Archives de mars, 2013

Mes parents se sont rencontrés dans le village natal de mon père, Jean-Marie, où maman Denise a abouti pour enseigner à la petite école. Plusieurs métiers et professions évidents dans les années deux milles n’existent pas encore. Pour papa qui n’a aucune spécialisation, le choix de carrière est restreint. La ferme laitière de grand-père François n’est pas assez rentable pour qu’il s’y associe, même si l’agriculture l’intéresse. Il a trouvé du travail dans une compagnie de forage minier, comme plusieurs Abitibiens. Un travail dur, mais qui lui permet de se procurer quelques devises de liberté. Plutôt coquet, il peut enfin s’offrir quelques flamboyants vêtements de style rockabilly à faire chavirer le coeur des filles. Et puis une voiture serait éventuellement bien utile!

Pour ma mère, le récit comporte quelques chapitres de résignation. Son père avait décidé qu’elle devait embrasser la profession d’enseignante, même si le secrétariat l’attirait d’avantage. Il l’a envoyée polir les bancs de l’école normale de Senneterre. Nous sommes à l’époque où au Québec, même les femmes mariées étaient encore considérées comme des mineures sous la tutelle de leur époux. Le pouvoir politique des hommes était sans équivoque, malgré l’obtention du droit de vote des femmes québécoises en 1940. Elles furent d’ailleurs les ultimes canadiennes à exercer ce droit aux élections provinciales, quinze ans après Terre-neuve-et-Labrador, avant-dernière province en lice. Tout cela pour dire que ma mère aurait eu beau protester tant qu’elle pouvait, son père serait demeuré sourd à ses récriminations. L’autorité suprême de la famille avait tranché. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à étudier dans une de ces institutions privées gérées par des communautés religieuses, chargées de former les institutrices. Pour la petite histoire, ce n’est qu’à partir de 1964, sous la gouvernance du premier ministre Jean Lesage, que les universités ont pris le relais de la formation des professeurs, suivant les recommandations du rapport Parent. S’effectuait alors une révolution tranquille qui allait remettre un peu de lumière dans la vie des gens, après une longue période qualifiée de grande noirceur sous la gouvernance de Maurice Duplessis.

À la décharge de mon grand-père Aimé, le fait est que des emplois d’enseignantes, il y en avait à la pelle! Plusieurs colonies s’organisaient sur le territoire et tout était à bâtir. C’est ainsi qu’après une seule année d’études à Senneterre, diplôme en main, ma mère s’est retrouvée à Mont-Brun. N’ayant connu que dix-huit printemps, elle avait la charge d’élèves presque aussi âgés qu’elle, semant à son corps défendant quelques graines de passion sur des terrains bien fertiles. Mais ces jeunes blancs-becs avaient encore quelques croûtes à manger.

Après une harassante journée à éprouver sa patience auprès d’adolescents avec les hormones collées au plafond, ma mère retrouvait avec joie ses quartiers dans la pension de madame Caron, située au coeur du village. Elle y rejoignait sa chère collègue Adrienne Cayouette, qui est vite devenue sa confidente. Plus qu’une amie pour ma mère, elle était un modèle, une inspiration. Pour Adrienne, l’enseignement était une vraie vocation, alors elles échangeaient longuement de leur métier, mais surtout de leur vécu. Petit à petit ma mère s’est rendue à l’évidence qu’elle n’avait vraiment pas l’âme pour cette mission.

Adrienne et Denise faisaient l’objet d’une cour empressée de la part d’Alfred et Jean-Marie, deux frères ambitieux, chacun à leur façon. Alors qu’Alfred tentait d’éblouir par son verbe Adrienne, qui était si lumineuse avec ses yeux pétillants d’intelligence et son sourire chavirant, Jean-Marie se demandait encore par quel bout aborder l’autre jeune femme, si réservée, aux allures de première de classe. Denise n’était pas une de ces proies faciles. Mais comment pouvait-il résister devant une si jolie fille au visage d’ange. Elle était si élégante avec ses gracieuses mains gantées qui enserraient son sac sur le perron de l’église à la sortie de la messe dominicale. Comment ne pas s’attendrir devant ses jolies bouclettes brunes qui caressaient doucement son visage au gré du vent. Jean-Marie ne manquait lui-même pas d’atouts. Il était facile de se perdre dans la profondeur de ses yeux bleus. Il avait ces bras musclés et protecteurs propres aux jeunes gens habitués à travailler, à donner d’eux-mêmes. Jean-Marie possédait son lot de secrètes admiratrices et pourtant, il ne pouvait détacher son regard de cette fille qui l’avait à peine remarqué. Comment faire pour attirer l’attention de cette demoiselle qui demeurait sourde aux appels de ses phéromones. Peut-être que l’ivresse d’une danse, d’une charmante soirée saurait délier ses bras croisés et les ouvrir sur un avenir commun. Jean-Marie était un grand romantique. Ce qu’il envisageait comme un défi de taille n’était généré que par faute d’expérience. Ce qu’il avait pris pour de l’indifférence n’était en fait que grande timidité et manque d’assurance.

Les frères Gaulin étaient de bons partis et les deux jeunes filles se laissèrent tranquillement séduire pour l’une et amadouer pour l’autre. Mes grands-parents François et Béatrice furent très fiers d’accueillir dans leur famille de si respectables demoiselles. La complicité entre les deux institutrices était si viscérale qu’une fois le mariage consommé, elles furent presque toujours enceintes en même temps. Nous nous sommes retrouvés une ribambelle de cousins proches en âge. C’était très chouette, car nous nous entendions comme larrons en foire. La taille imposante de nos familles d’antan serait peut-être le début d’une explication pour comprendre leur importance primordiale dans nos vies. Il n’y avait pas de meilleurs amis que ces cousins avec lesquels nous avions tant d’affinités et un vécu commun, ni meilleurs complices que cette belle-sœur discrète et compréhensive et ce beau-frère préféré avec lequel on pouvait échanger hockey, une bière froide à la main. Il n’est pas étonnant que dans notre cinématographie et nos séries télévisées d’hier et d’aujourd’hui, on se passionne pour les sagas familiales. Par comparaison, dans l’œuvre cinématographique française, la famille est d’avantage source de conflits et c’est dans l’amitié que les personnages trouvent réconfort et rédemption. Les relations amicales prennent souvent le premier plan, tandis que la famille est vite évacuée tant elle est décevante. Nos cousins d’outremer semblent pardonner plus facilement à leurs amis qu’à leur famille, de laquelle ils attendent peut-être un peu trop. En traversant l’océan, nous avons vite appris à nous débrouiller tout seul, à accepter l’aide d’autrui comme une faveur plutôt qu’un dû. Nous nous sommes coupés de nos familles pour mieux apprécier ensuite le moindre rapprochement. Cet état d’esprit s’est bientôt incrusté dans notre mode de vie, devenant une de nos valeurs.
Si on y regarde bien, la famille est une véritable richesse du point de vue humain. C’est une mine de connaissances acquises par l’expérience sur une foule de sujets pratiques comme l’agriculture, la puériculture, la cuisine, la menuiserie et la mécanique automobile. Mais il est possible que les prochaines générations qui n’ont pas grandi au sein de familles nombreuses n’y trouvent pas autant d’inspiration. À l’instar des Français, qu’elles se reconnaissent d’avantage à travers leurs relations amicales. Elles préfèrent déjà la facilité et la rapidité d’Internet pour obtenir réponses à leurs diverses questions. Malgré tout, la famille demeure un vecteur de transmission de la culture et des valeurs, car elle constitue notre point de départ dans la vie. Le vrai problème serait qu’étourdi par la mondialisation, on ne sache plus trop quelle culture transmettre à notre tour. Parce qu’on aura alors oublié qui nous sommes et ce qui constitue notre richesse et notre unicité…

 

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1967. J’ai deux ans et pas toutes mes dents. Ma vie se résume à manger, dormir et réaliser différentes expériences hautement scientifiques, du genre essai-erreur, pour mieux connaître mon environnement. Je suis une grande exploratrice. Avec mes petites mains potelées, je farfouille dans tous les coins, sous le regard horrifié de mon entourage qui n’en finit plus de mettre tout objet fragile hors de ma portée. J’ai aujourd’hui constaté que si je casse les craies du tableau noir de ma grande soeur de cinq ans, ça l’embête énormément. J’ai donc un certain pouvoir, même s’il est ici de nuisance. Quand on y réfléchit bien, peut-être que certains tyrans antidémocratiques n’ont jamais franchi le stade du terrible two, aussi appelé la phase du « non ». Ils ne peuvent supporter d’être contrariés, ignorent les frontières et les limites, font des crises et cassent tout. Sauf que les conséquences de tout cela sont autrement plus dramatiques et que malheureusement, une punition n’est pas envisageable. En tout cas, moi, pour les craies, cette fois-ci, je n’ai pas fait exprès. Mais maintenant que j’en ai deux, je peux barbouiller deux fois plus de surface de tableau en moins de temps qu’il faut pour le dire. Quelle jubilation!

Certains diront que je suis bien chanceuse d’avoir une famille et un toit. C’est un bon début dans la vie. Il n’y a jamais eu autant d’enfants abandonnés au Québec qu’entre 1940 et 1960 où une fille-mère était un déshonneur pour la famille. Le garçon s’en tirait avec quelques remontrances et le soulagement de ne pas avoir à faire face à la musique, puisqu’on envoyait l’adolescente chez les nonnes afin de cacher cette honte jusqu’à la délivrance, pour ensuite l’inciter très, très fortement à donner son enfant. Le tout orchestré dans le plus grand secret par un clergé contrôlant, qui s’immisçait jusque dans l’intimité des chaumières. Comment s’étonner de son pouvoir quand on pense qu’il se chargeait de l’éducation scolaire et spirituelle de la population et des futurs politiciens. Qu’il décidait de ce qu’on pouvait lire ou regarder au cinéma, exigeant la censure d’un simple baiser jugé impudique et brûlant les écritures considérées comme subversives et susceptibles de corrompre les esprits. Le Bureau de la censure a sévit de 1913 à 1967 au Québec. On raconte qu’il était si sévère qu’en 1926, les grands studios d’Hollywood ont menacé de ne plus présenter leurs films ici.
Alors donc, d’un côté, les curés du Québec incitaient les femmes à pondre des enfants pour peupler le territoire de Canadiens français, et de l’autre, on refusait d’accepter ces enfants dits du péché, parce que conçus hors mariage. Faudrait se brancher! Complètement illogique de lever le nez sur une des ramifications de l’arbre généalogique quand on veut remplir de feuilles les dossiers de nouvelles naissances. Était-ce plus moral de laisser des familles américaines en profiter pour venir se servir dans ce marché aux enfants qu’on avait créé? Juste entre 1949 et 1956, 20 876 enfants dits « illégitimes » sont nés au Québec[1]. Et jusqu’à ce qu’on adopte en 1982 un nouveau code de la famille, les mères sans alliance sont tenues par la loi d’adopter leurs enfants pour leur rendre cette légitimité à laquelle la reconnaissance du père donne automatiquement droit. Je vous entends presque bouillir! Conséquence, un recours systématique à l’adoption des enfants orphelins ou bien abandonnés commence à s’implanter au Québec à la fin des années 30. Le processus se rode durant les années 40 au moment où s’implante la nouvelle profession de travailleur social. Ah, tient! Étrange de penser qu’un nouveau métier est né de notre incapacité à se tenir debout face à l’absurdité et à notre peur du qu’en dira-t-on. Dans les années 50, les deux tiers des mères sans alliance confient, trop souvent malgré elles, leur enfant à l’adoption. Heureusement, à partir des années 70, avec la transformation des mentalités et l’amélioration des mesures sociales, la majorité des mères, qu’on dit maintenant monoparentales, auront le courage et le soutien nécessaires pour garder leur enfant.

Ma grand-mère paternelle, après avoir pleuré la perte de trois de ses bébés, a pris sous son aile deux de ces petites laissées pour compte.  Ainsi, j’ai très tôt été mise en contact avec la notion d’adoption. On ne saura jamais quelles ont été les conditions de grossesse de leur mère. Pas jojo, je présume, entre des parents hystériques et une jeune maman désemparée, laissée à elle-même. Qu’ont vécu ces bébés dans ces orphelinats tenus par des religieuses certes dévouées, mais loin de pouvoir nourrir en amour toute une ribambelle de petits désoeuvrés. J’imagine des scènes d’une telle tristesse. Des petits lits à barreaux alignés dans une grande pièce aux murs blancs et froids avec des plafonds très hauts où ne sont accrochés aucun mobile où dansent au gré du vent des petits papillons multicolores; des couches pleines depuis des heures; des enfants qui pleurent et personne pour les prendre dans ses bras. Et puisqu’on a affirmé dans des études que 25% des orphelins mouillent leur lit, des draps et des matelas imprégnés de l’odeur tenace de l’urine avec des petits qui grelottent au milieu, le nez morveux. Quand j’étais adolescente, parfois je fantasmais en me disant que j’avais aussi été adoptée. Si je ne ressemblais pas autant à ma mère, je prétendrais qu’on a dû me récupérer dans un lieu sordide où les enfants sont laissés à eux mêmes.
Voilà mon papa qui veut prendre une photo de moi sur la chaise berçante du salon. Ma maman, accroupie, essaye de me faire sourire, mais ça ne fonctionne pas. Je suis plutôt intriguée par cette comédie. C’est le manque d’habitude. Les guiliguilis, on les faits aux premiers enfants, quand c’est nouveau, quand on a tout son temps. Mais rendu au troisième, quand les autres sont très proches en âge en plus, élever un enfant représente une tâche alimentaire. On espère juste que celle-là ne donnera pas de fil à retordre. Car on aspire à la sainte paix. Le repos du guerrier. Il ne me reste plus qu’à essayer de ne pas déplacer trop d’air. Je devrais pouvoir y arriver…

FrancineBebe

Tant qu’à être installée sur la chaise berçante, photo ou pas, je vais me bercer un peu d’illusion. Alors voilà, j’ai tout l’avenir devant moi dans un monde en pleine effervescence. J’ignore que dans quelque temps, les progrès technologiques seront tels qu’on se demandera comment on a pu vivre sans tous ces gadgets « indispensables » et toutes ces avancées médicales et scientifiques. Même si ensuite les chercheurs devront s’appliquer à guérir les maux que le progrès aura lui-même engendrés. Et ils seront innombrables.
Avant moi, il y a ma grande soeur Nicole et mon frère Richard. Nicole a toujours des plans fabuleux, mais curieusement, ils ne plaisent pas à maman. Comme par exemple, essayer de regarder la télé par la bouche d’aération pratiquée dans le plancher de notre chambre à l’étage, qui donne juste au-dessus du salon. Maman dit que la nuit s’est fait pour dormir, surtout quand on a école le lendemain. Je crois que Nicole a très hâte d’être grande pour pouvoir faire ce qu’elle veut, comme les adultes.

Comme dans la plupart des maisons québécoises, la télé occupe une place de choix dans notre salon. Elle en est le centre d’intérêt et tous les fauteuils sont tournés dans sa direction. Cette boîte à sons et à images n’a pas mis beaucoup de temps avant de s’imposer comme un incontournable. Pourtant, le 6 septembre 1952, quand la première station de télévision de Radio-Canada, CBFT-TV, entre en ondes à Montréal, elle ne diffuse que trois heures par jour et pratiquement que des films français ou américains traduits par nos cousins des vieux pays. Bientôt, les créateurs d’ici mesurent le potentiel de ce nouveau média et la télévision devient une école d’expérimentation audiovisuelle en même temps qu’un moyen de renforcer l’identité et la culture québécoise à coup de feuilletons qui nous racontent. Radio-Canada représente en même temps un lieu d’engagement social et politique, un moyen de rejoindre la « femme d’aujourd’hui[2] » dans son milieu et de lui donner une voix.

Pour l’heure, cet objet bruyant qui monopolise l’attention de mes parents autour des déboires de la famille Plouffe ne m’intéresse pas tant que cela. Je crois que si ma maman ou mes frères et soeurs voulaient jouer avec moi, ça vaudrait toutes les émissions pour enfants au monde. Autour de moi, dans la vie réelle, il y a tant de choses à découvrir, tant de mots à apprendre pour les nommer. J’observe comment ils font, les grands, et je crois que bientôt, j’arriverai à dire ce que je veux manger et où j’ai mal. Et enfin, je l’espère, on cessera de m’abreuver de cet affreux lait qui me donne des coliques.

[1] Voir : DUMONT, Micheline. « Des religieuses, des murs et des enfants », L’Action nationale, vol. 84, no 4, avril 1994, p.483-508.

[2] À l’antenne de 1965 à 1982 et diffusé pendant 17 années consécutives, le magazine quotidien Femme d’aujourd’hui a servi de tribune pour les femmes francophones du pays. La série offre des reportages, des enquêtes, des tables rondes et des entrevues sur des sujets d’intérêt féminin. Source : http://archives.radio-canada.ca/emissions/250/

 

 

Droits d’auteur: Francine Gaulin


 

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Synopsis

Vous êtes à la tête d’un vaste empire de communication, incluant plusieurs médias, des entreprises de traduction, des services de téléphonie, et vos affaires roulent rondement. Vos enfants avaient, au départ, tous refusés de travailler pour vous et ne bénéficient donc pas de cette bonne fortune. Or, ils semblent en ce moment éprouver des ennuis financiers. Oui, votre héritage pourrait en sauver plus d’un. Il y a aussi ce président d’une compagnie concurrente qui tente de racheter votre entreprise et que vous soupçonner de chercher aussi à vous voler votre épouse…

Depuis quelques temps, vous recevez des lettres de menace de plus en plus inquiétantes, signées le caméléon. La dernière vous donne à croire que votre vie est réellement en danger. Alors vous vous organisez pour réunir les personnes que vous soupçonnez afin de forcer le ou la coupable à se dévoiler. Mais pas question de mettre votre vie en péril toutefois. Vous avez un plan: Vous allez vous même fournir l’arme du crime à l’assassin, en laissant traîner une fausse bouteille de strychnine remplie de pilules inoffensives. Vous allez sortir promener votre chien et ferez en sorte que vos invités croient qu’on vous a retrouvé mort dans la rue. Vous reviendrez déguisé en détective et ferez enquête en prenant soin de montrer la lettre de menace supposément trouvée sur le cadavre pour observer la réaction des convives…

Personnages

Pier Démarchais

À la tête d’une grande entreprise,  les affaires de Démarchais roulent rondement. Son bonheur serait parfait, si ce n’était de ses enfants qui lui causent des soucis, sans cesse à réclamer de l’argent pour leurs entreprises foireuses. Qu’ils travaillent! Sa réussite, il ne la doit qu’à lui-même et il serait temps qu’ils prennent leur vie en main. Après tout, personne n’a daigné lui prêter main forte, surtout pas eux!

Comtesse  Jeanne Van Eyck, femme de Pier Démarchais

Issue de la noblesse belge, ce fut pour Jeanne un dur coup à encaisser de se voir donner en mariage à ce petit bourgeois du Canada, dont elle est tombée enceinte après une nuit de bohème à Bruges. Elle ne voulait que s’amuser…
Bienveillant,  Démarchais a tôt fait de l’installer dans une confortable vie d’épouse et de mère.
Une vie si ennuyeuse. Succomber à la tentation serait bien facile. Mais il y a tous ces obstacles…

Valérie Démarchais

Fille de Pier et Jeanne Démarchais, Valérie est une artiste non accomplie, qui croit dur comme fer que son nom de famille lui a plus nuit qu’aidé. Selon Valérie, elle a tous les talents, musique, théâtre, danse, écriture, et elle n’aurait qu’à choisir. Mais elle n’a jamais reçu aucun soutien des siens. Valérie aurait un projet artistique fabuleux à monter avec ses amis, mais pour ça elle aurait besoin d’argent. Beaucoup d’argent… un héritage, par exemple…

Daniel Démarchais

Fils de Pier et Jeanne Démarchais, Daniel n’a qu’un seul don, c’est de se mettre les pieds dans les plats. Il a vainement tenté de monter diverses entreprises pour prouver à son père qu’il était capable lui aussi de réussir, mais jamais ce dernier n’a daigné lui prodiguer quelques conseils ou encouragements. Sa dernière en lice est un échec monumental et il doit un paquet de fric à des créanciers, mais il n’ose pas en parler à son père de peur de devoir subir encore une fois ses railleries…

Gabrielle Démarchais

Fille de Valérie Démarchais, Gabrielle a  hérité des penchants artistiques de sa mère et possède de réels talents vocaux. Son grand-père Pier en est vraiment fier. Elle est son petit chouchou et elle peut faire de lui ce qu’elle veut. Il lui accorde toute l’attention qu’il n’a pas donné à sa propre fille. De qui serait-elle solidaire, s’il arrivait quoi que ce soit à son papy?

Cédrick Démarchais

Fils de Daniel Démarchais, Cédrick est un joyeux boute en train, vif d’esprit et ingénieux. Très observateur, il est inutile d’essayer de lui passer un sapin. Mais il aimerait bien acheter une nouvelle mobylette, alors s’il y a moyen d’accélérer les choses… Car il a peut-être vu quelque chose de compromettant pour quelqu’un…

Sir Frank Johnson

Rival d’affaires de Pier Démarchais, sir Frank Johnson ne cache pas son désir de racheter l’empire Démarchais, afin d’éliminer la concurrence. Mais jusqu’où ira-t-il pour « éliminer » celle-ci? Certaines mauvaises langues le soupçonnent même d’avoir un oeil sur la belle Jeanne Démarchais.

Elizabeth Johnson

Femme de sir Frank Johnson, Elizabeth, avocate de profession, a peu de temps à consacrer à sa famille. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne voit pas le manège de son mari autour de la belle Jeanne. Sur le point de gagner un important procès, les scandales ne seraient pas les bienvenus dans sa vie.

Andrew Johnson

Fils de sir Frank Johnson, Andrew profite des faiblesses de ses parents pour obtenir tout ce qu’il désire. Mais au fond, ce qu’il souhaiterait vraiment, serait deux parents unis qui s’occupent de lui. Il n’apprécie pas vraiment la perspective de cette visite chez les Démarchais. Comment réagira son père? Parfois il a l’impression d’être l’adulte de la famille qui doit veiller sur les autres.

Scénario

Détective
J’ai le regret de vous annoncer que monsieur Pier Démarchais a été retrouvé mort dans la rue.
On pense qu’il a été empoisonné avec de la strychnine. Alors jusqu’à nouvel ordre, personne ne va quitter cette maison sans mon consentement. On a retrouvé cette lettre sur le corps.

Il montre la lettre sur laquelle est inscrit:

Il faut éliminer les obstacles à l’accomplissement de grands projets.
Vous en êtes un!

Détective
Pour commencer, je vous demanderais de bien vouloir vous présenter et d’expliquer votre lien avec le défunt.

Jeanne Van Eyck
Mon nom est Jeanne Van Eyck et je suis sa femme. Mon Dieu, quelle horreur! C’est un cauchemar, s’il vous plaît, dites-moi que ce n’est pas vrai.

Valérie Démarchais
Je m’appelle Valérie et je suis sa fille… Mais pour ce qu’il en avait à faire de toute façon…

Daniel Démarchais
Je suis Daniel Démarchais, son fils. Et ce ne sont pas des manières de venir chez nous, nous accuser d’un meurtre dont nous ne savions rien!

Gabrielle Démarchais
Moi je suis Gabrielle, et elle, c’est ma mère. (En pointant Valérie)

Cédrick Démarchais
Moi c’est Cédrick et c’est lui mon père. (En pointant Daniel)

Sir Frank Johnson (va serrer la main du détective)
Je ne suis pas de la famille. Sir Frank Johnson, un confrère de Pier.

Élizabeth Johnson
Élizabeth Johnson, sa femme. Et je suis avocate, alors ne vous avisez pas de nous mener en bateau!

Andrew Johnson
Je suis Andrew, leur fils! (Fait un signe de tête en direction de Frank et Élizabeth)

Détective
Afin de faciliter mon travail, je vous demanderais de ne parler que lorsque je vous poserai des questions.

Sir Johnson, on raconte que vous vouliez racheter l’empire Démarchais mais que son président refusait d’en entendre parler. Vous voilà débarrassé d’un élément gênant. Avouez que cette mort facilitera vos pourparlers pour l’acquisition de l’entreprise?

Sir Johnson
Vous n’y allez pas de main morte! Qui me dit que les enfants de monsieur Démarchais ne reprendront pas le contrôle de l’entreprise. Je crois savoir que Daniel a un penchant pour les affaires. Même si on ne peut pas véritablement parler de talent dans son cas…

Détective (à Daniel)
En effet, j’ai entendu dire que vous étiez dans le pétrin monsieur Démarchais. Avouez que vous auriez bien besoin de trouver une façon de vous sortir de ce mauvais pas? Votre père était-il un obstacle au point de vouloir sa mort?

Daniel Démarchais
Hey, vous parlez de mon père là!
C’est vrai que mes affaires vont très mal, mais je cherchais une façon de m’en sortir seul pour que mon père soit fier de moi, pour une fois.

Détective (à Daniel)
Et vous avez trouvé une solution à vos problèmes?

Daniel Démarchais
Les temps sont durs! Mais je suis certain que mon père m’aurait aidé. Il l’a toujours fait…

Détective
Et vous Valérie? Vous êtes une artiste, je crois. Comment votre père vous appuyait-il dans vos projets?

Valérie Démarchais
C’était assez ordinaire! Allez! Dites-le tout de suite que je suis votre coupable idéale! Une révoltée! Une incomprise! Une mal aimée! Ben oui, une mal aimée… Mon père était déçu que je ne suive pas ses traces… Comme pour Daniel! En fait, mon frère les a peut-être trop suivies et on voit ce que ça a donné!

Détective
Madame Van Eyck, je suis désolé de vous faire subir ainsi cet interrogatoire devant tout le monde, mais il est important que je sache comment étaient vos relations avec votre mari?

Jeanne Van Eyck
Mon mari était un homme formidable. Il était aux petits soins pour moi. Il me donnait tout ce que je voulais, cédait à tous mes caprices. (Avec amertume) J’aurais dû être heureuse. J’avais toutes les raisons de l’être.

Détective (À Jeanne Van Eyck)
Pourtant, visiblement, vous ne l’étiez pas! Et c’est pour cela que vous le trompiez!

Jeanne Van Eyck
Je vous défends d’insinuer de telles choses! Oui, il est vrai que je m’ennuyais, mais je ne l’ai pas trompé. Ce n’est pas ainsi que j’ai été éduquée.

Détective
Mais à présent vous avez le champ libre, n’est-ce pas? Monsieur Johnson, cela vous fait réagir! C’est intéressant! Madame Johnson, qu’en pensez-vous?

Élizabeth Johnson
Mon mari a toujours été sensible au charme des jolies femmes. S’il lui venait l’idée d’aller tester la marchandise, il sait ce qu’il lui en coûtera. C’est tout ce que j’ai à dire. Est-ce que tout ça va être encore long? Ce n’est pas que je m’ennuie, c’est que je ne vois pas ce que ma famille a à voir dans cette histoire.

Détective
Personne ne va quitter cette maison tant que le mystère n’aura pas été élucidé! Comme je vous le disais, monsieur Démarchais a été empoisonné à la strychnine et comble de hasard, voilà justement une bouteille de strychnine qui traîne par ici! Drôle d’endroit pour ranger du poison madame Van Eyck?

Jeanne Van Eyck
Je n’avais pas remarqué cette bouteille avant que vous en parliez. Ce doit être mon mari qui l’a laissée là. Après tout, il s’est peut-être suicidé!

Détective
Alors vous reconnaissez madame Van Eyck que cette bouteille vient d’ici?

Jeanne Van Eyck
Je n’ai rien prétendu de tel, mais à qui appartiendrait-elle sinon?

Détective
C’est justement ce que je cherche à trouver! Dis-moi Gabrielle, est-ce que tu as remarqué cette bouteille?

Gabrielle Démarchais
Oui! Je me demandais c’était quoi. Papy m’a dit de ne pas y toucher!

Détective
Et toi, tu as vu quelqu’un y toucher?

Gabrielle Démarchais
Tout le monde est passé à côté. Mais je ne sais pas si quelqu’un y a touché!

Détective
Et toi Cédrick? Tu as vu quelqu’un s’en approcher?

Cédrick Démarchais
Peut-être que oui, peut-être que non…

Détective
Tu as vu quelqu’un ou tu n’as rien vu. Allons mon garçon, tu peux parler sans craintes…

Cédrick Démarchais
C’est que je ne suis pas tout à fait certain de ce que j’ai vu. Je ne savais pas que c’était important. Il me semble avoir vu quelqu’un poser cette bouteille sur le comptoir, mais je ne me souviens plus qui.

Détective
Et toi Andrew? Tu as vu quelque chose?

Andrew Johnson
Le monsieur qui est mort y a touché je crois. Il l’a prise dans ses mains pour regarder l’étiquette et il l’a redéposée. C’est tout!

Détective (À Andrew)
Et ton père, il n’y a pas touché?

Andrew Johnson
Pourquoi mon père y aurait touché? Vous essayez d’accuser mon père?!

Détective
Très bien, très bien. Quelqu’un écrit une lettre de menace et même s’il n’a pas apporté cette bouteille ici, visiblement il aurait très bien pu s’en servir. Mais qui aurait le plus intérêt à ce que monsieur Démarchais disparaisse? Vous madame Van Eyck, qui vous ennuyez, qui n’osez pas tromper votre mari. Vous qui disposeriez d’une immense fortune pour pouvoir faire ce que vous avez envie?

Jeanne Van Eyck
Mais pourquoi? Je fais déjà tout ce que je veux et mon mari cède à tous mes caprices. Vous n’imaginez pas tout ce que ça pourrait représenter de problèmes concernant la succession si mon mari mourrait.

Détective
Mais il est mort, madame! Et vous Valérie! Votre héritage vous permettrait enfin de réaliser tous vos grands projets artistiques n’est-ce pas? Est-ce vous qui avez écrit cette lettre? Avouez que c’est vous!

Valérie Démarchais
Ben voyons donc! Vous êtes tombé sur la tête ou quoi! Si j’avais écrit une lettre de menace, elle aurait été beaucoup mieux tournée que ça! Je sais écrire moi! Cette lettre manque d’imagination. Elle a été écrite par un loser!

Détective
Vous accusez votre propre frère alors? C’est beau la solidarité familiale. Alors Daniel, cette lettre, elle est de vous? Vous ne saviez pas comment vous en sortir cette fois, n’est-ce pas? Vous avez déjà demandé à votre père de vous aider et il a refusé? Cela vous a poussé au bord du gouffre. Vous n’aviez pas le choix. Avouez Daniel!

Daniel Démarchais
Je n’avouerai rien du tout puisque je n’y suis pour rien! J’admirais mon père. Tandis que ma soeur, elle le détestait de tout son coeur.

Détective
Vous y allez peut-être un peu fort Daniel. Est-ce vrai Valérie que vous détestiez votre père à ce point?

Valérie Démarchais
Vous les hommes, vous ne comprenez rien à rien! Je ne veux même pas répondre à cela!

Détective
Et vous Sir Johnson! Pier Démarchais refusait de vous vendre son entreprise qui porte ombrage à la vôtre. Il n’y avait pas d’issues. Vous saviez bien que si Daniel se retrouvait à la tête de l’entreprise de son père, cela risquait tôt ou tard de tourner en votre faveur. Et puis je vous soupçonne de trouver madame Van Eyck plutôt de votre goût!

Sir Frank Johnson
Je suis dans les affaires et je sais très bien comment réussir sans tuer mes concurrents! Quant à mes affaires de coeur, ce n’est pas vos oignons!

Détective
Alors Élizabeth, avez-vous toujours le goût de couvrir votre mari? C’est bien lui qui a écrit cette lettre, n’est-ce pas?

Élizabeth Johnson
Même si c’était lui, ça ne veut pas dire qu’il comptait le tuer. Il n’y a aucune allusion à la volonté d’attenter à la vie de monsieur Démarchais dans cette stupide note! Il y a plusieurs façons d’éliminer un obstacle…

Détective
Oui, il y a plusieurs façons, en effet! Et cette bouteille de strychnine a servi ce soir à empoisonner monsieur Démarchais. Et peut-être que Cédrick a vu le meurtrier! Alors, tu te souviens de ce que tu as vu Cédrick?

Cédrick Démarchais
Vous êtes vraiment certain qu’il est mort?

Détective
Pourquoi dis-tu cela Cédrick? Tu sais quelque chose? C’est le moment de parler si tu as vu qui a touché à cette bouteille.

Cédrick Démarchais
Je me suis trompé. Je n’ai rien vu finalement.

Détective
Alors pour la dernière fois, est-ce que quelqu’un reconnaît cette lettre ou le papier sur laquelle elle a été écrite? C’est un papier de bonne qualité!… Vous êtes tous muets, bien entendu! Alors je devrai moi même deviner… Je soupçonne ____________________ d’être à l’origine de ce message et probablement du meurtre de Pier Démarchais. Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

Pour connaître la solution, portez une accusation et je vous enverrai l’aveu ou l’alibi de votre accusé.

Droits d’auteur: Francine Gaulin

Gaulin - vieille maison

Naître constitue notre premier déracinement.
On quitte la sécurité d’un territoire connu, sans aucune possibilité de retour en arrière. On se retrouve tel un sans-abri exposé à tous vents: exposé au jugement des autres, aux critiques, aux moqueries, mais heureusement aussi à de bons sentiments, aux compliments. Une racine dénudée est si vulnérable, prête à tout absorber.

Bientôt, il y a le départ de la cellule familiale, après avoir passé notre jeunesse à tenter de nous forger une identité, de nous distinguer de nos parents qui sont vite dépassés! C’est à ce moment que souvent on délaisse sa région natale, pour aller là où l’herbe semble tellement plus verte. Nous portons en nous ce sentiment d’urgence de trouver une terre d’accueil, de bâtir sur du solide, de se construire une nouvelle vie, notre propre vie. Une graine ne peut voler au vent perpétuellement sans jamais s’implanter, sous peine de mourir sans jamais avoir porté fruit.

Ma petite histoire à moi s’extirpe des entrailles de l’Abitibi, une région neuve qui n’avait pas tout à fait soixante-dix ans d’existence au moment de ma naissance en 1965. Et je ne parle pas de l’arrivée des colons, mais de son annexion à la province du Québec par décret fédéral en 1898. Mes grands-parents, qui ont participé à son défrichement, ont dû traverser les mêmes épreuves que les premiers arrivants débarqués en Amérique. Il n’y avait rien, pas de routes, encore moins de services municipaux, rien! Ils ont tout bâti de leurs mains devenues calleuses à force de trimer comme des forcenés pour dépierrer et dessoucher. C’est ce qu’il leur en a coûté pour ouvrir les terres promises, qu’on leur a attribuées au beau milieu des forêts de bouleaux, de trembles et d’épinettes. Ce faisant, ils ont traités avec les Autochtones présents sur le territoire, échangeant avec eux du pain de ménage contre du poisson ou du petit gibier. Ils ne parlaient pas la même langue, mais ils savaient se comprendre et je crois, oui, je crois qu’ils partageaient alors la même histoire, cohabitant dans une certaine harmonie. Les Indiens circulaient où bon leur semblait, car on ne les avait pas encore confinés à vivre dans des réserves, comme des bêtes en voie de disparition dont on ne sait trop que faire, mais qu’on protège ainsi contre leur gré, pour se donner bonne conscience. On s’empresse d’oublier que les animaux qu’on isole vivaient très bien avant l’arrivée de l’homme, affairés que nous sommes par la sauvage exploitation du territoire, par appât du gain.

Je viens d’un pays peuplé de déracinés, depuis ses origines. Un pays d’immigrés qui ont tenté et tentent toujours de se reconstruire une culture ailleurs. Et c’est cette culture que nous avons parfois du mal à définir, en tant que québécois. Qui sommes-nous au juste, peuple métissé serré? Comment faire pour qu’encore aujourd’hui, en ces temps où l’individualisme prévaut, nos petites histoires personnelles s’inscrivent dans notre grande histoire collective? Une histoire à laquelle nous pourrions tous nous identifier avec fierté.