Journal d’une apprentie-motarde 7: La Buell est la bête!

Publié: juin 22, 2019 dans Autobiographie
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15 juin 2019. Aujourd’hui, je prépare des vêtements chauds et imperméables pour mon dernier cours de moto sur route. On nous annonce un cocktail météo pas joli-joli, avec des rafales de vents à 60km/h et des averses. J’ai décidé de rester zen et confiante. J’ose imaginer que notre professeur ne nous mettra pas en danger!

Il y a beaucoup de bébés-motards à la base de départ aujourd’hui. Un groupe partira avec François, un autre moniteur, pour leur première sortie sur route. Prise au milieu de ce méli-mélo, j’obtempère aux ordres de François qui nous somme de faire une inspection de nos motos. C’est une bonne idée, mais on ne nous a pas trop appris quoi faire exactement. Je commence par les lumières, tout est OK, puis j’inspecte les câbles en pressant sur les poignées pour dégager une fenêtre de visibilité. Tout semble en ordre. François me demande de vérifier le niveau d’huile. Le niveau d’huile sur ma Honda, je vois un peu où regarder, mais avec la Buell… Je n’aperçois pas de jolie fenêtre avec une petite ligne de niveau. Et pour cause! Il faut dévisser le bouchon du petit réservoir juste derrière celui d’essence et tirer la jauge. Misère, il n’y a plus une goutte d’huile dans cette moto. Par chance que François m’a fait vérifier! Celui-ci s’empresse d’en rajouter une bonne rasade. Pensant être prête à partir, je démarre l’engin, mais la pédale du sélecteur de vitesse est complètement déglinguée. « Houston, we have a problem! » Les moniteurs sortent les outils et finissent par régler le problème. Toutes ces lignes écrites sur ma sortie et on n’est même pas encore partis!

Les machines s’ébrouent enfin en direction du garage pour faire le plein. Cette fois-ci, pas de wheeling pour moi. Ensuite, on tourne encore à gauche sur la 158, une route à 4 voies pour aller prendre l’autoroute 50, direction Lachute. Au premier stop, je cale une première fois en voulant décoller. Excédée, je rallume le moteur et cale une deuxième fois. Première leçon, il ne sert à rien de s’énerver dans de telles situations. Il faut plutôt se concentrer pour bien faire les choses. Désolée les gars, je vous promets de travailler ce dossier avec attention.

L’entrée sur l’autoroute 50 sera plutôt facile, en bout de piste. Puis, c’est la grande première à 100km/h. Wow, c’est plutôt cool. On se sent drôlement vivant et concentré au max. Je scrute la route en quête d’obstacles de tous acabits : trous dans la chaussée, autres usagers à moteur, à plumes ou à pelage, etc. En deuxième position, je dois constamment ajuster ma vitesse à celle de Pierre, ce qui implique parfois de lâcher un peu les gaz pour ne pas le dépasser. Et je dois surveiller attentivement la moindre de ses envies de changer de voie ou de prendre une sortie. Mais c’est quand même assez confortable d’être aussi bien escortée. Je suis protégée derrière par un petit mur de motos amies. Il faut que j’en profite, car bientôt, je vais être mon seul rempart contre l’adversité.

Après plusieurs kilomètres à goûter toutes ces sensations, Pierre décide de prendre la sortie Arthur-Sauvé. Cela nous mènera dans une portion de la route 158 qui est limitée à 90km/h. Nous devons tourner à gauche à un stop pour entrer sur la route. Mais en cette journée moche et grise, il semble que les humains sensés ont décidé de rester au chaud sous la couette. Seuls des bébés-motards sont de sortie. Par contre, le vent ne s’est pas encore levé tel que prévu et la pluie se fait anecdotique, alors pour l’instant, tout va bien. Donc, l’entrée sur la route se fait sans problème et on peut reprendre notre périple à une vitesse légèrement inférieure que sur la 50, mais avec plus de possibilités d’obstacles.

Le Tim Hortons de Lachute est vraiment à l’entrée de la ville, juste avant toutes les lumières et les stops. Comme il est contigu à une station-service, c’est le rendez-vous des groupes de motards en balade. Mais ce matin, aucun deux-roues sur le stationnement, pour les raisons susmentionnées! Tu parles. Je m’achète une bouteille d’eau. Il fait chaud avec mon lourd manteau noir affublé de sa doublure imperméable intérieure. Je dois me réhydrater pour toute la sueur évacuée. On finit par reprendre le guidon pour aller expérimenter la 329, une route pleine de courbes et de dénivelés, limitée à 90km/h. Au départ, je constate avec un peu de déception que la plupart des virages se prennent sans trop pencher. J’attends avec impatience mes premières sensations en la matière. Puis enfin, survient une courbe prononcée où je suis invitée à défier les lois de la gravité. Quelle sensation grisante. Yahou! Encore! On avale les kilomètres sans trop s’en rendre compte, jusqu’au bout de la première portion de la 329, à Morin Heights. On s’arrête quelques instants dans le stationnement d’une station-service, pour permettre à ceux qui le désirent d’aller au petit coin. Ça n’intéresse personne. On veut rouler. On repart ensuite par des petits chemins pourris qui viraillent dans des zones résidentielles, puis on aboutit au prochain arrêt, vous l’aurez deviné : un autre Tim Hortons, mais celui de Sainte-Adèle, cette fois. Pierre a les mains gelées et il désire vivement les réchauffer sur un gobelet de café fumant. Les gars ne semblent pas trop avoir envie de rentrer, mais ils finissent par s’y résigner. La pause sera un peu plus longue. Martin en profite pour acheter une boîte de beignets qu’il partage avec tout le monde. C’est chic de sa part. Pour moi, ce sera un thé Earl Grey, le comble du réconfort selon les Anglais. Mais qui a besoin d’être réconforté? Certainement pas moi. Je ne voudrais pas être nulle part ailleurs, même si le soleil n’a pas daigné nous faire l’honneur de sa présence.

Notre retour se fera par l’autoroute 15 depuis Sainte-Adèle. Les sensations sont très différentes de notre périple sur la 50, car il y a davantage de courbes et de pentes. Et puis quelques gouttes de pluie s’abattent maintenant sur nous en nous pinçant la peau, même à travers nos couches de vêtement. Sur ma Buell, j’ai l’impression de rouler à mobylette, tellement la vitesse la rend légère. Soudain, je ressens la fragilité de ma situation, mais ça ne m’empêche pas de maintenir fermement ma vitesse avec mon guidon.

Nous roulons jusqu’à la sortie de la Salette à St-Jérôme. Je connais cette sortie comme le fond de ma poche car c’est celle que je prends toujours quand je reviens de chez mes parents en Abitibi. Je sais que la voie de décélération est très courte et coupée en deux par un virage en coude plutôt serré. Je sais qu’il faut ralentir rapidement et mon instinct me dicte de descendre de deux vitesses avant de prendre la courbe. Ma première sortie d’autoroute avec un certain niveau de difficulté se passe comme sur des roulettes.

Plus loin, en ville, on aperçoit au loin un groupe de bébés-motards et je leur fais de grands signes enthousiastes auxquels ils répondent avec autant de plaisir. On se dirige tranquillement vers notre port d’attache quand soudain, Martin éprouve quelques difficultés avec sa moto. C’est sa chaine qui a débarqué. Bon sang! Et si c’était arrivé sur l’autoroute! Comment peut-on laisser des étudiants rouler avec des motos si mal entretenues. En voilà un qui aurait dû faire l’inspection mécanique de son engin avant de partir. Heureusement pour moi, je ne me suis pas laissée tentée par cette Honda CB500F semblable à la mienne! J’ai préféré rester avec la petite Buell blanche, malgré tout ce que j’ai pu en dire. Je me suis habituée à la bête. Vraiment, si j’étais à la place de Martin, je crois que je poursuivrais l’école en justice. Mon collègue réussit à remettre la chaîne en place, mais ça se voit à l’œil qu’elle est deux fois trop distendue. On est à quelques coins de rue de notre destination. Martin dit qu’il peut vivre avec la possibilité que l’incident se reproduise. Je ne comprends pas qu’on le laisse prendre de tels risques. Comme de défaite, la chaîne sautera une autre fois, mais sur le dernier bout de rue. Je tairai ce que je pense de tout cela…

Finalement, je m’étais énervée pour rien avec la météo. Il n’a pas plu tant que cela et le vent était bien correct. Je quitte Pierre, mon moniteur, avec un petit pincement au cœur. J’ai tellement aimé mon expérience de rouler avec ce groupe. On se serre la main deux fois plutôt qu’une. Je crois que j’irai le saluer un de ces quatre, avant son départ avec un autre groupe de bébés-motards, juste pour lui donner des nouvelles. Dès que j’aurai obtenu mon permis de rouler sur les routes toute seule. L’examen est dans cinq jours. Mon collègue Saber, un Tunisien qui a émigré ici il y a dix-sept ans, va passer le sien dans le même créneau horaire que moi. On va pouvoir se soutenir. Il ne me reste donc plus qu’une dernière nuit blanche à vivre, si tout se passe bien…

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