Archives de septembre, 2019

Le 20 septembre 2019. Ces jours-ci, sortir à moto pour la journée demande davantage d’organisation. Surtout lorsqu’on démarre tôt le matin alors qu’il fait encore 12 degrés Celsius, et qu’au milieu de la journée, il peut en faire vingt-cinq. On doit enfiler des couches de vêtements chauds qu’il faut ensuite retirer comme des pelures d’oignon. L’été, on n’a pas ces problèmes-là. De bien petits problèmes soit dit en passant. Pas comme cette crevaison que François a réussi à réparer lui-même avec le nécessaire dont je lui avais fait cadeau à Noël. Après qu’il ait subi sa première crevaison à vie juste avant d’aller remiser sa moto pour l’hiver en 2018, alors qu’il n’avait rien pour y remédier, je me disais qu’il apprécierait le geste. Si la réparation tient le coup après quelques jours, alors elle sera bonne pour la durée de vie du pneu. Bravo! Je suis fière de mon amoureux!

Aujourd’hui, on n’a pas fait plus de 21 kilomètres que voilà son voyant d’huile qui s’allume. François s’en voulait un peu de ne pas avoir fait les vérifications nécessaires, après avoir roulé plus de 10 000 kilomètres cette année. Certaines BMW R1200RT dont la sienne, sont réputées être un peu consommatrices d’huile à moteur. Heureusement on est en ville et il y a un garage à deux pas. Il y trouve son bonheur. Sinon, je lui aurais prêté ma GS pour qu’il puisse aller en acheter. C’est l’avantage de ne pas rouler seul… Et c’est ce qui me fait un peu hésiter à partir à l’aventure sans François. Mais au fond, je pense que d’autres personnes peuvent te dépanner au besoin. On ne vit pas dans le désert!

Le plein d’essence et d’huile maintenant fait, on est prêts à reprendre notre périple d’aujourd’hui, direction La Tuque. Ici, ce n’est pas la destination qui importe, mais la route qui promet d’être spectaculaire. Une des routes québécoises à faire absolument à moto, à vélo (si on est courageux) ou en voiture, au moins une fois dans sa vie. De Grandes-Piles à La Tuque, le chemin longe la rivière St-Maurice souvent bordée d’un côté, celui où on roule, de hautes parois rocheuses très abruptes. Et ça dure comme ça pendant une centaine de kilomètres. Je vous assure qu’on ne s’en lasse pas. Chaque détour nous laisse découvrir un paysage différent. Aujourd’hui, on a droit en plus aux premières couleurs d’automne, dont la palette s’échelonne entre le jaune doré et le rouge flamboyant. Sur le bord de la route, les Sumacs de Virginie déjà parés d’un bel orangé attirent mon regard. J’aimerais bien m’arrêter pour les photographier, mais on ne peut pas s’immobiliser à chaque fois qu’on voit quelque chose de beau. Sinon, il vaudrait mieux voyager à pied! De toute façon, c’est la rivière et tous ces méandres, ici, qui est l’attraction principale. De plus, on convient de ne pas s’arrêter à l’aller, mais plutôt au retour, alors qu’on sera du bon côté de la route pour immortaliser nos motos avec la St-Maurice en arrière-plan. Excellent programme! Alors on a juste à profiter de la vue et de la route lisse qui se déroule en notre honneur comme un tapis gris pour notre plus grand plaisir. Pas une lumière de rue ni un stop pendant tous ces kilomètres. Sauf lorsqu’on traverse quelques zones de travaux routiers. On dirait qu’ils profitent de ce que les grandes vacances soient terminées pour mettre une bonne partie du réseau du Québec en chantier avant l’hiver. Impossible de prendre une direction sans rencontrer de cônes orange quelque part. J’en profite pour apprécier les atouts de ma petite GS dans les chemins dépouillés de leur asphalte.

Je trouve absolument tout agréable. Pour moi, ça fait partie de l’aventure de rouler à moto. Même l’arrivée à destination comporte un certain charme, le sentiment du devoir accompli. Stationner sa monture près de la porte du motel, retirer enfin son casque, décharger les valises, se laisser tomber sur le lit, les bras et les jambes en étoile et apprécier de pouvoir s’étirer enfin de tout son long. J’installe ensuite mon cadenas de sécurité. Ce soir, pour aller souper, j’ai décidé de monter sur la moto de François. Je sais que ça lui fait plaisir que je me serre contre lui. Et puis on ne va pas loin. Inutile de prendre les deux motos. François a déniché un restaurant dont le menu semble alléchant : Le Boké. Il n’est que cinq heures trente, mais la perspective de se coucher tôt, même très tôt, nous plaît.

La déco est aussi sympa que la carte des cocktails et des bières. François m’encourage à essayer le piña colada californien et se choisit une rousse parmi les parfums de houblon. On est complètement relax, heureux d’être là, désireux de goûter à la cuisine du chef, parce que mine de rien, le dîner est déjà loin. Le choix du resto s’avère une grande réussite et on ressortira le ventre un peu trop plein, mais béats de bonheur. Hop au lit et extinction des lumières. C’est quand même chouette la vie…

Le 18 septembre 2019. Dans 2 jours, cela fera 3 mois que j’ai obtenu mon permis d’apprentie motarde. J’ai passé l’été à sillonner les routes de ma région, à la découvrir aussi, par le fait même. Avant, l’intérêt d’habiter dans les Laurentides venait surtout du fait que ça me rapprochait de ma famille qui habite plus loin dans le nord-ouest. Maintenant, j’apprécie jusqu’aux chemins tout en courbes qui mènent à ma maison, routes tranquilles de campagnes bordées d’arbres, endroit idéal pour partir en balade en chevauchant ma belle GS. J’ai emprunté des itinéraires dans toutes les directions, si bien que mon terrain de jeu manque à présent de nouveaux lieux à découvrir. Alors il faut passer le fleuve, affronter les autoroutes incontournables pour pouvoir aller plus loin, suivre les chemins de l’eau jusqu’à ce que l’air soit chargé d’iode, que l’odeur d’algues marines emplisse mes narines. Il faut sinon s’enfoncer dans les terres ondulantes au gré des monts et des collines jusqu’au bout de la route, jusqu’aux frontières qui demeurent fermées pour moi jusqu’à ce que j’obtienne enfin mon vrai permis.

Rouler avec mon chum, rouler en groupe, rouler tout court, parce que c’est devenu une passion. Rien ne bat la sensation quand on roule seul et qu’on se retrouve maître de son destin. Alors on comprend vraiment ce que veulent dire les motocyclistes quand ils parlent de liberté, mais aussi de fragilité. On est plus vulnérable, alors il faut s’assurer continuellement qu’on a bien évalué tous les risques : dans les courbes prononcées, aux intersections, près des forêts d’où peuvent surgir des animaux. Dans quel état est la route? Souvent pas terrible! Mais parfois, c’est un vrai charme. Et on est content d’avoir découvert ce chemin inconnu. On a l’impression d’être le premier motocycliste à l’emprunter… jusqu’à ce qu’on croise un congénère qui nous envoie la main avec complicité.

Il m’arrive encore de caler, mais beaucoup moins souvent. Surtout quand on roule dans le trafic au ralenti. Parfois j’échappe mon embrayage au mauvais moment sans avoir ouvert un peu les gaz, un peu par fatigue. Il m’arrive encore d’être embêtée de devoir faire des demi-tours, surtout à cause de mon contrôle parfois déficient de l’embrayage. À travailler! Mais je n’ai jamais eu peur d’avoir à affronter des routes difficiles. J’y vais, c’est tout. À mon rythme.

Ma seule crainte est de ressentir un grand vide quand on ira remiser les motos pour l’hiver. Il faudra le combler avec une autre activité aussi passionnante. Ouais, bon… Qu’est-ce qui pourrait me procurer des sensations aussi fortes, dites-moi? Qui vivra verra… Alors rester en vie…

Le 8 septembre 2019 est une date à retenir dans ma vie de motocycliste, puisque c’est la journée de mon initiation au sein du Club Moto BMW Montréal. C’est la première fois que je vais intégrer dès le départ du trajet, un groupe de motocyclistes. Le rendez-vous est donné dans un Tim Hortons de Laval et je me dis que ces chaînes de restaurant devraient commanditer les Clubs motos et les écoles d’apprentissage, tellement nous constituons une bonne clientèle pour eux. Il faut dire que les établissements sont souvent situés de façon stratégique le long des routes et qu’ils offrent de grands stationnements accueillants. Tuan et Isabelle sont les premiers arrivés sur place dès huit heures du matin. Ne voyant personne d’autre, ils craignent de s’être trompés d’endroit. Le départ est prévu pour neuf heures, alors François et moi ne pensons pas qu’il est nécessaire d’arriver trop tôt. À huit heures, nous étions en train de faire le plein, bien que nos motos n’en avaient pas tellement besoin. Juste pour être tranquilles. En fait, l’épisode de Lac Mégantic avec mon voyant à essence qui s’est allumé à plus d’une quarantaine de kilomètres de notre destination est encore frais dans nos mémoires.

Grande première pour moi, nous prenons l’autoroute 15 en direction de Montréal. Ah, et puis une autoroute ou une autre, pourquoi s’énerver. On reste attentif, on fait ce qu’on a à faire. On évite de demeurer dans l’angle mort des voitures. Il n’y a pas tant de trafic ce matin. Ça m’a un peu plus perturbée quand François s’est trompé de sortie. Mais on a retrouvé facilement la destination pas longtemps après. Alors nous voilà! Hello tout le monde! Juste le temps de m’acheter une bouteille d’eau (on a oublié d’en amener), puis on va former les groupes. Pour l’occasion, je désire me couper de la sécurité de rouler avec mon chum. Je veux aussi laisser ma place de deuxième, la plus rassurante, à Isabelle pour qui c’est la première grande sortie de l’année. De plus, Véronique veut faire partie de son groupe, Gilles s’est proposé comme balayeur et François doit récupérer Annie, une autre apprentie-motocycliste, plus loin sur le trajet. Le groupe de mon chum est déjà complet. Je demande donc à Yvan de m’accueillir avec eux. Dans l’ordre, il y a Yvan, moi, Michel (celui avec les grands foulards), Tuan et Rémi avec sa passagère Micheline. Dès le départ, Michel annonce qu’il n’a pas le goût de rouler vite. Il aurait peut-être dû en aviser Yvan, car c’est lui qui est responsable du BBQ de tout à l’heure. Yvan n’a pas nécessairement envie de s’attarder plus que nécessaire. Dès qu’on est embarqué sur l’autoroute, je réalise que pas rouler vite pour Michel, ça veut dire 80 km/hre dans une zone limitée à 100. Hum. Et voilà le groupe de François qui nous dépasse maintenant, alors qu’il est parti en dernier. Sur le coup, personne n’a remarqué que Michel n’a pas de gants protecteurs et qu’il roule avec de petites chaussures de toile. Il ne fait pas très chaud aujourd’hui, Michel doit sûrement avoir froid, ainsi accoutré. Pas surprenant qu’il ne veuille sentir encore plus de vent lui rappeler que le fond de l’air est vraiment frais.

Dès qu’on a enfin quitté l’autoroute, on a bien vu que Michel continuait à traîner de la patte. Je me suis sentie prise entre deux feux. Ou je suis la vitesse très raisonnable imposée par le meneur, qui est toujours attentionné avec les apprentis, ou je force Yvan à ralentir pour attendre Michel, ce qui aurait cautionné le train d’escargot qu’il nous imposait. En principe, chacun est responsable de la personne immédiatement derrière lui, c’est-à-dire de s’assurer qu’elle suit. Je suis au fait de cette règle (que les gens n’appliquent pas toujours dans le Club), alors je n’ai aucune excuse de ne pas la respecter. Mais c’est moi la bébé-motarde ici, pas Michel! Je ne m’attendais pas à ce qu’un autre que moi puisse retarder la progression du groupe. À un moment, je sens que le reste de la bande est vraiment trop loin, alors je fais comprendre à Yvan de ralentir un peu en ralentissant d’abord moi-même. Quelques stops permettent de réunir le groupe. Mais dès qu’on repart, Michel creuse l’écart.

Je l’ai vraiment perdu de vue dans une courbe assez prononcée, dans un segment de route de campagne. Peu de temps après, j’entends un terrible son de freinage et de froissement de tôle. Et Rémi nous rejoint en catastrophe pour nous avertir que Michel vient d’avoir un accident, confirmant ce que je ne voulais pas admettre, malgré ce que mes oreilles avaient entendu.

Je laisse Yvan faire demi-tour avec Rémi et lui fait signe de ne pas m’attendre. J’espère secrètement que Michel va se relever, même s’il est sans doute un peu secoué, et qu’il sera apte à continuer sa route. Voyant que personne ne revient, je fais aussi demi-tour et rejoint les autres. Entre-temps, le groupe de Robert qui ne devait pas être très loin arrive sur les lieux avec Louise et Nicole qui sont infirmières de formation et qui s’assurent que Michel n’a pas de fractures graves. Heureusement, il ne roulait pas vite et ses blessures sont assez mineures, même si sa main droite semble dans un fâcheux état, toute bleue et boursoufflée. En fait, elles sont concentrées aux endroits où il était mal protégé, ses mains et ses pieds, et son bras, car son manteau d’été n’a pas résisté à l’abrasion sur l’asphalte. Il aura sûrement besoin de points de suture sur son pied, car on peut y apercevoir un trou assez profond. Mais tous peuvent pousser un soupir de soulagement. Le plus petit des accidents peut avoir des conséquences beaucoup plus graves. Quelqu’un a appelé des secours et deux voitures de police arrivent bientôt. Les agents font le constat de l’accident, se chargeant aussi de diriger la circulation. Une ambulance les suivra pour prendre Michel en charge. Les gars du Club amènent la moto accidentée dans une entrée de cour tout près et les policiers appellent la CAA avec les coordonnées de la carte de Michel.

Michel nous dira qu’il a dérapé sur du gravier dans la courbe. Probablement qu’il l’a mal abordée. Il ne m’a pas semblé qu’elle était si difficile à prendre. On est tous persuadés que s’il avait été correctement habillé, il s’en serait tiré avec quelques bleus seulement. La moto n’a presque rien, a première vue, hormis quelques égratignures et un clignotant cassé.

Tout s’est passé si vite que même Tuan qui suivait Michel n’a pas compris comment cela a pu arriver. Et voilà une autre preuve que dans plusieurs accidents de moto, seul le pilote est en cause. Erreurs d’inattention ou de jugement. Cela se passe souvent dans les courbes. Chacun est responsable de sa vitesse et de sa sécurité. Qu’on se le dise!

Nous reprenons finalement la route. Je pense qu’Yvan est préoccupé, non seulement par tout ce qui vient de se passer, mais par le BBQ qui l’attend. Il est encore plus attentif avec moi, conscient de mon expérience limitée, même si de mon côté tout va bien. Il n’ose même pas effectuer de dépassements, même si je suis amplement capable d’en faire. Néanmoins, nous avons retrouvé un bon tempo et on peut même prendre le temps de regarder le beau paysage qui défile sous nos yeux. C’est agréable de longer la rivière des Outaouais, dépassé le barrage de Carillon. C’est un coin que nous commençons à bien connaître, François et moi. J’adore cette route, mais c’est fou ce qu’on y trouve de casseurs de rythme. Des voitures qui roulent dix kilomètres/heure sous la vitesse permise! Misère!

Arrivés sur la route 148, on peut rouler à une vitesse normale jusqu’à l’autoroute 50 où Yvan en profite pour rattraper un peu de temps perdu. Yahou! C’est pratique d’avoir les amis derrière pour faire rempart lors des dépassements. Dès qu’ils ont pris possession de la voie de gauche, hop, on peut s’insérer devant eux. Prochain arrêt, la halte routière de Lachute. On y apprend qu’Isabelle a eu quelques ratés avec sa moto : sélecteur de vitesse dévissé, perte de puissance inexpliquée. En raison de cela, le groupe de François n’était arrivé à la halte que depuis dix minutes environ. Annie, une nouvelle motocycliste, y attendait la gang avec une autre potentielle recrue, Martin. François était en pleine conversation avec eux, alors il a à peine remarqué notre arrivée.

Que d’émotions pour tout le monde. Il n’y a pas une sortie en groupe où il n’arrive strictement rien. Mais disons que pour une initiation, je vais me rappeler longtemps de cette journée. Heureusement qu’on avait le BBQ ensuite pour se détendre et profiter enfin de la présence de chacun. Merci la gang de votre accueil! Et bon rétablissement Michel…

1 septembre 2019. Ahhhh! J’ai vraiment bien dormi! Une bonne douche bien chaude et me voilà prête pour une grande journée de route. Mais d’abord, on va aller déjeuner avec le groupe du Club Moto BMW. On nous a recommandé le resto Le moulin sur l’avenue Laval à Lac Mégantic et après en avoir fait l’expérience, c’était un très bon choix. Le service est rapide, la nourriture est bonne, les assiettes sont bien garnies et les prix sont raisonnables. Nous avions un peu peur que ce soit trop long de servir un grand groupe comme le nôtre, mais tout était impeccable. N’empêche que nous n’avons pas pu quitter la ville avant onze heures trente. Nous avons quand même pas mal de route à faire aujourd’hui pour nous rendre jusqu’à la maison. Avec la pluie qui est prévue demain, je n’ai pas le goût de m’attarder dans le coin. Notre itinéraire débute le long de la rivière Chaudière. Nous allons la longer presque jusqu’à Québec.

François est aux anges, car les petites routes lui rappellent la Corse. Il me transmet en direct ses impressions, grâce au système de communication que notre ami Yvan nous a donné. Franchement, je ne pourrais plus m’en passer. C’est très pratique quand je veux indiquer à François que je n’ai presque plus d’essence, ou que c’est mon bedon qui a un p’tit creux. Et puis François peut me donner des indications supplémentaires quand le trajet comporte des sorties et entrées d’autoroute un peu compliquées. Comme celle qui débouche à l’entrée du vieux pont de Québec. On a peu de temps pour changer de voie, alors François me conseille de « clencher »! Je me faufile rapidement devant la voiture qui roule à ma hauteur. Vive la puissance d’accélération des motos!

Je n’avais pas souvenir que la voie de circulation était si étroite sur ce pont. Alors pas le temps de regarder le fleuve qui coule sous le tablier. Il ne faut pas penser non plus au fait que ce pont est tombé à deux reprises durant sa construction. Erreurs de calculs des ingénieurs. Juste rouler en regardant droit devant, au milieu de la chaussée. La sortie à prendre ensuite est facile à repérer. On emprunte la rue Saint-Louis direction Ouest dans un très joli quartier plein de gros arbres matures. On navigue entre les cyclistes et les joggeurs, les voitures et les piétons. C’est tellement paisible et agréable, avec le soleil qui nous accompagne. Je suis bien.

On poursuit notre trajet en ville jusqu’à la route 138 qui nous amènera au-delà de Trois-Rivières. Se succèdent des tas de municipalités coquettes, avec leurs maisons ancestrales rénovées, leurs jardins fleuris, leurs kiosques de légumes qui offrent aux passants du blé d’inde pour leur souper et tout ce qu’il faut pour confectionner une bonne salade. Le temps des récoltes est un des plus inspirants pour toutes les fantaisies culinaires. On n’a pas le temps de s’arrêter, même lorsqu’on repère de beaux belvédères. J’espère rentrer avant la noirceur. Mais ça donne vraiment le goût de refaire cette route, car elle est plutôt jolie en plusieurs points. J’ai particulièrement aimé la municipalité de Deschambault, avec son brocanteur qui étale ses trouvailles devant sa boutique et ses jolies terrasses. On reviendra. À Yamachiche, on emprunte l’autoroute 40, bien décidés à accélérer le tempo. Il sera huit heures quand nous couperons le moteur de nos bécanes, enfin stationnées à la maison.

Depuis les deux mois et demi que je roule à moto, j’ai vécu un paquet de situations très formatrices. Je dois avoir maintenant plus de 5000 kilomètres à mon compteur. Rien ne vaut l’expérience, pour une apprentie-motarde. On comprend alors qu’on est en mesure de faire ces démarrages en pente, de prendre ces courbes très serrées en n’ayant pas peur de pencher, de s’insérer sur ces routes à partir d’un stop ou d’entrer sur ces autoroutes dans le trafic. Il faut toutefois se méfier de l’assurance qu’on serait tenté d’exhiber alors. La fatigue peut parfois ramener le compteur d’expérience près de zéro. Quand je roule, je suis heureuse d’être en vie, quand je rentre, je suis heureuse d’être en vie…

Aujourd’hui, tout va bien.

 

31 août 2019. Depuis quelques jours, on se sent fébriles à la perspective d’explorer de nouveaux territoires. C’est fou comme la moto nous incite à découvrir chaque petit recoin du Québec qu’on n’aurait jamais pensé aller visiter en voiture. C’est qu’à cheval sur notre monture, la route elle-même fait partie de l’aventure, pas seulement la destination. Quand on circule sous des arches d’arbres ou qu’on débouche au sommet d’une pente surplombant la campagne fertile, on profite du paysage sur 360°. On n’a pas assez de nos yeux pour tout embrasser du regard. Le moindre petit chemin peut receler quelques bijoux, une jolie grange, un jardin foisonnant, des vaches qui paissent dans leur enclos, un ruisseau qui dévale une colline, un champ de balles de foin qui attendent d’être ramassées… On se réconcilie avec ce que la nature a de plus beau à nous offrir.  Alors même si je ne pouvais pas suivre les autres du Club Moto BMW à travers l’itinéraire qui passait par le Vermont, toujours à cause de mon permis apprenti restrictif (rouler au Québec seulement), je n’y ai pas du tout perdu au change. François avait préparé un trajet plein de belles surprises, dont le magnifique segment le long de la rivière St-François près de Drummondville, qui sinuait sous l’épais feuillage des arbres. Et puis il y avait cette route en montagnes russes se déroulant de sommets en sommets, dans un territoire bourré de fermes bien entretenues.

Les routes isolées m’ont tout de même donné quelques sueurs froides quand j’ai vu s’allumer le symbole de pompe à essence sur mon tableau de bord. Combien de kilomètres est-ce que je peux rouler comme cela? Cinquante ou soixante-quinze? Un décompte commence sur le petit écran. Je vois apparaître l’annonce d’un village-relais dans dix-huit kilomètres avec soulagement. Il est connu qu’on peut y trouver des pompes à essence et de quoi se sustenter. Pas de bol, l’unique station-service de Stornoway est en réfection! Bon, on fait quoi? Continuer, rien d’autre n’est envisageable. En principe, selon le décompte, je devrais être en mesure de rejoindre Lac Mégantic, en espérant qu’on trouve une station-service à l’entrée de la municipalité.

Laissez-moi vous dire que je n’ai jamais été aussi soulagée de voir apparaître le symbole d’Ultramar au loin. Comme un voyageur déshydraté à la vue d’une oasis dans le désert. Enfin, je peux rire de tout cela, car j’ai la certitude de ne pas tomber en panne sur le côté du chemin. Je donne à boire à ma moto en prenant soin de remplir au maximum le réservoir, sait-on jamais! Oui, ça prend de l’essence pour rouler et dois-je en avoir honte en ces temps où la sauvegarde de la planète est la préoccupation numéro un. Je me dédouane en me disant qu’avec une consommation de 3,7 litres au 100 kilomètres, je ne conduis pas un véhicule des plus polluant. Je n’ai qu’à penser aux avions et aux pick-up qui tractent des roulottes pour me déculpabiliser un peu. J’ai quand même le droit de prendre des vacances, moi aussi. Si plus de gens dépendants de leur automobile adoptaient ce mode de transport dans le quotidien, il y aurait moins de congestion sur les routes et beaucoup moins d’essence brûlée. Parce que les voitures électriques, c’est bien beau, mais on ne sait pas encore si tout ce qui entoure la confection et un jour la disposition de leur batterie est une si bonne chose pour l’environnement.

Pour notre part, il ne nous reste plus maintenant qu’à rejoindre la gang à l’auberge où nous allons dormir cette nuit. Nous contournons le lac et descendons une route de gravillon. Facile de repérer nos amis, près d’une rangée de motos BMW de différents modèles. Ils viennent à peine d’arriver et sont en train de vider les valises de leur bécane. Fred nous indique où nous stationner et je suis plutôt fière de faire mon arrivée devant le président du Club sur ma nouvelle F700GS. Le site est paisible, serti au milieu des arbres près du lac. Je sens que je vais dormir comme un bébé. Mais avant cela, un bon souper nous attend en très bonne compagnie. On prendra un taxi pour aller au resto, afin de se sentir libre de fêter un peu le bonheur d’avoir passé la journée à faire quelque chose qu’on aime, le bonheur de rouler ensemble, le bonheur d’être en vie. Ça fait beaucoup de bonheur réparti en quinze sourires et autant de verres qui se lèvent à la santé de tous.