Archives de avril, 2019

Journal d’une apprentie motarde

Publié: avril 18, 2019 dans Roman
Tags:

Par où commencer

Au début, quand je fais part de mes intentions à François d’apprendre à conduire une moto, il semble dubitatif. Il y a de quoi. Peu de temps avant, je n’avais jamais même pensé un jour monter sur un deux roues motorisées. Je ne jurais que par la force de mes jambes et essayais de convaincre François que le vélo, il n’y a que cela de vrai.

Honnêtement, j’ai embarqué dans son univers pour lui faire plaisir. Pour essayer de comprendre ce qu’il ressent quand il enfourche sa R1200RT. Notre première sortie ne nous a pas menés bien loin. Direction Val David, qui étale ses ambitions de villégiature à 40 minutes de notre maison. J’ai tout de suite compris comment monter en selle en transposant mon poids vers l’avant, afin de ne pas trop déséquilibrer la moto. Et je savais qu’il ne fallait pas lutter contre les mouvements du pilote dans les courbes. Mais j’ignorais encore que dans les freinages, si tu serres bien les jambes, tu ne t’affales pas sur ton partenaire. Alors je m’accrochais à en avoir les jointures blanches, aux poignées de part et d’autre de la selle passager. Ce jour-là, il faisait un 29°C bien senti et bon sang, la selle chauffante était branchée! À St-Adèle, n’en pouvant plus, je tape sur l’épaule de François pour lui faire part de mon impression d’être suffisamment bien cuite pour la dégustation. Il ne savait pas comment la désactiver avec ses commandes et pour cause, seul le passager peut enclencher le tout. Il a fallu qu’on s’arrête pour enfin repérer où se cachait le bouton. Je ne l’ai franchement pas trouvé tellement accessible. Il faut passer la main sous la jambe droite, un peu trop loin devant. C’est déstabilisant. Il me semble que les ingénieurs auraient pu faire mieux! Le mettre juste sous la selle près des fesses par exemple. On ne veut pas être trop gentil avec les « backseats ». Faudrait pas qu’elles s’incrustent! Parce que moto = liberté, hein les gars!

Mais non, François n’est pas comme ça. Il a pris goût à nos ballades à deux. Il y a eu d’autres sorties, à chaque fois un peu plus longues, la plupart du temps planifiées par moi : à Montebello, à St-Donat, à Berthier. Quel plaisir de découvrir le monde, bien calée sur la selle de sa moto. Mais c’est quand même un peu frustrant de manquer la moitié du spectacle dissimulée par son casque. Et puis, j’ai l’impression de n’être qu’un poids mort, de ne pas avoir d’emprise sur rien. De ne pas pouvoir mettre pied à terre quand c’est tellement beau que ça vaudrait bien une photo. Un gars, ça aime rouler sans s’arrêter, jusqu’à la fin des terres.

Puis de ballades de 200-300 kilomètres en un week-end, on est passé d’un coup à 800 kilomètres! On s’est inséré dans un groupe de gens très sympathiques possédant la même marque de moto que nous. J’ai vite compris que les pilotes de BMW, ça aime la vitesse, la performance, les accélérations, les sensations fortes et une multitude de courbes pour danser avec leur partenaire consentante. Je parle de leur moto, bien entendu. Ils aiment aussi avaler du bitume, beaucoup de bitume. Certains veulent imposer leurs règles sur la route, avec leur grosse moto de police. Tassez-vous de là! C’est vachement moins amusant quand tu es passif et j’étais donc pas mal moins d’accord que leur bécane devant cet excès de vitesse couplé avec une succession effrénée de virages aveugles. J’en ai convenu que ces sorties ne sont juste pas faites pour les duos. Mais c’est déchirant d’imaginer abandonner des gens aussi adorables. Alors j’essaie de contenir ma frustration et parfois mes frousses, mais ça, c’est plus difficile. Je ne désespère pas. La prochaine fois que j’irai avec eux, j’aurai expérimenté les techniques de base de la conduite de la moto. Je verrai peut-être tout cela d’un autre œil. Je comprendrai des choses. J’appréhenderai peut-être moins les difficultés de la route.

Fin novembre 2018, je passe l’examen théorique sans trop de difficulté et obtiens mon permis de suivre des cours pratiques. Si piloter une moto n’était qu’une habileté intellectuelle, ça ne me poserait pas trop de problème. Mais je ne dois pas sous-estimer mes habiletés de conduite automobile manuelle, ni mon aisance sur deux roues sans moteur. Mi-décembre, je passe à l’action et m’inscris à l’École de conduite 2000. François y a suivi ses cours pour obtenir son permis de rouler à moto au Canada et il a bien aimé son expérience. Bien entendu, nous n’aurons probablement pas le même instructeur, mais je n’attends pas de cette personne qu’elle me conduise par la main. Je suis prête à faire mon bout de chemin qui sera tout en ressenti. J’ai hâte. Je ne pense qu’à cela.

Février 2019, on se rend au Salon de la moto de Montréal. Je suis impatiente d’enfourcher une bécane toute seule, de la redresser et en sentir le poids. Je suis curieuse de tester les positions de conduite, de voir quelle moto me plaira le plus. J’ai un coup de foudre pour la Kawasaki Versys 650LT. Une routière qui ne dédaigne pas de s’attaquer aux chemins de gravelle! Ha! Voilà! De plus, son prix de base est beaucoup plus abordable que la BMW GS750 ou la 850 qui me font de l’oeil. Quand je monte sur la Honda CB500F, je suis un peu déçue. Il ne semble pas y avoir d’affinités entre nous, moi qui avais déjà, en théorie, élue cette moto comme ma première monture. La Yamaha MT07, quant à elle, ne me déplaît pas, de même que la Ducati Scrambler, mais pour l’usage que nous comptons faire de nos motos, davantage de grands voyages que de courts déplacements en ville, mon cœur revient toujours à la Kawa. J’aime comment les motos Kawasaki sont profilées. On sent qu’une fois les jambes bien calées contre leur réservoir à essence, elles en épousent les contours parfaitement, permettant une bonne maîtrise de l’engin, de jouer avec lui. Mais je ne sais rien encore de leur réaction quand on relâche l’embrayage et qu’on accélère, quand on roule au ralentit, quand on exécute des contrebraquages. Tous ces concepts qui deviendront concrets le 1er mai prochain, date de mon premier cours de moto…

Publicités