Journal d’une apprentie-motarde 8 : L’examen!

Publié: juin 26, 2019 dans Autobiographie
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20 juin 2019. 6h00 du mat. Bon. Je n’ai presque pas dormi de la nuit, à moitié à cause de certaines indispositions féminines qui m’obligeaient à aller aux toilettes régulièrement, c’est comme ça, l’autre moitié, vous l’aurez deviné, parce que c’est aujourd’hui le grand jour : l’examen de la SAAQ en circuit fermé. On a beau savoir qu’on est prêt, qu’on maîtrise toutes les manœuvres, qu’on les a même expérimentées à maintes reprises sur la route, notamment le ralenti quand on roule dans le trafic, là, il y a quelqu’un qui va scruter à la loupe tout ce que tu fais.

Mon examen est à midi dix, mais j’avais demandé au patron de l’école de conduite de pouvoir faire un rafraîchissement (c’est comme ça qu’ils appellent ça) avec la moto, afin de me rassurer un peu. Je négocie avec lui de pouvoir le faire gratuitement, dû au fait qu’on n’a pas eu toutes les heures de cours auxquelles on avait droit en raison notamment du mauvais temps. Il finit par accepter. Normalement, il y a un professeur qui t’accompagne et te conseille. Alors je lui demande si je dois aller aviser les secrétaires de l’école. Il dit que non, que ça va être correct, qu’il va se souvenir de moi. Mouais… Il me demande d’être sur place pour 7h15 du matin.

J’arrive donc à 7h00, le temps est maussade, mais il ne pleut pas. J’attends. À 7h30, toujours personne. Je décide d’aller voir sur le terrain de pratique de l’école. Personne. Je reviens sur le site de l’examen. Un mec de l’école finit par se pointer avec une première moto vers 7h40. Mais ce n’est pas une Buell. Je tiens à cette bête, sinon j’aurais fait l’examen avec ma propre moto. Il arrive ensuite avec une vieille Buell noire qui pétarade. Il n’arrive pas à trouver le neutre. Le problème, c’est qu’il a monté plusieurs vitesses sans savoir ce qu’il faisait. Il éteint le moteur. Dès que j’essaye de démarrer la moto, elle refuse d’obtempérer. Je panique un peu. Puis il rapplique avec ma petite Buell blanche, ma compagne de voyage. Je la vois arriver comme un ange salvateur. Ouf.

7h50, je n’ai toujours pas pu faire mon p’tit tour pour me réchauffer. Les premiers examens commencent dans 10 minutes. Je décide alors d’y aller. Je m’arrête à la ligne de départ, fais la mise en marche, le passage en deuxième vitesse, retour en première et arrêt. Tout va bien. Ensuite, virage à gauche un peu serré, car le terrain est restreint, direction slalom, mon épreuve préférée. Avec la Buell, en première, c’est un charme, on a vraiment l’impression de danser avec la moto. Avec ma Honda, je n’arrive pas trop à le faire sans saccade (il faut se servir de l’embrayage sinon), alors j’ai décidé de louer la Buell pour l’examen, même si je maîtrise beaucoup mieux l’épreuve du ralenti avec mon propre engin.

Bon. Ça ira. Pas le choix. Je vais stationner la moto et repars à la maison essayer de me reposer un peu. Bien entendu, je n’arrive pas à dormir. Je suis groggy, sur le pilote automatique. Le cerveau a besoin de sucre pour être en alerte, alors j’avale des fruits : orange, banane, kiwi et raisins. Puis mon estomac se noue. L’idée de me préparer un sandwich me donne la nausée. Il faut que je reparte m’inscrire auprès de la SAAQ et défrayer les coûts de mon examen.

Saber est là et il vient à ma rencontre. Puis j’aperçois Isabelle, l’unique autre fille de mon cours en circuit fermé. Ça fait plaisir de voir des visages amis. Une fois les formalités réglées, on se dirige vers l’arène de combat. Il se met à pleuvoir. La personne de la SAAQ responsable des derniers examens de la matinée range le matériel électronique. Oh! Non! Pas question que je revive une autre nuit blanche. Il faut que l’examen ait lieu aujourd’hui. Il le faut! Pas question non plus de rester planté là sous la pluie. Je propose à Saber d’aller dans ma voiture stationnée tout près pour discuter en attendant. Je lui pose des questions sur sa famille, sa vie, sur la cuisine tunisienne et j’en oublie complètement pourquoi on est là, l’espace d’une agréable conversation. On décide de retourner près du terrain de l’examen, car les autres sont tous arrivés et attendent le responsable. Il pleut encore, mais un peu moins, on dirait. L’examinateur arrive enfin et réinstalle le matériel électronique pour calculer notre vitesse d’exécution et déclencher le signal d’arrêt d’urgence et la flèche de direction pour l’épreuve d’évitement d’obstacle. Ouf. Il semble que l’examen aura lieu tel que prévu. Quel soulagement.
L’examinateur nous rassemble pour nous donner ses consignes, des trucs sympas, genre tout ce qui ferait qu’on coule immédiatement l’examen, pour nous mettre en confiance : un déséquilibre impossible à rattraper, échapper sa moto, sortir des limites du terrain, etc. Isabelle ne semble pas rassurée. Puis il nous explique les diverses épreuves et comment perdre des points dans chacune d’elles : pas assez vite dans le slalom, trop vite dans le ralenti, etc. Encore sympa, tout pour faire tomber la nervosité. Il nous donne ensuite l’ordre de passage de chacun, afin que nous soyons prêts au moment où c’est notre tour. Je vais passer tout de suite après Saber. Isabelle doit commencer, mais elle décide d’échanger sa place avec la deuxième personne. Je crois qu’elle veut prendre le temps de tester un peu l’embrayage avant d’entrer sur le terrain. C’est une bonne idée. Je crois que je vais faire pareil.

Le premier à passer pose le pied au sol à quelques reprises. Notamment dans le ralenti. Je ne regarde pas trop. Je veux demeurer concentrée. Saber a choisi d’utiliser la Buell noire, alors dès que je le peux, je m’assois sur la petite Buell blanche. Je suis déjà dans mon monde. Ça n’a pas l’air d’aller très fort pour Isabelle. Pourtant, il y a des exercices qu’elle réussissait mieux que moi dans nos cours. Je crois qu’elle n’a pas la tête à cela. Elle m’a dit que sa maman est très malade, j’en déduis que c’est un cancer. C’est elle qui s’en occupe à la maison. Ses jours sont comptés. Et puis sa fille passe son examen de conduite automobile en même temps qu’elle. Comment avoir la tête à son affaire. Pendant que je teste mon embrayage, je vois du coin de l’œil Saber mettre les deux pieds au sol dans le virage à droite à 90°. Bon sang. Il semble que tous éprouvent des difficultés aujourd’hui.

C’est enfin mon tour. Je n’oublie pas de vérifier les angles morts avant même d’entrer sur le terrain. Puis je vais me placer en position de départ. La première épreuve s’intitule « la mise en mouvement ». On vérifie que tu es en mesure de démarrer, accélérer, passer une vitesse, rétrograder et freiner. La base, quoi! La consigne pour l’examen, c’est qu’on doit toujours attendre que l’examinateur nous fasse signe pour démarrer. Go Francine. J’ai tellement eu d’ennui au démarrage durant ma dernière route que je suis décidée à ne pas perdre de points pour cela aujourd’hui. D’abord, je vérifie mes angles morts avant de partir, avec beaucoup de détermination : gauche-droite-gauche, et je pars doucement, puis accélère pour passer la deuxième vitesse. La Buell coopère. Brave petite. Je ne vois pas le petit « N » vert qui m’aurait indiqué que je serais restée collée au neutre. J’accélère encore un peu et maintient la vitesse jusqu’au moment où il faut repasser en première. Je freine alors comme il se doit avec les deux freins (main droite et pied droit), passe la première et termine doucement la course avec l’embrayage, puis m’arrête près de la ligne. Je ne regarde pas par terre, mais droit devant moi, ce qui m’assure toute la stabilité voulue. Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol.

L’examinateur me fait signe que je peux me rendre à la deuxième épreuve : le slalom. Encore une fois, je fais les vérifications visuelles avec beaucoup d’assurance. Je démarre doucement, lutte très légèrement pour mon équilibre et me dirige vers la première porte du slalom. Le trajet est chronométré à partir de la deuxième porte. Je prends le temps de bien démarrer l’épreuve, puis j’accélère. Je ne touche plus ensuite ni au frein, ni à l’embrayage et m’amuse à passer chaque porte en prenant soin de viser la balise extérieure de la prochaine porte dès que je suis en train d’en passer une. J’adore ça! Encore! Encore! Puis je fais un demi-tour pour aller me mettre en position pour la prochaine épreuve : le ralenti. Vérification des angles morts, d’un air aussi décidé. Je n’ai jamais fait cela comme ça, mais ça m’aide à me donner confiance. Le ralenti avec la Buell, c’est ma bête noire. Je crois que parfois je perds le point de friction en serrant trop le levier d’embrayage ou pas assez. Je suis au bord du déséquilibre, mais je continue de regarder droit devant, surtout pas au sol. Pas question de mettre le pied à terre. Je donne un léger coup d’accélérateur. Résultat, je vais un peu trop vite. Moi je sais que je peux faire mieux, même avec la Buell, mais bon, ça ne passe pas auprès de l’examinateur. Je perdrai des points.

Prochaine épreuve, le tour du circuit en deuxième vitesse. On évalue si tu es en mesure de prendre une courbe en contre-braquage. Autre épreuve que j’aime beaucoup, parce que ça penche et c’est cool. Je fais le tour du circuit en m’amusant ferme, sans toucher au frein jusqu’aux derniers mètres avant la prochaine épreuve. Je n’oublie surtout pas de me remettre en première. Je crois que je n’ai jamais réussi cette épreuve aussi bien. Ensuite, c’est le virage serré à droite à 90°. On apprend lors des consignes qu’il faut se positionner plus à droite qu’à gauche sur la ligne de départ. Surprise pour tous ceux qui avaient l’habitude de se positionner bien à gauche. Trop fa-fa comme ça. Bon. OK. Je ne vais pas laisser cette contrainte me déconcentrer. Toujours et toujours la vérification des angles morts avant de partir, toujours avec autant de conviction. Puis je dirige mon regard avec beaucoup d’autorité vers la droite, car c’est là que je veux que la moto tourne. Et je démarre doucement, puis accélère. Tout va bien. Je me rends sur la ligne de l’épreuve que je redoute le plus, en principe, mais curieusement pas aujourd’hui : l’évitement d’obstacle. Je sais ce que j’ai à faire. Je connais la manœuvre. Il ne faut pas anticiper. Attendre que la lumière nous indique vers quelle porte de sortie se diriger. Gauche-droite-gauche, je n’ai peur de rien. Je démarre, accélère, vérifie ma vitesse. Pour cette épreuve, il faut ajuster et maintenir sa vitesse entre 20 et 30km/h. OK. Mais pourquoi cette foutue lumière ne s’est pas allumée? Je contre-braque, passe la porte de gauche et reviens me placer. L’examinateur dit que ma vitesse semblait bonne et que peut-être qu’une goutte de pluie a embrouillé le matériel électronique. Je dois donc recommencer. Ça aurait pu sérieusement me déconcentrer, mais non. G-D-G, je repars et accélère encore plus. Puis tout se passe vite, la lumière qui s’allume à droite, ma manœuvre, je passe la porte et freine fermement, car je roulais à bonne vitesse, puis je repars doucement, comme si de rien n’était, me replacer pour la dernière épreuve : le freinage d’urgence. G-D-G, j’accélère et maintiens ma vitesse. Pas d’anticipation. La lumière rouge s’allume et je freine tellement fort que mon pied droit décolle un moment du frein. Mais je le replace bien vite. Dès que la moto est immobilisée, je pose mon pied gauche par terre. Est-ce que l’examinateur va considérer cela comme un sérieux déséquilibre? La moto n’a pas bronché. Elle est demeurée bien droite. Et je me suis arrêtée, mon doux, bien avant les trois lignes de mesure. Je rigole un peu avec l’examinateur qui n’a pas manqué de voir le mouvement de mon pied qui me fera sans doute perdre des points. Je lui affirme que je n’ai jamais raté un freinage d’urgence et que c’est mon épreuve préférée. C’est vrai que je n’ai jamais raté un freinage, mais heu, c’est quand même le slalom que je préfère. Un tout p’tit mensonge pour l’amadouer ne peut faire de tort.

Peut-être parce que le reste de mon examen s’est si bien passé, peut-être parce que la finale du freinage était très bien, il a décidé de m’accorder non seulement une super note, mais de ne pas me pénaliser à outrance, compte-tenu du fait qu’on est censé freiner avec les deux freins et qu’il est clair qu’au moment où mon pied était décollé de la pédale, je ne pouvais pas être en train d’appuyer dessus! Il me dit d’aller stationner la moto et de revenir avec un grand sourire. Je sais à ce moment-là que c’est dans la poche, mais j’ignore encore que ma performance me vaudra un magnifique 92%! Francine la cascadeuse a réussi son épreuve. Je saute comme un cabri, heureuse comme ça ne se peut pas! Je croise Isabelle et c’est là que j’apprends que ça n’a pas marché pour elle. Je suis si désolée, mais en même temps si euphorique. Il vaut mieux que je n’étale pas mon bonheur devant elle, alors je me dirige avec Saber qui a aussi réussi l’épreuve vers les bureaux de la SAAQ pour aller chercher le document tant espéré. Celui qui me donnera enfin le droit de rouler avec François! D’ailleurs, ce dernier se morfond depuis des heures à se demander comment ça se passe pour moi. Il est temps que j’aille lui annoncer la bonne nouvelle!

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