Motards en pandémie Retour sur 2020

Publié: janvier 11, 2021 dans À moto

2019 a été pour moi une année exceptionnelle, remplie de découvertes et de nouvelles sensations. L’apprentissage de la conduite moto a été une grande révélation. La moto et moi sommes devenues amies, ce genre de pote qu’on a l’impression d’avoir toujours connu. J’avais donc de grandes attentes pour l’année à venir.

Rien ne s’est passé comme prévu en 2020. Rien.

Janvier. Tout a commencé par ce diagnostic de cancer qui a teinté mon début d’année. La nuance était plutôt sombre, mais pas question de me laisser abattre. J’ai affronté les épreuves une par une, tout comme je n’anticipe pas les difficultés de la route quand je suis à moto. Je me dis toujours qu’on verra quand on sera sur place.

Février. J’avais hâte au Salon de la Moto de Montréal. C’était jouable pour moi d’y participer après l’opération de retrait de la tumeur dans mon sein. J’avais 10 jours pour me remettre suffisamment sur pied. Mais une espèce de grippe avec de fortes allures de Covid-19 m’a clouée à la maison. J’ai voulu me faire tester, j’ai supplié les préposés au bout du téléphone, mais on m’a refusé ce privilège réservé à ceux qui revenaient de voyage. Alors je n’ai pas la confirmation s’il s’agissait effectivement du vilain virus, mais en tout cas, mes poumons ont passé un mauvais quart d’heure.

Mars. J’ai entamé ma double convalescence en regardant le monde se refermer sur lui-même et compter ceux qui tombaient au combat. Malgré tout, je m’en suis assez bien tirée, je ne sais pas si le fait que j’avais grandement pris soin de ma santé avant l’opération a aidé. Mais j’avoue que cette « grippe » m’a plus mise KO que l’opération. Même si c’était quand même douloureux. Difficile de trouver une position pour dormir ou de supporter les soutiens-gorges obligatoires (encore aujourd’hui).

Avril. Dans les dépliants sur le cancer, ils disent qu’il faut faire de l’exercice. Au moins 30 minutes par jour, afin de prévenir cette maladie et bien d’autres. Alors je me suis mise à la marche rapide sur tapis roulant, en attendant que la glace fonde dans les rues pour pouvoir marcher dehors. Un mois après le début du confinement, le gouvernement a commencé à donner du lest, permettant à quelques magasins moins essentiels d’ouvrir. Vers la fin d’avril, on a enfin pu ramener nos motos qui étaient entreposées à Montréal, chez Moto Internationale, à la maison. J’ai commencé à me visualiser aux guidons et ça m’a fait du bien. Guérir signifiait recommencer à rouler.

Mai. Long mois de radiothérapie. François avait envisagé de laisser les motos remisées jusqu’en juin pour économiser des sous. Cette idée ne tenait pas debout. Faire de la moto était notre seule joie, puisqu’on n’avait plus le droit de visiter nos amis ou d’aller voir des spectacles. J’ai fait ma première sortie de l’année le 19, heureuse de constater que je n’avais pas tout perdu. Il ne faut pas oublier que je n’avais que 6 mois d’expérience. Mais 10 000 km au compteur, tout de même. Quel bonheur et quel sentiment de liberté après n’avoir fréquenté que des salles d’examens d’hôpitaux.

Dire que dans mes plans initiaux, je voulais passer mon examen de permis moto le 20 mai. De toute façon, j’étais loin d’être prête et les gens de la SAAQ non plus. Bureaux fermés.

Juin. Le mois suivant a bien commencé, par une première sortie avec le Club moto BMW. Bien entendu, il fallait respecter des règles de distanciation et porter des masques. À moto, on roule déjà à une distance raisonnable les uns des autres et dans le Club, on porte tous des casques intégraux. Sans compter que chaque centimètre de notre peau est protégé ou ganté. Alors tant qu’on roule, aucun problème. Comme tous les restaurants sont fermés, on a prévu pour dîner faire un pique-nique dans un joli parc. Quand tout se passe au grand air, ça limite les risques d’infection.

Il faut voir comme cette sortie nous a fait du bien au moral. Revoir ces visages amicaux, reprendre d’assaut les routes pleines de courbes. Pourtant, la veille au soir, je me demandais si j’allais être en mesure de remonter en selle. Je venais de terminer mes traitements et je me sentais encore un peu faible. J’ai passé une très mauvaise nuit à souffrir des brûlures infligées par la radiothérapie. Peu importe, j’ai traversé cette journée sur un petit nuage grâce à nos amis motards et à une bonne dose d’adrénaline et d’air frais.

Deux semaines plus tard, je peux enfin prendre mon rendez-vous auprès de la SAAQ pour passer mon permis-moto. Le 23 juin, c’est enfin dans la poche. Ça y est, je suis officiellement une vraie motarde. Youpi!

Juillet. Il fait chaud. Parfois trop chaud pour que je sorte avec le club. Je ne me sens pas toujours l’énergie pour affronter de longues journées de canicule. Puisque j’ai enfin le droit de me plonger dans ma piscine, je ne manque pas d’en profiter. Je continue de faire de l’exercice quotidiennement depuis que j’ai débuté en avril. J’ai commencé un nouveau traitement d’hormonothérapie. Je vis au rythme des rendez-vous médicaux. J’en ai pour quelques années comme ça. Heureusement, il y a la moto…

Août. Ça fait longtemps qu’on y réfléchit. On a décidé d’aller voir ma famille en Abitibi à moto. Je rêve de rouler avec mes cousins Martin et Claude. C’est cool de réaliser un rêve. Mais j’ai de la difficulté à croire que c’est bien vrai. Tout se passe trop vite. On dirait que c’est normal que je me retrouve là à rouler avec eux, alors que c’est quand même bien spécial, non? Qui l’aurait cru, deux ans plus tôt, alors que je jouais les sacs de patates, campée sur la selle de la moto de François. Je suis si fière de moi. Fière de faire partie de la gang de bikers de la famille qui ne compte pas tant de membres que cela. Fière d’avoir parcouru plus de six cents kilomètres pour aller les rejoindre, après tout ce que j’ai traversé depuis le début de l’année.

Au retour, on prend rendez-vous pour changer les pneus de ma moto et le kit chaîne. Il était temps! Cette dernière passait son temps à se désajuster au grand déplaisir de François.

J’ai appris à entretenir ma chaîne moi-même, c’est-à-dire, à la nettoyer et la graisser. J’aimerais bien en savoir plus sur la mécanique moto.

Septembre. Enfin, la température est plus fraîche, mais le soleil n’est pas toujours au rendez-vous. J’ai l’impression d’avoir moins roulé que l’an dernier. Pourtant ce n’est pas le cas. J’ai participé à presque toutes les sorties du club, sauf une en juillet et l’autre quand on était en Abitibi.

Le 20 septembre, en revenant d’une balade à moto dans un vignoble avec la gang, j’apprends que mon cousin Martin nous a quitté la veille. Crise de cœur foudroyante. Je n’arrive pas à y croire. Ça ne me rentre toujours pas dans la tête. Lors de notre virée en Abitibi, on a bien rigolé et j’ai pris des dizaines de photos de son sourire fendu jusqu’aux oreilles. Il n’a pas pu profiter longtemps de sa nouvelle Harley. Et moi du plaisir de rouler avec lui. Mais quand je pense à sa femme et à ses deux jeunes filles, je me dis que la vie est bien cruelle. Et ça me rappelle qu’il faut bien profiter de chaque instant. Ma vie est encore fragile et je ne suis pas complètement tirée d’affaire.

Octobre. Avec la gang, on a quand même trouvé le tour de se concocter une belle grande saison de moto. À présent, on est en plein re-confinement. Les restaurants qui avaient rouverts en saison estivale sont à nouveaux fermés. On nous demande de faire des efforts, d’éviter les rassemblements, alors je n’ai plus trop le cœur à faire les dernières sorties de groupe. Je pense qu’il faut respecter les directives du gouvernement si on veut s’en sortir un jour.

L’automne est frisquet, pluvieux. Mais les couleurs sont toujours aussi belles et on a la chance d’habiter dans les Laurentides où les arbres se parent de centaines de chaudes nuances. Avec François, on se fait de belles virées: le mot est bien choisi, autant que les routes pleines de courbes. Je n’ai pas le goût que ça s’arrête. Vers la fin du mois, on a eu nos premiers flocons de neige. Il va falloir penser à remiser nos motos et à monter notre abri Tempo.

Novembre. En étudiant bien la tendance météo, j’ai réalisé qu’on allait avoir droit à un sacré redoux au début de novembre. Heureusement qu’on n’a pas eu le temps de remiser nos motos. Lors de notre dernière balade, le mercure monte jusqu’à 23°C. On peut pique-niquer sans nos manteaux. On s’offre une belle virée dans quelques-uns de nos endroits préférés. Les jours suivants, la température se remet à chuter. On se décide à amener nos motos chez un concessionnaire du coin, pour qu’elles passent l’hiver au chaud elles aussi. Et on commence à rêver de garage. Un beau garage pour nos motos. Comme ça, on n’aurait plus à se casser la tête avec le remisage. Je sens que François commence à l’envisager sérieusement. Mais avec l’incertitude de la pandémie côté revenus et la flambée des prix des matériaux, ce n’est pas le temps de se lancer dans de telles dépenses.

Décembre. D’abord, on nous avait dit que des rassemblements de 10 personnes seraient permis durant le temps des fêtes, puis on nous a repris ce cadeau. Pas de Noël en famille cette année. François et moi, on arrive à se créer quand même de beaux petits moments sympas. La magie de Noël opère. Vraiment. Mais j’ai un contrat de scénarisation à terminer pour le 8 janvier et il me semble que ça n’avance pas vite. Alors je vais travailler tout le temps des fêtes sauf le 25 décembre. Puis j’apprends une bonne nouvelle : une maison d’édition est intéressée par mon Journal d’une apprentie-motarde. Bon, on se réjouira vraiment quand le contrat sera signé. J’ai toujours peur qu’ils changent d’avis avec la conjoncture économique actuelle…

Bilan. J’aurai roulé 11 000 km à moto cette année. C’est quand même pas mal, compte tenu des circonstances.

Je doute qu’il y ait un Salon de la moto en février 2021. Alors le reste de l’hiver paraîtra un peu plus long. Et puis on ne pourra pas se réunir dans un resto avec la gang, comme on avait l’habitude de la faire.

Le confinement est dur pour les nerfs. Il y aura des séquelles chez plusieurs personnes. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, comme on dit. Courage!

7 septembre 2020. Aujourd’hui, je suis un peu moins enthousiaste. Parce que notre belle fin de semaine se termine, parce qu’on va tous se quitter pour retrouver le train-train quotidien, parce que même le soleil hésite à se montrer pour réchauffer mon âme un peu triste.

Ce matin, il faut régler le cas de la moto de Nancy. Comme il semble que ce soit vraiment un problème de batterie, pourquoi pas essayer de voir si celle de François, rechargée partiellement par 400 kilomètres de route, ne pourrait pas faire l’affaire, en attendant d’avoir accès à un garage? Martin s’attèle à la tâche, installe l’objet en place et puis voilà, la moto de Nancy démarre! Nous espérons qu’ils se rendront à bon port, puisqu’ils nous quittent ce matin afin d’aller visiter de la famille.

Nous formons trois groupes pour amorcer le retour au bercail : Véronique et Jean-Pierre, les courageux, sont prêts à revivre de nouvelles aventures hors-pistes, alors ils partiront avec Alain. Pour notre part, on préfère arpenter les belles routes que Fred nous a trouvées, alors on forme un quatuor avec Tuan et Isabelle. Tous les autres partiront sous la direction de Fred : Lucie, Michel, Éric et Robert.

Petite inquiétude au départ, Isabelle semble éprouver quelques difficultés avec l’embrayage de sa moto. Il faut dire qu’elle a aussi eu un pépin lors du jour 1 : une fuite d’huile assez conséquente pour saloper une de ses bottes et éclabousser la moto de Véronique qui la suivait. Tuan a effectué une réparation d’urgence avec les moyens du bord : un bon vieux tube de Crazy Glue! Je la trouve bien courageuse de partir comme cela, sans pouvoir avoir l’esprit vraiment tranquille concernant son véhicule. Bien sûr, une panne, ça peut arriver n’importe quand, peu importe l’âge de la moto, on en a largement eu la preuve en fin se semaine. Voilà pourquoi il est bon de faire partie d’un groupe de gens débrouillards et serviables. Le dévouement de plusieurs des membres du Club a le don de m’émouvoir.

Tuan descend de sa monture et va voir un peu ce qui se passe avec la moto de sa blonde. Il actionne la poignée des gaz à quelques reprises. Il lui prodigue quelques conseils et Isabelle finit par arriver à démarrer.

Tant qu’elle roulera sur cette moto, je la vois mal partir à l’aventure sans son mécanicien de chum! Mais il est vrai qu’elle a de la gueule, sa moto tigrée, avec ses rayures noires et bronze-orangé. Elle est unique! Comme celle qui la pilote! Je suis très heureuse de rouler avec eux aujourd’hui.

Notre rythme de progression est vraiment excellent. La principale difficulté d’aujourd’hui viendra du vent à écorner les bœufs. Je n’avais jamais essuyé de bourrasques aussi violentes. On en bave. Pas possible d’attendre l’arrêt prévu à la station-service de Cookshire-Eaton avant de faire une première petite pause. Le stationnement de l’église du village de Marston fera l’affaire. J’en profite pour sortir le fromage en grains que j’avais acheté à Ste-Élizabeth-de-Warwick et en offre à la ronde. Pour accompagner le tout, Isabelle nous propose un morceau d’une excellente baguette de pain. Génial! Ce petit snack convivial va nous aider à tenir jusqu’au dîner. Je crois que nous n’arriverons pas au resto avant 13h00-13h30 au moins.

« Mais, c’est le groupe de Fred qui arrive! Qu’est-ce qu’ils font là, ils sont partis bien avant nous! »

Fred s’arrête quelques secondes pour nous saluer et nous informer qu’ils ont fait un détour pour aller acheter des trucs dans une petite boutique à Lac Mégantic, ce qui explique tout. Ils repartent aussitôt et je dis aux membres de notre groupe que nous devrions faire de même, si nous voulons arriver à destination!

Un peu plus loin, juste avant Piopolis, le trajet sur le GPS indique de prendre le chemin de Bury. Sauf que, l’embranchement pour y arriver n’a juste pas de bon sens! François, voyant cela, nous montre la voie à suivre en se décalant exagérément à gauche avant de tourner dans cette intersection qui s’avance en pointe de flèche. De sorte qu’il faille faire un véritable demi-tour en plus dans une pente ascendante. Je copie sa manœuvre et réussis à m’insérer dans la voie, mais non sans empiéter légèrement sur la ligne jaune. Isabelle réussit aussi, mais elle s’arrête soudainement, ce qui donne du fil à retordre à Tuan qui la suivait de près. Dans mon rétroviseur, j’ai l’impression qu’il est tombé, mais il s’avère que c’était une illusion.

C’était une manœuvre très difficile. « We are the best! »

Le paysage est plutôt vallonné. C’est vraiment très beau, mais en hauteur, on se prend des rafales de vent plein la gueule. Je me disais que cela faisait deux fois que je passais ici et qu’on se tapait ce maudit vent. La première fois, c’était en revenant de Bar Harbour. Une très mauvaise expérience en tant que passagère. Somme toute, je trouve ça moins épeurant aux guidons de ma propre moto! Même si parfois, ça fout réellement la trouille tellement c’est intense. Disons qu’on a moins le temps d’apprécier le paysage, ce qui est vraiment dommage.

Nous arrivons enfin au point de rencontre à Cookshire-Eaton. Pendant que nous nous apprêtons à faire le plein d’essence, le trio d’Alain arrive. Véronique est plutôt déçue, car ils n’ont pas rencontré de routes à GS sur leur trajet. Je pense qu’elle en a assez de ce vent et de cette route pour aujourd’hui. Après avoir fait le plein, elle et Jean-Pierre décident de partir de leur côté par la voie la plus rapide. Ils sont aussi motivés par la crainte de se taper de la pluie. Il semblerait qu’il y en aurait de prévu dès 15h00.

Entre temps, arrive le groupe de Fred. Quoi? Comment ça? Ils sont partis devant nous! Une seule explication possible, ils n’ont pas tourné sur le chemin de Bury et ils ont fait un grand détour plus loin. Quand j’ai parlé à Fred du fameux virage à l’intersection, il ne semblait pas savoir de quoi je parlais. Un tel virage, ça ne s’oublie pas!

À Cookshire-Eaton, Éric, Michel et Alain déclarent aussi forfait et décident de rentrer par un autre chemin. Nous ne sommes plus que sept motos à continuer jusqu’à la prochaine étape, un sympathique resto à North Hatley, le Pilsen. Gilles, un membre de notre club qui n’a pas fait la grande sortie, nous y attend. L’endroit est charmant et fait très villégiature, avec la marina juste à côté. Le vent, qui semble s’être un peu calmé, souffle du sud, apportant une bouffée de chaleur nous permettant de nous prélasser sur la terrasse sans avoir besoin de nos manteaux. Le personnel est vraiment des plus sympathique et chaleureux. La nourriture est excellente, style bistro, mais un peu fancy. Un des meilleurs repas de ma fin de semaine.

Voilà que Lucie commence à réfléchir à la possibilité d’arrêter à sa maison d’Orford, plutôt que de rentrer à Montréal ce soir. Fred, qui semble un peu fatigué, se laisse tenter par cette option alléchante. Même si ça lui fera beaucoup de route à faire demain pour aller travailler sur la rive nord de Montréal.

Nous formerons donc un groupe de six, avec Robert et Gilles. François décide de laisser à ce dernier le soin de nous guider, histoire de prendre un break. Nous traversons de beaux paysages, mais sommes de moins en moins en mesure de les apprécier. On a tous hâte de rentrer et je ne pense qu’au bonheur que j’aurai à m’affaler enfin sur mon divan et d’étendre mes jambes sur le pouf.

Dès qu’on arrive sur l’autoroute 35, qui débouchera ensuite sur l’autoroute 10, ce n’est plus drôle du tout. On fait des pieds et des mains pour rester ensemble.

À la sortie vers l’autoroute 30, on dit au revoir à la moitié du groupe : Gilles, Isabelle et Tuan et François reprend la tête de notre équipée. Le trafic est dense. Je suis contente d’avoir Robert juste derrière moi. Sa présence est très rassurante, car sa moto est pourvue de jeux de lumières supplémentaires, ce qui la rend très visible.

On passe le pont Champlain puis on emprunte le boulevard Décarie pour déboucher enfin sur la 15 Nord. Les nuages se font maintenant vraiment très menaçants. On va sûrement y goûter!

Comme de fait, c’est bientôt l’averse. On doit s’arrêter en bordure de l’autoroute pour enfiler nos imperméables. J’en profite pour enlever mes lunettes de soleil, qui sont devenues une nuisance. Lorsqu’on repart, il se met à pleuvoir encore plus intensément, alors on est heureux d’avoir pris la peine de s’arrêter. Bien habillé, tout se supporte!

Bientôt, Robert poursuit sa route seul en direction de Prévost, tandis que nous prenons notre sortie, direction la maison. La pluie a cessé juste à temps pour nous permettre de décharger les motos sans se faire arroser davantage.

Pas moyen de rouler peinard dans le soleil couchant, il faut qu’on en bave jusqu’au bout. C’est ça, l’aventure à moto! Mais on est prêts à repartir. N’importe quand!

6 septembre 2020. Malgré le lit plutôt confortable, François n’a pas très bien dormi. Il avait en tête son problème de batterie de moto non réglé. Dès que la clarté a été suffisante pour aller bricoler sur son engin, il s’est levé le plus discrètement possible pour aller installer sa batterie neuve. J’ai ouvert un œil, puis l’ai refermé aussitôt, comprenant de quoi il en retournait de son côté. J’ai une nuit à terminer, un rêve à poursuivre qui était très agréable.

Plus tard, j’ai vaguement entendu une moto démarrer. Je reconnais déjà le son de sa nouvelle acquisition, une R1200GS rouge 2014. Elle est un peu plus bruyante que sa RT… Puis enfin, j’entends la clef tourner dans la porte de la chambre. Le voilà qui revient, fier de son coup.

Tant qu’à être tous les deux réveillés, nous décidons d’aller prendre notre petit déjeuner avant la cohue. Éric, un gars de la gang, est attablé depuis un moment, une assiette vide devant lui et un livre à la main. Il s’impose la discipline de se lever tôt chaque matin et d’apprendre quelque chose chaque jour (d’où le livre). Respect! Nous discutons avec lui en attendant notre repas et apprenons à mieux le connaître. D’ailleurs, ce que j’aime dans ces longues sorties BMW, c’est l’occasion d’approfondir différentes relations à chaque fois et de faire de belles découvertes.

Petit à petit, les autres émergent de leur chambre. Nous sommes quatorze motocyclistes ayant répondu « présents » pour cette grande sortie de la fin de semaine. Après avoir satisfait nos estomacs, nous nous retrouvons dehors pour récupérer nos motos et nous diriger vers la station-service qui se trouve juste à côté, accessible par le stationnement de l’hôtel. C’est vachement pratique! Bravo les organisateurs!

Malheur! La moto de Nancy a décidé de prendre la même tangente que celle de François hier. Pas de panique. François sort fièrement ses câbles de survoltage de son top case, telle une baguette magique. Comme il a maintenant une batterie neuve, il est la personne tout indiquée pour aller l’aider.

Sa moto démarre enfin, mais il n’est pas question pour Nancy de faire la route avec. Son chum Martin possède une K1600 Bagger pouvant accueillir confortablement un passager; Fred les convainc de profiter de la belle journée qui s’annonce en venant avec nous. On les aidera à régler le problème de la moto plus tard. De toute façon, les garages sont fermés jusqu’à mardi. Inutile de rester ici à se morfondre et ne savoir que faire.

Youpi! Ils décident d’accepter l’invitation. Mais en tant qu’ex-passagère et nouvelle pilote, je comprends la déception de Nancy.

Nous formons les groupes. Nous sommes cinq à rouler en GS aujourd’hui (moto double usage) : Alain avec son jeune fils en passager, Lucie, François, Véronique et son chum Jean-Pierre, et moi. Alors après quelques tergiversations, nous décidons de faire ensemble le trajet spécial GS, comprenant quantité de rangs en gravelle et quelques surprises à venir. Complètement inexpérimentée, comme la majorité d’entre nous, je n’étais pas trop certaine de le vouloir, mais bon, pourquoi pas, après tout! À nous l’aventure!

Alain, pilote aguerri, sera notre guide. C’est un départ. Nous ne roulerons pas longtemps sur le confort de l’asphalte avant d’emprunter notre premier rang de gravier.

Ça se passe plutôt bien, la difficulté de cette route est assez faible. Alain s’arrête au besoin pour nous prodiguer quelques conseils. « Restez loin les uns des autres, afin de ne pas encrasser vos filtres à air avec la poussière. Ne roulez pas trop près du bord de la route, car la gravelle y est plus molle. » Il n’a pas eu besoin d’ajouter « amusez-vous » à l’attention de Véronique, car elle est déjà aux oiseaux. Elle avance prudemment, à son rythme, quitte à disparaître un peu trop souvent de mon rétroviseur. Comme je me sens responsable, je ralentis la cadence pour qu’elle sache qu’elle roule toujours dans la bonne direction. Aux stops, en général, Alain attend le reste du groupe pour s’assurer que tout le monde est là.

François ne comprend plus rien au trajet que l’on suit, car ça ne correspond pas à ce qui apparaît sur son GPS. La règle, c’est que le meneur a toujours raison. Alors on roule derrière notre guide, comme des canetons.

La route est pratiquement déserte, ce qui est vraiment agréable. On traverse des pinèdes odorantes, c’est magnifique. De temps en temps on roule sur quelques bouts de route asphaltée, ce qui nous repose un peu. Mais parfois, ça ressemble d’avantage à des routes de zones de guerre, avec des trous en gravelle mélangés à l’asphalte en lambeaux.

Soudain, on bifurque dans un rang qui monte et monte sans qu’on n’en voie la fin. La route en planche à laver nous oblige à rouler debout sur les cale-pieds. C’est rassurant de sentir le carénage de ma moto entre mes jambes (je ne peux pas dire le réservoir, car sur ma GS, il est sous le siège). C’est une position nouvelle et je suis un peu surprise par les réajustements qu’il faut faire au niveau du maintien de l’accélérateur et du contrôle des guidons. C’est un peu déstabilisant, mais pas désagréable. On se sent comme des vrais! Yahou!

Et puis tout à coup, Alain prend une piste à gauche, un virage à 90° dans la gravelle la plus molle sur laquelle je n’ai jamais roulé, suivi d’une pente très abrupte. Chacun y va de sa stratégie pour traverser l’épreuve : rouler en 1 (tous les autres) ou en 2 (moi). Quand j’ai vu la gravelle molle j’ai vite réfléchi au fait que dans la neige molle, c’est plus facile de démarrer en 2. Mais la situation n’est pas du tout la même, et c’est de la puissance dont j’ai besoin pour monter. Heureusement mon petit moteur de 700 réagit vaillamment en 2. Pas de mouvements brusques, surtout, rouler avec constance, même si les pneus ont l’air de partir dans tous les sens.

« Maman! Je vais tomber! Il ne faut pas que je tombe ici! Surtout pas! » Ouf! J’arrive en haut tant bien que mal, après quelques frayeurs, et me stationne derrière les trois premiers du groupe : Alain, Lucie et François. Il reste encore Véronique et Jean-Pierre à monter. On les voit enfin arriver avec soulagement. Alain nous avoue, qu’après avoir vu comment cela se présentait, même avec ses bons pneus de hors-route, il était certain qu’un de nous allait tomber. Et se sortir de là n’aurait pas été une mince affaire. Impossible dans la gravelle molle de repartir en avant si on s’arrête dans une pente aussi abrupte. Mais c’était sans compter sur notre orgueil. Personne ne voulait être celui qui ne réussirait pas l’épreuve quand tous les autres sont arrivés à la franchir.

Je regarde la montée qu’on vient de faire et je suis en train de réfléchir qu’il va falloir qu’on redescende cela quelque part à un moment donné. Misère! En haut de la montagne, la piste se rétrécie de plus en plus. Car il s’agit bien d’une piste et non pas d’un rang oublié par la voirie municipale… Probablement dédiée aux quatre-roues…Arrive bientôt la descente qui se présente avec un virage au milieu. La pente est si raide que même en 1, on a l’impression de rouler trop vite pour la qualité médiocre de la chaussée. Alors, oui, je freine doucement, oui, je joue de l’embraye même, je l’avoue, et en plus, je mets le pied par terre dans le virage! Après tout, si ça se fait en motocross… Bon, ce n’est peut-être pas la meilleure technique, mais j’arrive en bas en un morceau, sans perdre la moto de François de vue et surtout, encore une fois, sans tomber. Ouf, deuxième épreuve réussie!

Véronique et Jean-Pierre tardent beaucoup trop à apparaître derrière moi, alors Alain enfourche sa moto et va voir ce qui se passe. Véronique s’est arrêtée en plein milieu de la pente, pas certaine de faire ce qu’il faut, car son moteur en compression produit selon elle un boucan d’enfer inquiétant. Jean-Pierre descend de sa moto, la rassure et elle se décide enfin à repartir, un peu avec la même technique que moi sauf pour le pied par terre. Rayonnante de fierté, elle franchit, elle aussi, cette épreuve sur ses deux roues.

Le dépassement de soi est un des sentiments les plus gratifiants qui puisse nous envahir. Il efface bien vite la peur et les difficultés qu’on vient de traverser pour faire place à l’euphorie de la réussite, ici partagée. Pour ma part, j’aurais bien délaissé le hors-piste pour le reste de la journée, mais il nous restait une autre épreuve à venir.

Après la piste, on retrouve un bout de route en bitume, jusqu’à ce que je voie avec désespoir les clignotants d’Alain nous guider vers un autre rang minuscule. Mais après ce qu’on vient de vivre, cela nous apparaît nettement plus facile. Même si la route n’est pas si bien damée. Alors on se lance dans l’ascension d’une autre pente, beaucoup plus douce avec un stop au bout. Les trois premiers du groupe se suivent d’assez près et moi je joue les tampons afin d’attendre Véronique et Jean-Pierre. Au stop, je vois les premiers tourner à droite, mais cette fois, Alain n’attend pas. Véronique est disparu de mon rétroviseur, et je me rends compte un peu tard qu’elle ne saura pas où tourner. Alors je m’arrête, espérant être encore visible depuis le coin de l’intersection. Je les vois enfin apparaître, soulagée. Mais nous ne progressons pas dans la bonne direction et nous devrons faire demi-tour, dès que cela sera sécuritaire d’y parvenir.

Notre dernière épreuve GS du jour, sera une descente plutôt abrupte dans la gravelle plus ou moins molle, avec virage, dans un rang où on croise des véhicules. C’est éprouvant, mais un peu moins difficile que notre première grande descente. J’y arrive sans trop freiner. Après cette dernière difficulté, tous les autres rangs de gravier apparaîtront vraiment faciles à emprunter.

On doit maintenant rattraper un peu notre retard pour aller rejoindre les autres au resto à St-Jean-Port-Joli. On décide de prendre l’autoroute 20 à partir de Montmagny. Sur la voie rapide, tout le groupe reste bien soudé.

Nous avons la surprise de découvrir à l’arrivée qu’un quai est réservé au stationnement des motos, ce qui nous évite le souci de chercher une place où se garer. Encore une fois, c’était bien pensé de la part des organisateurs!

Je crois qu’il ne manquait plus que nous, mais c’est connu : les groupes en GS arrivent toujours un peu plus tard. Et maintenant, je comprends pourquoi!

Des étoiles plein les yeux, on raconte nos aventures à qui veut bien nous écouter. En l’occurrence Fred, car sa blonde, Lucie, faisait partie de cette folle équipée.

On aura tout le loisir de reparler de cela à table, devant un bon repas chaud.

Dommage que les guêpes étaient aussi intéressées que nous par ce qu’il y avait dans nos verres et nos assiettes. Elles nous tournaient autour en nombre impossible à gérer. Heureusement, ce n’est pas à notre peau qu’elles en voulaient.

Après le repas, la visite d’un moulin seigneurial était prévue. Mais il y avait un groupe qui passait avant nous et nous n’avions pas le loisir d’attendre qu’ils aient terminé. Pas avec la route qu’il nous restait à faire pour rentrer. Nous nous sommes rabattus sur la visite du manoir de la seigneurie. Elle aurait pu s’avérer intéressante si elle n’avait pas été aussi longue à débuter, la mise en contexte étant interminable avant qu’on pénètre à l’intérieur. Et puis on était peut-être un peu trop sur l’adrénaline après la petite averse qu’on venait de se prendre pour se rendre ici.

En gros, ce qu’il y avait à retenir de la visite, c’est que l’hiver, le chauffage était déficient, et les larbins n’avaient que des miettes de confort. Les marches de l’escalier qui leur était réservé étaient ridiculement hautes et étroites. Il fallait nécessairement le monter en mettant les pieds de côté, tout en transportant de grands seaux d’eau pour les besoins sanitaires des gens qui couchaient à l’étage. Débile! Pour le reste, si vous avez vu la série Downton Abbey, vous comprenez le principe.

Il est temps d’amorcer notre retour. François a décidé de prendre la tête de notre groupe. Le trafic est lent près de St-Jean-Port-Joli. Nous comprenons pourquoi quand nous apercevons des gens tenter de réanimer un pauvre bougre qui, on l’apprendra plus tard, a été renversé de son vélo par un chauffard de pick-up ivre. Il ne survivra pas à l’accident, malgré tout le dévouement des gens qui lui ont porté secours. On prend soudain conscience de notre vulnérabilité, nous les conducteurs sur deux roues. D’ailleurs, un peu plus loin sur le trajet, à St-Gervais, c’est François qui a bien failli se faire rentrer dedans par un VUS. C’est un peu sa faute car il l’a doublé là où il ne fallait pas, mais on a tous eu peur pour lui. Surtout qu’il s’est retrouvé face au trafic dans la voie à gauche et qu’une voiture s’en venait. Heureusement qu’il a eu le temps d’éviter la chaîne de trottoir et de rentrer dans sa voie. François dit qu’avec sa RT, il n’aurait pas pu réagir aussi vite. Alors je suis contente de son nouvel achat, si cela lui a sauvé la vie! Ça ne fait jamais du bien de planter sur l’asphalte!

La fin du trajet a été un peu chaotique. On suivait Fred qui s’est gouré de route à un embranchement où le chemin était barré par là où on devait passer. Ensuite on a fini par perdre le groupe de Fred de vue car Véronique avait besoin de mettre des vêtements plus chauds. On les a attendu un bon bout de temps, mais comme ils n’arrivaient pas, on a pensé qu’ils avaient décidé de suivre Alain dans un chemin plus direct. Nous les savions, elle et Jean-Pierre, entre bonnes mains, mais ce n’est quand même pas cool comme situation.

Pour notre part, nous avons un peu tourné en rond, jusqu’à ce qu’on trouve le moyen de rejoindre l’autoroute qui allait nous ramener le plus promptement possible à l’hôtel, car la noirceur était presque entièrement installée.

Dès que nous sommes arrivés, je me suis attaquée à l’entretien de ma chaîne, car avec la poussière et la pluie que nous avons attrapées, ça devenait indispensable.

Vers 20h15, nous nous sommes retrouvés au resto de l’hôtel pour un repas bien mérité. Quelle journée! La gang des GS, on était tellement fiers de nous! Waouh! Pour des débutants, on a eu droit à toute une initiation!

Allez, dodo, demain une longue journée nous attend!

5 septembre 2020. Pour ce long congé de la fête du travail, le Club BMW Montréal a décidé d’organiser une sortie de trois jours dans plusieurs régions du Québec. Notre port d’attache sera St-Joseph-de-Beauce et à partir de là, on ira se balader un peu partout. Chouette, ils annoncent du temps pas trop mauvais en plus.

On a préparé la majeure partie de nos bagages la veille, donc on réussit à démarrer à peu près à l’heure planifiée. On va rejoindre Véronique et Jean-Pierre à une station-service le long de l’autoroute 15.

Peu de temps après notre arrivée, on les voit qui s’amènent. Tout baigne! Sauf que… la moto de François refuse catégoriquement de redémarrer. Rien à faire! Ça semble résulter d’un problème de batterie.

« Allez-y, on va essayer de régler cela et on vous rejoint plus tard! »

Nos amis démarrent pendant que François et moi on cherche une solution. D’abord, François appelle la CAA pour demander un survoltage, mais quand ils apprennent que c’est pour une moto, ils se désistent. François demande conseil à Fred, le président du Club, l’informant du même coup de la situation. Ce dernier lui mentionne l’option d’un bloc chargeur, mais le problème, c’est qu’il faut le charger avant l’utilisation. François part avec ma moto au Canadian Tire et il revient avec des câbles de survoltage. On va se débrouiller nous-même. Il démonte les six vis du cache qui couvre ma batterie et installe les câbles. Puis je démarre ma moto et la sienne accepte enfin de faire de même. OK, mais il n’est pas question de faire une grande route sans solution durable. On décide de passer chez Nadon à St-Eustache (heureusement, le magasin est ouvert), chercher une batterie neuve (heureusement, ils en ont!).

Durant le trajet jusqu’au magasin, la batterie semble s’être suffisamment rechargée pour être en mesure d’assurer le démarrage de sa moto, alors on décide d’attendre d’être à l’hôtel pour la changer. Au pire, on l’a, si jamais il y a un problème!

Entre temps, François reçoit un appel de Michel qui n’a pas réussi à télécharger le trajet sur son GPS et qui a manqué le départ du groupe. Alors on convient d’un lieu de rencontre pour le guider à bon port. Le malheur des uns fait le bonheur des autres!

Un weekend qui commence fort! Ce retard nous amène à rouler dans le pire du trafic sur les échangeurs qui mènent à l’autoroute 10. Un mauvais moment à passer! Le plus difficile, c’est qu’on est arrêté à tout bout de champ, et qu’il faut jouer constamment de l’embrayage. C’est épuisant pour la main gauche. On arrive enfin à la sortie 68, direction Granby. Michel nous attend à la station-service sur le bord de l’autoroute.

À l’heure qu’il est (11h20), il est hors de question qu’on dîne à l’endroit prévu, qui est à 2 heures de route au moins. Comme nous avons notre pique-nique, on convient de s’arrêter dès qu’on trouve un endroit où Michel pourra se trouver quelque chose à manger.

Le trajet se passe bien. Après le dîner, nous profitons de l’arrêt planifié à la Fromagerie du Presbytère de Ste-Élizabeth-de-Warwick pour prendre un petit café et goûter quelques fromages. L’endroit est charmant et la lumière du milieu de l’après-midi est magnifique.

On sent que l’automne est à nos portes. Déjà quelques arbres commencent à changer de couleur. C’est une belle saison pour rouler. Surtout que cet été, la chaleur était parfois suffocante sous nos manteaux et vêtements protecteurs. Aujourd’hui, le thermomètre a de la difficulté à dépasser les 20°C. Je suis contente d’avoir choisi de porter mes vêtements les plus chauds.

François commence à s’inquiéter, car son téléphone ne se recharge pas vite et la batterie de son GPS est presque à plat. Il n’ose pas trop le brancher directement sur la batterie de sa moto, avec ce qui s’est passé ce matin. On décide d’installer son téléphone sur ma moto pour le recharger. Ça fonctionne. Plusieurs kilomètres plus loin, François s’arrête soudainement au milieu d’un petit pont. Son GPS vient de le lâcher, alors il espère que le téléphone est suffisamment rechargé pour nous amener à destination. Je profite de l’arrêt pour prendre quelques jolies photos.

La route est de plus en plus vallonnée et agréable, avec de belles courbes à négocier finement. J’ai tout de même bien hâte d’arriver, car l’épisode de l’autoroute 10 a été quand même assez épuisant.

Le paysage dans les derniers kilomètres sur le bord de la rivière Chaudière est superbe. J’aurais bien aimé pouvoir m’arrêter prendre quelques photos.

Arrivés à l’hôtel, nous sommes accueillis avec des exclamations de joie par nos amis. Nous déchargeons les motos et allons les rejoindre en train de prendre une bière dans le stationnement, sous le coucher du soleil. Il fait frisquet dehors, mais chaud dans nos cœurs.

Nous rencontrons deux nouvelles recrues, Martin et Nancy, qui sont décidément bien sympathiques! Et puis comme nous commençons à avoir un peu faim, et que de toute façon, nous avons une réservation au resto de l’hôtel à 19h30, nous rentrons nous installer dans une grande salle juste pour nous.

Souper plein de rires et de plaisir. Bonne fête Fred! Lucie a commandé un gros gâteau pour souligner l’événement. Quelle belle attention. Douche chaude et dodo. Demain, le rendez-vous est à 9h00 pour une autre journée de découverte.

8 août 2020. C’était chouette de dormir chez ma grande sœur Nicole. On y est accueilli sans flafla mais avec plein de petites douceurs et d’attentions. Comme partout dans ma famille. Son Michel avait fait de la place dans leur immense garage pour y entreposer nos motos pour la nuit. Un garage si grand qu’on peut y faire demi-tour et placer les motos de face, prêtes à partir. Un garage de rêve! Et jamais je n’avais dormi dans une chambre aussi tranquille, aussi silencieuse, peut-être parce qu’elle était située tout au fond du sous-sol de la maison. Ce fut une belle occasion de passer un peu plus de temps avec eux, nous qui venons toujours en Abitibi en coup de vent, et qui n’avons jamais la chance de voir toute notre famille incluant oncles et tantes, cousins et cousines, autant qu’on le souhaiterait.

La maison de ma sœur est à deux tour de roues (ou deux rues, ha! Ha! ha!) de celle de mon cousin Claude, qui elle-même est voisine de celle de mes parrain-marraine. Du coup, notre rendez-vous chez lui pour le départ de notre randonnée, nous a donné l’opportunité de voir tout ce beau monde.

 

Je me sens dans un état second. J’ai de la difficulté à réaliser ce qui m’arrive. Depuis le temps que j’en rêvais, je vais enfin rouler avec mes cousins. Car Martin a aussi accepté de faire partie du voyage, malgré ses autres projets personnels de la journée. Se joindront aussi à nous son gendre Jean-Michel qui pilote une Honda Custom 750 et Chantal, en duo avec Claude.

Vivre un grand rêve n’est pas si simple. Parce qu’après, il n’existera plus jamais. Il aura été assouvi. Et ce qui est beau dans un rêve, c’est l’espoir, c’est l’imagination qui s’emballe.

Tout semble irréel. Ou au contraire, un peu trop normal. Personne n’a l’air étonné de me voir à moto. Même pas mon parrain et ma marraine qui sont sortis sur leur terrasse pour nous regarder nous préparer. « Bonjour! Comment ça va? C’est l’fun de vous voir! » Parlant de moto, ma chaîne a besoin d’un petit ajustement. Elle en est à ses derniers milles de vie et se détend sans cesse. Heureusement, Claude a les outils dans son garage qu’il faut pour s’occuper de cela. Avec François, ils s’attaquent à cette réparation promptement.

Pendant ce temps, je discute un peu avec Martin. Mais je suis si excitée que ma concentration sur quelque conversation que ce soit est minable. Je papillonne d’un petit groupe à l’autre. Je vais voir comment s’en tirent les garçons avec ma moto. Ils ont déjà terminé! On est prêts à partir!

Tous montent en selle et le moteur des Harley de mes cousins s’ébrouent. C’est bien vrai. Ça y est Francine! Tu vas rouler avec tes cousins! Gaz!

 

Je m’insère sur la route à la suite de Claude. François part derrière moi, suivi de Jean-Michel et Martin. Dès le départ, je sens que Claude me considère comme n’importe quel motard de son groupe. Il ne m’attend pas nécessairement aux stops. J’ai même affaire à m’activer si je veux qu’on démarre ensemble. Je suis flattée de sa confiance.

Nous traversons la ville de Rouyn-Noranda pour aller rejoindre la 391 en direction de Ville-Marie, notre destination du jour. L’asphalte neuf au début du parcours nous réjouit. Il fait beau, il fait chaud, tout le monde est heureux. Nous faisons une première halte à la petite station-service de Rollet, à une cinquantaine de kilomètres de notre départ, histoire de voir où tout le monde en est. J’en profite pour faire le plein. Et par le fait même pour pratiquer mes demi-tours autour de la pompe à essence, puisque l’ouverture de mon réservoir se trouve à la droite de ma moto, sous le siège et qu’une voiture occupe l’espace de l’autre côté! La route est agréable et le rythme est aussi super que l’essence qui coule dans mon réservoir. Que du bonheur.

Notre prochain arrêt se fera à d’Angliers, près du bateau-musée, le remorqueur de bois T.E. Draper. Ce dernier, aujourd’hui installé en cale sèche sur la rive du lac des Quinze, était utilisé pour diriger le flottage du bois dans les grands plans d’eau. En opération de 1929 à 1972, il sert maintenant à raconter l’histoire des chantiers de bûcherons de l’époque de la colonisation. Nous ne pourrons pas le visiter en raison de la maudite Covid… Claude me raconte que mon grand-père Gaulin a aussi travaillé ici comme draveur, chose que j’ignorais. Il fallait bien venir jusque-là pour découvrir de nouvelles choses sur ma famille.

Après ce petit arrêt près du bateau, nous nous rendons au pied du barrage d’Angliers admirer la puissance des flots. Cet ouvrage sert de régulateur de crue des eaux pour quelques centrales hydroélectriques abitibiennes. Les remous sont vraiment impressionnants. On se sent plutôt petits à côté de cela.

On remonte en selle pour en redescendre quelques mètres plus loin, afin de commander un petit snack au casse-croûte saisonnier du coin, qu’on appelle communément « cabane à patates frites ». Club sandwich, poutine, hot-dog et hamburger feront partie des mets consommés. Les pommes de terre frites viennent d’ailleurs probablement du coin. Les terres agricoles du Témiscamingue ont une excellente réputation.

Après avoir traversé des chemins forestiers, il est agréable de rouler au milieu de magnifiques terres cultivées. Les champs de colza illuminent le paysage. C’est tout à fait zen. Je suis la moto de mon cousin sans me poser de questions, profitant du moment présent. Comme c’est agréable de se laisser guider.

Nous arrivons bientôt à Ville-Marie, petite ville située dans une baie de l’immense lac Témiscamingue, qui fait la frontière entre le Québec et l’Ontario. Le point de vue sur le lac, lorsqu’on descend la côte qui nous y amène, est superbe. Nous allons stationner nos engins près d’un parc municipal qui borde la rive. D’ici, on ne peut imaginer toute l’étendue du vaste plan d’eau qui se trouve devant nous, qui s’étire sur 110 kilomètres. Suffisamment grand pour y organiser des régates en hydroplane, célèbres dans toute la région.

Ces nombreux arrêts rendent notre trajet facile, confortable et agréable, tout en nous permettant à chaque fois de jaser un peu avec mes cousins. Rouler c’est bien beau, mais profiter de leur présence est encore plus important. C’est pour ça que j’ai fait tout ce chemin. Mes cousins ne me taquinent pas. Bizarre venant d’eux. Je mets cela sur le compte de tout ce que j’ai dû traverser pour être ici aujourd’hui (cours de conduite moto, cancer, Covid et le fameux par La Vérendrye!).

Avant de repartir, Chantal nous propose de nous offrir une petite douceur : un cornet de crème glacée. Merci Chantal! Il fait si chaud. Un rafraîchissement est le bienvenu. Nous retournons à Rouyn-Noranda perdus dans nos pensées, avec un train légèrement plus rapide qu’à l’aller. Les montures ont hâte de revoir l’écurie.

C’est encore difficile pour moi de réaliser que mon rêve est enfin devenu réalité. Je sens que mes prochains rêves de moto devront être encore plus grands, car tout va trop vite. Faire un grand voyage en Europe ou en Amérique? Juste rêver de vivre assez longtemps pour cela. Merci mes cousins pour cette belle journée.

Virée en Abitibi 2

Publié: août 25, 2020 dans À moto
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Retour aux sources

Après avoir été privée des membres de ma famille en raison de la Covid, juste de les revoir fut une fête. Mais comme on est arrivé un peu tard, et comme on était quand même un peu fatigués, on n’a pas fait de vieux os et hop au lit. On savait qu’on aurait quelques jours pour profiter de leur présence.

 

7 août 2020. Au départ, la météo s’annonçait favorable pour toute la durée de notre séjour, mais tout a changé en court de route, alors nous avons convenu de partir en balade les deux premiers jours suivant notre arrivée. François avait très hâte d’explorer le territoire abitibien et moi de redécouvrir sous un nouveau jour quelques endroits que j’avais visités il y a très, très, très longtemps.

Notre premier défi : traverser la vingtaine de kilomètres de route forestière en zig-zag du Parc Aiguebelle. Il y a au moins soixante-quinze virages, presque tous aveugles, à négocier avec les habitants à plumes et à poils de cette réserve faunique. Sans compter que la végétation vient caresser les bords de la route, ce qui rend les animaux impossibles à détecter à l’avance. Voilà pourquoi la limite de vitesse de 50 kilomètres/heure nous semble très raisonnable. Mais quelle aventure! Waouh, que c’est beau!

Nous poursuivons notre périple sur la route 111, qui passe par Authier. La petite municipalité d’Abitibi-Ouest s’est rendue célèbre pour son expérience immersive d’école de rang de l’époque de la colonisation. Dépaysement et amusement assurés. Idéal comme activité de groupe, alors nous passons notre chemin pour cette fois. Nous avons plutôt prévu un arrêt un peu plus loin à Macamic, sur les bords du lac, pensant que le point de vue devait être sympathique. La petite ville tire son nom, au choix, du mot algonquin Makamik qui signifie « castor boiteux », ou « lac des merveilles » dans la langue crie. Je n’y ai vu ni castor handicapé, ni merveilles. La pointe du lac près de la route ne présentant que peu d’intérêt, nous repartons aussitôt, après un bref arrêt photo, juste pour dire qu’on y était.

À La Sarre, nous avons une mission : Aller chercher du fromage frais chez La Vache à Maillotte pour ma sœur Valérie, qui nous a reçu pour notre première nuit. Elle a un faible pour les « tortillons », que pour ma part, je trouve beaucoup trop salés. Nous en profitons pour acheter divers produits fromagers pour tous ceux qui nous hébergeront. Nous y faisons aussi une escale repas dans un restaurant Mikes et à la station-service, afin d’être prêts ensuite à continuer notre périple.

Notre voyage se poursuit par la route 393 en direction de Palmarolle. Une petite ville à traverser avant de bifurquer sur le chemin de Gallichan en direction de Roquemaure : l’objectif de la journée. C’est dans ce petit village qu’est née ma maman et j’espérais reconnaître des lieux que j’avais visités quand j’étais enfant. Mais je n’ai rien reconnu du tout. Ou alors si peu. Nous nous sommes assis dans l’herbe en face de l’église pour nous reposer un peu et prendre le temps de nous imprégner des lieux. Même cette église n’est pas d’époque, puisque l’originale a été détruite par un incendie en 1970. Mais les grands arbres à l’ombre desquels nous nous prélassons ont certainement figuré dans l’histoire des lieux et plusieurs photos de mariage.

La vieille grange Kendall à gauche de l’église a heureusement échappée aux flammes et témoigne du temps où elle servait à héberger les chevaux d’attelage durant les messes hivernales. C’était à l’époque où il était impensable de ne pas faire acte de présence aux offices religieux. Je me souviens de ma grand-mère qui était très pieuse et qui remettait entre les mains de la sainte famille le bien-être de la sienne; de ma mère qui nous a traîné à la messe jusqu’à ce que nous quittions le nid. Aujourd’hui, avec la vague de désillusion produite par toutes les laideurs perpétrées par de nombreux ecclésiastiques, la pratique religieuse a pris le bord. Elle n’a pas nécessairement été remplacée par d’autres rites propres à élever l’esprit. Je regarde cette petite église reconstruite, plutôt quelconque de l’extérieur, aux dimensions réduites, qui n’a plus rien de la gloire d’antan. « Avec ses portes vitrées, on dirait une façade de boutique », me fait remarquer François. Bien triste tout cela. Bien loin de l’esprit des colons qui ont bâti ces villages à la sueur de leur front.

Justement, nous ne croisons pas âme qui vive. Même pas de sympathiques fantômes de mes arrière-grands-parents que j’ai eu la chance de connaître. Il est temps de repartir de toute façon. Nous devons aller chercher nos bagages chez ma sœur Valérie pour aller dormir chez mon autre sœur Nicole à Rouyn-Noranda. Car demain, une belle virée avec mon cousin Claude est prévue.

Virée en Abitibi 

Publié: août 21, 2020 dans À moto
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Première partie : l’épreuve du feu

6 août 2020. C’est aujourd’hui que ça se passe. Mon baptême du feu. Ma traversée du désert. François et moi, on monte en Abitibi à moto. 575 kilomètres de grandes routes majoritairement à travers les bois dont la moitié au moins est isolée de la civilisation.

Déjà, 575 kilomètres, c’est 100 kilomètres de plus que je n’ai jamais roulés en une journée. Et je me souviens de mains, de jambes et de dos en compote après beaucoup moins que cela. François m’a promis d’être conciliant. Si je suis épuisée, on s’arrêtera à Val-d’Or. Mais j’ai mon arme secrète pour me donner du courage : mon cousin Claude qui a accepté de venir faire un bout de route avec nous à partir de Louvicourt. C’est suffisant pour me redonner du pep.

Les préparatifs vont bon train. En plus de nos valises de moto, nous remplissons chacun un grand sac étanche jaune fluo avec un tas de vêtements dont je doute un peu de leur totale utilité. Mais comme on part pour plusieurs jours, il faut être prévoyant. Les sacs sont tellement grands qu’ils poussent au crime. Tout à coup, je me donne le luxe d’apporter un deuxième manteau de moto que j’enfouis dans le sac de François qui est beaucoup plus grand, avec sa bénédiction rassurez-vous, plutôt que d’envisager la technique des couches de vêtements pour les journées froides.

Je fixe mon sac solidement sur la selle-passager de ma brave petite GS. J’ai l’impression d’être chargée comme un mulet. Jamais ma moto n’a été aussi lourde. Mais tout cela a un parfum d’aventure que je hume à pleines narines.

C’est un départ. Je parcoure les cent premiers kilomètres, complètement crispée sur mon guidon. Nous sommes constamment obligés de changer de voie pour trouver un rythme qui nous sied. L’autoroute en montagne se tortille, monte et descend, requérant toute notre attention. À notre premier arrêt à une station-service de Mont-Tremblant, je réalise que ça ne pourra pas aller. Il faut que je me ressaisisse. Sinon mes mains et mon dos ne tiendront pas le coup. Je dois me détendre. Je m’efforce de repartir sur de meilleures bases et de toute façon, le trafic est maintenant moins dense.

Nous traversons Mont-Laurier sans nous arrêter, ce qui n’arrive jamais quand nous sommes en voiture. Soit que nous y descendions dîner ou faire le plein d’essence. Nous avons choisi de pique-niquer à la halte municipale de Grands-Remous, dernière municipalité de taille conséquente avant de s’enfoncer dans la nature sauvage. Une table en bois surmontée d’un toit nous prodigue confort et ombre bénéfique en cette journée ensoleillée. On prend notre temps, car on sait que c’est important de bien se re reposer si on veut tenir le coup. Il faut ensuite donner à boire à nos motos avant d’affronter l’épreuve des deux cents kilomètres du Parc La Vérendrye. Cette route, je croyais la connaître comme le fond de ma poche, après l’avoir empruntée deux fois par année depuis une trentaine d’années. Mais à moto, tout semble différent, plus intense. Quelques kilomètres de mauvaise route nous tiennent aussi en alerte. Et puis je suis passablement occupée à talonner le feu arrière de la moto de François. À me calquer sur sa vitesse. Je ne peux tout de même faire fi du paysage de forêts et de lacs qui nous enveloppe sur 360°. Parfois, les plans d’eau se déploient de chaque côté de la route et je n’ai pas assez d’yeux pour tout contempler avec émerveillement.

Par ma faute, nous ratons une jolie escale près d’un de ces lacs, qui aurait coupé judicieusement le trajet du parc en deux. Nous devrons nous rabattre beaucoup plus loin sur une halte pour camionneurs qui sent l’urine et l’ennui, afin de relaxer un peu.

Chaque kilomètre nous rapproche de notre rendez-vous avec Claude à la Halte-routière de Louvicourt. La dernière portion du trajet avant d’y arriver passe très vite. Rouler enfin avec mes cousins Thibault durant ce voyage me semble irréel. Trop cool pour être vrai. J’en rêve depuis que j’ai commencé mes cours de conduite moto. Ils étaient trois frères motocyclistes, fervents amateurs de Harley, avant que la vie n’emporte l’un deux, mon cousin Jacques, beaucoup trop tôt. Rien à voir avec la moto, mais plutôt à une vie rude dans les mines d’Amérique du Sud, d’Afrique et où sais-je encore. Un vrai badass pur cuir. Je regretterai toujours ne jamais avoir eu la chance de prendre la route avec lui. Mais ce rendez-vous avez Claude, jette un grand baume sur ma nostalgie.

« Ha, les voilà! » Claude est venu avec son amie Chantal, avec qui il partage le cruel destin d’avoir perdu sa douce moitié, emportée récemment par les doigts crochus et impitoyables du cancer. Ils sont un train de prendre une collation, attablés à l’ombre, avec la belle Harley Electra Glide rouge taillée pour la grande route de mon cousin comme complément de ce charmant tableau. Avec Chantal, ils en ont profité aujourd’hui pour faire une petite balade du côté d’Amos. Claude n’aime pas prendre la même route aller-retour. Et une seule nous ramène vers sa maison en direction de Rouyn-Noranda, en passant par Val-d’Or. Remplie d’émotion et de fébrilité, je me stationne tout près de sa monture. Il semble à peine surpris de me voir chevaucher la mienne. Habitué de suivre mes aventures dans mon blog, il a dû se faire à l’idée depuis longtemps que je fais désormais partie des initiés, de ceux qu’on salue sur la route avec les doigts de la main gauche tendus en V.

La Covid nous empêche de se serrer dans les bras avec toute la chaleur dont on aurait envie. Mais le cœur y est. « Est-ce que ça vous dirait d’aller manger une pizza à Val-D’or avant de prendre la route? Je vous invite! » C’est un peu gênant d’accepter son offre, mais l’idée nous plaît. Sinon, nous risquons de nous retrouver dans la congestion routière causée par la sortie d’usine des travailleurs. Et qui peut être sourd à l’appel d’une bonne pizza? Cet arrêt nous donne la possibilité de bien reposer chaque partie de notre corps fatiguée par la route. Nous repartirons frais et dispo, prêts à affronter la « pause », une autre section de route isolée, tortueuse comme on les aime. Claude nous avertit que la route est mauvaise, mais nous n’y verrons que du feu, ravis d’un peu d’action après la route longue et un peu monotone que nous avons empruntée depuis Louvicourt. On se quitte à l’entrée de la « pause », tandis que le duo poursuit son chemin vers Rouyn-Noranda et que nous nous rendons à Mont-Brun retrouver ma famille.

À demi-mot

Publié: juin 22, 2018 dans Théâtre
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Synopsis                                          

À demi-mots : Sans qu’il soit nécessaire de tout dire
Sans lexprimer explicitement.

Toute l’histoire se passe dans un même local qui évoluera au fil du temps. De petite épicerie de quartier, il deviendra une taverne excluant les femmes, pour enfin se muter en café Internet branché! Seul élément immuable, le comptoir, lieu de confidence où les plus désoeuvrés prennent le commerçant, leur verre d’alcool ou leur tasse de café pour témoin de leurs préoccupations. Au départ, la communication est fluide, presqu’idyllique entre les gens. Car on se comprend à demi-mot, puisqu’on se connaît bien. On est complice de l’inavouable. Puis, il y a scission quand le commerce devient taverne. Certains hommes vont y dépenser tout leur fric et leurs épouses cherchent à y pénétrer pour les en empêcher. Mais la communication entre eux est coupée par la porte qui refuse l’accès aux femmes. Quand le commerce devient finalement un café Internet, de nouveaux codes de communication s’installent. Mais se les approprier demande des outils que tous ne possèdent pas. Surtout quand on est « déconnecté »!

 

Personnages                                      

L’épicier (seul acteur non aphasique)

Marie Lamarre (23 répliques)

Ginette Delisle (23 répliques)

Jean Delisle (19 répliques)

Bernard Tavernier (21 répliques)

Josée Lavoie (20 répliques)

André / Serveur du café (13 répliques)

 

 

Acte 1: L’épicerie – À demi-mot!

La scène se passe dans une petite épicerie de quartier (ou de village) où tout le monde se rassemble pour avoir des nouvelles ou pour discuter politique. Il est intéressant de constater que l’on peut se comprendre à demi-mot et c’est ce que cette scène cherche à illustrer.

L’épicier (un acteur non aphasique), seul dans sa boutique, s’affaire à coller des prix un peu partout, même sur des objets incongrus. Il pourrait par exemple mettre un prix sur un couple de spectateurs, donnant un prix élevé à l’un et un prix minuscule à l’autre. Entre une cliente qui scrute chaque élément sur lequel il y a un prix. L’épicier  retourne derrière son comptoir et  entame le dialogue:

 

Épicier

Alors, des nouvelles?

 

Marie Lamarre

Ahh! Mon mari…

 

Épicier
(encourageant à raconter)

Votre mari?

 

Marie Lamarre

Vous savez ce que c’est!

 

Épicier
(Ne comprenant pas)

Alors, il va bien?

 

Marie Lamarre

C’est qu’il est mort!

 

Épicier
(Dans ses petits souliers)

Vous avez besoin de quelque chose?

 

Marie Lamarre

Comme d’habitude.

 

Une deuxième cliente se présente accompagné d’un homme qui semble être son mari.

 

Ginette Delisle

Bonjour madame!

 

Marie Lamarre

Ah! C’est vous!

 

Ginette Delisle

Comme vous voyez!

 

Marie Lamarre

Alors c’est votre mari?

 

Ginette Delisle

En tout cas, cet homme habite chez moi.

 

Marie Lamarre

Et vous allez bien?

 

Ginette Delisle

Nous allons, nous allons.

 

Marie Lamarre

Justement, je m’en allais.

 

Ginette Delisle

Au revoir alors!

 

La Marie Lamarre se contente de lui faire un signe de la main et sort. La Ginette Delisle fait mine de faire ses courses. Pendant ce temps le Jean Delisle  s’est approché de l’épicier.

 

Épicier

Ahh! La politique!

 

Jean Delisle

Ne m’en parlez pas.

 

Épicier

Le premier ministre…

 

Jean Delisle

Justement, j’en discutais hier avec mon frère.

 

Épicier

Et puis?

 

Jean Delisle

Rien à redire!

 

Épicier

Tant mieux, tant mieux!

 

Jean Delisle

Vous n’auriez pas…

 

Épicier

Quoi donc?

 

Jean Delisle
(Mal à l’aise)

Vous savez…

 

Épicier

Ah! Cela?

 

Jean Delisle

C’est un peu délicat

 

Épicier

Je vous comprends!

Ginette Delisle

Tu viens?

 

Jean Delisle

Là tout de suite?

 

Ginette Delisle

Non demain!

 

Jean Delisle
(Discrètement, s’adressant à l’épicier)

Je repasse plus tard…

 

Bernard Tavernier

Alors, j’ai appris que vous vouliez vendre?

 

Épicier

Si je vendais plus, je n’aurais plus besoin de vendre!

 

Bernard Tavernier

C’est dommage!

 

Épicier

À qui le dites-vous!

 

Bernard Tavernier

À vous!

 

Épicier

C’est bien vrai!

 

Bernard Tavernier

Je suis intéressé.

 

Épicier

L’affaire est dans le sac.

 

Bernard Tavernier

C’est réglé alors!

 

Épicier

Tout à fait!

 

Bernard Tavernier sort. Entre une nouvelle cliente.

 

Josée Lavoie

J’ai appris que vous aviez vendu?

 

Épicier

Les nouvelles vont vite

 

Josée Lavoie

Qu’allons-nous devenir?

 

Épicier

Il fallait y penser avant.

 

Josée Lavoie

Il va en faire une taverne, en plus!

 

Épicier

Je serai son premier client!

 

Josée Lavoie

Vous n’y penser pas sérieusement!

 

Épicier

Une bonne bière!

 

Josée Lavoie

Je ne vous dis pas bonjour.

 

Épicier

Pourtant, j’ai bien cru vous l’entendre dire à l’instant.

 

Josée Lavoie

C’est terrible, terrible, terrible…

 

Les clientes 1 et 2 entrent précipitamment.

Marie Lamarre

C’est bien vrai cette histoire…

 

Ginette Delisle

… Vous vendez!

 

Épicier

J’ai toujours vendu…

 

Marie Lamarre

Pas votre magasin…

 

Ginette Delisle

Qu’allons-nous devenir?

 

Marie Lamarre

C’est terrible!

 

Ginette Delisle

Terrible!

 

Josée Lavoie

Je vous l’ai dit que c’était terrible!

 

Épicerie

Bon, je vais fermer mesdames, au revoir!

 

Marie Lamarre

C’est plutôt adieu!

 

Ginette Delisle

Oui, adieu!

 

Josée Lavoie

Je ne vous dis pas adieu!

 

Épicerie

Mais vous l’avez quand même dit.

 

Acte 2: La taverne

Le comptoir de l’épicerie fait maintenant office de comptoir de taverne. On installe des tabourets devant. 3 hommes arrivent en même temps et s’installent au comptoir.

 

Bernard Tavernier

Qu’est-ce qu’on vous sert?

 

Ex épicier

Un peu de compassion

 

André

Moi de la compréhension

 

Jean Delisle

Même chose!

 

Bernard Tavernier

Alors, les gars?

 

Ex épicier

Perdu mon gagne pain.

 

Bernard Tavernier

Vous n’auriez pas dû vendre alors!

 

Ex épicier

Je ne vendais plus.

 

Bernard Tavernier

C’est la faute des grandes surfaces

 

Ex épicier

Maintenant je suis client.

 

André

On achète la paix.

 

Jean Delisle

La sainte paix.

 

Bernard Tavernier

Je vous fiche la paix alors?

 

Ex épicier

Donnez m’en un double!

 

André

Tournée générale! C’est moi qui « paie ».

 

À l’extérieur de la taverne les femmes arrivent. Elles aimeraient entrer pour empêcher les hommes de tout dépenser l’argent du ménage.

 

Ginette Delisle

Laissez-nous entrer, on vient chercher nos maris!

 

Josée Lavoie

Ils dépensent trop.

 

Marie Lamarre

Ils sont absents quand on a besoin d’eux.

 

Bernard Tavernier

Mais votre mari est mort!

 

Ginette Delisle

Ils ne nous parlent plus.

 

Josée Lavoie

On a besoin d’argent pour l’épicerie.

 

Marie Lamarre

Les médicaments

 

Bernard Tavernier

Mais vous êtes en bonne santé!

 

Ginette Delisle

Le téléphone…

 

Josée Lavoie

L’électricité…

 

Marie Lamarre

Le loyer…

 

Bernard Tavernier

Mais vous avez reçu un héritage!

 

Ginette Delisle

Laissez-nous entrer, c’est une question de vie ou de mort!

 

Josée Lavoie

C’est urgent!

 

Marie Lamarre

Laissez-nous entrer!

 

Bernard Tavernier

Les femmes ne sont pas admises!

 

Ginette Delisle

Vous le regretterez!

 

Josée Lavoie

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

 

Marie Lamarre

Vous serez bientôt obligé de vendre.

 

Conciliabule des femmes.

 

Ginette Delisle

Il faut faire quelque chose

 

Josée Lavoie

Qu’allons-nous faire?

 

Marie Lamarre

Il n’y a qu’une chose à faire!

 

Ginette Delisle et Josée Lavoie

Quoi?

 

Marie Lamarre

Il faut acheter la taverne!

 

Ginette Delisle

Comment allons-nous faire?

 

Josée Lavoie

Nous n’avons pas assez d’argent.

 

Marie Lamarre

Vous pourriez retenir les hommes à la maison.

 

Ginette Delisle

Oui! Ça va tuer le commerce.

 

Josée Lavoie

Et nous l’aurons pour une bouchée de pain.

 

Pendant ce temps, dans la taverne

 

Ex épicier

Avant, ici, il y avait des petits pois.

 

Bernard Tavernier

Fini ce temps!

 

Ex épicier

Et ici, il y avait des journaux.

 

Bernard Tavernier

Maintenant, il y a des télés. C’est ça le progrès.

 

Jean Delisle

On regarde la télé et on ne se parle plus.

 

André

La télé nous parle.

 

Ex épicier

Que pensez-vous de notre gouvernement?

 

André
(Regardant la télé)

Et c’est le but!

 

Jean Delisle

Quel lancer!

 

Ex épicier

On dirait qu’il va pleuvoir.

 

André

C’est l’étoile du match!

 

Jean Delisle

Ça sent la coupe Stanley!

 

Ex épicier

Bon, ben j’y vais moi!

 

André

Dire qu’il a été échangé!

 

Jean Delisle

Si je pouvais échanger ma femme!

 

André et Jean Delisle

Ha! Ha! Ha! Ha!

 

Jean Delisle

Je vais rentrer moi aussi.

 

André

Haaa, les femmes!

 

 

Acte 3: L’achat de la taverne

Scène comme du cinéma muet. Quelqu’un montrera des pancartes pour signifier les dialogues. On pourrait entendre de la musique de saloon (piano mécanique, rag time) Les acteurs pourraient être habillés en tons de gris, de noir et de blanc.

Les hommes se dirigent vers la taverne, mais les femmes les en empêchent, leur barrent le chemin. Il y a une altercation, une petite bousculade, mais les femmes tiennent leur point et elles repartent avec leurs hommes.

Bernard Tavernier a l’air de s’ennuyer. Il est seul et essuie ses verres. Puis il tourne la pancarte « Ouvert » du côté « Fermé » et sort. Black out. Puis il revient, tourne la pancarte du côté « Ouvert », mais personne ne viendra. Pendant ce temps, les femmes viennent et observent  Bernard Tavernier qui n’a plus de clients. Une femme fait semblant d’expliquer aux autres:

 

Pancarte texte:

Vous voyez, ça marche. Il n’aura pas le choix de vendre!

 

Les femmes repartent, Bernard Tavernier tourne la pancarte du côté « Fermé ».

 

Pancarte texte :

Un mois plus tard.

 

Bernard Tavernier revient, les épaules très basses, l’air déprimé. Il installe une pancarte « À vendre » à la place de la pancarte « Ouvert ».

 

Pancarte texte:

Qui voudra acheter une taverne en faillite?

 

Les femmes s’amènent avec une valise contenant des billets. Elles montrent la pancarte, ouvrent la valise et Bernard Tavernier retrouve le sourire. Il serre accepte la valise, serre la main aux dames et part tout pimpant.

 

 

Acte 4: Le café Internet « La ré-cup »

Le comptoir de la taverne fait maintenant office de comptoir du café « La ré-cup ». Des textes apparaîtront sur un écran numérique déroulant pour illustrer ce que les clients écrivent sur leur média numérique imaginaire (textos). De fait, ils écrivent dans leurs mains. Pour différencier qui écrit, on voit apparaître le nom de la personne comme dans facebook.

Une cliente arrive. Elle s’assoit au comptoir et passe sa commande avec son téléphone imaginaire.

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Veuillez entrer votre commande.

 

Josée Lavoie (texto)

Josée Lavoie: 1 café régulier

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Total : 1 unité de paiement. Entrez votre code.

 

Josée Lavoie (texto)

Josée Lavoie: *****

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Merci.

 

Le serveur lui apporte un  gobelet. La cliente prend quelques gorgées, semble s’ennuyer, et se met à jouer à un jeu vidéo.

Un autre client s’amène. Il prend bien soin de se placer le plus loin possible de la cliente. Même manège pour la commande.

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Veuillez entrer votre commande.

 

Jean Delisle (texto)

Jean: 1 café + 1 biscuit.

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Total : 2 unités de paiement. Entrez votre code.

 

Jean Delisle (texto)

Jean: *****

 

André/ Serveur (texto)

La ré-cup: Merci.

 

Le serveur apporte la commande. Le client 1 se met à texter.

 

Jean Delisle (twit)

Je suis au café La ré-cup.

            (Il se brûle avec son café.)

Le café est trop chaud.

            (Il mange une bouchée de biscuit.)

Mais le biscuit est délicieux.

Demain, je vais essayer les muffins.

Peut-être avec un thé.

 

Un nouveau client entre. Il ne semble pas comprendre le fonctionnement du commerce. Il s’adresse au serveur.

 

Ex épicier

Bonjour! Je voudrais un café s’il vous plaît.

 

André/ Serveur

Veuillez texter votre commande.

 

Ex épicier

Texter? Vous-voulez-dire que je dois commander par téléphone? Mais à quoi ça sert puisque je suis là et que vous êtes là et que je vous vois et que vous savez maintenant que je veux un café!

 

André/ Serveur

Nous n’acceptons que les paiements par téléphone maintenant.

 

Ex épicier

Écoutez, j’veux pas faire d’histoire là. J’en ai pas d’téléphone intelligent! Comprenez-vous? On m’a fait comprendre que ça prend un espèce de code de paiement pour acheter un téléphone!! On s’en sort pas là! J’ai une carte de crédit…

 

André/ Serveur

On n’accepte plus les cartes…

 

D’autres clients entrent. Tous regardent l’ex-épicier comme une bête curieuse.

 

 

Ex épicier

Aye, c’est fou. J’ai l’impression de ne même pas parler la même langue que tout l’monde ici, parce que personne n’a l’air de me comprendre. Je n’ai quitté cette ville que quelques mois et maintenant, je ne reconnais plus rien.

 

Bernard Tavernier

Bizarre comment il parle. On dirait qu’il est soul!

 

Jean Delisle

On devrait aller le voir.

 

Bernard Tavernier

Ah, j’sais pas. Je ne me sens pas à l’aise.

 

Jean Delisle

Je ne sais pas vraiment quoi lui dire.

 

Ginette Delisle

Avant, on ne se posait pas de questions.

 

Marie Lamarre

Quand il était épicier…

 

 

 

 

Acte 5: Le slam du désarticulé

Les acteurs s’assoient en groupe et deviennent le public de l’épicier et celui-ci s’adresse d’abord à eux dans le premier couplet. Puis il se tourne vers le public.

Musique de slam style « Grand corps malade ».


Ex épicier

 (Slamant ou déclamant sur la musique)

Je suis un désarticulé, jeté en pâture au public

Celui qu’on a jugé perdu dans des vapeurs éthyliques

J’ai raté mon entrée, j’ai oublié ma réplique

La critique s’est prononcée, l’acteur était pathétique

 

Mon courage en baluchon, crayon coincé entre les dents

J’ai répété mille fois mon nom pour ne pas l’oublier en dedans

Mais j’ai perdu mes illusions que tout redevienne comme avant

Tout ce qu’il me reste à vendre au fond, est ce que même le sourd entend

 

Je suis un désarticulé mais j’ai compris à demi-mot

Même si le monde est dé-phrasé dans les confins de mon cerveau

Puisque la vie m’a épargné il faut que je me redresse le dos

Puisque la vie m’a épargné je dois recoller les morceaux

 

Je serai à nouveau ce vendeur qui déballe sa marchandise

Habillé de ma candeur, prêt à gérer ma franchise

Affrontant toutes mes peurs pour qu’enfin elles s’épuisent

Car pour sortir de la noirceur il faudra que la flamme s’attise

 

Me revoilà devant vous, ce désarticulé que vous avez jugé trop vite

Vous aviez cru que je me fous de tout ce monde qui s’agite

Mais dans ma tête tout devient flou car il y a trop de parasites

Je me raccroche à des mots doux, quelque souvenir explicite

 

Je suis un désarticulé mais j’ai compris à demi-mot

Même si le monde est dé-phrasé dans les confins de mon cerveau

Puisque la vie m’a épargné il faut que je me redresse le dos

Puisque la vie m’a épargné je dois en faire quelque chose de beau

Quel hiver interminable!

Publié: avril 6, 2013 dans Billet d'humeur
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Il a même fallu même creuser une tranchée pour que le chien aille faire ses besoins cet hiver, imaginez!!

Je suis vraiment, vraiment, vraiment tannée de l’hiver, alors j’ai conçu quelques activités afin de tromper ce malotrus qui refuse de s’avouer vaincu, s’obstinant à conserver son manteau blanc :

1- Détente: Boire des cocktails à base de noix de coco, style Malibu sunrise, vêtue d’un paréo, en regardant des photos de notre piscine en activité.
2- Sportive: Pelleter la neige le plus loin possible de ma maison, dégageant par le fait même les crocus et les narcisses qui ne demandaient que cela!
3- Botanique: Parler à mes semis, en leur racontant de belles histoires, genre, comment ils vont être heureux dans le potager, quand le soleil sera bien chaud.
4- Culturelle: Ne lire que des romans qui se passent en été! Idem pour les films à regarder.
5- Gastronomique: Abandonner toute idée de cuisiner des soupes et les remplacer par des salades. Manger des cornets de crème glacée.
6- Psychologique: Faire des plans pour les vacances, parler de repeindre le patio, huiler les chaînes des bicyclettes, en faisant semblant qu’il n’est pas là dehors, à la porte, aussi tenace qu’un vendeur itinérant.
7- Domestique: Étendre du linge sur la corde dehors, au moindre rayon de soleil.

Et ce n’est qu’un début!!!

Je vous invite à me proposer d’autres activités. Ça urge, parce que j’ai jamais vu de la neige qui se cramponne autant sur ses positions. Ça me rappelle certains premiers ministres québécois et canadiens. Alors on aurait peut-être besoin de nos grévistes du printemps érable de l’an dernier pour détrôner Jack Frost!
Tous à la pelle! Répondez à l’appel!

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Synopsis

Vous êtes à la tête d’un vaste empire de communication, incluant plusieurs médias, des entreprises de traduction, des services de téléphonie, et vos affaires roulent rondement. Vos enfants avaient, au départ, tous refusés de travailler pour vous et ne bénéficient donc pas de cette bonne fortune. Or, ils semblent en ce moment éprouver des ennuis financiers. Oui, votre héritage pourrait en sauver plus d’un. Il y a aussi ce président d’une compagnie concurrente qui tente de racheter votre entreprise et que vous soupçonnez de chercher aussi à vous voler votre épouse…

Depuis quelques temps, vous recevez des lettres de menace de plus en plus inquiétantes, signées le caméléon. La dernière vous donne à croire que votre vie est réellement en danger. Alors vous vous organisez pour réunir les personnes que vous soupçonnez afin de forcer le ou la coupable à se dévoiler. Mais pas question de mettre votre vie en péril toutefois. Vous avez un plan: Vous allez vous même fournir l’arme du crime à l’assassin, en laissant traîner une fausse bouteille de strychnine remplie de pilules inoffensives. Vous allez sortir promener votre chien et ferez en sorte que vos invités croient qu’on vous a retrouvé mort dans la rue. Vous reviendrez déguisé en détective et ferez enquête en prenant soin de montrer la lettre de menace supposément trouvée sur le cadavre pour observer la réaction des convives…

Personnages

Pier Démarchais

À la tête d’une grande entreprise,  les affaires de Démarchais roulent rondement. Son bonheur serait parfait, si ce n’était de ses enfants qui lui causent des soucis, sans cesse à réclamer de l’argent pour leurs entreprises foireuses. Qu’ils travaillent! Sa réussite, il ne la doit qu’à lui-même et il serait temps qu’ils prennent leur vie en main. Après tout, personne n’a daigné lui prêter main forte, surtout pas eux!

Comtesse  Jeanne Van Eyck, femme de Pier Démarchais

Issue de la noblesse belge, ce fut pour Jeanne un dur coup à encaisser de se voir donner en mariage à ce petit bourgeois du Canada, dont elle est tombée enceinte après une nuit de bohème à Bruges. Elle ne voulait que s’amuser…
Bienveillant,  Démarchais a tôt fait de l’installer dans une confortable vie d’épouse et de mère.
Une vie si ennuyeuse. Succomber à la tentation serait bien facile. Mais il y a tous ces obstacles…

Valérie Démarchais

Fille de Pier et Jeanne Démarchais, Valérie est une artiste non accomplie, qui croit dur comme fer que son nom de famille lui a plus nuit qu’aidé. Selon Valérie, elle a tous les talents, musique, théâtre, danse, écriture, et elle n’aurait qu’à choisir. Mais elle n’a jamais reçu aucun soutien des siens. Valérie aurait un projet artistique fabuleux à monter avec ses amis, mais pour ça elle aurait besoin d’argent. Beaucoup d’argent… un héritage, par exemple…

Daniel Démarchais

Fils de Pier et Jeanne Démarchais, Daniel n’a qu’un seul don, c’est de se mettre les pieds dans les plats. Il a vainement tenté de monter diverses entreprises pour prouver à son père qu’il était capable lui aussi de réussir, mais jamais ce dernier n’a daigné lui prodiguer quelques conseils ou encouragements. Sa dernière en lice est un échec monumental et il doit un paquet de fric à des créanciers, mais il n’ose pas en parler à son père de peur de devoir subir encore une fois ses railleries…

Gabrielle Démarchais

Fille de Valérie Démarchais, Gabrielle a  hérité des penchants artistiques de sa mère et possède de réels talents vocaux. Son grand-père Pier en est vraiment fier. Elle est son petit chouchou et elle peut faire de lui ce qu’elle veut. Il lui accorde toute l’attention qu’il n’a pas donné à sa propre fille. De qui serait-elle solidaire, s’il arrivait quoi que ce soit à son papy?

Cédrick Démarchais

Fils de Daniel Démarchais, Cédrick est un joyeux boute en train, vif d’esprit et ingénieux. Très observateur, il est inutile d’essayer de lui passer un sapin. Mais il aimerait bien acheter une nouvelle mobylette, alors s’il y a moyen d’accélérer les choses… Car il a peut-être vu quelque chose de compromettant pour quelqu’un…

Sir Frank Johnson

Rival d’affaires de Pier Démarchais, sir Frank Johnson ne cache pas son désir de racheter l’empire Démarchais, afin d’éliminer la concurrence. Mais jusqu’où ira-t-il pour « éliminer » celle-ci? Certaines mauvaises langues le soupçonnent même d’avoir un oeil sur la belle Jeanne Démarchais.

Elizabeth Johnson

Femme de sir Frank Johnson, Elizabeth, avocate de profession, a peu de temps à consacrer à sa famille. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne voit pas le manège de son mari autour de la belle Jeanne. Sur le point de gagner un important procès, les scandales ne seraient pas les bienvenus dans sa vie.

Andrew Johnson

Fils de sir Frank Johnson, Andrew profite des faiblesses de ses parents pour obtenir tout ce qu’il désire. Mais au fond, ce qu’il souhaiterait vraiment, serait deux parents unis qui s’occupent de lui. Il n’apprécie pas vraiment la perspective de cette visite chez les Démarchais. Comment réagira son père? Parfois il a l’impression d’être l’adulte de la famille qui doit veiller sur les autres.

Scénario

Détective
J’ai le regret de vous annoncer que monsieur Pier Démarchais a été retrouvé mort dans la rue.
On pense qu’il a été empoisonné avec de la strychnine. Alors jusqu’à nouvel ordre, personne ne va quitter cette maison sans mon consentement. On a retrouvé cette lettre sur le corps.

Il montre la lettre sur laquelle est inscrit:

Il faut éliminer les obstacles à l’accomplissement de grands projets.
Vous en êtes un!

Détective
Pour commencer, je vous demanderais de bien vouloir vous présenter et d’expliquer votre lien avec le défunt.

Jeanne Van Eyck
Mon nom est Jeanne Van Eyck et je suis sa femme. Mon Dieu, quelle horreur! C’est un cauchemar, s’il vous plaît, dites-moi que ce n’est pas vrai.

Valérie Démarchais
Je m’appelle Valérie et je suis sa fille… Mais pour ce qu’il en avait à faire de toute façon…

Daniel Démarchais
Je suis Daniel Démarchais, son fils. Et ce ne sont pas des manières de venir chez nous, nous accuser d’un meurtre dont nous ne savions rien!

Gabrielle Démarchais
Moi je suis Gabrielle, et elle, c’est ma mère. (En pointant Valérie)

Cédrick Démarchais
Moi c’est Cédrick et c’est lui mon père. (En pointant Daniel)

Sir Frank Johnson (va serrer la main du détective)
Je ne suis pas de la famille. Sir Frank Johnson, un confrère de Pier.

Élizabeth Johnson
Élizabeth Johnson, sa femme. Et je suis avocate, alors ne vous avisez pas de nous mener en bateau!

Andrew Johnson
Je suis Andrew, leur fils! (Fait un signe de tête en direction de Frank et Élizabeth)

Détective
Afin de faciliter mon travail, je vous demanderais de ne parler que lorsque je vous poserai des questions.

Sir Johnson, on raconte que vous vouliez racheter l’empire Démarchais mais que son président refusait d’en entendre parler. Vous voilà débarrassé d’un élément gênant. Avouez que cette mort facilitera vos pourparlers pour l’acquisition de l’entreprise?

Sir Johnson
Vous n’y allez pas de main morte! Qui me dit que les enfants de monsieur Démarchais ne reprendront pas le contrôle de l’entreprise. Je crois savoir que Daniel a un penchant pour les affaires. Même si on ne peut pas véritablement parler de talent dans son cas…

Détective (à Daniel)
En effet, j’ai entendu dire que vous étiez dans le pétrin monsieur Démarchais. Avouez que vous auriez bien besoin de trouver une façon de vous sortir de ce mauvais pas? Votre père était-il un obstacle au point de vouloir sa mort?

Daniel Démarchais
Hey, vous parlez de mon père là!
C’est vrai que mes affaires vont très mal, mais je cherchais une façon de m’en sortir seul pour que mon père soit fier de moi, pour une fois.

Détective (à Daniel)
Et vous avez trouvé une solution à vos problèmes?

Daniel Démarchais
Les temps sont durs! Mais je suis certain que mon père m’aurait aidé. Il l’a toujours fait…

Détective
Et vous Valérie? Vous êtes une artiste, je crois. Comment votre père vous appuyait-il dans vos projets?

Valérie Démarchais
C’était assez ordinaire! Allez! Dites-le tout de suite que je suis votre coupable idéale! Une révoltée! Une incomprise! Une mal aimée! Ben oui, une mal aimée… Mon père était déçu que je ne suive pas ses traces… Comme pour Daniel! En fait, mon frère les a peut-être trop suivies et on voit ce que ça a donné!

Détective
Madame Van Eyck, je suis désolé de vous faire subir ainsi cet interrogatoire devant tout le monde, mais il est important que je sache comment étaient vos relations avec votre mari?

Jeanne Van Eyck
Mon mari était un homme formidable. Il était aux petits soins pour moi. Il me donnait tout ce que je voulais, cédait à tous mes caprices. (Avec amertume) J’aurais dû être heureuse. J’avais toutes les raisons de l’être.

Détective (À Jeanne Van Eyck)
Pourtant, visiblement, vous ne l’étiez pas! Et c’est pour cela que vous le trompiez!

Jeanne Van Eyck
Je vous défends d’insinuer de telles choses! Oui, il est vrai que je m’ennuyais, mais je ne l’ai pas trompé. Ce n’est pas ainsi que j’ai été éduquée.

Détective
Mais à présent vous avez le champ libre, n’est-ce pas? Monsieur Johnson, cela vous fait réagir! C’est intéressant! Madame Johnson, qu’en pensez-vous?

Élizabeth Johnson
Mon mari a toujours été sensible au charme des jolies femmes. S’il lui venait l’idée d’aller tester la marchandise, il sait ce qu’il lui en coûtera. C’est tout ce que j’ai à dire. Est-ce que tout ça va être encore long? Ce n’est pas que je m’ennuie, c’est que je ne vois pas ce que ma famille a à voir dans cette histoire.

Détective
Personne ne va quitter cette maison tant que le mystère n’aura pas été élucidé! Comme je vous le disais, monsieur Démarchais a été empoisonné à la strychnine et comble de hasard, voilà justement une bouteille de strychnine qui traîne par ici! Drôle d’endroit pour ranger du poison madame Van Eyck?

Jeanne Van Eyck
Je n’avais pas remarqué cette bouteille avant que vous en parliez. Ce doit être mon mari qui l’a laissée là. Après tout, il s’est peut-être suicidé!

Détective
Alors vous reconnaissez madame Van Eyck que cette bouteille vient d’ici?

Jeanne Van Eyck
Je n’ai rien prétendu de tel, mais à qui appartiendrait-elle sinon?

Détective
C’est justement ce que je cherche à trouver! Dis-moi Gabrielle, est-ce que tu as remarqué cette bouteille?

Gabrielle Démarchais
Oui! Je me demandais c’était quoi. Papy m’a dit de ne pas y toucher!

Détective
Et toi, tu as vu quelqu’un y toucher?

Gabrielle Démarchais
Tout le monde est passé à côté. Mais je ne sais pas si quelqu’un y a touché!

Détective
Et toi Cédrick? Tu as vu quelqu’un s’en approcher?

Cédrick Démarchais
Peut-être que oui, peut-être que non…

Détective
Tu as vu quelqu’un ou tu n’as rien vu. Allons mon garçon, tu peux parler sans craintes…

Cédrick Démarchais
C’est que je ne suis pas tout à fait certain de ce que j’ai vu. Je ne savais pas que c’était important. Il me semble avoir vu quelqu’un poser cette bouteille sur le comptoir, mais je ne me souviens plus qui.

Détective
Et toi Andrew? Tu as vu quelque chose?

Andrew Johnson
Le monsieur qui est mort y a touché je crois. Il l’a prise dans ses mains pour regarder l’étiquette et il l’a redéposée. C’est tout!

Détective (À Andrew)
Et ton père, il n’y a pas touché?

Andrew Johnson
Pourquoi mon père y aurait touché? Vous essayez d’accuser mon père?!

Détective
Très bien, très bien. Quelqu’un écrit une lettre de menace et même s’il n’a pas apporté cette bouteille ici, visiblement il aurait très bien pu s’en servir. Mais qui aurait le plus intérêt à ce que monsieur Démarchais disparaisse? Vous madame Van Eyck, qui vous ennuyez, qui n’osez pas tromper votre mari. Vous qui disposeriez d’une immense fortune pour pouvoir faire ce que vous avez envie?

Jeanne Van Eyck
Mais pourquoi? Je fais déjà tout ce que je veux et mon mari cède à tous mes caprices. Vous n’imaginez pas tout ce que ça pourrait représenter de problèmes concernant la succession si mon mari mourrait.

Détective
Mais il est mort, madame! Et vous Valérie! Votre héritage vous permettrait enfin de réaliser tous vos grands projets artistiques n’est-ce pas? Est-ce vous qui avez écrit cette lettre? Avouez que c’est vous!

Valérie Démarchais
Ben voyons donc! Vous êtes tombé sur la tête ou quoi! Si j’avais écrit une lettre de menace, elle aurait été beaucoup mieux tournée que ça! Je sais écrire moi! Cette lettre manque d’imagination. Elle a été écrite par un loser!

Détective
Vous accusez votre propre frère alors? C’est beau la solidarité familiale. Alors Daniel, cette lettre, elle est de vous? Vous ne saviez pas comment vous en sortir cette fois, n’est-ce pas? Vous avez déjà demandé à votre père de vous aider et il a refusé? Cela vous a poussé au bord du gouffre. Vous n’aviez pas le choix. Avouez Daniel!

Daniel Démarchais
Je n’avouerai rien du tout puisque je n’y suis pour rien! J’admirais mon père. Tandis que ma soeur, elle le détestait de tout son coeur.

Détective
Vous y allez peut-être un peu fort Daniel. Est-ce vrai Valérie que vous détestiez votre père à ce point?

Valérie Démarchais
Vous les hommes, vous ne comprenez rien à rien! Je ne veux même pas répondre à cela!

Détective
Et vous Sir Johnson! Pier Démarchais refusait de vous vendre son entreprise qui porte ombrage à la vôtre. Il n’y avait pas d’issues. Vous saviez bien que si Daniel se retrouvait à la tête de l’entreprise de son père, cela risquait tôt ou tard de tourner en votre faveur. Et puis je vous soupçonne de trouver madame Van Eyck plutôt de votre goût!

Sir Frank Johnson
Je suis dans les affaires et je sais très bien comment réussir sans tuer mes concurrents! Quant à mes affaires de coeur, ce n’est pas vos oignons!

Détective
Alors Élizabeth, avez-vous toujours le goût de couvrir votre mari? C’est bien lui qui a écrit cette lettre, n’est-ce pas?

Élizabeth Johnson
Même si c’était lui, ça ne veut pas dire qu’il comptait le tuer. Il n’y a aucune allusion à la volonté d’attenter à la vie de monsieur Démarchais dans cette stupide note! Il y a plusieurs façons d’éliminer un obstacle…

Détective
Oui, il y a plusieurs façons, en effet! Et cette bouteille de strychnine a servi ce soir à empoisonner monsieur Démarchais. Et peut-être que Cédrick a vu le meurtrier! Alors, tu te souviens de ce que tu as vu Cédrick?

Cédrick Démarchais
Vous êtes vraiment certain qu’il est mort?

Détective
Pourquoi dis-tu cela Cédrick? Tu sais quelque chose? C’est le moment de parler si tu as vu qui a touché à cette bouteille.

Cédrick Démarchais
Je me suis trompé. Je n’ai rien vu finalement.

Détective
Alors pour la dernière fois, est-ce que quelqu’un reconnaît cette lettre ou le papier sur laquelle elle a été écrite? C’est un papier de bonne qualité!… Vous êtes tous muets, bien entendu! Alors je devrai moi même deviner… Je soupçonne ____________________ d’être à l’origine de ce message et probablement du meurtre de Pier Démarchais. Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

Pour connaître la solution, portez une accusation et je vous enverrai l’aveu ou l’alibi de votre accusé.

Droits d’auteur: Francine Gaulin