Archives de août, 2014

Offrez un bout de forêt à des enfants et tout à coup, leur imagination se remet à l’ouvrage. Derrière chez moi, il  y a un rocher dissimulé dans les feuillages. Dès qu’un enfant s’y assoit, il se met à se raconter plein d’histoires. Comme les gamins ne me voient pas, je peux les écouter depuis la fenêtre de mon bureau avec un brin d’indiscrétion et passablement d’amusement. Je constate que les petits garçons continuent encore d’imaginer des jeux de guerre. Mais les cowboys et les indiens ont été remplacés par des personnages fantastiques inspirés du cinéma ou des jeux vidéo. Les armées desquelles ils sont à la tête sont constituées de 20 000 impitoyables combattants, auxquelles sont mêlés des sorciers, ou autres elfes et orques. Toute cette démesure semble tellement les dépasser qu’ils ne prennent même plus d’armes improvisées et artisanales pour simuler un combat. Dès qu’ils ont terminé de raconter le complexe tableau d’ensemble, le jeu tire à sa fin. Je constate que même lorsqu’ils sont loin d’un écran, certains de leurs jeux demeurent virtuels.

Je pense que nous sommes faits pour vivre dans la forêt. S’assoir sur ma terrasse avec pour paysage cette forêt paisible et enveloppante a le don de me reconnecter avec l’essentiel. Je me raconte alors des histoires où les humains prennent conscience de cette richesse naturelle qui les entoure et cessent de tout massacrer pour tirer de l’or ou du pétrole des sols en polluant la nappe phréatique, de couper tous les arbres pour bâtir trop de maisons et condos inutiles, d’appauvrir la terre en ensemençant à outrance des champs pour produire des légumes dont près de la moitié pourriront dans les poubelles, et quoi encore!

Dans le monde réel, il y a de vraies guerres, avec des gens qui meurent pour vrai et pour rien. Les combats les plus sanglants font rage dans des pays où les forêts sont rares et le sol pauvre et désertique. Alors voilà. Je me dis que si chacun avait son coin d’ombre sous un arbre, peut-être que le bonheur serait plus facile. Ce serait un jeu d’enfant. On se raconterait plein d’histoire et ensuite, on passerait à autre chose comme aller courir derrière un ballon, enfourcher une bicyclette ou plonger dans un lac.

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