Archives de juillet, 2014

À Sainte-Sophie, les autorités ont des façons très simples de régler tous les problèmes. Pas de temps à perdre, on passe tout de suite à la solution extrême. Sévissons immédiatement contre les éventuels récalcitrants. Ainsi, quelle ne fut pas notre surprise un beau matin de recevoir une mise en demeure par courrier recommandé. Le motif: Nous avions bâti notre jolie cabane à bois un peu trop sur le devant de notre maison, nous devions la déplacer coûte que coûte. Selon les règlements municipaux, les constructions ne doivent pas dépasser le coin avant de la maison. Nous nous étions arrêtés à celui qui disait : à minimum cinq pieds du bord de la rue. « Parfait, nous sommes-nous dits, elle sera très bien sous les grands sapins! »

Nous avons reçu cette menace de représailles contre notre ignorance en plein hiver, au moment où il était impossible de faire quoi que ce soit. Alors j’ai écrit une jolie lettre à la municipalité pour leur expliquer que ce n’était pas raisonnable de nous demander de déplacer notre construction dans les circonstances actuelles et dès qu’il serait raisonnable d’envisager la chose, nous allions procéder à son déménagement. « OK, pas de problèmes! » Telle fut en gros la teneur de leur réponse. C’est simple quand on se parle entre personnes civilisées!

En attendant, il fallait trouver un moyen de bouger une structure pleine de deux par quatre et de quantité d’autres pièces de bois d’oeuvre, surmontée d’un toit en tôle azur que j’ai rebaptisé « bleu d’exaspération ». Nous avons discuté du problème avec notre nouveau voisin le camionneur qui a pour ces choses un certain sens pratique. La solution résidait dans une technique éprouvée et millénaire. Il ne suffisait qu’à la faire rouler sur des rouleaux jusqu’au nouvel emplacement, que nous avons situé le plus près possible de l’endroit actuel, quelques pieds plus loin.

Le moment venu de s’échiner à pousser comme des esclaves égyptiens, nous avons fait appel à la bande de notre ami Éric, qui s’est déplacée de très bon coeur (il y a encore des gens comme ça, qu’un travail de bras ne rebute pas). Quelques poussées effectuées pratiquement par un seul des gars plein d’adrénaline et de testostérone et la cabane était enfin prête à être installée sur ses nouveaux blocs de ciment. Là encore, notre voisin est venu à la rescousse avec les leviers dont il se sert pour soulever son dix roues. Voilà. Problème résolu. Pas plus compliqué que cela. Ne restait plus qu’à profiter du barbecue que nous avions concocté pour remercier tous ceux qui avaient répondu à l’appel.

Hey… Merci encore voisin!

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Lucien le chien est arrivé dans notre vie comme un chien de garde, mais il l’a quitté comme un fidèle compagnon.

C’était un chien qui avait été abandonné sur le bord du chemin à Brownsburg, près de l’endroit où se trouve le chalet de nos amis Richard et Diane. Ces gens de coeur l’ont recueilli, même s’ils avaient déjà adoptée une chienne maltraitée qu’ils avaient découverte tremblante sous leur galerie. Il ne fait pas bon appartenir à la race canine à Brownsburg.

Juste la veille, je m’étais dit que ce serait peut-être une bonne idée de prendre un chien avec nous, histoire de me rassurer un peu, car il y avait cette voiture brune qui arpentait notre rue régulièrement, faisant des aller-retours, probablement pour guetter les habitudes des citoyens dans le but de commettre des actes pas très gentils. Et puis nous recevons cet appel de nos amis nous informant de la découverte de cette pauvre bête. Quand les astres s’alignent…

Nous avons ramené le chien, un berger allemand tout noir pas méchant pour deux sous, mais quand même impressionnant pour les aspirants à vouloir nous emmerder. Il nous a fallu tous nous adapter à cette nouvelle situation, lui devait comprendre les limites de notre terrain (c’est pas bien de courir après les chats jusque chez les voisins), nous à nous occuper d’un être vivant totalement dépendant de nous. Nous devions apprendre à nous faire confiance, surtout quand on le laissait seul quelques heures à la maison. Allait-il faire des bêtises? Et dans sa tête il devait toujours craindre que nous l’abandonnions nous aussi.

Comme nous ne lui avions pas encore trouvé de nom, nous l’appelions « le chien ». Alors au bout du compte, c’est devenu Lucien. C’était le chien idéal. Il ne mordillait rien, il était sage comme une image dans la maison, jamais il ne volait de nourriture, même si elle était à sa portée, jamais il ne montrait les dents, même si on lui retirait son bol pendant qu’il mangeait. Il était gentil avec nos invités et les accueillait avec curiosité, d’une bienveillance surprenante avec les enfants. Il n’avait pas son pareil pour rattraper un frisbee en plein vol ou rapporter avec enthousiasme une balle que nous lui lancions dans l’escalier du sous-sol pour qu’il finisse par se tanner, à bout de souffle.

Puis il a commencé à vieillir. Et il courait moins vite et il jouait moins longtemps. Au lieu de nous apporter sa balle pendant qu’on essayait de jouer au ping-pong, il allait se coucher sur la grosse couverture que nous avions installée dans un coin du sous-sol. Et un beau matin, il n’a pas voulu se lever pour aller dehors. Lui qui me suivait partout, même quand j’aurais préféré être tranquille pour passer la tondeuse et ne pas avoir un chien et son frisbee dans les pattes. François n’a pas compris tout de suite que c’était peut-être grave et il est parti à un rendez-vous. Mais loin de s’améliorer, son état se détériorait d’heure en heure et j’attendais impatiemment qu’il revienne pour vite aller chez le vétérinaire.

Le verdict fut sans appel. Une grosse tumeur dont nous ignorions l’existence drainait son sang et son énergie. Il avait dû tomber dessus et elle s’était rompue. Il n’avait même plus la force de se lever pour faire ses besoins ou boire de l’eau. Le cancer avait gagné la partie sans sans que nous ayons eu la chance de déplacer nos pions. Comme la vétérinaire ne nous encourageait pas à essayer un traitement qui, disait-elle, n’aurait prolongé sa vie que de quelques mois dans des conditions incertaines, nous avons pris la décision de le laisser partir. Décision plus cruelle pour nous, car pour lui, c’était un soulagement, tandis que de notre côté, nous allions devoir apprivoiser le vide qu’allait créer son départ.

Nous l’avons accompagné jusqu’à son dernier souffle, pas question de l’abandonner. Je lui ai caressé le museau pour qu’il sente mon odeur et ma présence à ses côtés, François lui a apporté sa rassurante couverture. Tout s’est passé trop vite, mettant un terme à 10 ans de camaraderie. Lucien le chien s’en est allé doucement et nous sommes repartis la mort dans l’âme. Et nous avons pleuré longtemps… des jours, des mois…

Quelle idée de vouloir remplacer un chien. Ça ne se remplace pas. Comme on ne peut remplacer la perte d’un être cher. Un autre chien pourrait un jour signifier quelque chose pour nous, mais ce sera différent. Aucun chien n’aura sa personnalité, sa douceur, son intelligence. Le vide sera toujours là, sa place à lui vacante à jamais.
KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

C’est le terrain qui nous a attiré ici. Une grande propriété au coeur de la forêt laurentienne, avec des dizaines d’essences d’arbre différentes. Jamais vu une telle biodiversité! Plantée au milieu de tout ça dans son écrin tout vert, notre petite maison grise au toit rouge. Quelques mois plus tard, je me demandais ce qui nous avait pris de venir s’encabaner dans cette municipalité endormie, loin de tous nos amis, sur la route de l’Abitibi, certes, mais on ne va pas là-bas toutes les fins de semaine. J’étais prête, je l’avoue, à repartir en courant.

D’abord, les comités d’accueil de voisins qui viennent vous apporter des muffins comme dans « Beautés désespérées », c’est un mythe.  Ici, les voisins vous épient longtemps par leur fenêtre avant de vous parler. Quels sont ces « étranges » qui refont tout leur gazon à la force du poignet, équipés de filets à moustiques. On a bien essayé d’engager des ouvriers pour cela, mais si nous on est bizarre, j’ignore ce qu’il est advenu de cet entrepreneur qui nous a dit que s’il ne rappelait pas dans l’heure, c’est parce qu’il se serait changé en loup-garou. Je crois qu’il doit hanter la forêt à la pleine lune, car nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles. Ainsi, nous avons vite constaté que par ici, mieux vaut exécuter ses travaux soi-même, car de toute façon, c’est vraiment galère de trouver de bons spécialistes.

Nous avons peu à peu appris à connaître les locataires de la maison d’en face. Une petite famille pas très fortunée, mais sympathique, qui a bientôt cédé sa place à de vrais Bougon! Des b.s. qui occupaient la maison en meute et développaient tous les clichés de la gang de pas bons, incluant la culture de pot dans le sous-sol. Ce n’est pas qu’ils étaient vraiment dérangeants ou bruyants. C’est juste que, bon, disons que si nous avions voulu revendre notre maison, elle n’aurait pas parue attrayante à d’éventuels acheteurs, vu l’état dans lequel se trouvait le terrain de ces chers voisins.

Un beau matin, nous avons ouvert les volets et la police était là, les effets personnels des Bougon jonchaient le bord de la rue. On a appris qu’ils avaient arrêté de payer leur loyer quand le propriétaire a décidé de vendre la maison à une honnête petite famille. Ou bien celui-ci l’a vendue parce qu’il en avait marre de ne pas se faire payer. Bref, nous n’étions pas tellement émus de les voir partir, même si ça faisait quand même un peu pitié. Nous avons pu constater que des comme ça, il y en a plus que la moyenne à Sainte-Sophie. La forêt est une cachette pas seulement pour les animaux sauvages. Et puis des petits voleurs qui s’introduisent dans les maisons, il y en a des talles. Ça pousse ici mieux que les fraises. Ils ont la belle vie, car ils se font rarement cueillir. Ils osent même perpétrer leurs méfaits en plein jour, quand les gens sont au boulot. Pas de chance pour eux, on travaille de la maison. Alors on doit être les seuls dans le coin à ne pas avoir été visité dernièrement. C’est dire l’ambiance.