Archives de la catégorie ‘Autobiographie’

3 août 2019. On sait qu’ils annoncent des averses plus tard aujourd’hui, peut-être même des orages, mais on a décidé de partir quand même, direction La Malbaie. Sinon, on n’en fera jamais de voyages. On ne peut pas attendre que les astres s’alignent pour que le soleil brille tous les jours. Au moins, demain et lundi, on est à peu près sûr de ne pas avoir à se soucier de la météo. Alors les valises de nos motos respectives sont bourrées avec le nécessaire et nous voilà enfin prêts à partir. L’absence de vent dans notre entrée de cour me fait croire qu’il fait assez chaud pour me passer de doublure, mais j’ai tort. Avec une F700GS, on n’est pas trop protégé, on s’en prend plein la gueule. Résultat, je me caille les miches, comme dirait mon Français de chum. Alors je fais signe à François que je vais devoir m’arrêter pour remédier à la situation. J’enfile un dossard fluo comme coupe-vent et mon tour de cou « Route 66 ». Go! Cette fois, c’est la bonne!

On emprunte la route 158 jusqu’à Berthierville, puis on roulera sur l’autoroute 40 jusqu’à Québec. Pas trop le choix, car il n’y a pas de petite route sympa avant d’avoir quitté la capitale. Ensuite, on continuera par la 138 jusque chez Solange, la cousine de mon papa, qui habite à La Malbaie. Elle et son ami Jean ont accepté de bon cœur de nous héberger pour une nuit.

Savoir qu’on ne rentrera pas coucher à la maison, c’est un bon feeling. Encore mieux si l’itinéraire forme une boucle. Ne pas revenir par le même chemin, ça c’est bien! On a prévu passer par la route 381 qui traverse le Parc national des Grands-Jardins, faire un crochet par Alma au Lac St-Jean (et un dodo), puis revenir en longeant la rivière St-Maurice par la route 175. Vaste programme pour un premier voyage. En trois jours, de devrais y arriver.

On traverse Trois-Rivières et ses changements d’autoroute sans trop d’histoire. Ils ont quand même fait fort de nous obliger à bifurquer vers le centre-ville pour revenir sur l’autoroute 40 est. Économie de bout de chandelle de bitume pour un emmerdement maximal. Juste pour cela, ce n’est pas ici qu’on s’arrêtera pour souffler et faire le plein. De toute façon, on a théoriquement suffisamment d’essence pour passer Québec. Mais on ne tentera pas le Diable.  On décide de s’arrêter à Ste-Anne-de-La-Pérade, mieux connue pour la pêche hivernale sur glace de poissons des chenaux. On traverse un pont où le coup d’œil sur l’église située en face est vraiment spectaculaire. Juste pour cela, ça valait le coup de choisir cette bourgade.

Ouf, ça fait quand même du bien de s’arrêter. Je regarde les nuages s’amonceler à l’horizon et me demande si nous arriverons à notre destination avant que la pluie commence. Nous rembarquons sur nos bécanes. J’ai l’impression que la mienne pèse une tonne. Peut-être que je suis un peu fatiguée par une mauvaise nuit. Bah, une fois qu’on roule, on ne sent plus le poids de la moto. Je vérifie avec François le trajet dans le secteur de Québec, car encore là, l’autoroute 40 est coupée et nous devrons faire quelques zigouigouis pour la retrouver. Je n’ai pas de GPS, alors si je perds François de vue, je veux savoir par où passer.

Rendue à Québec, je talonne François comme son ombre. Je roule le plus près possible, sans lésiner sur la sécurité. Finalement tout se passe bien. Mais il y a des travaux et on doit jouer de l’embrayage. Je pratique abondamment le ralenti et l’équilibre à basse vitesse. Ça va. On atteint enfin la route 138 et ses centaines de millier de lumières de rue qui se déploient jusqu’à ce qu’on quitte enfin Beaupré. Les nuages se font de plus en plus menaçants. François propose qu’on s’arrête pour enfiler nos vêtements de pluie, mais j’écarte cette idée du revers de la main. On est à 38 kilomètres de Baie-St-Paul. On les mettra là-bas! Ha! C’est mal connaître le microclimat du coin. En montagne, c’est la loi de la jungle. On ne lésine pas avec les vêtements de protection. Je l’apprendrai à mes dépens. Et pas un garage, pas un endroit où s’arrêter avant d’arriver à notre étape où on a prévu dîner. La rincée qu’on se prend! Jamais vu ça! On dirait que les nuages ont décidé de déverser tout ce qu’ils avaient dans le ventre sur nos pauvres têtes. Je suis contente d’avoir enfilé le dossard jaune. Je suis un peu plus visible. Dans une grande pente ascendante à deux voies, tous les véhicules roulent sagement à droite. Je fais signe à François de clencher toute la file, afin de gagner des minutes jusqu’à Baie-St-Paul. On double un groupe de motards en Harley, bien emmitouflés dans leurs vêtements de pluie. Ils doivent nous prendre pour des amateurs ou des fous. Un peu plus loin il y a des travaux sur la route, ce qui ralentit le trafic. Il ne manquait plus rien que cela! Je crois que François commence à avoir froid. J’espère qu’il ne m’en veut pas.

À Baie-St-Paul, on repère le premier resto en bordure de route qui a l’air sympa et on se gare. C’est en même temps une boulangerie (À Chacun son Pain), alors nous en profiterons pour acheter un petit cadeau pour nos hôtes. Juste pour faire exprès, dès qu’on arrive, la pluie cesse. J’ai les pieds complètement mouillés et que dire du reste. Heureusement qu’on a prévu apporter des gants de rechange. Et on repartira avec nos doublures de pluie. Même si à partir d’ici, nous n’aurons que quelques kilomètres à faire encore avant d’arriver chez Solange. Quelle aventure! Le pire, c’est que si on avait été bien habillés, je crois que cette pluie ne m’aurait même pas dérangée. Morale de cette histoire, n’écoutez pas votre blonde si elle ne veut pas s’arrêter pour mettre ses vêtements de protection. Ha! Ha! Ha!

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25 juillet 2019. Je l’avais repérée dans le site Internet Kijiji depuis quelques temps déjà, cette BMW F700GS 2014 qui me tendait les guidons. Après notre sortie avec le Club BMW à Ferme-Neuve, le mauvais état de nos routes nous avait convaincu, François et moi, qu’un jour on roulerait tous sur des motos double-usage. Alors on a fini par contacter le vendeur et François l’a essayée hier sur quelques chaussées pourries. Il est conquis. Je lui fais confiance. Donc c’est aujourd’hui que ça se passe : mon entrée dans le monde de la moto BMW. J’aime beaucoup ma petite Honda CB500F, mais pour suivre mon chum sur sa puissante R1200RT, c’est plus ou moins confortable, je m’en rends bien compte. Je suis devenue la reine du passage rapide des vitesses pour entrer sur les grandes routes, ou simplement pour démarrer à un stop et ne pas tout de suite me faire larguer loin derrière. Gaz!

Après les démarches d’usage, l’achat de la moto et les plaques à payer à la SAAQ, on ramène la bête à la maison. Juste le temps de prendre un petit snack improvisé, car c’est l’heure du souper, et je suis prête à l’essayer. Ce sera la première fois que je dépasse les 500cc et que je roule sur une moto si grosse avec ses valises et son top case, si longue et si lourde. Mais faut quand même pas exagérer… cette F700GS ne me semble pas si intimidante que cela. Hey, on ne se connaît pas toi et moi, puis-je connaître ton point de friction? Première chose que je teste. Il est beaucoup moins loin que la Honda. Ça me rappelle la Buell avec laquelle j’ai eu tant de difficulté à m’habituer. Combien de fois j’ai calé quand j’étais un peu trop pressée de partir. Chose qui ne m’arrivait jamais avec la Honda. On va voir plus tard si c’est possible d’ajuster ça un peu à ma main.

François passe devant. Il a décidé de prendre la petite Honda, histoire de s’amuser un peu. On fait quelques mètres et je me rends vite compte que je ne pourrai pas le suivre, il est trop lent sur le passage de vitesse. Il faut que je le dépasse et me place dans le tiers gauche! De toute façon, on ne fera qu’un petit tour ce soir, juste pour que je l’essaye un peu. J’ouvre à peine les gaz et je sème François, qui comprend enfin tout le travail que j’avais à faire pour le suivre. Premier virage serré, je crois que je n’ai jamais autant penché. Il faut dire que je suis plus haute que sur la petite CB500, ce qui peut paraître plus impressionnant. Je sens la moto très maniable. Les contrebraquages pour éviter les trous dans la chaussée se font naturellement, comme si elle savait mieux que moi ce qu’elle avait à faire. Je dois m’adapter à sa taille et à sa puissance dans les virages. La position (utiliser le bon tiers de voie) à l’entrée et la vitesse deviennent des variables encore plus importantes, car il me semble plus difficile de corriger la situation en cours de route une fois qu’elle est lancée. Surtout dans les virages très serrés. Mais le véritable plaisir, c’est de la tester sur une route où la limite de vitesse plus élevée me permet de voir ce qu’elle a dans le ventre. Yahou! Quelle accélération! Oups, j’ai oublié que François n’est que sur une 500cc. Je crois que s’il avait encore besoin d’une preuve pour le convaincre que j’avais besoin d’une moto plus puissante, il l’a bien expérimenté lui-même. Je pense que c’est la dernière fois qu’il roule derrière une BM avec la Honda. Il comprend que j’avais du mérite d’avoir fait cette balade avec quelques membres du Club l’autre jour. Mais malgré tout, je garde une certaine affection pour ma première moto, qui m’a permis de confirmer ma nouvelle passion pour ce monde de liberté sur deux roues.

Avec cette GS, on peut maintenant envisager de faire des voyages. De partir sur la route en roulant vers l’avant, sans regarder en arrière, vers une destination pleine de découvertes. On ne sait pas encore où on va aller ni quand on va partir, mais la beauté dans cette histoire, c’est qu’il n’y a pas de billets à acheter, pas d’avion à prendre. Juste emplir les sacs de voyage avec le strict nécessaire et Bye-Bye!

19 juillet 2019. Est-ce qu’il me suffit de piloter une moto pour être une vraie motarde? Ha! Mais qu’est-ce qu’un vrai motard? J’aimerais savoir si je peux me considérer membre de la confrérie. Je pose souvent la question à François, afin de me rassurer sur ce point. Parce que c’est important pour moi, la novice. Le fait est qu’il n’y a pas une journée où je ne pense pas à la moto. Quand, en voiture, on en croise une, mon cœur fait toujours un bond. Je regarde c’est quelle marque et quel modèle. Je me sens attirée par les motos semblables à la mienne, car je peux me visualiser à la place du conducteur. Je suis surtout jalouse de le voir sur son deux-roues, alors que je suis enfermée dans l’habitacle d’une voiture. J’aurais le goût de lui faire signe en le croisant.

J’aime regarder des courses de moto sur route, juste pour voir des motos. Je remarque toutes les motos qu’on voit dans les films ou les séries télévisées. Je trouve qu’il n’y en a pas assez. J’ai lu tous les livres à la bibliothèque de St-Jérôme que j’ai trouvés avec le mot clé « moto ». Il y en a très peu. Les meilleurs livres sur la moto que j’ai lus à ce jour sont « Et j’ai suivi le vent » d’Anne-France Dautheville, qui raconte son voyage autour du monde sur une petite Kawasaki 100cc et « Libre : Histoires de moto » de Franco Nuovo, qui rassemble le témoignage de plusieurs illustres passionnés de moto.

Je trouve ça beau un motard avec un blouson et un casque full face. J’ai une superbe photo de motard comme fond d’écran d’ordinateur. Alors chaque jour, c’est la première chose que je vois quand je commence ma journée. J’ai toujours hâte à ma prochaine sortie. Je consulte le bulletin météo continuellement, surtout quand il pleut, afin de connaître l’heure de la prochaine accalmie. Mais si on est en route et qu’on frappe du mauvais temps, c’est tant pis. On continue. J’endure bien la pluie, mais j’aime moins le vent. Cependant, à moto, je ne me plains jamais…

Ma voiture peut être toute sale, je me dis bah, la pluie finira par nettoyer cela. Alors que je sors le seau d’eau avec du savon doux et des lingettes en microfibre dès qu’un peu de poussière vient masquer le beau lustre de ma moto.

J’adore le son d’une moto qu’on démarre. C’est de la musique à mes oreilles. En écrivant cela, j’ai très bien en tête le son de la mienne. Une moto qu’on démarre, ça veut dire qu’elle va bientôt partir par-delà les chemins. J’aime mieux quand c’est moi qui suis dessus.

Il y a quelques mois, je suis allée chez Nadon avec François, et j’ai parlé moto avec le vendeur pendant une vingtaine de minutes, alors que je n’en étais encore qu’à l’étape « Un » de ma formation : le circuit fermé. Je voulais savoir ce qu’il conduisait, je lui posais plein de question, faisais des commentaires pleins de connivence et de complicité. Je pense que je l’ai bluffé. Il a dû penser que j’étais une pilote aguerrie! Ha, ha, ha!

Avec François, on parle souvent moto. Parfois pour planifier nos prochaines sorties, ou alors on réfléchit aux prochaines motos que l’on aimerait avoir. Quand une route est mauvaise, ce qui arrive trop souvent, on dit que c’est une route à GS (modèle BMW double usage) ou à Africa Twin. Car je ne suis pas sectaire. J’aime toutes les motos, même si je me sens moins d’affinités avec les Harley, parce qu’elles sont bruyantes et qu’elles aiment qu’on les remarque, ce qui ne correspond pas à ma personnalité. Et puis elles viennent avec une gamme de vêtements et un look obligatoire auquel je ne m’identifie pas non plus. Ça ne veut pas dire que je ne peux pas être amie avec un pilote de Harley. Je connais plein de personnes formidables qui ne jurent que par cette marque. Je veux bien aller rouler avec elles, car tout ce que je souhaite, c’est partager ma passion pour la moto. Je pense que les amoureux de Harley appartiennent à une classe à part. Cela vient avec une philosophie particulière. Ils prennent peut-être le temps de savourer la vie et la beauté des paysages encore davantage que plusieurs autres motards, qui éprouvent plus de jouissance à négocier avec les routes sinueuses qu’à se préoccuper de ce qu’il y a autour. Moi, je suis un peu entre les deux.

S’il y a un endroit où on se rejoint tous, c’est dans notre plaisir de partager nos expériences avec des amis motards autour d’une bonne table ou d’un bon verre, surtout si on a le plaisir de faire un voyage à plusieurs impliquant de dormir à deux pas de là. Un motard responsable ne prendrait pas le risque de conduire avec un p’tit coup dans le nez. Il a besoin de toute son attention, du maximum de ses facultés. Car piloter une moto est beaucoup plus exigeant que conduire une voiture. On est plus vulnérable et à la merci des routes mauvaises et des animaux qui se jettent devant nos roues.

C’est au cours de mes premières sorties en groupe avec le Club BMW que s’est implanté en moi le désir de conduire une moto. D’abord, se retrouver là, avec des personnes de tous horizons et se sentir membre d’une même grande famille est un sentiment extraordinaire. Je n’étais alors qu’une simple « back seat » et pourtant, je me sentais déjà incluse dans cette confrérie. C’était chaleureux, convivial, accueillant. À tel point que même s’ils roulaient beaucoup trop vite pour ce que j’étais alors capable de supporter, cramponnée à l’arrière de la moto de François, j’ai eu le goût de retrouver à nouveau cette belle gang. On a donc récidivé pour une autre sortie. On s’est encore retrouvés à rouler trop vite sur de jolies routes pleines de courbes dans les White Mountains dans l’état de New York et c’est à ce moment que j’ai compris que le plaisir de rouler avec eux ne pourrait vraiment exister que si j’étais aux commandes de ma propre moto. Leurs balades sont conçues pour le bonheur des pilotes. Je n’avais plus le goût de subir passivement tout cela. Alors j’ai décidé de devenir apprentie-motarde. Et voilà!

Pour apprendre, j’apprends. À chaque sortie, il y a toujours de grandes premières. Peut-être qu’on apprend toute sa vie, car on ne rencontre pas deux fois la même situation. Tout ce que je sais, c’est que j’adore cela. Que je ressens beaucoup de joie juste à y penser. Peut-être qu’au fond, je suis vraiment une motarde dans l’âme…

Première sortie avec le Club BMW

13 juillet 2019. Avant aujourd’hui, je n’avais jamais roulé à moto sur une distance de plus de 200 kilomètres dans une journée. Alors la prudence me dictait de ne pas envisager me rendre au bout du trajet prévu par Fred du Club BMW. D’autant plus que là-bas, à Ferme-Neuve, de la pluie était prévue, voire des orages. J’étais tellement certaine que je ne ferais que la moitié des 500 kilomètres à l’itinéraire, que je n’ai même pas cru bon d’enfiler des vêtements à l’épreuve du mauvais temps. Voilà.

Donc, nous somme partis, François et moi, de bon matin, la fleur au fusil, comme on dit. Assez relax, disposés à prendre cela vraiment « easy ». Nous sommes allés prendre l’autoroute 15 en passant par le boulevard des Hauteurs : le chemin que je redoutais tant d’emprunter en plein trafic. Son accès se fait dans un creux entre deux grosses pentes, alors il faut s’insérer très vite car les voitures arrivent avec de l’élan et toi, tu dois accélérer tout de suite pour monter la côte. Sans compter que tu pars d’un stop en pente. Bref, ça prend de la confiance en ses capacités d’embrayage-passages de vitesse. Heureusement, ce matin, le trafic est clairsemé, donc pas de panique. Mince, ce n’est pas si mal. Ma petite bécane est bourrée de bonne volonté. Elle répond bien, mais les vitesses sont courtes, ça veut dire que je ne peux pas m’éterniser à chaque vitesse avant de passer la suivante si je veux avoir du répondant. J’ai accéléré comme si j’avais des voitures collées aux fesses, histoire de m’entraîner. François pour cela est un bon conseiller.

Je n’ai encore jamais pris l’autoroute avec ma Honda. Mais cela ne m’effraye nullement. Même mon prof de moto a remarqué dès le départ que je ne suis pas peureuse à moto. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas prudente, loin de là. J’affronte chaque épreuve une à la fois, sans anticiper quoi que ce soit. On verra quand on y sera! Oui, il y a du passage aujourd’hui sur la 15, et puis après? Ce n’est pas cela qui va m’arrêter! Go!

Fafa! Une fois sur la voie rapide François y va mollow, accélère de temps en temps pour faire quelques dépassements. Il ne sait pas trop si je suis à l’aise. Il s’en informe grâce au fabuleux système de communication que notre ami Yvan nous a refilé. « Oui, oui, dépasse, il n’y a pas de problème! » Je n’espère que cela!

À quelques kilomètres de notre point de rencontre avec les membres du groupe de motos BMW, au Pétro-Canada de Mont-Tremblant sur le bord de la 117, les voilà qui s’amènent sur l’autoroute et nous doublent sur la voie de gauche. Je leur fais un signe de la main, émue et excitée, un peu frustrée de ne pas pouvoir les suivre. François ne semble pas vouloir changer de voie. Bah, la route est mauvaise et on est à la veille d’arriver. Ce n’est pas le temps de se planter en voulant faire des folies.

Une fois au garage, on commence par faire le plein avant d’aller dire bonjour à tout le monde. Coucou! C’est nous! Quelques filles du groupe viennent tout de suite me voir, enthousiastes. « T’es mon idole! » me dit Louise, qui est la digne passagère du duo qu’elle forme avec son chum Sylvain. Peut-être qu’elle aimerait ça, elle aussi, conduire une moto, peut-être qu’elle n’ose pas. Il faut dire que je n’en reviens pas moi-même du chemin que j’ai fait depuis ma première randonnée « back seat » avec François.

Fred semble déçu que nous ayons décidé de ne pas aller jusqu’au bout. Il pense que je serais capable de faire le trajet. Moi je ne sais pas. Je ne connais pas mes limites. Le groupe part finalement dans un joyeux bordel, sans plus se préoccuper de notre sort. Yvan et sa gentille passagère Francine, restés derrière, décident de nous prendre en charge pour la petite partie du trajet qu’on avait prévue faire avec le Club, jusqu’à Labelle. Ouais hé bien c’est raté pour la sortie en groupe!

On roule le long de la rivière rouge. Ça va tellement bien que je n’ai plus le goût de m’arrêter. Et puis c’est agréable de prendre ces petites routes sinueuses, même si leur état laisse parfois à désirer. À Labelle, j’annonce à François : On continue! Au fond, il s’en doutait. Une fois lancée, je ne suis plus arrêtable! Yvan est un guide attentionné. Il prend soin de s’assurer que le rythme est bon pour moi. Je lui dis qu’il peut aller un peu plus vite s’il le désire. Good! On accélère la cadence.

Rendus à Ferme-Neuve, on ne sait pas trop quoi faire. Où donc est rendu le groupe? La visite prévue à la miellerie St-Anicet devrait être terminée. Ils devraient être ici, au resto. On décide d’aller manger sans plus attendre. De gros nuages commencent à s’amonceler au loin. Yvan tente de rejoindre Fred et Lucie par texto, mais personne ne répond. Il est déçu, mais tant pis. On se commande des trucs pas trop bourratifs, car c’est peu recommandé quand on doit affronter encore beaucoup de route.

Et puis finalement on repart sans savoir ce qui se passe avec le reste de la bande. Le retour se fera par l’autoroute de Mont-Laurier à Mont-Tremblant. Ce n’est pas super palpitant, mais disons qu’avec les nuages qui se font de plus en plus menaçants, on n’a pas le goût de s’attarder dans le coin. Au milieu du trajet, la pluie se met à tomber par intermittence. D’abord légèrement, puis c’est l’averse. C’est froid. Ça pince. Mon manteau est léger et je n’ai pas de pare-brise pour me protéger. Alors j’écope. Mais ce n’est pas grave. Tant que j’ai de l’essence et que ça roule, y’a aucun problème. Près de Mont-Tremblant, le soleil revient. Enfin! Il est temps de donner à boire à nos motos et pourquoi pas de laisser glisser quelques fraîches boissons dans nos gosiers. Yvan tient à m’inviter, pour mon baptême du Club. C’est vraiment trop gentil. Alors ce sera un petit thé glacé. On s’assoit dehors sur une terrasse, on prend le temps de décanter un peu. Yvan et Francine sont des gens formidables et chaleureux. Quel plaisir de passer du temps avec eux.

On repart par la route 327, un magnifique chemin plein de courbes et de jolis paysages. Arrivé au croisement de la route 364, Yvan s’apprête à prendre à gauche pour se diriger vers son domicile quand il aperçoit trois membres du Club qui se sont arrêtés prendre une glace. Je suis fière de leur dire que je l’ai fait! Que je me suis rendue à Ferme-Neuve. Que j’ai tâté le chemin pourri qui avait été prévu dans le trajet, de Mont-Laurier à Ferme-Neuve, qu’on a surnommé la route à GS (moto BMW double usage). Je l’ai fait à moitié debout sur les cale-pieds comme si je conduisais un motocross. On décide de poursuivre la route avec le groupe, laissant Yvan et Francine rentrer tranquillement sur leur R1200RT.

François avertit le groupe de ne pas s’en faire avec nous, que on va suivre si on peut… si je peux… Mais moi je ne l’entends pas de cette manière. J’ai le goût de pouvoir… Alors je pourrai. Robert sera le guide avec sa grosse K1600, suivi de Lucie sur sa F800ST. En troisième position, Sylvain et Louise sur leur R1200RT et moi ensuite. François sera le balayeur.

La route est maintenant très sinueuse et technique. Le groupe se lance dans les courbes et moi je tiens bon. Je les prends peut-être un peu moins vite qu’eux, mais je n’hésite pas à accélérer dès que la courbe tire à sa fin ce qui me permet de tenir la cadence. Ils ne me font pas de cadeau. D’autant plus que c’est connu que les derniers sont souvent appelés à devoir rouler plus vite pour compenser les ralentissements et accélérations de ceux devant. Et j’arriverai aux pompes à essence en même temps qu’eux. Il est vrai que quelques voitures sont venues ralentir leur cadence dans les derniers kilomètres, ce qui m’a permis de souffler un peu, mais je ne les avais pas perdus auparavant. Yes! Je ne saurai pas ce qu’ils ont pensé de ma performance, car ils sont vite repartis, cette fois sans que je tente de les suivre. De toute façon, nos chemins allaient se séparer quelques kilomètres plus loin, alors autant prendre ça relax. Petit retour à la maison tranquille avec François qui est repassé à l’avant.

J’ai la main gauche en compote, à force de tenir l’embrayage aux feux rouges et aux stops. Sans compter un peu de crispation dans les mauvais chemins. Au point où j’ai de la difficulté à mettre et enlever mes clignotants! On arrive juste à temps pour éviter une grosse averse de fin de journée. Y’a des limites à se faire arroser. Je vais devoir m’occuper de ma chaîne maintenant. Après 500 kilomètres et de la pluie : indispensable! Mais si mon chum est fier de moi, c’est tout ce qui compte.

Ouais bien, on peut dire qu’aujourd’hui, j’ai repoussé mes limites de tout un cran!

6 juillet 2019. Je ne suis pas miss Spic And Span, mais c’est quand même joli une moto propre. Alors j’ai suggéré à François qu’on passe le chiffon sur nos bécanes qui avaient récemment connu une virée poussiéreuse dans un chemin en travaux autour du lac Connelly à St-Hyppolyte. Nous essayons constamment de trouver de beaux endroits où aller faire des petites balades et cette route s’annonçait prometteuse, jusqu’à ce qu’on arrive autour du lac : asphalte neuf, jolies courbes, pas de stops. Le bonheur quoi! Et puis dommage, car en plus, le lac, on ne le voit pas beaucoup. Le coup d’œil est réservé aux riverains, tout est privé, pas moyen de s’approcher du bord. En plus, la route laisse à désirer. Nous avons vu, vaincu et sommes retournés sur nos pas, emportant un peu de poussière de roche.

Alors aujourd’hui, on va s’occuper de faire disparaître tout cela. Puis on ira faire des courses en prévision d’un repas avec nos amis que nous allons organiser demain. Ha! Une fois que les motos se sont retrouvées là, rutilantes dans l’entrée de cours, pensez-vous vraiment qu’il fut possible d’aller ensuite les remiser jusqu’à la prochaine fois, on ne sait pas quand! No way! Il fait un temps magnifique, il est encore tôt en soirée, toutes les conditions sont réunies pour une belle balade sur de nouvelles routes. Nous choisissons de partir par St-Hyppolyte sur le Chemin du Lac-De-L’Achigan en direction de St-Calixte, puis de nous rendre jusqu’à Rawdon et de revenir par St-Lin et la route 158. Cet itinéraire s’annonçait technique au début, j’en étais consciente, mais j’avais furieusement envie de m’attaquer à un chemin comportant des courbes aussi nombreuses et prononcées. Je voulais savoir ce qu’on avait dans le ventre, ma Honda et moi. J’avoue avoir été assez impressionnée par certains virages aveugles, ne sachant pas trop à quelle vitesse il convenait de les prendre. Quand on suggère 20 kilomètres heure pour un virage en lacet, ça ne s’adresse pas à nous, n’est-ce pas? Car une moto, ça peut pencher et beaucoup mieux s’adapter à ce genre de route. Alors, on va dire que 40-45 km/h, dans ce cas, ça doit être très raisonnable. OK? Cool! La route monte et descend. Certaines courbes prononcées se trouvent en bas des pentes. Il faut penser à la trajectoire idéale pour amorcer le virage et le terminer. Il y a tellement de choses à prendre en ligne de compte. Notamment l’état de la chaussée et la présence de gravillons. Mon attention est à son maximum. Mais c’est vraiment grisant. Et tellement beau! La lumière filtre à travers les arbres qui bordent le chemin. C’est magique. Nous nous régalons, François et moi. Mes jambes épousent le carénage de ma bécane. J’ai le sentiment d’être, grâce à elles en plus de mes bras, encore plus en maitrise de ma moto, d’en faire ce que je veux. Elle est complètement soumise et consentante. En fait, elle est devenue un prolongement de moi-même. Ce que je ressens alors est indescriptible. Nous ne faisons qu’une.

Je ne voudrais jamais que cette virée se termine. Mais il y a des détails très terre à terre à prendre en ligne de compte : nous n’avons pas encore soupé. On décide de se rendre jusqu’au village de Ste-Sophie dans une petite cantine style cabane à patates frites évoluée. J’ai hâte de régler ce contretemps pour remonter en selle. Je ne cesse de jeter un œil sur ma moto, à travers la porte vitrée.

On repart enfin, je suis sur un nuage, je voudrais prendre mille détours pour retarder à l’infini le moment où je dirai au revoir à ma monture, savourant la dernière partie du trajet comme jamais. Je me demande si c’est toujours comme ça. Est-ce qu’on éprouve toujours de telles sensations quand ça fait des années qu’on conduit une moto? Je souhaite que ce soit le cas… Parfois je me dis que s’il m’arrivait quelque chose de très grave en cours de route, j’aurais au moins eu la chance d’avoir vécu cela. Mais de grâce, si les anges existent, ne soyez pas pressés de me rencontrer, car pour moi, le paradis est ici…

28 juin 2019. Avoir un permis d’apprenti conducteur 6A, ça veut dire que je peux rouler partout au Québec entre 5h00 du matin et minuit. Alors aujourd’hui, je vais enfin pouvoir profiter de ce privilège. Avec François, on a planifié une petite virée sur une jolie route qui borde la rivière des Outaouais. Sa principale caractéristique motard « friendly » : il n’y a pratiquement pas de stop! Alors on peut rouler, juste rouler pour le plaisir, à notre rythme, puisque ce chemin n’est pas si fréquenté.

Pour s’y rendre, nous empruntons d’abord une jolie rue vraiment pleine de courbes, mais avec quelques arrêts obligatoires qui viennent parfois un peu casser le rythme. Le Chemin de la Rivière-du-Nord est un secret bien gardé, un petit bijou de campagne à deux pas de la ville de St-Jérôme. Déjà, je me régale.

Nous débouchons ensuite sur une rue qui nous amènera à la route 158. Petit arrêt au puits, car ma moto a soif. Première fois que je ferai le plein d’une moto. Je vis quelques émotions à chaque grande première et celle-ci n’échappe pas au lot. Pour François, ça représente davantage un contretemps, pour moi, c’est un passeport pour le bonheur. Le début de l’aventure. Ça ne me coûtera pas bien plus de douze dollars, pour une moto avec une consommation moyenne optimale de 3,5 litres au 100km. Brave petite Honda.

Nous reprenons la route direction Lachute. Il fait « faim » dans nos bedons. Alors le prochain arrêt se fera quelques kilomètres plus loin, après avoir enfin pu apprécier la puissance de ma moto dans les zones limitées à 90km/h.

Nous choisissons une petite terrasse sympa à l’entrée de la ville et je stationne pour la première fois ma moto à reculons, à 45°, sur le bord de la rue, juste à côté de celle de François. Oui, c’est une autre première, car la manœuvre que nous avions pratiqué en cours s’était faite en toute sécurité dans un stationnement de Centre d’achat. Mais ce n’est pas bien difficile, car ma moto n’est pas très lourde. J’ai un public de curieux parmi les clients de la terrasse, n’applaudissez pas maintenant, il y aura une suite au spectacle si vous êtes prêts à patienter jusqu’à mon départ. Une fille qui pilote une moto, ce n’est pas si courant, je le conçois, et ça me rend fière de faire partie du lot.

Le resto bar Le Caucus, propose un menu du jour avec repas complets à petits prix plutôt séduisants. Je me laisse tenter par une brochette au poulet et François par le porc grillé. Rien de révolutionnaire comme expérience culinaire, mais c’est bien spécial d’être assis là, sur la terrasse, avec ma moto dans mon champ de vision. Ça vaut de l’or pour moi. On prend notre temps, profitant de l’ombre fraîche. Fait quand même chaud et lourd aujourd’hui. Il y a des prévisions de pluie pour 20hres ce soir.

Nous enfourchons enfin nos bécanes, pour la suite du périple. J’annonce à François que je désire continuer par la 148 jusqu’à Grenville. La route est très belle et neuve et comporte bien peu d’arrêts pour freiner notre progression. J’en profite aussi pour lui dire que j’aimerais qu’on s’arrête près du barrage Le Carillon afin de faire quelques photos. François se demande s’il y aura beaucoup d’autres surprises comme cela, car il aurait préféré qu’on roule sans s’arrêter jusqu’à Oka. Ce ne sera qu’un tout petit arrêt, promis. Moi qui déteste au plus haut point me faire photographier, dans un contexte moto, je suis transfigurée : c’est moi qui demande à l’objectif de pointer sur mon sourire qui se déploie d’une oreille à l’autre. OK François, on peut repartir. C’est ça rouler avec une fille, il faut faire des arrêts photo. Il me semble qu’on s’était mis d’accord sur ce point, mais mon chum sur sa BMW oublie vite quand c’est le temps d’avaler du bitume.

François est étonné de me voir suivre la cadence aussi bien. Je suis toujours là, dans son rétroviseur, fidèle au poste. Même quand il pousse un peu sa machine, pour le plaisir. Je me régale. On croise plusieurs motards qui nous saluent. Chouette de leur répondre. Certains sont surpris de découvrir une fille aux commandes de la petite moto rouge. Habituez-vous les gars, vous risquez de me revoir!

Une fois à Oka, on stationne les motos à l’ombre, près du quai du traversier. C’est le rendez-vous des motards en cavale. Il y a beaucoup plus de deux roues ici que quoi que ce soit d’autre. Je m’insère entre la moto de François et une petite sportive jaune citron dont j’ai oublié de relever les caractéristiques pour votre bénéfice. On va en profiter pour se désaltérer et nettoyer nos visières qui ont récolté quelques spécimens de moustiques ayant eu l’impétuosité de se mettre sur notre chemin.

Je vois de gros nuages gris se profiler à l’horizon. Il me semble qu’ils se rapprochent continuellement. Peut-être qu’on devrait y aller! Sur le chemin du retour, on commence à réaliser qu’on risque fortement de se faire arroser. Alors à Lachute, François s’arrête pour ranger dans un sac étanche tout ce qui craint l’eau. Je pourrais enfiler l’imperméable qui vient avec mon manteau de moto, rangé dans la pochette dans mon dos, mais comme François n’a pas de vêtements de pluie, je décide d’être solidaire avec mon amoureux. Cette fois, on file sans plus s’arrêter qu’aux lumières et aux stops. Mais rendus à St-Jérôme, le ciel décide de déverser d’un coup son trop plein. En quelques secondes, on est complètement trempés. Quelques mètres plus loin, on aurait été à l’abri dans une boutique où on comptait aller acheter du pain et du fromage pour agrémenter notre souper. L’averse sera brève, c’était juste pour faire exprès. La mésaventure me fait sourire. On rentre tranquillement, sous un ciel redevenu clément, ma tête remplie des beaux souvenirs de ce premier voyage à moto avec mon chum. Un petit 200 kilomètres de routes de toutes sortes, parfumées d’odeurs de foin fraîchement coupé et de lilas tardif. Vive la vie!

20 juin 2019. 6h00 du mat. Bon. Je n’ai presque pas dormi de la nuit, à moitié à cause de certaines indispositions féminines qui m’obligeaient à aller aux toilettes régulièrement, c’est comme ça, l’autre moitié, vous l’aurez deviné, parce que c’est aujourd’hui le grand jour : l’examen de la SAAQ en circuit fermé. On a beau savoir qu’on est prêt, qu’on maîtrise toutes les manœuvres, qu’on les a même expérimentées à maintes reprises sur la route, notamment le ralenti quand on roule dans le trafic, là, il y a quelqu’un qui va scruter à la loupe tout ce que tu fais.

Mon examen est à midi dix, mais j’avais demandé au patron de l’école de conduite de pouvoir faire un rafraîchissement (c’est comme ça qu’ils appellent ça) avec la moto, afin de me rassurer un peu. Je négocie avec lui de pouvoir le faire gratuitement, dû au fait qu’on n’a pas eu toutes les heures de cours auxquelles on avait droit en raison notamment du mauvais temps. Il finit par accepter. Normalement, il y a un professeur qui t’accompagne et te conseille. Alors je lui demande si je dois aller aviser les secrétaires de l’école. Il dit que non, que ça va être correct, qu’il va se souvenir de moi. Mouais… Il me demande d’être sur place pour 7h15 du matin.

J’arrive donc à 7h00, le temps est maussade, mais il ne pleut pas. J’attends. À 7h30, toujours personne. Je décide d’aller voir sur le terrain de pratique de l’école. Personne. Je reviens sur le site de l’examen. Un mec de l’école finit par se pointer avec une première moto vers 7h40. Mais ce n’est pas une Buell. Je tiens à cette bête, sinon j’aurais fait l’examen avec ma propre moto. Il arrive ensuite avec une vieille Buell noire qui pétarade. Il n’arrive pas à trouver le neutre. Le problème, c’est qu’il a monté plusieurs vitesses sans savoir ce qu’il faisait. Il éteint le moteur. Dès que j’essaye de démarrer la moto, elle refuse d’obtempérer. Je panique un peu. Puis il rapplique avec ma petite Buell blanche, ma compagne de voyage. Je la vois arriver comme un ange salvateur. Ouf.

7h50, je n’ai toujours pas pu faire mon p’tit tour pour me réchauffer. Les premiers examens commencent dans 10 minutes. Je décide alors d’y aller. Je m’arrête à la ligne de départ, fais la mise en marche, le passage en deuxième vitesse, retour en première et arrêt. Tout va bien. Ensuite, virage à gauche un peu serré, car le terrain est restreint, direction slalom, mon épreuve préférée. Avec la Buell, en première, c’est un charme, on a vraiment l’impression de danser avec la moto. Avec ma Honda, je n’arrive pas trop à le faire sans saccade (il faut se servir de l’embrayage sinon), alors j’ai décidé de louer la Buell pour l’examen, même si je maîtrise beaucoup mieux l’épreuve du ralenti avec mon propre engin.

Bon. Ça ira. Pas le choix. Je vais stationner la moto et repars à la maison essayer de me reposer un peu. Bien entendu, je n’arrive pas à dormir. Je suis groggy, sur le pilote automatique. Le cerveau a besoin de sucre pour être en alerte, alors j’avale des fruits : orange, banane, kiwi et raisins. Puis mon estomac se noue. L’idée de me préparer un sandwich me donne la nausée. Il faut que je reparte m’inscrire auprès de la SAAQ et défrayer les coûts de mon examen.

Saber est là et il vient à ma rencontre. Puis j’aperçois Isabelle, l’unique autre fille de mon cours en circuit fermé. Ça fait plaisir de voir des visages amis. Une fois les formalités réglées, on se dirige vers l’arène de combat. Il se met à pleuvoir. La personne de la SAAQ responsable des derniers examens de la matinée range le matériel électronique. Oh! Non! Pas question que je revive une autre nuit blanche. Il faut que l’examen ait lieu aujourd’hui. Il le faut! Pas question non plus de rester planté là sous la pluie. Je propose à Saber d’aller dans ma voiture stationnée tout près pour discuter en attendant. Je lui pose des questions sur sa famille, sa vie, sur la cuisine tunisienne et j’en oublie complètement pourquoi on est là, l’espace d’une agréable conversation. On décide de retourner près du terrain de l’examen, car les autres sont tous arrivés et attendent le responsable. Il pleut encore, mais un peu moins, on dirait. L’examinateur arrive enfin et réinstalle le matériel électronique pour calculer notre vitesse d’exécution et déclencher le signal d’arrêt d’urgence et la flèche de direction pour l’épreuve d’évitement d’obstacle. Ouf. Il semble que l’examen aura lieu tel que prévu. Quel soulagement.
L’examinateur nous rassemble pour nous donner ses consignes, des trucs sympas, genre tout ce qui ferait qu’on coule immédiatement l’examen, pour nous mettre en confiance : un déséquilibre impossible à rattraper, échapper sa moto, sortir des limites du terrain, etc. Isabelle ne semble pas rassurée. Puis il nous explique les diverses épreuves et comment perdre des points dans chacune d’elles : pas assez vite dans le slalom, trop vite dans le ralenti, etc. Encore sympa, tout pour faire tomber la nervosité. Il nous donne ensuite l’ordre de passage de chacun, afin que nous soyons prêts au moment où c’est notre tour. Je vais passer tout de suite après Saber. Isabelle doit commencer, mais elle décide d’échanger sa place avec la deuxième personne. Je crois qu’elle veut prendre le temps de tester un peu l’embrayage avant d’entrer sur le terrain. C’est une bonne idée. Je crois que je vais faire pareil.

Le premier à passer pose le pied au sol à quelques reprises. Notamment dans le ralenti. Je ne regarde pas trop. Je veux demeurer concentrée. Saber a choisi d’utiliser la Buell noire, alors dès que je le peux, je m’assois sur la petite Buell blanche. Je suis déjà dans mon monde. Ça n’a pas l’air d’aller très fort pour Isabelle. Pourtant, il y a des exercices qu’elle réussissait mieux que moi dans nos cours. Je crois qu’elle n’a pas la tête à cela. Elle m’a dit que sa maman est très malade, j’en déduis que c’est un cancer. C’est elle qui s’en occupe à la maison. Ses jours sont comptés. Et puis sa fille passe son examen de conduite automobile en même temps qu’elle. Comment avoir la tête à son affaire. Pendant que je teste mon embrayage, je vois du coin de l’œil Saber mettre les deux pieds au sol dans le virage à droite à 90°. Bon sang. Il semble que tous éprouvent des difficultés aujourd’hui.

C’est enfin mon tour. Je n’oublie pas de vérifier les angles morts avant même d’entrer sur le terrain. Puis je vais me placer en position de départ. La première épreuve s’intitule « la mise en mouvement ». On vérifie que tu es en mesure de démarrer, accélérer, passer une vitesse, rétrograder et freiner. La base, quoi! La consigne pour l’examen, c’est qu’on doit toujours attendre que l’examinateur nous fasse signe pour démarrer. Go Francine. J’ai tellement eu d’ennui au démarrage durant ma dernière route que je suis décidée à ne pas perdre de points pour cela aujourd’hui. D’abord, je vérifie mes angles morts avant de partir, avec beaucoup de détermination : gauche-droite-gauche, et je pars doucement, puis accélère pour passer la deuxième vitesse. La Buell coopère. Brave petite. Je ne vois pas le petit « N » vert qui m’aurait indiqué que je serais restée collée au neutre. J’accélère encore un peu et maintient la vitesse jusqu’au moment où il faut repasser en première. Je freine alors comme il se doit avec les deux freins (main droite et pied droit), passe la première et termine doucement la course avec l’embrayage, puis m’arrête près de la ligne. Je ne regarde pas par terre, mais droit devant moi, ce qui m’assure toute la stabilité voulue. Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol.

L’examinateur me fait signe que je peux me rendre à la deuxième épreuve : le slalom. Encore une fois, je fais les vérifications visuelles avec beaucoup d’assurance. Je démarre doucement, lutte très légèrement pour mon équilibre et me dirige vers la première porte du slalom. Le trajet est chronométré à partir de la deuxième porte. Je prends le temps de bien démarrer l’épreuve, puis j’accélère. Je ne touche plus ensuite ni au frein, ni à l’embrayage et m’amuse à passer chaque porte en prenant soin de viser la balise extérieure de la prochaine porte dès que je suis en train d’en passer une. J’adore ça! Encore! Encore! Puis je fais un demi-tour pour aller me mettre en position pour la prochaine épreuve : le ralenti. Vérification des angles morts, d’un air aussi décidé. Je n’ai jamais fait cela comme ça, mais ça m’aide à me donner confiance. Le ralenti avec la Buell, c’est ma bête noire. Je crois que parfois je perds le point de friction en serrant trop le levier d’embrayage ou pas assez. Je suis au bord du déséquilibre, mais je continue de regarder droit devant, surtout pas au sol. Pas question de mettre le pied à terre. Je donne un léger coup d’accélérateur. Résultat, je vais un peu trop vite. Moi je sais que je peux faire mieux, même avec la Buell, mais bon, ça ne passe pas auprès de l’examinateur. Je perdrai des points.

Prochaine épreuve, le tour du circuit en deuxième vitesse. On évalue si tu es en mesure de prendre une courbe en contre-braquage. Autre épreuve que j’aime beaucoup, parce que ça penche et c’est cool. Je fais le tour du circuit en m’amusant ferme, sans toucher au frein jusqu’aux derniers mètres avant la prochaine épreuve. Je n’oublie surtout pas de me remettre en première. Je crois que je n’ai jamais réussi cette épreuve aussi bien. Ensuite, c’est le virage serré à droite à 90°. On apprend lors des consignes qu’il faut se positionner plus à droite qu’à gauche sur la ligne de départ. Surprise pour tous ceux qui avaient l’habitude de se positionner bien à gauche. Trop fa-fa comme ça. Bon. OK. Je ne vais pas laisser cette contrainte me déconcentrer. Toujours et toujours la vérification des angles morts avant de partir, toujours avec autant de conviction. Puis je dirige mon regard avec beaucoup d’autorité vers la droite, car c’est là que je veux que la moto tourne. Et je démarre doucement, puis accélère. Tout va bien. Je me rends sur la ligne de l’épreuve que je redoute le plus, en principe, mais curieusement pas aujourd’hui : l’évitement d’obstacle. Je sais ce que j’ai à faire. Je connais la manœuvre. Il ne faut pas anticiper. Attendre que la lumière nous indique vers quelle porte de sortie se diriger. Gauche-droite-gauche, je n’ai peur de rien. Je démarre, accélère, vérifie ma vitesse. Pour cette épreuve, il faut ajuster et maintenir sa vitesse entre 20 et 30km/h. OK. Mais pourquoi cette foutue lumière ne s’est pas allumée? Je contre-braque, passe la porte de gauche et reviens me placer. L’examinateur dit que ma vitesse semblait bonne et que peut-être qu’une goutte de pluie a embrouillé le matériel électronique. Je dois donc recommencer. Ça aurait pu sérieusement me déconcentrer, mais non. G-D-G, je repars et accélère encore plus. Puis tout se passe vite, la lumière qui s’allume à droite, ma manœuvre, je passe la porte et freine fermement, car je roulais à bonne vitesse, puis je repars doucement, comme si de rien n’était, me replacer pour la dernière épreuve : le freinage d’urgence. G-D-G, j’accélère et maintiens ma vitesse. Pas d’anticipation. La lumière rouge s’allume et je freine tellement fort que mon pied droit décolle un moment du frein. Mais je le replace bien vite. Dès que la moto est immobilisée, je pose mon pied gauche par terre. Est-ce que l’examinateur va considérer cela comme un sérieux déséquilibre? La moto n’a pas bronché. Elle est demeurée bien droite. Et je me suis arrêtée, mon doux, bien avant les trois lignes de mesure. Je rigole un peu avec l’examinateur qui n’a pas manqué de voir le mouvement de mon pied qui me fera sans doute perdre des points. Je lui affirme que je n’ai jamais raté un freinage d’urgence et que c’est mon épreuve préférée. C’est vrai que je n’ai jamais raté un freinage, mais heu, c’est quand même le slalom que je préfère. Un tout p’tit mensonge pour l’amadouer ne peut faire de tort.

Peut-être parce que le reste de mon examen s’est si bien passé, peut-être parce que la finale du freinage était très bien, il a décidé de m’accorder non seulement une super note, mais de ne pas me pénaliser à outrance, compte-tenu du fait qu’on est censé freiner avec les deux freins et qu’il est clair qu’au moment où mon pied était décollé de la pédale, je ne pouvais pas être en train d’appuyer dessus! Il me dit d’aller stationner la moto et de revenir avec un grand sourire. Je sais à ce moment-là que c’est dans la poche, mais j’ignore encore que ma performance me vaudra un magnifique 92%! Francine la cascadeuse a réussi son épreuve. Je saute comme un cabri, heureuse comme ça ne se peut pas! Je croise Isabelle et c’est là que j’apprends que ça n’a pas marché pour elle. Je suis si désolée, mais en même temps si euphorique. Il vaut mieux que je n’étale pas mon bonheur devant elle, alors je me dirige avec Saber qui a aussi réussi l’épreuve vers les bureaux de la SAAQ pour aller chercher le document tant espéré. Celui qui me donnera enfin le droit de rouler avec François! D’ailleurs, ce dernier se morfond depuis des heures à se demander comment ça se passe pour moi. Il est temps que j’aille lui annoncer la bonne nouvelle!