Archives de juin, 2019

20 juin 2019. 6h00 du mat. Bon. Je n’ai presque pas dormi de la nuit, à moitié à cause de certaines indispositions féminines qui m’obligeaient à aller aux toilettes régulièrement, c’est comme ça, l’autre moitié, vous l’aurez deviné, parce que c’est aujourd’hui le grand jour : l’examen de la SAAQ en circuit fermé. On a beau savoir qu’on est prêt, qu’on maîtrise toutes les manœuvres, qu’on les a même expérimentées à maintes reprises sur la route, notamment le ralenti quand on roule dans le trafic, là, il y a quelqu’un qui va scruter à la loupe tout ce que tu fais.

Mon examen est à midi dix, mais j’avais demandé au patron de l’école de conduite de pouvoir faire un rafraîchissement (c’est comme ça qu’ils appellent ça) avec la moto, afin de me rassurer un peu. Je négocie avec lui de pouvoir le faire gratuitement, dû au fait qu’on n’a pas eu toutes les heures de cours auxquelles on avait droit en raison notamment du mauvais temps. Il finit par accepter. Normalement, il y a un professeur qui t’accompagne et te conseille. Alors je lui demande si je dois aller aviser les secrétaires de l’école. Il dit que non, que ça va être correct, qu’il va se souvenir de moi. Mouais… Il me demande d’être sur place pour 7h15 du matin.

J’arrive donc à 7h00, le temps est maussade, mais il ne pleut pas. J’attends. À 7h30, toujours personne. Je décide d’aller voir sur le terrain de pratique de l’école. Personne. Je reviens sur le site de l’examen. Un mec de l’école finit par se pointer avec une première moto vers 7h40. Mais ce n’est pas une Buell. Je tiens à cette bête, sinon j’aurais fait l’examen avec ma propre moto. Il arrive ensuite avec une vieille Buell noire qui pétarade. Il n’arrive pas à trouver le neutre. Le problème, c’est qu’il a monté plusieurs vitesses sans savoir ce qu’il faisait. Il éteint le moteur. Dès que j’essaye de démarrer la moto, elle refuse d’obtempérer. Je panique un peu. Puis il rapplique avec ma petite Buell blanche, ma compagne de voyage. Je la vois arriver comme un ange salvateur. Ouf.

7h50, je n’ai toujours pas pu faire mon p’tit tour pour me réchauffer. Les premiers examens commencent dans 10 minutes. Je décide alors d’y aller. Je m’arrête à la ligne de départ, fais la mise en marche, le passage en deuxième vitesse, retour en première et arrêt. Tout va bien. Ensuite, virage à gauche un peu serré, car le terrain est restreint, direction slalom, mon épreuve préférée. Avec la Buell, en première, c’est un charme, on a vraiment l’impression de danser avec la moto. Avec ma Honda, je n’arrive pas trop à le faire sans saccade (il faut se servir de l’embrayage sinon), alors j’ai décidé de louer la Buell pour l’examen, même si je maîtrise beaucoup mieux l’épreuve du ralenti avec mon propre engin.

Bon. Ça ira. Pas le choix. Je vais stationner la moto et repars à la maison essayer de me reposer un peu. Bien entendu, je n’arrive pas à dormir. Je suis groggy, sur le pilote automatique. Le cerveau a besoin de sucre pour être en alerte, alors j’avale des fruits : orange, banane, kiwi et raisins. Puis mon estomac se noue. L’idée de me préparer un sandwich me donne la nausée. Il faut que je reparte m’inscrire auprès de la SAAQ et défrayer les coûts de mon examen.

Saber est là et il vient à ma rencontre. Puis j’aperçois Isabelle, l’unique autre fille de mon cours en circuit fermé. Ça fait plaisir de voir des visages amis. Une fois les formalités réglées, on se dirige vers l’arène de combat. Il se met à pleuvoir. La personne de la SAAQ responsable des derniers examens de la matinée range le matériel électronique. Oh! Non! Pas question que je revive une autre nuit blanche. Il faut que l’examen ait lieu aujourd’hui. Il le faut! Pas question non plus de rester planté là sous la pluie. Je propose à Saber d’aller dans ma voiture stationnée tout près pour discuter en attendant. Je lui pose des questions sur sa famille, sa vie, sur la cuisine tunisienne et j’en oublie complètement pourquoi on est là, l’espace d’une agréable conversation. On décide de retourner près du terrain de l’examen, car les autres sont tous arrivés et attendent le responsable. Il pleut encore, mais un peu moins, on dirait. L’examinateur arrive enfin et réinstalle le matériel électronique pour calculer notre vitesse d’exécution et déclencher le signal d’arrêt d’urgence et la flèche de direction pour l’épreuve d’évitement d’obstacle. Ouf. Il semble que l’examen aura lieu tel que prévu. Quel soulagement.
L’examinateur nous rassemble pour nous donner ses consignes, des trucs sympas, genre tout ce qui ferait qu’on coule immédiatement l’examen, pour nous mettre en confiance : un déséquilibre impossible à rattraper, échapper sa moto, sortir des limites du terrain, etc. Isabelle ne semble pas rassurée. Puis il nous explique les diverses épreuves et comment perdre des points dans chacune d’elles : pas assez vite dans le slalom, trop vite dans le ralenti, etc. Encore sympa, tout pour faire tomber la nervosité. Il nous donne ensuite l’ordre de passage de chacun, afin que nous soyons prêts au moment où c’est notre tour. Je vais passer tout de suite après Saber. Isabelle doit commencer, mais elle décide d’échanger sa place avec la deuxième personne. Je crois qu’elle veut prendre le temps de tester un peu l’embrayage avant d’entrer sur le terrain. C’est une bonne idée. Je crois que je vais faire pareil.

Le premier à passer pose le pied au sol à quelques reprises. Notamment dans le ralenti. Je ne regarde pas trop. Je veux demeurer concentrée. Saber a choisi d’utiliser la Buell noire, alors dès que je le peux, je m’assois sur la petite Buell blanche. Je suis déjà dans mon monde. Ça n’a pas l’air d’aller très fort pour Isabelle. Pourtant, il y a des exercices qu’elle réussissait mieux que moi dans nos cours. Je crois qu’elle n’a pas la tête à cela. Elle m’a dit que sa maman est très malade, j’en déduis que c’est un cancer. C’est elle qui s’en occupe à la maison. Ses jours sont comptés. Et puis sa fille passe son examen de conduite automobile en même temps qu’elle. Comment avoir la tête à son affaire. Pendant que je teste mon embrayage, je vois du coin de l’œil Saber mettre les deux pieds au sol dans le virage à droite à 90°. Bon sang. Il semble que tous éprouvent des difficultés aujourd’hui.

C’est enfin mon tour. Je n’oublie pas de vérifier les angles morts avant même d’entrer sur le terrain. Puis je vais me placer en position de départ. La première épreuve s’intitule « la mise en mouvement ». On vérifie que tu es en mesure de démarrer, accélérer, passer une vitesse, rétrograder et freiner. La base, quoi! La consigne pour l’examen, c’est qu’on doit toujours attendre que l’examinateur nous fasse signe pour démarrer. Go Francine. J’ai tellement eu d’ennui au démarrage durant ma dernière route que je suis décidée à ne pas perdre de points pour cela aujourd’hui. D’abord, je vérifie mes angles morts avant de partir, avec beaucoup de détermination : gauche-droite-gauche, et je pars doucement, puis accélère pour passer la deuxième vitesse. La Buell coopère. Brave petite. Je ne vois pas le petit « N » vert qui m’aurait indiqué que je serais restée collée au neutre. J’accélère encore un peu et maintient la vitesse jusqu’au moment où il faut repasser en première. Je freine alors comme il se doit avec les deux freins (main droite et pied droit), passe la première et termine doucement la course avec l’embrayage, puis m’arrête près de la ligne. Je ne regarde pas par terre, mais droit devant moi, ce qui m’assure toute la stabilité voulue. Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol.

L’examinateur me fait signe que je peux me rendre à la deuxième épreuve : le slalom. Encore une fois, je fais les vérifications visuelles avec beaucoup d’assurance. Je démarre doucement, lutte très légèrement pour mon équilibre et me dirige vers la première porte du slalom. Le trajet est chronométré à partir de la deuxième porte. Je prends le temps de bien démarrer l’épreuve, puis j’accélère. Je ne touche plus ensuite ni au frein, ni à l’embrayage et m’amuse à passer chaque porte en prenant soin de viser la balise extérieure de la prochaine porte dès que je suis en train d’en passer une. J’adore ça! Encore! Encore! Puis je fais un demi-tour pour aller me mettre en position pour la prochaine épreuve : le ralenti. Vérification des angles morts, d’un air aussi décidé. Je n’ai jamais fait cela comme ça, mais ça m’aide à me donner confiance. Le ralenti avec la Buell, c’est ma bête noire. Je crois que parfois je perds le point de friction en serrant trop le levier d’embrayage ou pas assez. Je suis au bord du déséquilibre, mais je continue de regarder droit devant, surtout pas au sol. Pas question de mettre le pied à terre. Je donne un léger coup d’accélérateur. Résultat, je vais un peu trop vite. Moi je sais que je peux faire mieux, même avec la Buell, mais bon, ça ne passe pas auprès de l’examinateur. Je perdrai des points.

Prochaine épreuve, le tour du circuit en deuxième vitesse. On évalue si tu es en mesure de prendre une courbe en contre-braquage. Autre épreuve que j’aime beaucoup, parce que ça penche et c’est cool. Je fais le tour du circuit en m’amusant ferme, sans toucher au frein jusqu’aux derniers mètres avant la prochaine épreuve. Je n’oublie surtout pas de me remettre en première. Je crois que je n’ai jamais réussi cette épreuve aussi bien. Ensuite, c’est le virage serré à droite à 90°. On apprend lors des consignes qu’il faut se positionner plus à droite qu’à gauche sur la ligne de départ. Surprise pour tous ceux qui avaient l’habitude de se positionner bien à gauche. Trop fa-fa comme ça. Bon. OK. Je ne vais pas laisser cette contrainte me déconcentrer. Toujours et toujours la vérification des angles morts avant de partir, toujours avec autant de conviction. Puis je dirige mon regard avec beaucoup d’autorité vers la droite, car c’est là que je veux que la moto tourne. Et je démarre doucement, puis accélère. Tout va bien. Je me rends sur la ligne de l’épreuve que je redoute le plus, en principe, mais curieusement pas aujourd’hui : l’évitement d’obstacle. Je sais ce que j’ai à faire. Je connais la manœuvre. Il ne faut pas anticiper. Attendre que la lumière nous indique vers quelle porte de sortie se diriger. Gauche-droite-gauche, je n’ai peur de rien. Je démarre, accélère, vérifie ma vitesse. Pour cette épreuve, il faut ajuster et maintenir sa vitesse entre 20 et 30km/h. OK. Mais pourquoi cette foutue lumière ne s’est pas allumée? Je contre-braque, passe la porte de gauche et reviens me placer. L’examinateur dit que ma vitesse semblait bonne et que peut-être qu’une goutte de pluie a embrouillé le matériel électronique. Je dois donc recommencer. Ça aurait pu sérieusement me déconcentrer, mais non. G-D-G, je repars et accélère encore plus. Puis tout se passe vite, la lumière qui s’allume à droite, ma manœuvre, je passe la porte et freine fermement, car je roulais à bonne vitesse, puis je repars doucement, comme si de rien n’était, me replacer pour la dernière épreuve : le freinage d’urgence. G-D-G, j’accélère et maintiens ma vitesse. Pas d’anticipation. La lumière rouge s’allume et je freine tellement fort que mon pied droit décolle un moment du frein. Mais je le replace bien vite. Dès que la moto est immobilisée, je pose mon pied gauche par terre. Est-ce que l’examinateur va considérer cela comme un sérieux déséquilibre? La moto n’a pas bronché. Elle est demeurée bien droite. Et je me suis arrêtée, mon doux, bien avant les trois lignes de mesure. Je rigole un peu avec l’examinateur qui n’a pas manqué de voir le mouvement de mon pied qui me fera sans doute perdre des points. Je lui affirme que je n’ai jamais raté un freinage d’urgence et que c’est mon épreuve préférée. C’est vrai que je n’ai jamais raté un freinage, mais heu, c’est quand même le slalom que je préfère. Un tout p’tit mensonge pour l’amadouer ne peut faire de tort.

Peut-être parce que le reste de mon examen s’est si bien passé, peut-être parce que la finale du freinage était très bien, il a décidé de m’accorder non seulement une super note, mais de ne pas me pénaliser à outrance, compte-tenu du fait qu’on est censé freiner avec les deux freins et qu’il est clair qu’au moment où mon pied était décollé de la pédale, je ne pouvais pas être en train d’appuyer dessus! Il me dit d’aller stationner la moto et de revenir avec un grand sourire. Je sais à ce moment-là que c’est dans la poche, mais j’ignore encore que ma performance me vaudra un magnifique 92%! Francine la cascadeuse a réussi son épreuve. Je saute comme un cabri, heureuse comme ça ne se peut pas! Je croise Isabelle et c’est là que j’apprends que ça n’a pas marché pour elle. Je suis si désolée, mais en même temps si euphorique. Il vaut mieux que je n’étale pas mon bonheur devant elle, alors je me dirige avec Saber qui a aussi réussi l’épreuve vers les bureaux de la SAAQ pour aller chercher le document tant espéré. Celui qui me donnera enfin le droit de rouler avec François! D’ailleurs, ce dernier se morfond depuis des heures à se demander comment ça se passe pour moi. Il est temps que j’aille lui annoncer la bonne nouvelle!

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15 juin 2019. Aujourd’hui, je prépare des vêtements chauds et imperméables pour mon dernier cours de moto sur route. On nous annonce un cocktail météo pas joli-joli, avec des rafales de vents à 60km/h et des averses. J’ai décidé de rester zen et confiante. J’ose imaginer que notre professeur ne nous mettra pas en danger!

Il y a beaucoup de bébés-motards à la base de départ aujourd’hui. Un groupe partira avec François, un autre moniteur, pour leur première sortie sur route. Prise au milieu de ce méli-mélo, j’obtempère aux ordres de François qui nous somme de faire une inspection de nos motos. C’est une bonne idée, mais on ne nous a pas trop appris quoi faire exactement. Je commence par les lumières, tout est OK, puis j’inspecte les câbles en pressant sur les poignées pour dégager une fenêtre de visibilité. Tout semble en ordre. François me demande de vérifier le niveau d’huile. Le niveau d’huile sur ma Honda, je vois un peu où regarder, mais avec la Buell… Je n’aperçois pas de jolie fenêtre avec une petite ligne de niveau. Et pour cause! Il faut dévisser le bouchon du petit réservoir juste derrière celui d’essence et tirer la jauge. Misère, il n’y a plus une goutte d’huile dans cette moto. Par chance que François m’a fait vérifier! Celui-ci s’empresse d’en rajouter une bonne rasade. Pensant être prête à partir, je démarre l’engin, mais la pédale du sélecteur de vitesse est complètement déglinguée. « Houston, we have a problem! » Les moniteurs sortent les outils et finissent par régler le problème. Toutes ces lignes écrites sur ma sortie et on n’est même pas encore partis!

Les machines s’ébrouent enfin en direction du garage pour faire le plein. Cette fois-ci, pas de wheeling pour moi. Ensuite, on tourne encore à gauche sur la 158, une route à 4 voies pour aller prendre l’autoroute 50, direction Lachute. Au premier stop, je cale une première fois en voulant décoller. Excédée, je rallume le moteur et cale une deuxième fois. Première leçon, il ne sert à rien de s’énerver dans de telles situations. Il faut plutôt se concentrer pour bien faire les choses. Désolée les gars, je vous promets de travailler ce dossier avec attention.

L’entrée sur l’autoroute 50 sera plutôt facile, en bout de piste. Puis, c’est la grande première à 100km/h. Wow, c’est plutôt cool. On se sent drôlement vivant et concentré au max. Je scrute la route en quête d’obstacles de tous acabits : trous dans la chaussée, autres usagers à moteur, à plumes ou à pelage, etc. En deuxième position, je dois constamment ajuster ma vitesse à celle de Pierre, ce qui implique parfois de lâcher un peu les gaz pour ne pas le dépasser. Et je dois surveiller attentivement la moindre de ses envies de changer de voie ou de prendre une sortie. Mais c’est quand même assez confortable d’être aussi bien escortée. Je suis protégée derrière par un petit mur de motos amies. Il faut que j’en profite, car bientôt, je vais être mon seul rempart contre l’adversité.

Après plusieurs kilomètres à goûter toutes ces sensations, Pierre décide de prendre la sortie Arthur-Sauvé. Cela nous mènera dans une portion de la route 158 qui est limitée à 90km/h. Nous devons tourner à gauche à un stop pour entrer sur la route. Mais en cette journée moche et grise, il semble que les humains sensés ont décidé de rester au chaud sous la couette. Seuls des bébés-motards sont de sortie. Par contre, le vent ne s’est pas encore levé tel que prévu et la pluie se fait anecdotique, alors pour l’instant, tout va bien. Donc, l’entrée sur la route se fait sans problème et on peut reprendre notre périple à une vitesse légèrement inférieure que sur la 50, mais avec plus de possibilités d’obstacles.

Le Tim Hortons de Lachute est vraiment à l’entrée de la ville, juste avant toutes les lumières et les stops. Comme il est contigu à une station-service, c’est le rendez-vous des groupes de motards en balade. Mais ce matin, aucun deux-roues sur le stationnement, pour les raisons susmentionnées! Tu parles. Je m’achète une bouteille d’eau. Il fait chaud avec mon lourd manteau noir affublé de sa doublure imperméable intérieure. Je dois me réhydrater pour toute la sueur évacuée. On finit par reprendre le guidon pour aller expérimenter la 329, une route pleine de courbes et de dénivelés, limitée à 90km/h. Au départ, je constate avec un peu de déception que la plupart des virages se prennent sans trop pencher. J’attends avec impatience mes premières sensations en la matière. Puis enfin, survient une courbe prononcée où je suis invitée à défier les lois de la gravité. Quelle sensation grisante. Yahou! Encore! On avale les kilomètres sans trop s’en rendre compte, jusqu’au bout de la première portion de la 329, à Morin Heights. On s’arrête quelques instants dans le stationnement d’une station-service, pour permettre à ceux qui le désirent d’aller au petit coin. Ça n’intéresse personne. On veut rouler. On repart ensuite par des petits chemins pourris qui viraillent dans des zones résidentielles, puis on aboutit au prochain arrêt, vous l’aurez deviné : un autre Tim Hortons, mais celui de Sainte-Adèle, cette fois. Pierre a les mains gelées et il désire vivement les réchauffer sur un gobelet de café fumant. Les gars ne semblent pas trop avoir envie de rentrer, mais ils finissent par s’y résigner. La pause sera un peu plus longue. Martin en profite pour acheter une boîte de beignets qu’il partage avec tout le monde. C’est chic de sa part. Pour moi, ce sera un thé Earl Grey, le comble du réconfort selon les Anglais. Mais qui a besoin d’être réconforté? Certainement pas moi. Je ne voudrais pas être nulle part ailleurs, même si le soleil n’a pas daigné nous faire l’honneur de sa présence.

Notre retour se fera par l’autoroute 15 depuis Sainte-Adèle. Les sensations sont très différentes de notre périple sur la 50, car il y a davantage de courbes et de pentes. Et puis quelques gouttes de pluie s’abattent maintenant sur nous en nous pinçant la peau, même à travers nos couches de vêtement. Sur ma Buell, j’ai l’impression de rouler à mobylette, tellement la vitesse la rend légère. Soudain, je ressens la fragilité de ma situation, mais ça ne m’empêche pas de maintenir fermement ma vitesse avec mon guidon.

Nous roulons jusqu’à la sortie de la Salette à St-Jérôme. Je connais cette sortie comme le fond de ma poche car c’est celle que je prends toujours quand je reviens de chez mes parents en Abitibi. Je sais que la voie de décélération est très courte et coupée en deux par un virage en coude plutôt serré. Je sais qu’il faut ralentir rapidement et mon instinct me dicte de descendre de deux vitesses avant de prendre la courbe. Ma première sortie d’autoroute avec un certain niveau de difficulté se passe comme sur des roulettes.

Plus loin, en ville, on aperçoit au loin un groupe de bébés-motards et je leur fais de grands signes enthousiastes auxquels ils répondent avec autant de plaisir. On se dirige tranquillement vers notre port d’attache quand soudain, Martin éprouve quelques difficultés avec sa moto. C’est sa chaine qui a débarqué. Bon sang! Et si c’était arrivé sur l’autoroute! Comment peut-on laisser des étudiants rouler avec des motos si mal entretenues. En voilà un qui aurait dû faire l’inspection mécanique de son engin avant de partir. Heureusement pour moi, je ne me suis pas laissée tentée par cette Honda CB500F semblable à la mienne! J’ai préféré rester avec la petite Buell blanche, malgré tout ce que j’ai pu en dire. Je me suis habituée à la bête. Vraiment, si j’étais à la place de Martin, je crois que je poursuivrais l’école en justice. Mon collègue réussit à remettre la chaîne en place, mais ça se voit à l’œil qu’elle est deux fois trop distendue. On est à quelques coins de rue de notre destination. Martin dit qu’il peut vivre avec la possibilité que l’incident se reproduise. Je ne comprends pas qu’on le laisse prendre de tels risques. Comme de défaite, la chaîne sautera une autre fois, mais sur le dernier bout de rue. Je tairai ce que je pense de tout cela…

Finalement, je m’étais énervée pour rien avec la météo. Il n’a pas plu tant que cela et le vent était bien correct. Je quitte Pierre, mon moniteur, avec un petit pincement au cœur. J’ai tellement aimé mon expérience de rouler avec ce groupe. On se serre la main deux fois plutôt qu’une. Je crois que j’irai le saluer un de ces quatre, avant son départ avec un autre groupe de bébés-motards, juste pour lui donner des nouvelles. Dès que j’aurai obtenu mon permis de rouler sur les routes toute seule. L’examen est dans cinq jours. Mon collègue Saber, un Tunisien qui a émigré ici il y a dix-sept ans, va passer le sien dans le même créneau horaire que moi. On va pouvoir se soutenir. Il ne me reste donc plus qu’une dernière nuit blanche à vivre, si tout se passe bien…

8 juin 2019. Une date à retenir dans ma vie de motocycliste, car c’est aujourd’hui que ça se passe. Ma première sortie sur la route. J’arrive sur les lieux du départ avec un nœud dans l’estomac. Jusqu’ici, rien de surprenant. Les montures sont alignées côte à côte sur le terrain de stationnement. Je m’approche et constate avec appréhension que ce sont, soit de grosses motos qui ont toutes l’air (dans ma tête) de peser 1000 kilos, ou bien, en bout de ligne, il y a une petite Buell qui semble perdue dans le lot. J’espérais que l’unique Honda CB500F de l’école réservée aux sorties sur la route serait de service, mais parait-il que le frein avant est défectueux. Je m’assois sur la Buell et j’ai l’impression d’avoir les genoux dans le front. Mais je ne peux concevoir encore conduire un de ces mastodontes. Alors ce sera la Buell.

Dès le démarrage, elle me laisse savoir qu’elle est un peu capricieuse et qu’elle aurait préféré rester au lit ce matin-là. Elle s’ébroue et vibre dans un boucan d’enfer. Mais je suis en terrain connu. Par contre, elle n’a pas dit son dernier mot et me réserve quelques surprises!

Je serai en 2e position dans le groupe, sans doute parce que je suis la seule fille et que j’ai l’air un peu nerveuse, mais ça me va très bien. C’est un départ. Alors que je nous voyais partis pour la gloire, je constate avec un peu de dépit que le prof nous amène à deux pas de là, sur le site de l’examen de la SAAQ. Il est vrai que ces pratiques seront les seules occasions pour les autres étudiants de l’essayer, alors OK. Allons-y pour quelques tours de pistes dans l’arène. Je constate avec joie que la Buell est toujours aussi agréable dans le slalom. J’ai l’impression de danser avec elle. Mais ouf, qu’il fait chaud. J’aurais dû mettre mon manteau d’été. Je meurs déjà de soif alors qu’on vient de partir. Dans le tour du circuit en 2e vitesse, je roule beaucoup trop vite, mais on ne doit pas freiner, alors je penche un peu plus. Quelques petites frayeurs car la courbe est serrée, mais c’est OK. Enfin, on finit par sortir de là. Petite pratique de stationnement à 45° sur le bord de la route. Notre prof Pierre explique très bien les choses. On se sent entre bonnes mains. Et puis enfin, on va faire un p’tit tour en ville, tester les slaloms entre les trous, tester l’embrayage avec les nombreux stops, pratiquer la conduite en formation zig zag. À un stop, j’oublie de me remettre en 1ère vitesse et je cale. Sauf que la moto refuse de redémarrer. Martin, un des étudiants, me conseille de me tasser sur le côté de la route afin qu’on voit ce qu’on peut faire et aussi pour laisser passer la voiture qui vient de se pointer. Après avoir essayé de toutes les façons, Martin décide de me pousser comme on fait pour les voitures et la Buell consent enfin à démarrer. Et c’est reparti. Mais quel vieux tacot m’a-t-on refilé!! Ha! Ha! Ha! On s’arrête un peu plus loin à un garage pour s’acheter de l’eau et discuter de comment ça s’est passé jusqu’ici. Et aussi beaucoup pour rigoler ensemble dans une atmosphère de franche camaraderie. Puis c’est le retour au bercail. Je suis aux anges. J’ai le sourire fendu d’une oreille à l’autre. À demain tout l’monde.

 

9 juin 2019. Aujourd’hui, c’est du solide. Quatre heures de balade. On va en avoir pour notre argent. Je suis un peu fatiguée par ma nuit trop courte à penser à ma balade d’hier. Aujourd’hui, ça promet d’être un peu plus sportif. Il va y avoir de la vitesse et des courbes.

Le trajet débute par un arrêt au garage pour faire le plein d’essence. Pour s’y rendre, il faut s’insérer dans une route à double voies limitée à 70 km/h en effectuant un virage à gauche. Heureusement, il est tôt et le trafic n’est pas trop dense. Quand vient mon tour de m’insérer, un peu fébrile j’accélère un peu trop fort et la roue avant a le goût de se soulever un peu, ce qui sera un des sujets de taquinerie des prochaines minutes de la part de mes collègues. Ils pensent que j’ai eu peur. Mais pas du tout! Seul mon orgueil a été touché, mais bien peu, car juste à y repenser, j’ai un gros sourire dans la face. Je vivrai un peu plus tard quelque chose de bien plus dangereux… sans avoir eu peur non plus…

Après le garage, on se rend encore au circuit de l’examen de la SAAQ mais juste pour le faire une seule fois d’une traite, suivi d’une pratique de stationnement à 45° comme la veille et on repart. On va prendre la 158, une route dont je connais chaque trou. D’ailleurs, si mon collègue en quatrième position m’avait suivie, il n’aurait pas roulé dans un gros nid de poule mal réparé que j’ai habilement évité en faisant un grand détour. La route commence à 50km/h, puis passe à 70, puis à 90! Je suis prête! Oh que oui! Ha, quel bonheur de sentir le vent, surtout avec cette chaleur. Mais les sensations sont encore plus grandes, car ma moto n’a pas de pare-brise. J’ai l’impression que le vent me soulève. Je dois presque m’accrocher au guidon. Ça demande du travail juste de replacer ses bras et ses mains dans une bonne position pour accélérer et maintenir la vitesse. Mais quel bonheur! Et quel plaisir de répondre aux signes de reconnaissance des motards croisés en chemin. On se sent dans le coup! Part of the family.

Après avoir vécu ces quelques petites sensations, on fait déjà un arrêt au Tim Horton de Ste-Sophie. On est dans ma ville! J’aurais juste le goût d’appeler François pour qu’il vienne prendre un café avec nous! Mais il est sans doute encore au lit. Je dois vivre ce moment qui n’appartient qu’à moi. Et c’est bien. J’ai mes collègues avec qui partager. Chaque arrêt est une vraie joie. On fait des blagues, on se taquine.

Nous revoilà sur la route. La 158 comporte quelques lumières de circulation distribuées dans des zones où on roule parfois à 90 km/h. On franchit la première de ces lumières, puis à la suivante, le feu passe au jaune. Merde, je vais un peu vite. J’essaye de tout gérer, rétrogradage et décélération. Je me retrouve près de la lumière à devoir freiner plutôt fort avec les deux freins et la roue arrière dérape. Je relâche ce qu’il faut du frein arrière pour garder la moto droite. Après un quasi wheeling (ouellé) au départ, voilà un dérapage contrôlé! Je suis la cascadeuse du groupe. Je regarde mes collègues avec un grand sourire pour leur signifier que tout va bien. Je pense que le prof n’a rien vu… On va lui raconter au prochain arrêt ce qui est arrivé.

Plus loin, on quitte la 158 pour s’engager dans des petits chemins pleins de courbes. De grands arbres bordent la route créant un peu d’ombre. Je me sens bien. Je me régale. On ne fait pas de folies avec les courbes. On les prend à des vitesses raisonnables. Fabuleuse sensation que de jouer avec tout cela, de s’adapter aux conditions de la route. Il y a toujours quelque chose d’inattendu, parfois une route en réparation où l’asphalte a été retiré, parfois un vélo à contourner, parfois une voiture qui s’insère sur la route devant nous alors qu’elle n’avait pas le temps, nous obligeant à ralentir. On arrive à un croisement achalandé limité à peut-être 80 km/h, avec en prime un arrêt en pente. Nous devons tourner à gauche. Le prof passe dans un créneau serré et nous attend plus loin. Les voitures arrivent de la gauche et de la droite, roulant rapidement. Bon, enfin à gauche il n’y a plus de véhicules momentanément, je regarde à droite et laisse passer quelques voitures, puis s’ouvre un créneau pour m’insérer dans le trafic devant une moto qui arrive au loin. Je me dis, c’est maintenant. Et puis c’est un motocycliste. Je compte un peu sur sa solidarité, voyant notre groupe de bébés-motards. Je fonce et me rends compte que les trois autres me talonnent, car j’ai à peine le temps de rejoindre le prof en mettant mon clignotant pour me tasser sur le bord de la route qu’ils nous ont rejoint. Ouf! Pas facile tout de même, cette manœuvre. Ça aurait été la même chose en voiture. Pas différent du tout. On continue notre périple jusqu’au prochain Tim Horton, qui semble être l’arrêt obligé des motocyclistes. Rendu là, on en profite encore pour rigoler un coup en se racontant ma dernière péripétie : mon dossard jaune d’élève s’est retrouvé à flotter au vent. Il ne tenait plus que par une manche. J’essayais de faire signe au prof de s’arrêter, mais il devait être dans sa bulle. Les autres en arrière se faisaient du souci, imaginant le pire : le dossard qui se prend dans la courroie… Ben voyons, la courroie est de l’autre côté de la moto les gars! Mais un de mes anges gardiens décide de prendre les grands moyens et de faire fi de la consigne en s’approchant du prof en klaxonnant intensément. Celui-ci comprend alors qu’on demande un arrêt et il vient m’aider avec mon problème de dossard qui est en piteux état. Décidément, cette journée est riche en émotions pour moi!

Le retour sera plus tranquille, surtout quand nous aurons atteint enfin la route 158 qui va nous ramener droit au bercail. On va rouler un bon moment à 90km/h, chacun perdu dans ses pensées. Je commence à avoir un peu mal aux fesses et aussi aux orteils, avec mes nouveaux souliers de moto avec lesquels ils ne sont pas encore habitués. Et puis quatre heures de voyage, c’est respectable pour une novice! Je suis un peu impatiente quand même de rentrer raconter mes péripéties à François. Et je n’ai pas mentionné toutes les fois où je suis passée de la première au neutre avec cette foutue Buell Blast dont il paraît que c’est le défaut : « The transmission on the motorcycle also feels much more clunky compared to it’s Japanese competitors, although you won’t have any trouble finding neutral with this bike. Buell’s generally are hit or miss when it comes to reliability, and the blast is definitely no exception. Some riders claim they never had any problems with the Blast, while others have spent more time wrenching on the bike than actually riding it. » (référence : https://www.bestbeginnermotorcycles.com/buell-blast-review/)  Mais somme toute, ça ne me donne qu’une envie, c’est de réussir ce foutu examen de la SAAQ afin qu’on aille se faire nos propres balades!

Prochain cours le 15 juin : nouveau défi, les autoroutes!

Ça fait des semaines que je tourne en rond dans un stationnement, à pratiquer toutes sortes de manœuvres utiles, mais répétitives. J’ai vécu des hauts et des bas depuis mon dernier cours en circuit fermé. J’ai même trouvé le tour d’échapper ma belle moto en pratiquant sur le circuit de l’examen de la SAAQ. Virage très serré, suivi d’un arrêt à effectuer pour se placer au début de l’allée où il faut faire l’évitement d’obstacle en contre-braquage. J’ai trop freiné en tournant (faut pas faire ça) et ce qui devait arriver arriva. Rassurez-vous, je suis tombée quasiment à l’arrêt et le seul dommage est la poignée de frein qui a un peu tordu, mais qui est encore fonctionnelle. Il en coûtera 25$ pour en poser une neuve. On peut dire que j’ai été chanceuse et ma moto aussi. Dire que je n’avais jamais échappé celle de la moto-école! Néanmoins, je préfère avoir tombé là que le jour de l’examen. En fait, j’aurais préféré ne jamais tomber du tout, mais le fait que ça soit arrivé me force à considérer les risques quand on exécute mal une manœuvre. Ce n’est pas un p’tit vélo léger. Les conséquences peuvent être vraiment graves. Il faut vivre ce genre d’expérience pour devenir humble et petit face à cette machine puissante qui pèse son poids.

Je commence à bien me familiariser avec le circuit de l’examen, peut-être trop? J’ai pu encore mesurer l’importance du regard, en tout temps. On freine avec assurance quand on regarde au loin. On reste stable, solide, même dans le parcours au ralenti. Cool.

Il faudra que je me souvienne de tout cela quand je vais faire mes premières sorties sur la route en fin de semaine prochaine. D’abord je vais rouler un deux heures samedi matin, puis quatre heures le lendemain. Envoyez-moi votre énergie positive, car je vais en avoir besoin!!! Quand je pense que je n’ai encore jamais passé la quatrième vitesse (et que dire de la cinquième, mon doux que ça doit aller vite!!!). À peine tâté la trois, un tout p’tit peu. Et puis il y aura les clignotants à gérer, et les miroirs, et les autres usagers de la route, qui j’espère seront courtois envers notre groupe de bébés-motards. D’ailleurs, en fin de semaine dernière, François et moi, on a croisé un groupe d’apprentis-motocyclistes. Ça m’a fait tout drôle, car je sais que je serai bientôt à leur place. Je les ai trouvés plutôt bien. Très disciplinés. Comme des canetons qui suivent leur maman! On a même un peu joué les balayeurs un kilomètre ou deux. Ils en ont bien profité lorsqu’ils ont eu un changement de voie à effectuer! Ha! J’ai oublié de dire qu’on était aussi à moto. On se rendait à un shower dans ma famille. C’est pour cela qu’on n’était pas avec vous, amis du Club BMW! Après le joyeux événement, on a poursuivi notre balade en direction d’Oka, puis on a longé la rivière des Outaouais. L’atmosphère était paisible et on se sentait vraiment bien. On a terminé la soirée attablés à la terrasse de la Brasserie Dieu du Ciel à St-Jérôme. Mais pas d’alcool pour mon pilote, ni pour moi, par solidarité. Seulement une petite bouffe sympa.

Je compte les jours avant samedi… plus que cinq… je commence à avoir des papillons dans le ventre. J’ai hâte de ne plus me sentir comme cela à chaque fois que je monte en selle. J’imagine qu’à mesure que je vais avoir apprivoisé la bête, ça ira mieux. Il faut, sinon je vais me taper un ulcère d’estomac! Ayayaye!