Archives de mai, 2019

Bon sang! J’ai le trac comme si j’allais entrer sur scène. Mon estomac est complètement noué. Inutile de me préparer un bon repas, je n’arriverai pas à l’avaler. Alors j’attrape un restant de salade de couscous dans le frigo qui traîne là depuis quelques jours et le termine à même le plat. C’est que ce soir, j’ai mon 3e cours de moto. On va sûrement s’attaquer à de nouvelles manœuvres et ça m’angoisse un peu. Même si je sais que dès que je serai sur la moto, comme d’habitude, le stress va s’en aller et je vais y mettre tout mon cœur et ma concentration.

J’arrive sur le site et constate que le circuit avec les virages en S, le 8 et le rond est installé. Je vais pouvoir tester à nouveau le contrôle de l’embrayage et de la trajectoire. Ouf! Tant mieux! J’ai tellement pensé à ce que j’aurais dû faire la dernière fois que mon cerveau surchauffe. Mais aujourd’hui, on ajoute aussi le freinage d’urgence, le virage serré à gauche et celui à droite, le parcours au ralenti et on va pratiquer le contre-braquage avec le prof qui sera là pour nous indiquer à la dernière seconde de quel côté il devra se faire.

Je m’installe en bout de piste, tel un avion paré au décollage. J’accélère franchement. Après tout, si je dois faire un freinage d’urgence, il doit se dérouler à bonne vitesse. Et puis je freine tout aussi franchement, en utilisant pour la première fois (du moins volontairement) le frein du guidon droit, combiné avec le frein au pied, n’oubliant pas de serrer l’embrayage afin de ne pas caler, les bras tendus, tout en conservant le regard loin devant. Ouf! Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol, comme s’il était monté sur un ressort. Wow! Quelle sensation! Tout cela s’est fait sans y penser, comme une série de réflexes naturels. La moto est restée bien stable, droite, et je me suis arrêtée dans une très courte distance. Je ressens qu’il faudra moduler ces actions en fonction de la vitesse à laquelle je roule, si je ne veux pas voler par-dessus ma moto. Disons que je n’ai aucun problème de réflexe et je réagis au quart de tour. À 20 km/hre, mon premier freinage d’urgence se déroule à merveille. Une autre manœuvre démystifiée.

Tout de suite après, il faut faire un arrêt, puis exécuter deux virages à gauche serrés avant de s’arrêter à nouveau devant la porte d’accès pour le prochain défi. Oh là là. Le premier virage, ça va, mais j’oublie ensuite de tourner la tête, alors la moto suit mon regard dans une mauvaise direction et je fais une grande boucle à gauche pour recommencer l’exercice…  Je devrai repasser plusieurs fois par là avant de réaliser que juste en tournant la tête vers l’endroit où je désire aller, la moto suit comme par magie. Révélation! Même quand on y pense à la dernière minute, ça marche! Ça tourne presque sur un dix sous! OK, François dirait que j’exagère un peu, mais c’est l’impression que ça donne.

C’est ainsi que j’arriverai enfin, juste avant la fin du cours, à exécuter le parcours de virages en S sans mettre le pied à terre, en contrôlant l’embrayage et la trajectoire, en dirigeant le regard vers le cône orange suivant à contourner. C’est suffisant pour que je jubile. Ça tombe bien, le prof m’a vue réussir ce dernier parcours! Il a une preuve que je ne suis pas complètement nulle. Toutefois, le 8 et le petit rond intérieur, je ne les maîtrise pas encore, et je soupçonne que c’est encore une question de regard qui n’est pas dirigé là où il faut. Je suis fatigante avec cela, mais je comprends que c’est la base de toute la conduite à moto. Il faut aussi que je me concentre pour ne pas perdre le point de friction dans les ralentis. J’ai tendance, surtout dans les virages à gauche, à trop serrer le levier d’embrayage.

Pour l’exercice du contre-braquage et évitement d’obstacle, le prof l’a fait plus difficile que celui de l’examen. La distance entre la porte où on nous indique où tourner et les deux portes de sorties est très courte. Je rate les deux premiers virages à gauche de peu, mais quand le prof « menace » de monter avec moi sur la moto pour me faire comprendre la manœuvre, je me décide enfin à y aller franco et je réussis le 3e essai. Je réussirai tous les suivants.

Je me sens plus à l’aise avec les manœuvres à droite en général. Paraît que pour plusieurs, c’est l’inverse. Mais après 9-10 heures d’expérience, je ne peux pas dire que j’ai vraiment une faiblesse déclarée. Je n’ai juste pas l’habitude encore.

 

Le lendemain, je suis toujours aussi stressée quand vient l’heure de manger avant de partir. Mais je me contrains à le faire, car sinon, je vais manquer d’énergie. Tout ce dernier cours en circuit fermé sera entièrement dédié à la pratique de l’examen de la SAAQ. On commence par aller sur les lieux du crime, voir les traces au sol et essayer de se figurer y exécuter chacune des manœuvres. Le parcours devra se faire de façon fluide, d’un bout à l’autre. On aura tout le cours pour l’apprendre par cœur et le retenir… à jamais! Mais honnêtement, ce n’est pas si compliqué comme trajet. Faut juste savoir quoi faire et dans quelle séquence. Je ne vais pas vous l’expliquer ici, car des tas de vidéos sur Youtube le montrent très bien.

Au début, on ne va essayer que la nouvelle manœuvre du jour, le slalom, avant de faire le parcours d’examen d’un seul coup. On s’exécute chacun à notre tour et on réussit tous assez bien à passer les portes. Plus je l’essaye, plus je suis à l’aise avec l’idée de faire pencher un peu la moto pour que les passages soient plus fluides. C’est assez grisant!

Et puis le prof nous demande enfin de faire tout le parcours d’un coup. À la surprise générale de tous ceux qui m’ont vue galérer depuis le début des cours, je le réussis sans problème. Je suis sur un nuage. Les copains m’applaudissent et lèvent le pouce en l’air avec un grand sourire. Les exercices que le prof nous a fait pratiquer étaient tellement plus difficiles qu’à côté de cela, ça ressemblait à une promenade du dimanche. J’ai eu la sensation tout le long que je contrôlais la trajectoire de la moto, même pour me replacer parfaitement au centre d’une porte au début de chaque exercice. C’est la première fois que je me sens aussi bien aux guidons d’une moto.

Le prof n’en revient pas. Il me dit que je suis une vraie boîte à surprises. Il est heureux pour moi et confiant en mes capacités, car il a maintenant la preuve que je suis capable de bien diriger mon regard, de contrôler ma trajectoire et mon embrayage et de freiner avec assurance et sans hésitation, tout en conservant mon équilibre en tout temps. À la fin du cours, on s’évalue et il me dit: « donne-toi des bonnes notes là! ». Parce que je m’évaluais toujours assez sévèrement. J’ai tellement à apprendre.

La prochaine étape maintenant, c’est la conduite sur route. D’ici là (dans 1 mois), je vais avoir la chance de pouvoir pratiquer avec François, afin de maintenir mes acquis et être de plus en plus à l’aise avec l’embrayage. Je vais aussi apprendre à maîtriser ma moto aussi bien que la petite Buell avec laquelle j’ai pratiqué jusqu’ici, car c’est avec mon bike que je vais passer l’examen de la SAAQ.

Route, me voilà!

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Après mes six premières heures de cours, voyant que je n’arrivais pas à bien exécuter les exercices de maîtrise de l’embrayage et de la trajectoire, je fais part à François de la nécessité plus qu’évidente d’avoir l’opportunité de pouvoir pratiquer en dehors des minces heures de cours. D’autant plus que les explications sommaires du moniteur se limitent à répéter qu’il me faut jouer avec l’embrayage, l’accélérateur et le frein. Bon. OK. Mais encore? Mon argument premier pour l’achat immédiat d’une moto : quand tu apprends à jouer d’un instrument, il faut que tu pratiques si tu veux t’améliorer! (Je suis musicienne, je sais de quoi je parle!) Le numéro deux étant qu’il me faudra bien disposer de mon propre engin sous peu. La formation se déroule à une vitesse folle. Bientôt, si tout se passe bien, j’aurai le droit de rouler sur les routes. Mais rassurez-vous, je ne le ferai pas si je ne suis pas certaine de contrôler la bête.

J’épluche les petites annonces dans le groupe de vente de motos auquel je me suis récemment abonnée. Justement, j’ai vu passer récemment une petite Honda CB500F 2014, pas trop chère. Je sais, je sais, j’avais dit que mon cœur battait très fort pour la Kawasaki Versys 650LT, mais de façon plus raisonnable, il me semble qu’une moto pas trop haute, où j’aurai les deux pieds bien au sol à l’arrêt, serait plus appropriée pour l’instant. Et puis elle est fortement recommandée pour les débutants, car elle est très maniable. C’est en plein ce qu’il me faut. Je contacte le gars, on échange nos coordonnées le vendredi 3 mai 2019. Le dimanche 5 mai on va essayer la moto, le lundi 6, on la ramène à la maison. François est totalement conquis par sa légèreté, son agilité et sa souplesse de conduite. Il a du plaisir à prendre les courbes, en ayant l’impression de rouler au ras de la route en faisant corps avec la moto. Lorsqu’il retire son casque, il a un grand sourire aux lèvres et me dit qu’il ne se souvient pas la dernière fois où il a eu autant de plaisir!

Cet achat a fait trois heureux : moi, François (qui compte en profiter tant que je n’aurai pas le droit de sortir sur la route) et notre vendeur Martin, qui une fois son argent en poche s’est précipité chez Motos Illimitées à Terrebonne se procurer une Honda CBR1000RR. C’est dire comme il était prêt pour plus de puissance!

Le lendemain, on se trouve un stationnement tranquille et assez large pour que je puisse l’essayer. Au début, je suis un peu intimidée, car elle est si belle que j’ai peur de faire des manœuvres qui auraient un potentiel de me mettre en danger de l’échapper. Un de mes amis me déconseillait de pratiquer avec ma propre moto pour éviter ce risque. Mais il faut bien se lancer un jour. Je n’ai jamais échappé la moto dans mes cours. Les seuls moments où c’était vraiment dangereux, c’était dans les virages serrés au ralenti. Il ne faut pas hésiter à mettre le pied à terre quand tu es en déséquilibre, c’est tout. Même si l’égo prend un coup à chaque fois. Ma moto est légèrement plus lourde que celle de l’école. Je ne suis pas encore totalement rassurée. Alors pour cette première fois, je ne prends aucun risque. Après avoir testé l’embrayage sous la supervision de François, mon prof privé, je fais des grands tours autour du stationnement. Et puis hop, tout à coup, je teste sa maniabilité en faisant de petits zigzags, juste pour voir. Finalement, je me risque à faire enfin un demi-tour, afin de faire mes grands tours dans l’autre direction. François commence à avoir froid. Ce sera tout pour cette fois-là. De toute façon, demain, j’ai mon 3e cours.

OK, là c’est vrai! La glace est brisée. J’ai fait la connaissance de la bête. Celles de notre cours de moto sont des Buell Blast, un modèle construit entre 2000 et 2009 par une branche de Harley Davidson. Malmenées par des générations d’apprentis motocyclistes, elles semblent avoir le double de leur âge. On sent que personne ne s’attarde à les polir amoureusement. Elles sont rangées sans ménagement dans un gros conteneur rouge et abandonnées là jusqu’à la prochaine sortie par tous les temps.

Justement, pour mon baptême de la moto, la météo ne nous a pas fait de cadeau. Alors que je me dirigeais vers le site du cours, il s’est mis à pleuvoir du grésil. Même la pluie grelottait de froid. Pas question de prendre cela comme excuse pour remettre l’événement à plus tard. Honnêtement, dès que je suis montée sur la moto, j’ignore le temps qu’il a fait jusqu’à la fin du cours. Paraît qu’il a plu averse, car mes vêtements étaient complètement détrempés. J’étais hyper bien vêtue pour affronter le pire. J’avais de nouveaux gants avec lesquels j’aurais presque pu faire du ski-doo tellement ils étaient chauds. Alors mes petits doigts ont tenu bon, pendant que mes confrères étaient obligés de s’arrêter parce qu’ils ne sentaient plus leurs phalanges.

Le problème n’est certes pas venu des vêtements. Je crois que j’ai dû caler une vingtaine de fois en une heure. Je ne donnais pas assez de gaz, je lâchais l’embrayage trop vite, alors qu’il fallait s’exercer à faire quelques mètres, puis à s’arrêter et rebelote. C’est dur d’entendre ton moteur ronronner au milieu de toutes ces Buell qui blastent tout autour! Il est clair que je me cherche une excuse.

La dernière partie du parcours était constituée par un petit slalom plutôt serré à expérimenter en première vitesse. Je m’y suis risquée tout de suite et si j’ai raté une porte la première fois, ce fut la seule, à mon souvenir. Après avoir répété plusieurs fois le parcours, je suis allée retrouvée mes confrères abrités dans le conteneur. Pause-pipi, café, friction des doigts pour ceux qui en avaient besoin et on repart.

Le dernier défi du jour consistait à passer la 2e vitesse. J’appréhendais ce moment, pensant que ça allait partir en malade! Mais non, c’est tout progressif. En fait, si on ne continue pas d’accélérer, on poursuit à la vitesse où on était rendu.

Passage de vitesse, démystifié. Check.

Constatation no 1 : rouler à 20 kilomètres heure, c’est déjà cool, alors plus vite, ce doit être le pied. 2e constatation, tant qu’on roule (et qu’on contrôle la machine), on est en business.

Le lendemain, pour le 2e cours, j’ai appris à la dure que la trajectoire, c’est aussi important que le contrôle de l’embrayage. Ne vous imaginez pas de chutes et de vêtements déchirés. Pas si dur que ça, quand même, sauf pour mon égo. J’ai galéré durant tous les exercices impliquant de faire des ronds, des 8 et des virages en lacet. Pour ces maudits virages, j’entamais mal ma trajectoire dès le début. Je serrais le cône orange que je devais contourner, dès le départ, de sorte que je me retrouvais beaucoup trop loin de l’autre côté pour revenir faire le tour du second cône. Mais personne ne m’a avertie de mon erreur. Alors j’ai persisté comme ça pendant quelques heures. Car je pensais que mon principal problème était ailleurs. Dès que j’arrivais aux cônes placés dans une légère pente, je manquais de jus, car je serrais trop mon embrayage. Il n’était plus sur le point de friction. En fait, je n’ai pas du tout compris comment exécuter l’exercice en maintenant l’embrayage au point de friction et en jouant du frein et de l’accélérateur. Frustration! Heureusement, j’avais les autres exercices pour jeter un baume sur mon orgueil de lionne. Je me débrouille pas mal avec l’équilibre au ralenti, je suis assez à l’aise avec l’évitement d’obstacle et je suis arrivée beaucoup plus facilement que la veille à passer la 2e vitesse sans manquer mon coup en m’arrêtant au neutre. À ma décharge, concernant le passage de cette vitesse, j’ai lu dans un article sur la Buell, que c’est un défaut de la machine. Ha! J’adore le son que ça fait quand on passe les premières vitesses. Ce « clock » caractéristique sonne aussi bien à mon oreille que le « plock » d’une balle de tennis bien frappée.

Le dernier exercice de la journée à maîtriser, consistait à effectuer un virage à droite serré après un arrêt. Ça s’est plutôt bien passé. Encore une question de trajectoire, donc de regard, alors je tournais bien la tête en direction de là où je devais aller, mais cette fois, je mettais le gaz nécessaire pour rouler.

Le prof a pu constater que malgré toutes mes difficultés avec les exercices de « viraillages » au ralenti, je n’avais pas peur de foncer, de réessayer, d’accélérer quand c’était le temps.

Il ne me reste plus qu’à refaire ces exercices en ayant une meilleure compréhension de ce que je dois faire pour les réussir. Et pour cela, j’ai la chance d’avoir un chum qui est prêt à me donner un coup de main. Merci François pour tout!