Journal d’une apprentie motarde 6: Histoire de Buell

Publié: juin 10, 2019 dans Autobiographie
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8 juin 2019. Une date à retenir dans ma vie de motocycliste, car c’est aujourd’hui que ça se passe. Ma première sortie sur la route. J’arrive sur les lieux du départ avec un nœud dans l’estomac. Jusqu’ici, rien de surprenant. Les montures sont alignées côte à côte sur le terrain de stationnement. Je m’approche et constate avec appréhension que ce sont, soit de grosses motos qui ont toutes l’air (dans ma tête) de peser 1000 kilos, ou bien, en bout de ligne, il y a une petite Buell qui semble perdue dans le lot. J’espérais que l’unique Honda CB500F de l’école réservée aux sorties sur la route serait de service, mais parait-il que le frein avant est défectueux. Je m’assois sur la Buell et j’ai l’impression d’avoir les genoux dans le front. Mais je ne peux concevoir encore conduire un de ces mastodontes. Alors ce sera la Buell.

Dès le démarrage, elle me laisse savoir qu’elle est un peu capricieuse et qu’elle aurait préféré rester au lit ce matin-là. Elle s’ébroue et vibre dans un boucan d’enfer. Mais je suis en terrain connu. Par contre, elle n’a pas dit son dernier mot et me réserve quelques surprises!

Je serai en 2e position dans le groupe, sans doute parce que je suis la seule fille et que j’ai l’air un peu nerveuse, mais ça me va très bien. C’est un départ. Alors que je nous voyais partis pour la gloire, je constate avec un peu de dépit que le prof nous amène à deux pas de là, sur le site de l’examen de la SAAQ. Il est vrai que ces pratiques seront les seules occasions pour les autres étudiants de l’essayer, alors OK. Allons-y pour quelques tours de pistes dans l’arène. Je constate avec joie que la Buell est toujours aussi agréable dans le slalom. J’ai l’impression de danser avec elle. Mais ouf, qu’il fait chaud. J’aurais dû mettre mon manteau d’été. Je meurs déjà de soif alors qu’on vient de partir. Dans le tour du circuit en 2e vitesse, je roule beaucoup trop vite, mais on ne doit pas freiner, alors je penche un peu plus. Quelques petites frayeurs car la courbe est serrée, mais c’est OK. Enfin, on finit par sortir de là. Petite pratique de stationnement à 45° sur le bord de la route. Notre prof Pierre explique très bien les choses. On se sent entre bonnes mains. Et puis enfin, on va faire un p’tit tour en ville, tester les slaloms entre les trous, tester l’embrayage avec les nombreux stops, pratiquer la conduite en formation zig zag. À un stop, j’oublie de me remettre en 1ère vitesse et je cale. Sauf que la moto refuse de redémarrer. Martin, un des étudiants, me conseille de me tasser sur le côté de la route afin qu’on voit ce qu’on peut faire et aussi pour laisser passer la voiture qui vient de se pointer. Après avoir essayé de toutes les façons, Martin décide de me pousser comme on fait pour les voitures et la Buell consent enfin à démarrer. Et c’est reparti. Mais quel vieux tacot m’a-t-on refilé!! Ha! Ha! Ha! On s’arrête un peu plus loin à un garage pour s’acheter de l’eau et discuter de comment ça s’est passé jusqu’ici. Et aussi beaucoup pour rigoler ensemble dans une atmosphère de franche camaraderie. Puis c’est le retour au bercail. Je suis aux anges. J’ai le sourire fendu d’une oreille à l’autre. À demain tout l’monde.

 

9 juin 2019. Aujourd’hui, c’est du solide. Quatre heures de balade. On va en avoir pour notre argent. Je suis un peu fatiguée par ma nuit trop courte à penser à ma balade d’hier. Aujourd’hui, ça promet d’être un peu plus sportif. Il va y avoir de la vitesse et des courbes.

Le trajet débute par un arrêt au garage pour faire le plein d’essence. Pour s’y rendre, il faut s’insérer dans une route à double voies limitée à 70 km/h en effectuant un virage à gauche. Heureusement, il est tôt et le trafic n’est pas trop dense. Quand vient mon tour de m’insérer, un peu fébrile j’accélère un peu trop fort et la roue avant a le goût de se soulever un peu, ce qui sera un des sujets de taquinerie des prochaines minutes de la part de mes collègues. Ils pensent que j’ai eu peur. Mais pas du tout! Seul mon orgueil a été touché, mais bien peu, car juste à y repenser, j’ai un gros sourire dans la face. Je vivrai un peu plus tard quelque chose de bien plus dangereux… sans avoir eu peur non plus…

Après le garage, on se rend encore au circuit de l’examen de la SAAQ mais juste pour le faire une seule fois d’une traite, suivi d’une pratique de stationnement à 45° comme la veille et on repart. On va prendre la 158, une route dont je connais chaque trou. D’ailleurs, si mon collègue en quatrième position m’avait suivie, il n’aurait pas roulé dans un gros nid de poule mal réparé que j’ai habilement évité en faisant un grand détour. La route commence à 50km/h, puis passe à 70, puis à 90! Je suis prête! Oh que oui! Ha, quel bonheur de sentir le vent, surtout avec cette chaleur. Mais les sensations sont encore plus grandes, car ma moto n’a pas de pare-brise. J’ai l’impression que le vent me soulève. Je dois presque m’accrocher au guidon. Ça demande du travail juste de replacer ses bras et ses mains dans une bonne position pour accélérer et maintenir la vitesse. Mais quel bonheur! Et quel plaisir de répondre aux signes de reconnaissance des motards croisés en chemin. On se sent dans le coup! Part of the family.

Après avoir vécu ces quelques petites sensations, on fait déjà un arrêt au Tim Horton de Ste-Sophie. On est dans ma ville! J’aurais juste le goût d’appeler François pour qu’il vienne prendre un café avec nous! Mais il est sans doute encore au lit. Je dois vivre ce moment qui n’appartient qu’à moi. Et c’est bien. J’ai mes collègues avec qui partager. Chaque arrêt est une vraie joie. On fait des blagues, on se taquine.

Nous revoilà sur la route. La 158 comporte quelques lumières de circulation distribuées dans des zones où on roule parfois à 90 km/h. On franchit la première de ces lumières, puis à la suivante, le feu passe au jaune. Merde, je vais un peu vite. J’essaye de tout gérer, rétrogradage et décélération. Je me retrouve près de la lumière à devoir freiner plutôt fort avec les deux freins et la roue arrière dérape. Je relâche ce qu’il faut du frein arrière pour garder la moto droite. Après un quasi wheeling (ouellé) au départ, voilà un dérapage contrôlé! Je suis la cascadeuse du groupe. Je regarde mes collègues avec un grand sourire pour leur signifier que tout va bien. Je pense que le prof n’a rien vu… On va lui raconter au prochain arrêt ce qui est arrivé.

Plus loin, on quitte la 158 pour s’engager dans des petits chemins pleins de courbes. De grands arbres bordent la route créant un peu d’ombre. Je me sens bien. Je me régale. On ne fait pas de folies avec les courbes. On les prend à des vitesses raisonnables. Fabuleuse sensation que de jouer avec tout cela, de s’adapter aux conditions de la route. Il y a toujours quelque chose d’inattendu, parfois une route en réparation où l’asphalte a été retiré, parfois un vélo à contourner, parfois une voiture qui s’insère sur la route devant nous alors qu’elle n’avait pas le temps, nous obligeant à ralentir. On arrive à un croisement achalandé limité à peut-être 80 km/h, avec en prime un arrêt en pente. Nous devons tourner à gauche. Le prof passe dans un créneau serré et nous attend plus loin. Les voitures arrivent de la gauche et de la droite, roulant rapidement. Bon, enfin à gauche il n’y a plus de véhicules momentanément, je regarde à droite et laisse passer quelques voitures, puis s’ouvre un créneau pour m’insérer dans le trafic devant une moto qui arrive au loin. Je me dis, c’est maintenant. Et puis c’est un motocycliste. Je compte un peu sur sa solidarité, voyant notre groupe de bébés-motards. Je fonce et me rends compte que les trois autres me talonnent, car j’ai à peine le temps de rejoindre le prof en mettant mon clignotant pour me tasser sur le bord de la route qu’ils nous ont rejoint. Ouf! Pas facile tout de même, cette manœuvre. Ça aurait été la même chose en voiture. Pas différent du tout. On continue notre périple jusqu’au prochain Tim Horton, qui semble être l’arrêt obligé des motocyclistes. Rendu là, on en profite encore pour rigoler un coup en se racontant ma dernière péripétie : mon dossard jaune d’élève s’est retrouvé à flotter au vent. Il ne tenait plus que par une manche. J’essayais de faire signe au prof de s’arrêter, mais il devait être dans sa bulle. Les autres en arrière se faisaient du souci, imaginant le pire : le dossard qui se prend dans la courroie… Ben voyons, la courroie est de l’autre côté de la moto les gars! Mais un de mes anges gardiens décide de prendre les grands moyens et de faire fi de la consigne en s’approchant du prof en klaxonnant intensément. Celui-ci comprend alors qu’on demande un arrêt et il vient m’aider avec mon problème de dossard qui est en piteux état. Décidément, cette journée est riche en émotions pour moi!

Le retour sera plus tranquille, surtout quand nous aurons atteint enfin la route 158 qui va nous ramener droit au bercail. On va rouler un bon moment à 90km/h, chacun perdu dans ses pensées. Je commence à avoir un peu mal aux fesses et aussi aux orteils, avec mes nouveaux souliers de moto avec lesquels ils ne sont pas encore habitués. Et puis quatre heures de voyage, c’est respectable pour une novice! Je suis un peu impatiente quand même de rentrer raconter mes péripéties à François. Et je n’ai pas mentionné toutes les fois où je suis passée de la première au neutre avec cette foutue Buell Blast dont il paraît que c’est le défaut : « The transmission on the motorcycle also feels much more clunky compared to it’s Japanese competitors, although you won’t have any trouble finding neutral with this bike. Buell’s generally are hit or miss when it comes to reliability, and the blast is definitely no exception. Some riders claim they never had any problems with the Blast, while others have spent more time wrenching on the bike than actually riding it. » (référence : https://www.bestbeginnermotorcycles.com/buell-blast-review/)  Mais somme toute, ça ne me donne qu’une envie, c’est de réussir ce foutu examen de la SAAQ afin qu’on aille se faire nos propres balades!

Prochain cours le 15 juin : nouveau défi, les autoroutes!

commentaires
  1. Comleon dit :

    On s’y croirait! Si tu as aimé ça, tu vas avoir un fun noir avec une bonne moto!

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