Journal d’une apprentie-motarde 26: Un nouveau défi enfin relevé

Publié: octobre 15, 2019 dans Autobiographie
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Le 12 octobre 2019. Aujourd’hui, je suis dans d’excellentes dispositions, prête à relever tous les défis. Je veux me montrer à la hauteur pour rouler avec mes amis. Je suis prête à toutes les concessions, à devoir démarrer en côte, m’insérer rapidement dans le trafic, à les talonner pour ne pas qu’ils aient à s’inquiéter de ma capacité à les suivre. Je me sens merveilleusement bien.  Ma grande virée des couleurs peut continuer!

Quand ils arrivent au motel, j’ai déjà rangé mes affaires dans mes sacoches de moto, enlevé le cadenas antivol et enfilé mes pantalons et mes bottes. Il ne me reste plus qu’à mettre mon blouson, mon casque et mes gants. Je sens que la journée sera géniale.

On démarre tranquillement, pas facile de se lever tôt, mais il faut ce qu’il faut. Je me suis levée en même temps que mon chum, autour de sept heures du matin, et je n’ai pas osé me rendormir de peur de passer tout droit. « Au revoir François, passe une belle journée et soit prudent! » La veille, on avait repéré un petit resto à déjeuner juste à côté du motel : Aux d’œufs copines. Décidément, ces types de restaurant matinaux auront fait tous les jeux de mots possibles avec le mot œuf. J’ai pris mon temps, mais le service rapide et l’absence d’interlocuteur avec qui parler ont fait qu’environ une demi-heure plus tard, j’avais terminé mon repas. Je retourne au motel, me prépare et puis m’étend sur le lit pour me reposer en attendant l’arrivée de mes amis. Il ne faut pas que je dorme. Si au moins la chambre disposait d’un radio-réveil.

Quand ils arrivent, on est tous les trois au même point, les yeux un peu petits, mais le cœur grand. Plein de désir de passer du bon temps. En sortant de la ville, on longe la rivière Richelieu sur plusieurs kilomètres, direction Venise-en Québec, sur le bord du majestueux lac Champlain dans la Baie Missisquoi. Excellent endroit pour faire une petite pause. Je réussis à prendre deux ou trois photos, les seules de la journée que je ferai, bien qu’on s’apprête à traverser des routes encore plus jolies qu’hier. Je ne pensais même pas que c’était possible, tellement notre virée de la veille m’avait semblé extraordinaire. On prend le temps de s’offrir une curiosité locale : un bubble tea. Il s’agit d’un smoothie glacé au thé noir et aux fruits, dans lequel on ajoute des petites boules fruitées qui nous éclatent dans la bouche. C’est délicieux et rafraichissant. Je commençais justement à avoir un peu chaud dans mon blouson. On s’installe sur des balancelles près du lac pour siroter nos breuvages. La boisson sucrée apaise un peu l’estomac de mon ami qui a déjà un petit creux. Alors on repart en direction de Frelighsburg, un village pour lequel mes amis se sont pris d’affection. Se faisant, on emprunte un chemin absolument magnifique, plein de courbes et d’arbres aux couleurs éclatantes. C’est féérique! Je n’ai pas assez d’yeux pour tout voir. Quelle chance j’ai d’avoir des guides aussi dévoués, désireux de me faire découvrir les merveilles de leur terrain de jeu de motards. Arrivés au resto, on constate que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée d’y prendre un repas. Heureusement, il fait si bon et on se trouve tellement bien sur la terrasse, même à l’ombre, que nous décidons de dîner dehors. J’opte pour un sandwich campagnard au confit de canard. C’est absolument savoureux. On en profite pour réviser notre itinéraire. J’aimerais bien rentrer avant la noirceur qui tombe à 18h30 en ce moment et mon ami approuve cette idée. C’est plus prudent. Nous ne serons pas partis d’ici avant trois heures passées, c’est clair. Impossible de s’en tenir à l’itinéraire du départ. On convient qu’il serait préférable de retourner vers Saint-Bruno et vers l’autoroute 20 que je vais devoir emprunter pour rentrer, car il sera trop tard pour prendre le traversier à Sorel. Je suis désolée que mes amis aient à écourter leur virée des couleurs pour moi. Je leur dis de m’enligner en direction de l’autoroute, que je vais me débrouiller ensuite. Mais ils insistent pour me reconduire le plus près possible d’un pont vers Montréal. Je suis touchée par leur générosité.

Je fais le plein pour être certaine de ne pas tomber en panne au milieu de nulle part. Embrassades et mille remerciements, puis je pars bravement en direction de l’autoroute. Il y a du trafic, mais l’entrée de la 20 se fait bien. Il faut être hyper attentif, car les conducteurs montréalais ne sont pas des plus courtois avec les motocyclistes. J’emprunte le pont tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine dans la voie du centre. Ça bouchonne un peu et je dois constamment changer de vitesse, rétrogradant parfois jusqu’en un. Mais heureusement, ça roule quand même. Je n’ai pas à mettre le pied à terre. Je n’ai qu’à suivre les indications vers l’autoroute 25, ce qui n’implique aucun changement de voie pour moi, mais pas pour les automobilistes dans la voie de gauche qui désirent sortir plus loin. À un moment donné, l’un d’eux se glisse dans l’espace de sécurité que je gardais entre moi et le véhicule qui me précède, me forçant à freiner, ce que je ne peux faire brusquement, car ce serait dangereux de me faire rentrer dedans. Me voilà à rouler momentanément trop près de lui et heureusement, il décide de changer d’idée et de s’insérer un peu plus loin. Ouf. Rester zen et attentive…

Un peu plus loin sur l’autoroute 25, quand le trafic devient un peu plus fluide, j’accélère enfin, pour suivre le mouvement. La pluie se met à tomber doucement, mais les nuages qui s’amoncèlent ne laisse rien présager de bon. On dit souvent que c’est au début des averses que l’asphalte est le plus glissant. Je roule en ligne droite, ça devrait aller. Arrivée à la sortie de la route 158, la pluie se met à tomber drue. Heureusement, je suis habillée en conséquence, sauf pour ce qui est de mes gants. Je décide d’actionner le bouton des poignées chauffantes. HAAA… Quelle belle invention! Je sens peu à peu une bonne chaleur sous mes doigts. Ça tombe bien, car je n’ai nullement le goût de m’arrêter pour changer de gants. Rentrer au plus vite et prendre une bonne douche chaude. Je suis heureuse d’avoir enfilé le dossard jaune fluo que je traîne dans mes valises depuis quelques temps. Ainsi, on peut me voir de loin. Heureusement que la noirceur n’est pas totalement installée, car je roule avec les feux de route. Je ne souhaite pas aveugler les automobilistes, mais j’ai besoin d’être certaine qu’on me repère de loin à travers l’averse.

Disons que pour une initiation aux autoroutes montréalaises, je suis gâtée! Mais c’est en affrontant des situations difficiles qu’on apprend. Alors je suis heureuse de vivre ça et fière de moi. Je me sens de moins en moins une apprentie-motarde, après plus de huit mille kilomètres d’expérience. Je n’ai juste pas encore le vrai permis moto…

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