Chapitre 23 – Finalement, qui sommes-nous?

Publié: février 17, 2015 dans Autobiographie
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Rien de mieux que d’observer comment les gens sont ailleurs pour mieux saisir ce qui fait notre essence, pour comprendre par comparaison de quel bois on se chauffe. Tient, quelle belle expression tout à fait de « rigueur »!

Il faut revenir en arrière pour revoir le contexte dans lequel on a évolué. Nos ancêtres ont quitté un continent, un mode de vie, une histoire, des acquis technologiques pour venir s’installer dans un territoire où la nature leur a vite appris qui était le maître. Ces nouvelles conditions d’existence ont modifié leur rapport à l’environnement et contribué à leur forger une culture propre aux circonstances. Ils ont dû s’entraider plus que de coutume, inventer des nouveaux outils de travail, des nouvelles façons de construire les maisons plus adaptées au climat, des moyens de locomotion aptes à affronter les grosses bordées de neige, des sports pour se divertir en toutes saisons. Ils ont composé des chansons et des histoires qui reflétaient mieux leur réalité, concocté une cuisine avec ce qu’ils avaient sous la main. Voilà pour ceux qui ont quitté la Bretagne ou la Normandie au XVIIe siècle. Mais au début du XXe siècle, l’histoire s’est répétée quand les colons sont partis pour défricher l’Abitibi. Coupés du reste de la province avec pour seules voies d’accès un chemin de fer et des rivières, ils ont reproduit les gestes des premiers arrivants en Nouvelle-France dans les mêmes conditions de dénuement et d’isolement, cohabitant sur le territoire avec les tribus autochtones.

Depuis, une route a percé les kilomètres de forêt séparant l’Abitibi des grands centres urbains, mais au fond, il reste encore dans le cœur des gens de là-bas encore beaucoup de cet esprit communautaire qui prévalait à l’aube de la création de ce nouveau pays, de cet accueil chaleureux qu’on réserve à tous ceux qui viennent de loin, cette curiosité avide de tout connaître sur les nouveaux arrivants, qu’ils viennent d’au-delà de la barrière du parc La Vérendrye ou de l’océan Atlantique. Et moi, je suis issue de la troisième génération d’Abitibiens, fière de mes racines déracinées qui cherchent toujours à puiser aux sources du Nord le meilleur de nous, québécois.

Lorsque je contemple ces vallons rebelles, disciplinés par les agriculteurs, cette lumière brute et franche qui ne laisse aucune place à l’ombre d’un doute, je saisis une parcelle de ce qui fait de l’Abitibi une région unique. Fondée par les pères de nos pères, à la sueur de leur rêve de liberté, elle a engendré des conquérants, des patenteux ingénieux et de vaillantes porteuses de flambeaux. Comment ne pas se réclamer détenteur de son ADN, comment ne pas désirer être reconnu comme légitime héritier?

les foins

On croit habiter une région, mais c’est cette région qui nous habite, même longtemps après notre départ. J’ai une tendresse pour ses habitants qui se battent encore et toujours contre les préjugés de ceux qui ne savent pas, devant encore et toujours faire leur preuve, malgré la reconnaissance éphémère de leur mérite. À beau mentir qui vient de Rouyn, dites-vous, qui croyez que sa principale ressource est une mine de mouches noires.

L’Abitibi a très tôt appris à ne compter que sur elle-même et son envol n’en fut que plus majestueux. Dans ses beaux jours, elle transpire de créativité, se débrouillant pour qu’on ne l’oublie pas.

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commentaires
  1. Conrad Gaulin dit :

    Bravo Francine, tellement vrai et touchant.
    La pomme est tombée très près du pommier!
    Nos plus grands hommages.

    Conrad Gaulin

    PS: merci de garder la communication, j’aime lire et relire chacun de tes articles.

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