Archives de février, 2013

La lecture en entrée

Publié: février 24, 2013 dans Billet d'humeur
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J’ai toujours su lire.
C’est du moins l’impression que j’ai.
J’avale des livres comme de la nourriture. Je suis une boulimique insatiable.

J’ai souvenir fugace de concours de lecture que nous faisions avec nos petites voisines, à savoir qui terminerait en premier son petit livre pour enfant. Je gobais chaque mot à la vitesse de l’éclair et plus souvent qu’autrement, je sortais vainqueur de ce challenge pas si gratifiant. Qu’y a-t-il de si fabuleux à savoir lire si vite, sinon savoir lire tout court!

Plus tard, alors que quelques camarades de classe peinaient à terminer leur roman hebdomadaire obligatoire, j’empruntais des livres supplémentaires à la nouvelle petite bibliothèque municipale de Cléricy en Abitibi, petit village rival du mien. Il fallait bien piler sur mon orgueil, car dans mon patelin, nous n’avions pas encore cette chance d’avoir le monde à portée de mots. Et c’était la fille que je n’aimais pas qui m’a abonnée et qui choisissait des livres pour moi. J’étais à la merci de ses sélections et c’était extraordinaire, car elle m’a amené dans des contrées que je n’aurais pas imaginé découvrir, notamment dans les confins du Devonshire, pour résoudre de crapuleux meurtres imaginés par Agatha Christie. Je ne comprends pas encore pourquoi elle a fait cela pour moi, mais je lui en serai à jamais reconnaissante. Après plus de trente années, j’ai oublié la plupart des noms de mes camarades de classe de cette époque, mais pas le sien, Hélène Boulé.

Arrivée à Montréal, pour poursuivre des études en musique, j’ai découvert des bibliothèques plus imposantes. Non contente d’avoir accès à ma bibliothèque universitaire, il m’en fallait encore plus. J’allais emprunter des livres dans la succursale de la ville en face du Parc Lafontaine pour ensuite m’asseoir sur un banc près du plan d’eau, afin de consommer mon pique-nique spirituel. Et comme j’avais maintenant le plein pouvoir sur mes décisions de lecture, j’ai entrepris de me plonger dans les grands classiques de la littérature, afin de parfaire mon éducation.

Puis je me suis tournée vers mes contemporains, des auteurs d’ici qui employaient mes mots, qui décrivaient mes paysages. Peu à peu, ils se sont mis à agencer avec de plus en plus d’audace les mots et les idées, titillant mon esprit avide de ces nouvelles expériences de cuisine moléculaire pour l’esprit… Et derrière tout cela, encore et toujours des histoires, des mondes, beaucoup d’êtres mal aimés qui se cherchent.

Un bon jour, peu fortunée, j’ai proposé d’échanger mes mots contre une entrée à un événement musical. J’ai ainsi rédigé mon premier article pour une la revue le Musicien Québécois et ce fut la révélation suprême. Autant j’aimais lire, autant j’aimais partager mes propres mots et mes idées avec les autres. Certificat en communications et travail de scénariste pour les institutions muséales ont suivi cette découverte.

Une quarantaine d’années de lectrice assidue plus tard, me voilà. Animée par un esprit de découverte et de partage. En mémoire d’Hélène Boulé, la fille que j’ai toutes les raisons d’estimer…

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Les héros de Bryan Perro

Publié: février 15, 2013 dans Article
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 Bryan Perro_Crédit Geneviève TrudelPhoto: Geneviève Trudel

J’ai eu dernièrement l’occasion de vivre une inspirante rencontre téléphonique avec l’auteur Bryan Perro. Il est le « père » d’Amos Daragon, grand succès de librairie avec plus de 1 350 000 livres vendus à travers le monde. Dans son univers fantastique les protagonistes sont inspirés par la mythologie. Dans son monde réel, les vrais héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit…

Une question me taraude. Comment explique-t-il la fascination presqu’égale qu’ont les gens pour les héros mythiques et les vedettes de téléréalité? « Pourtant, ces vedettes n’ont rien du héros, soutient Bryan Perro. Elles deviennent populaires sans avoir rien accompli. Elles ne cherchent que la reconnaissance collective, le troisième plus bas besoin de l’être humain. La quête du héros passe par la connaissance de soi et la compréhension du sens de l’existence. »  Et il accomplit de grandes choses dans l’intérêt du bien collectif. Le héros obtient la notoriété malgré lui de par l’héroïsme de ses actes. Par exemple, son personnage Amos Daragon luttera pour rétablir l’équilibre du monde. Bien lourde responsabilité pour un gamin de 12 ans!

Dernièrement Bryan Perro a débuté une nouvelle série d’aventures, toujours inspirées par les mythes et les légendes. En visitant la Transylvanie, il a réalisé qu’on connaissait bien Dracula le premier des vampires, mais qu’aucune légende ne racontait l’histoire du premier loup-garou. Ainsi est né le personnage de Wariwulf, qui connaît déjà un franc succès, avec seulement trois tomes. À quand le quatrième? Bientôt. Ce ne sont pas les projets qui manquent.

Perro s’est beaucoup promené dans les établissements scolaires pour donner des conférences autour d’Amos Daragon. Et puis l’école, il en garde de bons souvenirs, entre autres celui d’y avoir découvert un de ses premiers héros littéraires : Bob Morane. Mais surtout celui d’y avoir côtoyé un professeur de français de secondaire trois allumé qui croyait en lui. Cet enseignant l’a encouragé à participer à un concours littéraire, lui débroussaillant un attirant chemin inexploré. « Je crois que l’école peut allumer des étincelles et développer non seulement les capacités et les connaissances, mais aussi l’intelligence du coeur, en favorisant la pratique des arts », m’explique Bryan Perro. Alors les enseignants seraient ses premiers héros? Ah, mais bien avant cela, deux personnes ont joué un rôle prépondérant pour lui. « Avec un père entraîneur sportif et une mère professeur, mes débuts dans la vie ont été marqués sous le signe de la discipline. À 12 ans, je courais les 42 km du marathon de Montréal! Mes parents m’ont inculqué le goût de l’effort, un élément indispensable à l’accomplissement personnel. Cela a fait en sorte qu’aujourd’hui, je sois capable de m’imposer un régime d’écriture quotidien de 1000 à 1500 mots », explique-t-il.

Ainsi prennent vie les personnages chéris de ses lecteurs. Toutefois, si Amos Daragon poursuit encore ses aventures, ses fans le doivent à une rencontre déterminante entre Perro et l’auteur de Bob Morane, Henri Vernes. Après 12 tomes et cinq années de conférences épuisantes, Bryan avait décidé d’en finir avec son personnage. « On n’abandonne pas ses lecteurs, l’avertit Vernes. Vous n’écrivez pas pour vous, mais pour eux. » Perro a longuement discuté métier avec Vernes, qui est devenu un véritable mentor pour lui. L’auteur québécois a même convaincu le nonagénaire de signer avec Perro Éditeur pour les parutions québécoises de ses prochains Bob Morane, dont le dernier titre, Corps-à-corps avec Ylang-Ylang, sera présenté au salon du livre à La Sarre en mai prochain.

Je m’interroge sur le cheminement-type du héros et j’en arrive à une surprenante conclusion. Tout débute par une jeunesse passée à développer ses forces, à se former. Puis un élément déclencheur lui fait découvrir ses pouvoirs exceptionnels et les responsabilités qui viennent avec. Le héros accepte sa mission pour le bien commun de l’humanité. Il vivra des moments de doute, voudra tout abandonner, mais un vieux sage le ramènera dans le chemin qui est le sien. Car le héros doit faire face à son destin, quitte à donner sa vie en sacrifice… Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me rappelle drôlement l’histoire d’un certain auteur…

Droits d’auteur: Francine Gaulin

J’ai aussi écrit un autre article portant sur Bryan Perro pour le journal culturel l’Indice Bohémien.
Vous le trouverez dans la section archives.
http://www.indicebohemien.org/