Archives de octobre, 2019

Le 12 octobre 2019. Aujourd’hui, je suis dans d’excellentes dispositions, prête à relever tous les défis. Je veux me montrer à la hauteur pour rouler avec mes amis. Je suis prête à toutes les concessions, à devoir démarrer en côte, m’insérer rapidement dans le trafic, à les talonner pour ne pas qu’ils aient à s’inquiéter de ma capacité à les suivre. Je me sens merveilleusement bien.  Ma grande virée des couleurs peut continuer!

Quand ils arrivent au motel, j’ai déjà rangé mes affaires dans mes sacoches de moto, enlevé le cadenas antivol et enfilé mes pantalons et mes bottes. Il ne me reste plus qu’à mettre mon blouson, mon casque et mes gants. Je sens que la journée sera géniale.

On démarre tranquillement, pas facile de se lever tôt, mais il faut ce qu’il faut. Je me suis levée en même temps que mon chum, autour de sept heures du matin, et je n’ai pas osé me rendormir de peur de passer tout droit. « Au revoir François, passe une belle journée et soit prudent! » La veille, on avait repéré un petit resto à déjeuner juste à côté du motel : Aux d’œufs copines. Décidément, ces types de restaurant matinaux auront fait tous les jeux de mots possibles avec le mot œuf. J’ai pris mon temps, mais le service rapide et l’absence d’interlocuteur avec qui parler ont fait qu’environ une demi-heure plus tard, j’avais terminé mon repas. Je retourne au motel, me prépare et puis m’étend sur le lit pour me reposer en attendant l’arrivée de mes amis. Il ne faut pas que je dorme. Si au moins la chambre disposait d’un radio-réveil.

Quand ils arrivent, on est tous les trois au même point, les yeux un peu petits, mais le cœur grand. Plein de désir de passer du bon temps. En sortant de la ville, on longe la rivière Richelieu sur plusieurs kilomètres, direction Venise-en Québec, sur le bord du majestueux lac Champlain dans la Baie Missisquoi. Excellent endroit pour faire une petite pause. Je réussis à prendre deux ou trois photos, les seules de la journée que je ferai, bien qu’on s’apprête à traverser des routes encore plus jolies qu’hier. Je ne pensais même pas que c’était possible, tellement notre virée de la veille m’avait semblé extraordinaire. On prend le temps de s’offrir une curiosité locale : un bubble tea. Il s’agit d’un smoothie glacé au thé noir et aux fruits, dans lequel on ajoute des petites boules fruitées qui nous éclatent dans la bouche. C’est délicieux et rafraichissant. Je commençais justement à avoir un peu chaud dans mon blouson. On s’installe sur des balancelles près du lac pour siroter nos breuvages. La boisson sucrée apaise un peu l’estomac de mon ami qui a déjà un petit creux. Alors on repart en direction de Frelighsburg, un village pour lequel mes amis se sont pris d’affection. Se faisant, on emprunte un chemin absolument magnifique, plein de courbes et d’arbres aux couleurs éclatantes. C’est féérique! Je n’ai pas assez d’yeux pour tout voir. Quelle chance j’ai d’avoir des guides aussi dévoués, désireux de me faire découvrir les merveilles de leur terrain de jeu de motards. Arrivés au resto, on constate que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée d’y prendre un repas. Heureusement, il fait si bon et on se trouve tellement bien sur la terrasse, même à l’ombre, que nous décidons de dîner dehors. J’opte pour un sandwich campagnard au confit de canard. C’est absolument savoureux. On en profite pour réviser notre itinéraire. J’aimerais bien rentrer avant la noirceur qui tombe à 18h30 en ce moment et mon ami approuve cette idée. C’est plus prudent. Nous ne serons pas partis d’ici avant trois heures passées, c’est clair. Impossible de s’en tenir à l’itinéraire du départ. On convient qu’il serait préférable de retourner vers Saint-Bruno et vers l’autoroute 20 que je vais devoir emprunter pour rentrer, car il sera trop tard pour prendre le traversier à Sorel. Je suis désolée que mes amis aient à écourter leur virée des couleurs pour moi. Je leur dis de m’enligner en direction de l’autoroute, que je vais me débrouiller ensuite. Mais ils insistent pour me reconduire le plus près possible d’un pont vers Montréal. Je suis touchée par leur générosité.

Je fais le plein pour être certaine de ne pas tomber en panne au milieu de nulle part. Embrassades et mille remerciements, puis je pars bravement en direction de l’autoroute. Il y a du trafic, mais l’entrée de la 20 se fait bien. Il faut être hyper attentif, car les conducteurs montréalais ne sont pas des plus courtois avec les motocyclistes. J’emprunte le pont tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine dans la voie du centre. Ça bouchonne un peu et je dois constamment changer de vitesse, rétrogradant parfois jusqu’en un. Mais heureusement, ça roule quand même. Je n’ai pas à mettre le pied à terre. Je n’ai qu’à suivre les indications vers l’autoroute 25, ce qui n’implique aucun changement de voie pour moi, mais pas pour les automobilistes dans la voie de gauche qui désirent sortir plus loin. À un moment donné, l’un d’eux se glisse dans l’espace de sécurité que je gardais entre moi et le véhicule qui me précède, me forçant à freiner, ce que je ne peux faire brusquement, car ce serait dangereux de me faire rentrer dedans. Me voilà à rouler momentanément trop près de lui et heureusement, il décide de changer d’idée et de s’insérer un peu plus loin. Ouf. Rester zen et attentive…

Un peu plus loin sur l’autoroute 25, quand le trafic devient un peu plus fluide, j’accélère enfin, pour suivre le mouvement. La pluie se met à tomber doucement, mais les nuages qui s’amoncèlent ne laisse rien présager de bon. On dit souvent que c’est au début des averses que l’asphalte est le plus glissant. Je roule en ligne droite, ça devrait aller. Arrivée à la sortie de la route 158, la pluie se met à tomber drue. Heureusement, je suis habillée en conséquence, sauf pour ce qui est de mes gants. Je décide d’actionner le bouton des poignées chauffantes. HAAA… Quelle belle invention! Je sens peu à peu une bonne chaleur sous mes doigts. Ça tombe bien, car je n’ai nullement le goût de m’arrêter pour changer de gants. Rentrer au plus vite et prendre une bonne douche chaude. Je suis heureuse d’avoir enfilé le dossard jaune fluo que je traîne dans mes valises depuis quelques temps. Ainsi, on peut me voir de loin. Heureusement que la noirceur n’est pas totalement installée, car je roule avec les feux de route. Je ne souhaite pas aveugler les automobilistes, mais j’ai besoin d’être certaine qu’on me repère de loin à travers l’averse.

Disons que pour une initiation aux autoroutes montréalaises, je suis gâtée! Mais c’est en affrontant des situations difficiles qu’on apprend. Alors je suis heureuse de vivre ça et fière de moi. Je me sens de moins en moins une apprentie-motarde, après plus de huit mille kilomètres d’expérience. Je n’ai juste pas encore le vrai permis moto…

Le 11 octobre 2019. Les couleurs automnales sont actuellement magnifiques au Québec. Pour moi, les admirer lors d’une balade à moto est un incontournable, un pèlerinage nécessaire pour me réconcilier avec cette saison annonciatrice de l’hiver qui se pointe le bout du nez. Car il faudra bientôt ranger ma monture pour de longs et interminables mois de neige et de froid. On commence à sentir son arrivée à travers le givre matinal qui orne les parebrises. Et bientôt, les arbres se dépouilleront tranquillement de leur feuillage jusqu’à la triste et grise nudité.

François a bravement décidé de sacrifier quelques soirées et ses fins de semaine pluvieuses à travailler, afin de pouvoir profiter de chacune des belles journées pour aller rouler. C’est encore plus agréable de partir sur les routes tranquilles alors que tout le monde est au boulot et se sentir privilégiés d’être là, d’avoir la chance de pouvoir jouir de toute cette beauté. On vole des journées à la fin de saison de moto qui arrive avec ses grosses bottes barbouillées de nostalgie.

Derrière la visière de mon casque, je ne peux me retenir de sourire. J’appuie sur le bouton qui me permet de communiquer avec mon chum juste pour lui dire comment je trouve ça beau et combien je lui suis reconnaissante pour tout. Car sans lui, je ne serais pas là à rouler à moto. Aujourd’hui, l’atmosphère est particulièrement magique. La température dépasse les 20°C. Ce sera sans doute la plus chaude journée du mois et on est là à pouvoir en profiter. On a décidé d’aller rouler sur la Rive-Sud, pour faire changement de nos routes laurentiennes. On traverse les beaux chemins de campagne et les champs de maïs séché, roule sous des arches de branches d’arbres, longeant la rivière Yamaska sur de nombreux kilomètres. On file vers l’inconnu et plus loin encore! Y’a pas de presse, on a tout notre temps. Ce soir on ne revient pas à la maison. On a décidé de rester dormir à Chambly, car demain une bonne journée de moto au Vermont attend François. Il coupe ainsi sa longue escapade d’une centaine de kilomètres, ce qui n’est pas rien, car il en aura au moins 600 à enchaîner en une dizaine d’heures. Pour ma part, je vais aller me balader avec des amis qui roulent en Harley. Cela promet d’être plutôt sympathique. Justement, on va souper au resto ensemble ce soir. Ils n’habitent pas trop loin d’ici. Ils tenaient à voir François, vu qu’il ne sera pas avec nous demain.

En arrivant à Chambly, on est charmé par le lieu où se trouve notre motel, en plein dans la partie la plus attrayante de la ville, près du lac, du vieux Fort, des jolis parcs et de tous les restaurants sympathiques. On gare nos motos et on prend le temps de se reposer un peu et se doucher avant d’aller prendre une grande marche pour admirer les jolies maisons patrimoniales et leur magnifique jardin. Et puis comme on a un petit creux et que nos amis n’arriveront pas tout de suite, on se rend dans la microbrasserie « Délire et Délices » goûter quelques produits locaux en apéritifs. On opte pour l’assiette de charcuterie avec son bol d’olives et deux bières maison. Comme c’est agréable de ne pas avoir à se stresser, juste profiter du moment. Le restaurant où on va aller, « Au coin de la baie », se trouve juste en face. Nos amis arrivent enfin, rires et accolades, plaisir de se retrouver. Une belle journée qui se termine avec des plats de moules et un steak avec frites. Ils insistent pour nous raccompagner à notre motel. On se caille dehors, mais c’est difficile de se laisser. Il y a toujours quelque chose à dire. Nos amis sont adorables. Mais il faut aller dormir. François se lève très tôt demain matin. Nous? On partira quand on partira! On vise 10 heures, sachant que l’horaire risque d’être flexible. Pas de stress, on dit! Bonne nuit les amis!

Le 27 septembre 2019. Je me disais que je ne pourrai pas être une motarde accomplie, tant que je n’aurai pas vraiment roulé seule, et pas seulement pour faire le tour du quartier. Une vraie balade sans filet de sécurité (même pas de téléphone ou de GPS). Et j’avais décidé que ça allait se passer aujourd’hui! D’abord, parce que c’est probablement la plus belle journée de la semaine qui vient de passer et de celle à venir. Juste ça, c’est suffisant pour ne pas se priver de sortie! Le plan, c’est d’en profiter pour aller visiter des fermiers de la région pour aller acheter quelques-uns de leurs produits. Ainsi, je me sentirai moins coupable de laisser mon amoureux derrière, en train de travailler.

Toute sortie se prépare. D’abord, établir l’itinéraire et vérifier le nombre de kilomètres qui seront parcourus, afin de planifier au besoin un endroit où faire le plein d’essence. Pour aller rejoindre les trois fermes que je compte visiter, j’ai décidé de faire une jolie boucle dans mon parcours, qui comportera des chemins que je n’ai jamais empruntés. D’où l’intérêt d’apprendre par cœur les numéros des routes principales et les villages qui seront traversés, car je n’aurai que cela pour me repérer en rase campagne. J’imprime tout de même un plan de mon parcours, même s’il n’est pas hyper précis. Ensuite, il faut prévoir des vêtements adéquats en fonction de la météo prévue. Comme à 9 heures du matin, le thermomètre n’indiquait pas plus de 9 degrés Celsius, je me suis dit qu’il valait mieux être bien couverte pour un départ autour de 10 heures. Toutefois, vers midi, la tendance risque d’être renversée avec ce beau soleil qui brille dans le ciel. Je prends quand même avec moi des gants plus légers, au cas où, et je n’aurai qu’à retirer, s’il le faut, la doublure de mon blouson. Il vaut mieux être en mesure de pouvoir alléger sa tenue. J’aurai aussi besoin de toutes les glacières et sacs thermiques que peuvent contenir les valises de ma moto, afin de ramener les produits surgelés ou périssables. Je complète ma panoplie avec mes indispensables papiers d’assurance et permis de conduire, mes lunettes de soleil de moto et une bouteille d’eau qui pourra aussi servir à nettoyer ma visière de casque, au besoin. Je prends ma virée au sérieux, seule responsable de ma sécurité et du bon déroulement de ma petite aventure! Pour les motards aguerris, tout cela va de soi, mais moi je ne suis qu’une apprentie-motarde qui vit ses premiers émois, lâchée loose dans la nature.

C’est un départ. J’ai apporté un appareil photo, pensant m’arrêter sur le bord du chemin à chaque fois que cela me chante, pour prendre de belles images des arbres avec leurs belles couleurs d’automne. Ha! Je suis tellement concentrée sur ma conduite et sur le trajet que je vois à peine le paysage. Il ne fait pas partie des choses importantes à intégrer dans l’équation pour ma sécurité. Il y a tellement d’éléments à tenir en ligne de compte. Alors les photos, je les ferai uniquement une fois rendue à chacune de mes destinations.

Pour la première partie de mon trajet, je suis en terrain connu. Alors tout va bien. Je sais, par exemple, que la courbe pour aller prendre l’autoroute 25 à partir de la 158 n’est pas à prendre à la légère. Elle se resserre vers la fin, alors mieux vaut attendre d’avoir passé ce bout délicat avant d’accélérer. Ensuite? GAZ! Il faut s’insérer dans le trafic. Une voiture se décale pour me donner une chance. « Hey, merci bien! » Vous voyez que les automobilistes ne sont pas tous des tueurs en puissance, même si c’est ainsi que certains motocyclistes les considèrent. J’ai été témoin de plus d’exemples de civisme en général de leur part que l’inverse, autant lorsque j’étais à vélo qu’à moto. Les principaux problèmes viennent du fait que dans la région, il faille souvent s’insérer dans le trafic, à partir d’un stop, sur des routes limitées à 80-90km/h, et certains automobilistes ont de la difficulté à évaluer la vitesse des véhicules qui s’approchent. Encore plus quand il s’agit de motos. Alors les voitures s’engagent sur la voie, nous obligeant à ralentir. Mais moi-même, je serais bien contente qu’on me donne une chance de m’insérer dans le trafic à un embranchement achalandé. Alors je suis indulgente.

Présentement, sur la 125, ce que je n’aime pas, c’est qu’il faut que je sorte de l’autoroute à la prochaine lumière et elle est verte. Il n’y a pas de voie de sortie et les voitures roulent à bonne vitesse. Je signale mes intentions et rétrograde progressivement en actionnant à chaque fois mon frein au pied, pour que les conducteurs se décalent dans la voie de gauche s’ils n’ont pas le goût de ralentir. Je dois tourner une fois rendue à ce coin de rue perpendiculaire à l’autoroute, je ne vais pas le prendre à 60km/h. C’était mon premier défi et tout s’est bien passé. Arrivée à la première boutique, on remarque tout de suite mon accoutrement de motarde et la dame au comptoir avec son grand sourire me demande si je n’ai pas froid de rouler comme ça à moto à ce temps-ci de l’année. « Bien non! On s’habille en conséquence. » J’apprécie qu’elle se soit inquiétée de mon sort. Je choisis quelques produits préparés sur place : cuisses de pintades confites, dinde fumée, poitrine de poulet désossées, saucisses maison, pour le reste, les poulets entiers, on reviendra avec la voiture plus tard. Je règle la facture, emballe le tout dans mon sac isotherme et me voilà prête à poursuivre l’aventure. Je vais enfin savoir ce qu’il y a au-delà de la boutique des Volailles d’Angèle à St-Esprit, après la courbe et la petite côte. Ce chemin m’a toujours attirée et j’ai découvert sur Google map qu’il me permettait d’aller rejoindre la route 341 où se trouve ma prochaine destination. Premier croisement, aucune indication. Dois-je prendre à gauche ou à droite. Je crois que c’est à gauche. Ouf, le prochain embranchement confirmera que je suis sur le bon chemin. Je suis les indications vers St-Jacques, ça devrait m’amener à bon port. Oh, surprise, je vois une pancarte de route en travaux « Chemin barré, circulation locale seulement » juste à l’endroit où je suis censée tourner. J’ai décidé qu’aujourd’hui, je faisais partie de la circulation locale et que ma GS me permettrait de rouler dans ce chemin en gravier. Voilà que là-bas le chemin est réduit de moitié dont l’autre partie est couverte d’un énorme amoncellement de grosses pierres. De toute façon, je n’ai croisé personne depuis que j’ai emprunté ce chemin. Je franchis ce passage resserré et en trouve un autre semblable un peu plus loin. Puis j’arrive enfin au croisement de la route 341. Virage à gauche direction du village de St-Jacques. Je le trouve charmant, sous un soleil radieux, tout est si beau. François n’est pas là pour que je partage cette découverte avec lui et je ressens son absence, mais d’un autre côté, je suis fière de moi. C’est tout un défi que je relève enfin. Je n’étais pas si sûre de moi avant-hier, alors que j’aurais pu faire ma première balade toute seule. J’ai prétexté quelques occupations urgentes pour remettre cela à plus tard.

Il est bientôt midi, heure de la sortie des classes pour les enfants qui vont dîner à la maison. Je salue le brigadier scolaire qui attend les enfants au coin de la rue pour les aider à la traverser et il m’envoie la main avec un grand sourire.

Le rond-point de la route 158 est plutôt achalandé aujourd’hui. Je laisse passer la première voiture qui a la priorité et m’empresse de m’insérer à sa suite, sinon je serai encore là demain. Puis je poursuis mon chemin sur la 341. Il me semblait que la ferme était plus loin que cela. Je suis déjà arrivée. Comme ça va vite! Ici, je ne viens chercher que deux petits jambons cuits. Et pourquoi pas une pointe de Ménestrel, un fromage de Sainte-Sophie. Je n’ai pas trop le goût de m’arrêter en revenant des trois fermes avec toute cette viande dans mes bagages, même si ça aurait été chouette de faire quelques emplettes au Fromager de la Table Ronde. Dans la boutique, un homme discutait avec la vendeuse du cancer du sein de sa femme, et à ce que j’ai pu comprendre, elle ne répondait pas très bien aux traitements. Je n’ai pas osé les interrompre. Je me disais que le monsieur avait certainement besoin d’un peu de soutien moral, alors j’ai attendu patiemment que la dame au comptoir interrompe sa conversation pour me servir. En partant, j’ai formulé quelques mots d’encouragement à l’attention du monsieur. Il disait que sa femme suivait des traitements depuis 2013. Toutes ces années à vivre avec la maladie. Il garde le sourire malgré tout. Il faut se montrer fort, même dans la peur, pour soutenir l’autre.

J’enfourche ma monture et poursuit mon périple en me posant quelques questions sur mon propre état de santé. Il y a bien longtemps que je n’ai pas consulté un médecin. Dès que la saison de moto sera terminée…

Au bout de la 341, je bifurque à gauche. Encore une route qui ne m’est pas très familière. Il n’y a qu’à suivre les panneaux indicateurs. Je dois rejoindre la route 337 en évitant bien de tourner à l’embranchement de la 125. Il y a plusieurs façons d’aller aux Museaux d’Écosse et je souhaite prendre une route plus bucolique. Lorsque personne ne nous guide, il faut être mille fois plus attentif, les routes ici ne sont jamais droites, elles font le tour des terres agricoles et il faut prendre divers embranchements qui apparaissent sans crier gare. Lorsque j’aperçois finalement une pancarte indiquant « St-Lin, 11 kilomètres », je me dis « Youpi, encore tout ça à rouler! ».

La boutique des Museaux d’Écosse est toute neuve et maintenant située en face de son ancien emplacement. Je me suis fait prendre et j’ai dû rebrousser chemin. Ils ont diversifié leur offre avec un grand comptoir à pâtisserie, sentant peut-être le vent changer avec la vague de végétarisme. Les végétariens ne mangent peut-être pas de viande, mais ça ne les empêche pas d’avoir la dent sucrée. La boutique est décorée avec un véritable tracteur rouge rutilant de propreté, sur lequel trône un mannequin à l’effigie du propriétaire des lieux. C’est vraiment marrant. Je lui souhaite tout le succès dans cette nouvelle entreprise, car j’aimerais bien pouvoir continuer à déguster ses produits bio. Je n’ai pas trop confiance en ce qu’on achète dans les grandes surfaces. Une bonne partie du bœuf doit venir des grands parcs d’engraissement de l’Ouest canadien. Je trouve le traitement qui y est réservé aux animaux, inhumain. Je préfère m’abstenir plutôt que de consommer cette viande. Alors j’expérimente de plus en plus de recettes végétariennes.

Voilà, c’était mon dernier arrêt avant le retour à la maison. Pas question de traîner, avec toutes les victuailles que je transporte. Je pense que ce trajet de cent kilomètres à travers la campagne m’aura pris environ deux heures et quart en incluant tous mes arrêts.

Une chose qui est agréable quand on roule seul, c’est cette grande sensibilité à l’environnement qu’on développe, favorisant aussi les belles rencontres avec les gens. J’ai remarqué aussi que je roule un peu plus vite quand je suis seule. Peut-être parce que je suis mieux positionnée sur la route, que je vois donc mieux, tout le temps, ce qui s’en vient.

Conclusion de tout cela : Je ne me suis jamais autant sentie motarde qu’aujourd’hui. LIBERTÉ!