Archives de avril, 2015

Je m’étais faite une promesse: être plus en forme à 50 ans qu’à 40. Il me reste 3 mois pour me prouver que je suis encore dans le coup! Vivement que la chaleur s’installe que je me remette à pédaler comme une dératée sur mon vélo neuf et que je dépoussière ma raquette de tennis.

Bon, il faut dire que le niveau de difficulté du mandat n’est pas si élevé. On ne peut pas dire qu’il y ait une énorme différence entre la forme qu’on a entre 40 et 50 ans, comparativement à la pêche qu’on possède à 20 ou même encore à 30 ans! Le vrai défi aurait été de chercher à cueillir de ce fruit que l’on convoite de plus en plus quand les années altèrent nos résultats aux examens de santé. Mais, bon, déjà si je pouvais jouer au hockey bottine avec mes neveux et nièces sans poursuivre d’avantage mon souffle que la rondelle, ce serait un bon début.

Ça c’est pour l’enveloppe, ce corps à la peau désormais plus terne dont chaque cicatrice possède sa petite histoire. Ma préférée est celle que raconte un trait blanchâtre laissé sur mon index droit par un petit accident avec une presse à foin. J’essayais d’aider mon grand-père François à faire tourner une pièce pour décoincer des cordes de balle et mon petit doigt s’est pincé dans l’engrenage. Même pas pleuré, je me sentais juste désolée d’avoir plus nui à mon pépère qu’autre chose. Et lui a dû se sentir si mal, car il se rendait bien compte que j’aurais pu y laisser un morceau de moi. La coupure était suffisamment profonde pour graver son empreinte dans le temps. Une marque en forme de trait d’union témoignant d’un événement qui concernait mon grand-père et moi, prouvant aujourd’hui qu’il a bien existé. J’avais 12 ans quand mon pépère nous a quitté. N’importe quel âge est trop jeune pour perdre quelqu’un qu’on aime.

Les traces physiques du passage sur terre de mon grand-père disparaissent petit à petit, insidieusement, alors je m’accroche à cette cicatrice comme à un trophée de guerre. D’abord il y a son vieux tracteur, celui avec lequel il faisait presque corps, tant l’un n’allait pas sans l’autre. Le vénérable engin a bien essayé de s’incruster sur la terre de pépère, de disparaître dans les herbes folles, cherchant à se faire oublier pour demeurer là à jamais, veillant sur les générations de petits Gaulin présentes et à venir. Mais mon oncle a préféré le vendre plutôt que de laisser rouiller sur place ce retraité désormais inutile.

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Et puis récemment, il y a la maison de rondins qu’il avait bâtie avec son frère Lauréat dès leur arrivée en Abitibi qui s’est finalement écroulée, après avoir pourtant résisté à tant d’intempéries. Que faire, de toute façon, d’une vieille maison inutile dont le plancher effondré était devenu source de danger et d’inquiétude pour les parents et leur marmaille?

toile

De pépère, il ne reste plus que quelques photos et des bouts de films super 8 dont les couleurs finiront par passer, laissant les personnages disparaître tout doucement. J’ai peine à me souvenir de sa voix que j’imagine rauque, de ses yeux pétillants et rieurs ou de ses mains que je sentais calleuses quand il me taquinait avec des chatouillis dans le cou. Petit grand-père tout abîmé par tant de labeur, qui n’a pas su résister aux intempéries, la cicatrice de ton départ précipité est plus profonde dans mon coeur qu’un petit accroc au doigt.

Je ne t’oublie pas, même si ma vie s’est déroulée sans toi, sans le toit bienveillant que tu déployais au-dessus de mes peines d’enfant.