Archives de août, 2019

18 août 2019. Ça fait une semaine que je n’ai pas roulé et il est plus que temps d’extirper nos motos de sous leur toile protectrice. Je suis encore à un stade où je crains de perdre la main si je passe trop de temps loin de la bête. La veille, Lucie du Club moto BMW m’a contactée pour savoir si nous sortions aujourd’hui et dans l’affirmative, si elle pouvait se joindre à nous. C’est sûr! Plus on est de fous, plus on a du plaisir. Alors François a préparé avec un soin méticuleux le trajet qui nous mènera à Saint-Élie-de-Caxton. J’ai entendu parler d’une visite guidée à travers le village au son de la voix du célèbre conteur Fred Pellerin. Sûrement pas banal comme excursion, connaissant le drôle de zig. J’aime bien quand nos balades comportent un objectif, un attrait spécial, plutôt que de seulement rouler pour rouler.

Préparer un trajet quand on ne connaît pas l’état des routes est toujours un coup de dés. Et puis les derniers hivers ont drôlement malmené les chaussées qui ont été asphaltées par les plus bas soumissionnaires, avec les gels et dégels innombrables et les froids polaires de décembre 2017. Qu’on se le dise, nos routes sont en piètres état. Presque toutes à refaire, même les plus récentes. Mais ce n’est pas cela qui va arrêter des motocyclistes enthousiastes. On a quand même le loisir de pouvoir zigzaguer entre les trous, contrairement aux automobiles qui s’en prennent plein les suspensions.

On entame notre trajet par les jolies courbes du chemin de l’Achigan à Saint-Hippolyte. On est vite freiné dans notre élan par une file de voitures roulant à la vitesse d’un escargot grabataire, peu pressées d’arriver à destination : le Parc Aquatique Atlantide, avec à leur bord des mômes survoltés à la perspective d’essayer les nombreuses glissades et les jeux d’eau. La plus belle partie de notre itinéraire est ainsi gâchée, alors qu’on doit parfois rétrograder presque en une!

Passé Saint-Gabriel-de-Brandon, nous entrons en territoire inconnu. Un crochet par Saint-Alexis-des-Monts achève de convaincre Lucie que dans la gamme des BMW, une GS c’est ce qui se fait de mieux pour rouler au Québec. Et moi, je peux « enfin » expérimenter la conduite debout sur des routes en planche à laver qui ne donne aucun répit à mes deux compagnons de voyage. Les gros cale-pieds rendent la manœuvre confortable. J’évite ainsi de ressentir chacune des bosses à travers tout mon corps.

Rendus à destination, après un rapide dîner à la cabane à patates frites du village, on embarque dans une cariole avec un toit, pleine de bancs rembourrés et tirée par un petit tracteur. Cette balade guidée à Saint-Élie, c’est comme assister à un spectacle de Fred Pellerin, mais avec pour vision les résidences des personnages véritables qui constituent ses sources d’inspiration directement sous les yeux. C’est magique et en même temps plutôt amusant! Lucie est un bon public, même si elle ne connaissait pas vraiment cet artiste du « jouage » avec les mots. Nous en sommes encore au début de l’excursion quand nous voyons apparaître le conteur lui-même circulant en sens inverse dans son pick-up. Waouh, quelle surprise! Trop cool d’entendre sa voix et de le voir en même temps en chair et en os.

Au retour, on quitte Lucie en lui faisant de grands signes à proximité de l’autoroute 40, d’où elle pourra rejoindre son domicile à Montréal. Elle sera d’ailleurs rentrée avant nous. François est plutôt fier de nous avoir guidé à bon port. Il a pris sur ses épaules toute la responsabilité de notre itinéraire et tout s’est plutôt bien passé. Toujours enthousiaste et partante, Lucie est de celles avec qui il est agréable de voyager et de découvrir une région. A chaque arrêt, dès qu’elle retire son casque, on la retrouve avec son sourire, trop heureuse de rouler avec des amis en cette belle et chaude journée d’août. Vraiment, c’est ça la vie!

 

10 août 2019. Déjà on commence à manquer de nouveaux défis à relever. C’est que les plus belles routes autour de chez nous, on les a arpentées dans tous les sens. Alors aujourd’hui, on a décidé d’aller user nos pneus du côté de Gatineau. Chelsea sera notre port d’attache pour une nuit. On a repéré un sympathique gîte près de la rivière Gatineau, l’Auberge Tom.

On emprunte la route 158 direction de Lachute pour la énième fois cette année. Je commence à connaître chaque crevasse dans la chaussée, chaque trou auquel il faut porter attention. Et puis, plus loin, enfin on arrive sur un segment de la route 148 que j’emprunte pour la première fois aux guidons de ma propre moto. Il n’y a pas beaucoup de lumières et d’arrêts obligatoires, ce qui est appréciable pour tous motocyclistes. C’est que devoir mettre le pied à terre, on n’aime pas tellement ça. Sauf quand on est arrivé à destination. Pour ma part, j’ai la hantise de caler au démarrage, mais ça arrive de moins en moins fréquemment, heureusement. Même François avoue qu’il doit parfois se concentrer pour éviter ce désagrément. Surtout quand la fatigue commence à s’installer, ou bien quand cela fait quelques temps qu’il n’a pas sorti sa moto. Mais il gère beaucoup mieux cela que moi. Alors, oui, j’avoue qu’il m’arrive de faire des stops américains, mais je ne suis pas la seule. Ha! Et les automobilistes sont assez compréhensifs. Bien souvent, même s’ils arrivent en premier aux arrêts, ils nous font signe de passer avant eux. On ne se fait pas prier!

Arrivés à Montebello, on s’arrête pour luncher dans un restaurant qu’on avait repéré dans un voyage précédent. Le Bistrot semble avoir encore amélioré sa carte et raffiné sa nourriture. Nous choisissons chacun un plat de poisson et franchement, le contenu des deux assiettées est délectable. Peut-être que la proximité d’un hôtel renommé, le Château Montebello, qui compétitionne les commerces de la petite ville avec son restaurant comportant une terrasse absolument magnifique donnant sur un grand parc, contribue-t-il à relever la qualité de ce qui nous est proposé. Au retour, nous avons essayé le restaurant Le Zouk et nous n’avons pas été déçus non plus. La carte correspondait d’ailleurs davantage à une cuisine bistrot très conviviale. Un bon repas fait partie de l’expérience « voyage à moto », car on aime profiter de la vie et de chaque instant.

À la hauteur de Masson-Angers, on quitte la 148 en direction de Buckingham, puis on emprunte un petit chemin à travers les terres pour rejoindre la route 366. Cet itinéraire nous réserve quelques surprises, notamment une section de route en travaux, dont l’asphalte a été retiré sur plusieurs kilomètres. Bref, une route à GS! C’est bien beau, mais je n’ai pas les pneus pour cela, alors ma monture ne m’avantage qu’au niveau des suspensions sur celle de François. Une fois de retour sur une chaussée plus dure, nous croisons quelques motocyclistes qui découvriront bientôt les conséquences de leur choix de route et j’ai un peu de compassion pour eux.

Nous poursuivons notre périple jusqu’à Wakefield où nous avions prévu nous arrêter un peu afin de visiter le moulin et pour nous sustenter. Mais impossible de trouver du stationnement dans les rues en travaux, pleines de grands trous. Ça y est, j’en ai marre et je veux juste aller poser ma moto quelque part. On continue vers Chelsea en passant par le chemin Riverside, pensant y trouver quelques jolis paysages bucoliques. Les jolis points de vue étaient là, mais impossible de les regarder tant la chaussée était mauvaise. Un vrai champ de mines. Même plus de plaisir à avoir une GS! J’ai l’air de me plaindre comme cela, mais au fond, je suis heureuse quand même, car c’est toujours cool de rouler à moto, peu importe comment. Notre soirée se terminera sur la terrasse d’une brasserie, à déguster de délicieux hamburgers très originaux. J’ai décidé de monter avec François pour m’y rendre, puisque ça lui fait plaisir! Et ce soir, à moi aussi!

5 août 2019. Après un délicieux petit déjeuner plein de fruits concocté par Diane, il est temps de reprendre la route. Remonter bravement le petit chemin de gravier jusqu’à la 132, qui nous fera longer la côte un bon moment avant de se perdre un peu dans les terres. Cette fois-ci, on s’entend pour s’arrêter plus souvent afin de profiter de la belle vue sur le fleuve. On a tout notre temps, à condition de rentrer avant la noirceur, car elle empêche de bien appréhender les crevasses dans les routes, la hantise des motocyclistes. Sur les cartes, on a l’impression qu’on aura toujours le fleuve pour nous accompagner dans notre périple, mais dans les faits, il y a souvent des arbres et des maisons qui nous bloquent la vue. Alors quand celle-ci est enfin un peu dégagée, on décide de s’arrêter pour immortaliser un fragment du paysage bordant notre route, avec bien entendu, nos motos en premier plan, cela va de soi. Je suis un peu déchirée entre mon désir de rouler et celui de rester ici éternellement, respirant à plein nez l’air marin encore chargé d’iode, tant qu’on ne sera pas arrivé à la pointe de l’île d’Orléans où le fleuve est ensuite constitué de l’eau douce provenant des rivières. Allez, il faut repartir.

Arrivés à la hauteur de Lévis, la route s’urbanise, s’industrialise, devient monotone, alors on cherche à bifurquer, afin de trouver quelques beaux points de vue sur la ville de Québec située juste en face sur l’autre rive. Il aurait fallu prendre la rue St-Joseph dès l’entrée de la ville, puis la rue Saint-Laurent, mais on a manqué la sortie. On finit par trouver beaucoup plus loin un autre accès qui nous fera descendre près du quai du traversier. On trouve un stationnement à l’ombre et on descend de nos montures pour se prélasser un peu dans l’herbe devant une résidence pour personnes âgées, avec pour image devant nos yeux le superbe Château Frontenac accroché aux côtes de Québec. Je profite de cette escale pour nettoyer un peu la visière de mon casque qui a comme toujours amassé plusieurs spécimens de moustiques imprudents. Le demi-tour qu’on devra faire pour repartir me rappelle que je n’ai jamais fait l’exercice de pratiquer spécifiquement cette manœuvre avec ma F700GS comme je l’ai fait abondamment avec ma petite Honda. Je me dis qu’il faudrait que je retourne dans un stationnement m’installer quelques cônes orange pour créer un parcours comme dans mes leçons de conduite, afin de remédier à la situation. On devrait toujours faire cela avec une nouvelle moto, apprendre à la conduire au ralenti, car c’est ce qui est le plus délicat à maîtriser. Recommencer les virages à droite serrés, les parcours en huit, les slaloms et les fameux ronds qui m’ont tant donné de difficulté. Et à chaque début de saison, prendre des cours de remise en forme. Pour aujourd’hui, je vais faire de mon mieux pour ce demi-tour. Je devrais me faire un peu plus confiance, car la moto est aussi agile que ma Honda. Ne pas me laisser impressionner par mon assortiment de valises disposées de part et d’autre de la selle. Je n’avais vraiment pas besoin de garder un pied au sol…

On repart par la rue Saint-Laurent qui passe près du fleuve dans la basse-ville. La vue est belle, on se régale. La route finit par remonter pour rejoindre la route 132. On quitte tranquillement la région de Québec et on entre un peu dans les terres, jamais trop loin de fleuve, mais pas assez près pour le voir. Il faut commencer à penser à notre repas du midi. Je propose qu’on s’arrête à Saint-Antoine-de-Tilly sans trop savoir ce qu’on y trouvera. On repère bien vite le seul restaurant digne d’intérêt, une jolie crêperie bretonne portant le nom énigmatique de « Du côté de chez Swann ». Des amoureux de la littérature de Marcel Proust? Trouverons-nous le sens de la vie au menu? C’est dommage, le nom des plats sans fantaisie ne poursuit pas le thème littéraire. Par contre, les crêpes sont délicieuses. François opte pour la crêpe au fromage de chèvre frais, tomates, jambon et pesto, tandis que mon choix s’arrête sur la crêpe du pêcheur au saumon fumé, fromage gouda et câpres. On se laisse tenter ensuite par une crêpe dessert. Soyons fous! Miam! La mienne aux pommes et caramel salé est aussi savoureuse que celle de François à l’érable et au citron. De la galerie où est installée notre petite table, on peut voir nos motos qui attendent sagement notre retour. Elles sont entourées de jolies fleurs, ce qui nous donnera envie d’immortaliser la scène sur quelques photos avant de repartir.

Vroum jusqu’à la station-service, puis on reprend notre périple. Près de Bécancour, sans crier gare, quand on continue tout droit, la 132 devient l’autoroute 30, ce qui ne me plaît guère. En fait, il aurait fallu prendre un embranchement à droite pour demeurer sur la 132. C’est assez surprenant! On finit par trouver un petit chemin pour rejoindre notre route tranquille, en passant par Des Ormeaux. En fait, si on avait poursuivi quelques kilomètres sur la 30, on aurait abouti sur la 132, de toute façon! On aurait dû mieux étudier notre itinéraire.

On traverse les villages pour aboutir enfin à Sorel où on prendra le traversier pour se retrouver en terrain connu, sur la route 158 qu’on a déjà arpenté d’un bout à l’autre au cours de nos différents périples. On aurait pu choisir de passer par la jolie route 138 qui longe un fleuve St-Laurent ici beaucoup moins large, mais quand même agréable à côtoyer. Mais je commence à avoir mon premier voyage à moto dans le corps. Je ne suis encore qu’une bébé-motarde, il ne faut pas l’oublier. Rentrer à la maison, mettre un repas à chauffer, défaire nos valises et regarder les quelques photos qu’on a prises sera le programme de cette fin de journée. Je suis heureuse. Je roule à moto. Le chemin importe peu…

4 août 2019. Après un bon souper bien arrosé de vin, concocté par Solange avec les produits frais de son jardin, je commence à lorgner du côté de la chambre d’ami. Jean s’est pris d’amitié pour François, cela se sent dans sa façon de le taquiner. Il aurait bien poursuivi la conversation s’il n’avait pas lui-même envie de retrouver son oreiller. À la campagne, on vit peut-être un peu plus au rythme de la nature. D’ailleurs ici, au cœur de la région de Charlevoix, elle est grandiose. Leur maison est cerclée par les montagnes, bordée par un lac que Jean a lui-même creusé et qu’il entretien avec amour.

On a rangé les motos dans une grande remise de ferme. François s’est chargé de descendre ma GS et je soupçonne qu’il a apprécié rouler à travers champ pour s’y rendre. Un peu moins vrai pour sa RT1200, alors qu’il a senti durement chaque bosse. Je sais qu’il rêve lui aussi d’une bécane tout-terrain chaque fois que l’occasion se présente de lui rappeler comme ce serait bien.

Je commence à penser que le trajet prévu au départ, bien qu’il promette d’être magnifique, sera un peu ambitieux. Surtout la journée Alma-La Tuque puis retour à la maison. Je propose à François qu’on change les plans et qu’on revienne plutôt par le bas du fleuve. On prendra le traversier St-Siméon/Rivière-du-Loup, si toutefois il y a de la place dessus pour nous. Après un délicieux petit déjeuner ensoleillé par le sourire de nos hôtes et par l’astre qui brille joyeusement dehors, nous chargeons les valises de nos motos et reprenons le chemin, guidons au vent. Rendus à proximité du quai d’embarquement, on nous fait signe de se mettre en file derrière la vingtaine d’autres motocyclistes désireux de monter à bord. C’est impressionnant de voir comment on arrive à caser les motos dans le moindre petit bout de pont disponible sur le bateau. Je suis séparée de François, de l’autre côté du traversier, ce qui m’inquiète légèrement, car je ne sais pas s’il y aura un endroit où se sera facile de se retrouver à la sortie. On verra. Le plus délicat, c’est qu’on ne saura pas qui sortira le premier. En attendant, on monte sur les étages supérieurs profiter de la vue et on trouve un sympathique personnage du cru qui a très envie de discuter avec nous. Il nous parle de marée, de navigation, du traversier Matane/Godbout qui est tombé en panne et de sa sœur au Nouveau-Brunswick qu’il va visiter une fois par année. Cette traversée, il semble la connaître par cœur. Il a confiance en ce bateau qui passe l’hiver en cale sèche, bénéficiant ainsi d’un traitement d’entretien aux petits oignons.

C’est maintenant le moment de retourner à nos véhicules. Je retrouve ma moto avec fébrilité, fière de jaser boutique avec les autres motocyclistes stationnés près de moi. Une BMW, ça ne passe pas inaperçu à ce que je vois. Je ressens de leur part une sorte de respect pour la bête.

D’où je suis placée, je constate que nous allons sortir avant la file où est stationné François. Ce sera à moi de trouver un point de rencontre. Je repère un rond-point juste à la sortie, on dirait qu’il est fait exprès pour les amis séparés lors de l’embarquement. Je m’y installe de façon à être visible et prête à rejoindre François dès qu’il apparaîtra. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Tout se passe bien et nous prenons la route 132, direction Kamouraska!

D’abord, trouver un garage pour faire le plein, afin de rouler l’esprit libre. Pas de chance, celui qu’on choisit est le plus dispendieux du coin. Les propriétaires profitent du fait que toutes les autres stations-services se trouvent de l’autre côté du chemin.

Notre objectif du jour est de se rendre chez Réal Lavoie, le cousin de mon père. Lui et sa femme Diane, des gens très chaleureux et sympathiques, ont tout de suite proposé de nous héberger cette nuit, quand je leur ai demandé s’ils connaissaient des gites dans leur coin. Je trouve ça un peu gênant de m’inviter comme ça à la dernière minute, mais c’est tellement agréable de discuter, de se raconter nos souvenirs communs. Ils étaient là à notre mariage, il y a vingt ans. Depuis, les occasions se sont faites plutôt rares de se rencontrer. Souvent, les familles se réunissent lors des mariages ou des décès, et comme les gens ont tendance à ne plus tellement se marier… ça manque d’événements heureux!

Pour notre dîner, j’ai pensé qu’on pourrait s’arrêter à Kamouraska. Mais en traversant le joli centre-ville bordé de magnifiques maisons ancestrales, on se rend bien compte qu’on n’est pas les seuls à avoir eu cette idée. On ne trouve pas de place de stationnement, les rues étroites n’en proposent pas et ceux aménagés près de l’église sont déjà pleins. Alors tant pis, on continue. C’est à Rivière-Ouelle, quelques kilomètres plus loin qu’on repère enfin une micro-brasserie qui fait aussi office de restaurant et qui possède surtout un grand stationnement accueillant. On s’installe sur la terrasse de la Baleine Endiablée qui offre une vue sur les champs fertiles à l’opposé du fleuve. François se laisse tenter par une toute petite bière dont je vais lui voler quelques gorgées par esprit de sacrifice, afin qu’il ait toute sa tête pour conduire. Bien petit sacrifice, tout compte fait. Ha! Ha! Ha! Ma petite pizza aux crevettes sur pain nan est délicieuse et celle à la viande fumée dans la région choisie par François a un goût très sympathique.

Prochain arrêt : l’Épopée de la moto à St-Jean-Port-Joli, le seul musée québécois entièrement dédié à notre passion. Alors pas question de manquer cela! Je ne peux pas dire que je suis une grande fana de vieilles motos, tout ce qui m’importe au fond, c’est de rouler, mais c’est quand même bien instructif et leur collection est plutôt impressionnante. Nous avons notamment apprécié le petit film qui raconte l’histoire de la moto. Nous nous rendons ensuite à Montmagny, chez cousin Réal. Le chemin d’accès à leur maison est une minuscule route de gravier à laquelle on ne s’attendait pas du tout. Encore une autre occasion de tester ma GS. Comme il y a de fortes pentes descendantes et que je n’ai pas les pneus hors route, je ne suis pas tentée de faire des folies. Arrivés à bon port, nous voilà prêts à passer une bonne soirée en agréable compagnie. Il y a pire dans la vie, croyez-moi!

3 août 2019. On sait qu’ils annoncent des averses plus tard aujourd’hui, peut-être même des orages, mais on a décidé de partir quand même, direction La Malbaie. Sinon, on n’en fera jamais de voyages. On ne peut pas attendre que les astres s’alignent pour que le soleil brille tous les jours. Au moins, demain et lundi, on est à peu près sûr de ne pas avoir à se soucier de la météo. Alors les valises de nos motos respectives sont bourrées avec le nécessaire et nous voilà enfin prêts à partir. L’absence de vent dans notre entrée de cour me fait croire qu’il fait assez chaud pour me passer de doublure, mais j’ai tort. Avec une F700GS, on n’est pas trop protégé, on s’en prend plein la gueule. Résultat, je me caille les miches, comme dirait mon Français de chum. Alors je fais signe à François que je vais devoir m’arrêter pour remédier à la situation. J’enfile un dossard fluo comme coupe-vent et mon tour de cou « Route 66 ». Go! Cette fois, c’est la bonne!

On emprunte la route 158 jusqu’à Berthierville, puis on roulera sur l’autoroute 40 jusqu’à Québec. Pas trop le choix, car il n’y a pas de petite route sympa avant d’avoir quitté la capitale. Ensuite, on continuera par la 138 jusque chez Solange, la cousine de mon papa, qui habite à La Malbaie. Elle et son ami Jean ont accepté de bon cœur de nous héberger pour une nuit.

Savoir qu’on ne rentrera pas coucher à la maison, c’est un bon feeling. Encore mieux si l’itinéraire forme une boucle. Ne pas revenir par le même chemin, ça c’est bien! On a prévu passer par la route 381 qui traverse le Parc national des Grands-Jardins, faire un crochet par Alma au Lac St-Jean (et un dodo), puis revenir en longeant la rivière St-Maurice par la route 175. Vaste programme pour un premier voyage. En trois jours, je devrais y arriver.

On traverse Trois-Rivières et ses changements d’autoroute sans trop d’histoire. Ils ont quand même fait fort de nous obliger à bifurquer vers le centre-ville pour revenir sur l’autoroute 40 est. Économie de bout de chandelle de bitume pour un emmerdement maximal. Juste pour cela, ce n’est pas ici qu’on s’arrêtera pour souffler et faire le plein. De toute façon, on a théoriquement suffisamment d’essence pour passer Québec. Mais on ne tentera pas le Diable.  On décide de s’arrêter à Ste-Anne-de-La-Pérade, mieux connue pour la pêche hivernale sur glace de poissons des chenaux. On traverse un pont où le coup d’œil sur l’église située en face est vraiment spectaculaire. Juste pour cela, ça valait le coup de choisir cette bourgade.

Ouf, ça fait quand même du bien de s’arrêter. Je regarde les nuages s’amonceler à l’horizon et me demande si nous arriverons à notre destination avant que la pluie commence. Nous rembarquons sur nos bécanes. J’ai l’impression que la mienne pèse une tonne. Peut-être que je suis un peu fatiguée par une mauvaise nuit. Bah, une fois qu’on roule, on ne sent plus le poids de la moto. Je vérifie avec François le trajet dans le secteur de Québec, car encore là, l’autoroute 40 est coupée et nous devrons faire quelques zigouigouis pour la retrouver. Je n’ai pas de GPS, alors si je perds François de vue, je veux savoir par où passer.

Rendue à Québec, je talonne François comme son ombre. Je roule le plus près possible, sans lésiner sur la sécurité. Finalement tout se passe bien. Mais il y a des travaux et on doit jouer de l’embrayage. Je pratique abondamment le ralenti et l’équilibre à basse vitesse. Ça va. On atteint enfin la route 138 et ses centaines de millier de lumières de rue qui se déploient jusqu’à ce qu’on quitte enfin Beaupré. Les nuages se font de plus en plus menaçants. François propose qu’on s’arrête pour enfiler nos vêtements de pluie, mais j’écarte cette idée du revers de la main. On est à 38 kilomètres de Baie-St-Paul. On les mettra là-bas! Ha! C’est mal connaître le microclimat du coin. En montagne, c’est la loi de la jungle. On ne lésine pas avec les vêtements de protection. Je l’apprendrai à mes dépens. Et pas un garage, pas un endroit où s’arrêter avant d’arriver à notre étape où on a prévu dîner. La rincée qu’on se prend! Jamais vu ça! On dirait que les nuages ont décidé de déverser tout ce qu’ils avaient dans le ventre sur nos pauvres têtes. Je suis contente d’avoir enfilé le dossard jaune. Je suis un peu plus visible. Dans une grande pente ascendante à deux voies, tous les véhicules roulent sagement à droite. Je fais signe à François de clencher toute la file, afin de gagner des minutes jusqu’à Baie-St-Paul. On double un groupe de motards en Harley, bien emmitouflés dans leurs vêtements de pluie. Ils doivent nous prendre pour des amateurs ou des fous. Un peu plus loin il y a des travaux sur la route, ce qui ralentit le trafic. Il ne manquait plus rien que cela! Je crois que François commence à avoir froid. J’espère qu’il ne m’en veut pas.

À Baie-St-Paul, on repère le premier resto en bordure de route qui a l’air sympa et on se gare. C’est en même temps une boulangerie (À Chacun son Pain), alors nous en profiterons pour acheter un petit cadeau pour nos hôtes. Juste pour faire exprès, dès qu’on arrive, la pluie cesse. J’ai les pieds complètement mouillés et que dire du reste. Heureusement qu’on a prévu apporter des gants de rechange. Mieux vaut avoir les mains au chaud et au sec quand on conduit une moto. Et on repartira avec nos doublures de pluie. Même si à partir d’ici, nous n’aurons que quelques kilomètres à faire encore avant d’arriver chez Solange. Quelle aventure! Le pire, c’est que si on avait été bien habillés, je crois que cette pluie ne m’aurait même pas dérangée. Morale de cette histoire, n’écoutez pas votre blonde si elle ne veut pas s’arrêter pour mettre ses vêtements de protection. Ha! Ha! Ha!