto
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Retour aux sources

Après avoir été privée des membres de ma famille en raison de la Covid, juste de les revoir fut une fête. Mais comme on est arrivé un peu tard, et comme on était quand même un peu fatigués, on n’a pas fait de vieux os et hop au lit. On savait qu’on aurait quelques jours pour profiter de leur présence.

 

7 août 2020. Au départ, la météo s’annonçait favorable pour toute la durée de notre séjour, mais tout a changé en court de route, alors nous avons convenu de partir en balade les deux premiers jours suivant notre arrivée. François avait très hâte d’explorer le territoire abitibien et moi de redécouvrir sous un nouveau jour quelques endroits que j’avais visités il y a très, très, très longtemps.

Notre premier défi : traverser la vingtaine de kilomètres de route forestière en zig-zag du Parc Aiguebelle. Il y a au moins soixante-quinze virages, presque tous aveugles, à négocier avec les habitants à plumes et à poils de cette réserve faunique. Sans compter que la végétation vient caresser les bords de la route, ce qui rend les animaux impossibles à détecter à l’avance. Voilà pourquoi la limite de vitesse de 50 kilomètres/heure nous semble très raisonnable. Mais quelle aventure! Waouh, que c’est beau!

Nous poursuivons notre périple sur la route 111, qui passe par Authier. La petite municipalité d’Abitibi-Ouest s’est rendue célèbre pour son expérience immersive d’école de rang de l’époque de la colonisation. Dépaysement et amusement assurés. Idéal comme activité de groupe, alors nous passons notre chemin pour cette fois. Nous avons plutôt prévu un arrêt un peu plus loin à Macamic, sur les bords du lac, pensant que le point de vue devait être sympathique. La petite ville tire son nom, au choix, du mot algonquin Makamik qui signifie « castor boiteux », ou « lac des merveilles » dans la langue crie. Je n’y ai vu ni castor handicapé, ni merveilles. La pointe du lac près de la route ne présentant que peu d’intérêt, nous repartons aussitôt, après un bref arrêt photo, juste pour dire qu’on y était.

À La Sarre, nous avons une mission : Aller chercher du fromage frais chez La Vache à Maillotte pour ma sœur Valérie, qui nous a reçu pour notre première nuit. Elle a un faible pour les « tortillons », que pour ma part, je trouve beaucoup trop salés. Nous en profitons pour acheter divers produits fromagers pour tous ceux qui nous hébergeront. Nous y faisons aussi une escale repas dans un restaurant Mikes et à la station-service, afin d’être prêts ensuite à continuer notre périple.

Notre voyage se poursuit par la route 393 en direction de Palmarolle. Une petite ville à traverser avant de bifurquer sur le chemin de Gallichan en direction de Roquemaure : l’objectif de la journée. C’est dans ce petit village qu’est née ma maman et j’espérais reconnaître des lieux que j’avais visités quand j’étais enfant. Mais je n’ai rien reconnu du tout. Ou alors si peu. Nous nous sommes assis dans l’herbe en face de l’église pour nous reposer un peu et prendre le temps de nous imprégner des lieux. Même cette église n’est pas d’époque, puisque l’originale a été détruite par un incendie en 1970. Mais les grands arbres à l’ombre desquels nous nous prélassons ont certainement figuré dans l’histoire des lieux et plusieurs photos de mariage.

La vieille grange Kendall à gauche de l’église a heureusement échappée aux flammes et témoigne du temps où elle servait à héberger les chevaux d’attelage durant les messes hivernales. C’était à l’époque où il était impensable de ne pas faire acte de présence aux offices religieux. Je me souviens de ma grand-mère qui était très pieuse et qui remettait entre les mains de la sainte famille le bien-être de la sienne; de ma mère qui nous a traîné à la messe jusqu’à ce que nous quittions le nid. Aujourd’hui, avec la vague de désillusion produite par toutes les laideurs perpétrées par de nombreux ecclésiastiques, la pratique religieuse a pris le bord. Elle n’a pas nécessairement été remplacée par d’autres rites propres à élever l’esprit. Je regarde cette petite église reconstruite, plutôt quelconque de l’extérieur, aux dimensions réduites, qui n’a plus rien de la gloire d’antan. « Avec ses portes vitrées, on dirait une façade de boutique », me fait remarquer François. Bien triste tout cela. Bien loin de l’esprit des colons qui ont bâti ces villages à la sueur de leur front.

Justement, nous ne croisons pas âme qui vive. Même pas de sympathiques fantômes de mes arrière-grands-parents que j’ai eu la chance de connaître. Il est temps de repartir de toute façon. Nous devons aller chercher nos bagages chez ma sœur Valérie pour aller dormir chez mon autre sœur Nicole à Rouyn-Noranda. Car demain, une belle virée avec mon cousin Claude est prévue.