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Cet homme là, c’était une vraie force de la nature.

Parce que pour côloniser l’Abitibi, il ne fallait pas avoir les deux pieds dans la même bottine, ou bien être une moumoune pas capable de donner de sa personne! L’histoire débute avant l’invention des chainsaws et de toutes ces machines qui font des grands trous dans nos forêts sans qu’on s’en aperçoive. Mon grand-père et ses parents sont débarqués en pleine crise économique sur cette terre en friche où tout était à bâtir. Les côlons ne possédaient souvent comme richesse que leurs bras et plein d’espoir. Je ne sais pas comment ils se sont rencontrés, lui et ma grand-mère, mais je me plais à imaginer qu’il a dû la séduire avec son charme, son humour et puis c’était sûrement une belle pièce d’homme. Cécile, je l’imagine aussi plutôt jolie, à la fois forte et un peu résignée, tout de même décidée à prendre la vie à bras le corps, puisque de toute façon, maintenant qu’ils étaient tous embarqués dans cette galère, autant en tirer le meilleur parti. Aimé a défriché et dessouché sa terre avec des chevaux et du courage, assailli par des nuées de maringouins qui attendaient juste ça de voir arriver de la belle chair captive, trop occupée pour les chasser. Alors il en a bûché du bois avec de l’huile de coude. Pour assurer leur subsistance, il partait des mois sur les chantiers loin des siens. Sa Cécile devait trouver le temps long avec bientôt cinq filles et trois garçons à gérer. La saison froide devait s’étirer un peu trop à ses yeux avant qu’il revienne lui prêter main forte pour mettre un peu de discipline dans la cabane! Et ils en avaient de la graine de tannants ces enfants-là. En fait surtout les p’tits gars. J’imagine que grand-papa avec sa grosse voix autoritaire ne devait pas parlementer très longtemps avec ses enfants pour se faire obéir. « Les p’tits gars, tenez-vous tranquille! Calvince de barnak! »

Quand Aimé revenait du chantier, qu’il retrouvait enfin le confort de sa maison du rang 1 à Roquemaure, il pouvait alors exercer ses talents de barbier. Il possédait une vraie chaise qui trônait bien en évidence dans le salon familial. Une fois qu’il en avait terminé avec tous les clients du village et des environs, il allait offrir ses services jusqu’à La Sarre. C’était un as du clipper.

Pour se divertir, il aimait bien fréquenter le salon de quilles du village. Celui qui se trouvait juste en bas de l’appartement de ses beaux-parents. Le beau-père était lui-même un sacré joueur. De quilles comme de pichenottes. On raconte qu’à ce jeu, il annonçait les coups qu’il allait effectuer comme on le fait au billard, ce qui ne manquait pas de provoquer son effet! Surtout qu’il savait viser dans le mille. Mais je pense que mon grand-père, pour sa part, a toujours aimé mieux les quilles. Besoin de bouger, de se dépenser. Ce qui ne l’a pas empêché de fabriquer un beau jeu de pichenottes en bois vernis pour sa Cécile.

Les enfants ont grandi. Ils se sont mariés et ont déserté la maison, un à un pour fonder leur propre famille. La plupart se sont établis en Abitibi sauf Denis, l’aîné des garçons, qui est allé bosser sur les grands chantiers de construction à Montréal. Son petit garçon savait à peine dire papa quand mon oncle Denis a eu un terrible accident de travail. Il devait sans doute oeuvrer à la construction d’un des grands édifices de la ville et il a fait une chute mortelle d’un échafaudage. Cette perte, ma grand-mère Cécile ne s’en est jamais remise. La photo de son cher disparu a toute sa vie trôné en évidence près de leur lit.

Un beau jour, grand-papa a reçu une offre pour aller s’occuper d’une pisciculture de truites arc-en-ciel à St-Mathieu. Alors ils ont vendu la maison, dit adieu à tant de souvenirs et plié bagages pour embarquer dans une nouvelle aventure. Avec Cécile, ils ont emménagé dans un grand loyer à côté de l’usine. Cécile a prêté main forte à son mari dans la préparation, l’empaquetage et la congélation des truites. Il n’y avait de toute façon pas grand chose d’autre à faire de ses journées dans ce coin perdu dans le bois où on avait aménagé un lac artificiel alimenté avec la bonne eau de source de la région. Je pense qu’ils ont dû profiter d’une bonne dose d’oméga-3 à pouvoir ainsi manger du bon poisson à chaque fois qu’ils en avaient envie. En tout cas, à mon grand-père ça lui a bien réussi, parce qu’une fois l’heure de la retraite arrivée, quand ils sont allés s’installer dans un loyer à Amos, il avait encore assez d’énergie pour jouer aux quilles trois fois par semaine, ainsi qu’au curling, tout en faisant du bénévolat à l’hôpital. Grand-maman tenait bon aussi, malgré des problèmes de plaies aux jambes.

Mais quand l’été arrivait, c’était maintenant le golf sa nouvelle passion! Je dis l’été, mais dès que la neige commençait à fondre, il allait faire son tour voir comment ça se passait du côté du terrain. Le 3 mai 1992 grand-maman m’écrivait : «Ici ça va. Grand-papa commence à reluquer le terrain de golf. Ça ne sera plus long maintenant. C’est pour cela qu’il me dit de temps à autre que si je veux qu’il m’aide à faire du ménage, il faudra pas que je retarde trop. Je vais en profiter certain! »

Quelques mois plus tard, il était en pleine saison elle m’écrivait le 6 août 92: « Grand-papa va jouer au golf à tous les jours. Il va prendre son chiffre comme il dit, à 9hres l’avant-midi et 1hre l’après-midi. Je ne le blâme pas, il est capable, il fait bien. (…) »

Ah sa Cécile. Ils étaient bien beaux tous les deux. C’est pas tout le monde qui aura eu la chance de célébrer 71 ans de mariage. Cécile est partie avant lui. Ça a été dur, mais il avait quand même le goût de continuer à voir si cette vie-là avait encore quelque chose de bon à lui offrir. Heureusement, il pouvait compter sur la visite régulière de ses deux filles Lucie et Huguette qui habitaient tout près, pour se désennuyer.

Oui! Une vraie force de la nature, qui tenait encore sur ses deux jambes à 94 ans, et qui vivait tout seul dans son p’tit loyer de la résidence du Patrimoine à Amos, jusqu’à ce que la grande faucheuse vienne lui rappeler qu’il ne pourrait pas toujours se sauver d’elle. Il a tenu son bout tant qu’il a pu. Mais voyant qu’il ne pourrait plus jamais tenir un bâton de golf, voyant qu’elle ne voulait pas le laisser tranquille il s’est dit: « Bon, eh bien si c’est comme ça, je suis prêt! »

Sa partie est terminée et il l’a remportée haut la main.
Un dernier birdy, un dernier abat, une pierre qui glisse jusque dans la maison et puis voilà. Il faut mettre les 18 drapeaux de son cher terrain de golf en berne, mettre au garde-à-vous les quilles au bout de l’allée. À la mémoire de ce grand homme, notre bel Aimé.

Tous ceux qui l’aimaient, si vous vous sentez perdus, désorientés par son départ
Adressez-lui vos prières, parce que non seulement il connaît le chemin
Mais en plus je suis certaine qu’il fait encore son bénévolat!

!!grandpaGrand-papa fête ses 94 ans
Janvier 2016

Cet homme là, c’était une vraie force de la nature.

Côloniser l’Abitibi, c’était pas fait pour les moumounes. Dans c’temps-là, les chainsaws n’existaient pas. Y’en a bûché du bois avec de l’huile de coude. Y partait des mois sur les chantiers pour pouvoir nourrir sa famille, ça fait que Cécile, elle devait trouver le temps long avec 5 filles et 3 garçons à gérer. Pis y’en avait d’la graine de tannants ces enfants-là. En fait surtout les p’tits gars. J’me d’mande ben de qui y tenaient. Qu’est-ce que vous en pensez?

Quand Aimé revenait du chantier, dans sa maison à Roquemaure, il pouvait exercer ses talents de barbier avec sa vraie chaise qui trônait bien en évidence dans le salon. Il savait manier le clipper. « Les p’tits gars, tenez-vous comme il faut! Calvince de barnak! »

Les salons de quilles, c’est à Roquemaure qu’il a commencé à en fréquenter. Faut dire que le beau-père était ben placé pour l’encourager. Y’habitait juste en haut des allées. J’pense qu’il a toujours aimé mieux ça que les pichenottes, même s’il a fabriqué lui-même un beau jeu en bois vernis pour sa Cécile.

Un beau jour, il a reçu une offre pour aller s’occuper d’une pisciculture de truites arc-en-ciel à St-Mathieu. Ça fait qu’il a vendu sa maison, qui commençait à être bien vide, vu que les enfants partaient les uns après les autres pour faire leur vie, pis avec Cécile, ils sont allés s’installer dans un loyer à côté de l’usine. Je pense qu’ils ont dû profiter d’une bonne dose d’oméga 3 à manger du bon poisson comme ça, pis élevé dans de l’eau de source en plus. En tout cas, ça lui a bien réussi parce que quand ils sont partis de là pour aller habiter à Amos, y’avait encore assez d’énergie pour jouer aux quilles trois fois par semaine, pis au curling aussi, tout en faisant du bénévolat à l’hôpital.

Mais quand l’été arrivait, ah ben là c’était le golf. Je dis l’été, mais dès que la neige commençait à fondre, il allait faire son tour voir comment ça se passait du côté du terrain. Le 3 mai 1992 grand-maman m’écrivait : «Ici ça va. Grand-papa commence à reluquer le terrain de golf. Ça ne sera plus long maintenant. C’est pour cela qu’il me dit de temps à autre que si je veux qu’il m’aide à faire du ménage, il faudra pas que je retarde trop. Je vais en profiter certain! »

Quelques mois plus tard, il était en pleine saison elle m’écrivait le 6 août 92: « Grand-papa va jouer au golf à tous les jours. Il va prendre son chiffre comme il dit, à 9hres l’avant-midi et 1hre l’après-midi. Je ne le blâme pas, il est capable, il fait bien. (…) »

Ah sa Cécile. Ils étaient bien beaux tous les deux. C’est pas tout le monde qui aura eu la chance de célébrer 71 ans de mariage. Cécile est partie avant lui. Ça a été dur, mais il avait quand même le goût de continuer à voir si cette vie-là avait encore quelque chose de bon à lui offrir.

Oui! Une vraie force de la nature, qui tenait encore sur ses deux jambes à 94 ans, pis qui vivait tout seul dans son p’tit loyer de la résidence jusqu’à ce que la grande faucheuse vienne lui rappeler qu’il pourrait pas toujours se sauver d’elle. Y’a tenu son boutte tant qu’il a pu. Mais quand il a vu qu’elle ne voulait pas le laisser tranquille il s’est dit « Ok d’abord! Je suis prêt! »

Sa partie est terminée et il l’a remportée haut la main.
Un dernier birdy, un dernier abat, une pierre qui glisse jusque dans la maison et puis voilà. Il faut mettre les 18 drapeaux en berne, mettre au garde-à-vous les quilles au bout de l’allée. À la mémoire de ce grand homme, notre bel Aimé.

Si vous vous sentez perdu, désorienté par son départ
Adressez-lui vos prières, parce que non seulement il connaît le chemin
Mais en plus je suis certaine qu’il fait encore son bénévolat!

!!grandpaGrand-papa fête ses 94 ans
Janvier 2016

Rien de mieux que d’observer comment les gens sont ailleurs pour mieux saisir ce qui fait notre essence, pour comprendre par comparaison de quel bois on se chauffe. Tient, quelle belle expression tout à fait de « rigueur »!

Il faut revenir en arrière pour revoir le contexte dans lequel on a évolué. Nos ancêtres ont quitté un continent, un mode de vie, une histoire, des acquis technologiques pour venir s’installer dans un territoire où la nature leur a vite appris qui était le maître. Ces nouvelles conditions d’existence ont modifié leur rapport à l’environnement et contribué à leur forger une culture propre aux circonstances. Ils ont dû s’entraider plus que de coutume, inventer des nouveaux outils de travail, des nouvelles façons de construire les maisons plus adaptées au climat, des moyens de locomotion aptes à affronter les grosses bordées de neige, des sports pour se divertir en toutes saisons. Ils ont composé des chansons et des histoires qui reflétaient mieux leur réalité, concocté une cuisine avec ce qu’ils avaient sous la main. Voilà pour ceux qui ont quitté la Bretagne ou la Normandie au XVIIe siècle. Mais au début du XXe siècle, l’histoire s’est répétée quand les colons sont partis pour défricher l’Abitibi. Coupés du reste de la province avec pour seules voies d’accès un chemin de fer et des rivières, ils ont reproduit les gestes des premiers arrivants en Nouvelle-France dans les mêmes conditions de dénuement et d’isolement, cohabitant sur le territoire avec les tribus autochtones.

Depuis, une route a percé les kilomètres de forêt séparant l’Abitibi des grands centres urbains, mais au fond, il reste encore dans le cœur des gens de là-bas encore beaucoup de cet esprit communautaire qui prévalait à l’aube de la création de ce nouveau pays, de cet accueil chaleureux qu’on réserve à tous ceux qui viennent de loin, cette curiosité avide de tout connaître sur les nouveaux arrivants, qu’ils viennent d’au-delà de la barrière du parc La Vérendrye ou de l’océan Atlantique. Et moi, je suis issue de la troisième génération d’Abitibiens, fière de mes racines déracinées qui cherchent toujours à puiser aux sources du Nord le meilleur de nous, québécois.

Lorsque je contemple ces vallons rebelles, disciplinés par les agriculteurs, cette lumière brute et franche qui ne laisse aucune place à l’ombre d’un doute, je saisis une parcelle de ce qui fait de l’Abitibi une région unique. Fondée par les pères de nos pères, à la sueur de leur rêve de liberté, elle a engendré des conquérants, des patenteux ingénieux et de vaillantes porteuses de flambeaux. Comment ne pas se réclamer détenteur de son ADN, comment ne pas désirer être reconnu comme légitime héritier?

les foins

On croit habiter une région, mais c’est cette région qui nous habite, même longtemps après notre départ. J’ai une tendresse pour ses habitants qui se battent encore et toujours contre les préjugés de ceux qui ne savent pas, devant encore et toujours faire leur preuve, malgré la reconnaissance éphémère de leur mérite. À beau mentir qui vient de Rouyn, dites-vous, qui croyez que sa principale ressource est une mine de mouches noires.

L’Abitibi a très tôt appris à ne compter que sur elle-même et son envol n’en fut que plus majestueux. Dans ses beaux jours, elle transpire de créativité, se débrouillant pour qu’on ne l’oublie pas.

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Être majorette, c’est du sérieux!
1974 ou 1975

Chaque ville, chaque petit village possède ses lieux de rassemblement et ce n’est pas un hasard s’ils sont centrés au coeur des municipalités. Car ils drainent la vie, comme cet indispensable organe humain. Ils sont source d’animation, de rencontres, de débats et leur dynamisme est garant de la survie d’une communauté.

La Grèce antique avait ces amphithéâtres, Rome son Colisée, Lutèce ses arènes, nous à Mont-Brun, nous avions notre salle paroissiale! Entre ses murs sans véritable cachet architectural, elle a vu naître des idylles et danser plusieurs générations de jeunes mariés. On y a ri des frasques de nos acteurs amateurs et pleuré la perte d’êtres chers lors de différentes sortes de veillées. On y a fait bombance avec nos voisins et nos familles et admiré nombre de talents locaux. Et chaque année, elle devenait le point de ralliement autour duquel s’élevaient les kiosques de l’événement de l’été : la Fête champêtre. Parmi les stands de tir de balles sur des canettes, de fléchettes sur des ballons de baudruche, de ballons dans des paniers, ou ceux de rafraîchissements et de hot dogs steamés[1], mon kiosque préféré était celui de la pêche, car c’était le cadeau assuré. Pour 25 cents, on tendait un bâton muni d’un fil avec un crochet au-dessus d’une palissade en bois et un monsieur dissimulé derrière y pendait une babiole pour enfants.
Au nombre des activités proposées, il y avait les démonstrations de force avec des compétitions de souque à la corde et de sciage de bûches, où les hommes prenaient plaisir à jouer de leurs muscles accoutumés à trimer dur, ainsi que de tir de gros blocs de ciment par d’énormes chevaux de trait, pomponnés et enrubannées pour l’occasion. Il y avait des parties de balle-molle et de baseball, l’incontournable bingo et des expositions artisanales organisées par les Fermières. Tout le monde était là, même les familles des villages voisins et la majorité du temps, le soleil généreux était aussi au rendez-vous.

Les festivités s’ouvraient par un défilé de chars allégoriques tirés par des tracteurs de ferme, décorés et animés par les citoyens pour illustrer des organismes de la paroisse comme l’Âge d’Or, l’O.T.J.[2] et le Cercle des Fermières. Les belles duchesses assises en équilibre dans leurs robes longues sur les solides capots des grosses voitures américaines étaient escortées par les Hordes, le groupe de motards de Mont-Brun, talonnés de près par des ti-culs à vélo qui rêvaient d’enfourcher une de ces bécanes au grondement viril. Et sur le dernier char, la jolie reine de la fête, qui avait joué de popularité pour gagner son trône, paradait sous les acclamations approbatrices de ces messieurs. Mais il aurait manqué un petit quelque chose d’officiel à cette parade sans la participation des majorettes!
Déjà au début des années 1960, Mont-Brun avait son corps de majorettes, mais dans la décennie suivante, l’organisation prit de l’ampleur. Il fallait donc concevoir de nouveaux uniformes pour les filles. On a récupéré des bouteilles de Javex pour bricoler des casques et cousu des jupes vertes pour les novices et blanches bordées d’une bande verte pour les plus grandes. C’est avec enthousiasme que je me suis enrôlée dans les nouvelles Cadettes de Mont-Brun avec plusieurs de mes camarades d’école, me pliant de bonne grâce à toutes les répétitions et observant toutes les consignes.
Quand, le grand jour venu, les haut-parleurs crachaient les premières notes de la pompeuse Washington Post March, du compositeur américain John Philip Sousa, nous étions toutes bien enlignées en rangs et prêtes pour notre petite démonstration de manipulation rudimentaire de bâton et de marche en cadence. Je prenais mon rôle au sérieux, imitant scrupuleusement chaque mouvement de la fille de tête, levant les genoux bien haut, tel qu’on nous l’avait appris. Dans mon intense concentration, j’en oubliais même de sourire au passage pour la galerie. C’était mon premier spectacle devant une si grande assistance et j’entendais bien m’acquitter de ma tâche avec application. Question de fierté!
Nos parents, en première ligne des spectateurs, croquaient au passage nos frimousses sur pellicule. Sans doute, ils appréciaient l’effort de préparation que tous avaient consenti, même si les résultats n’avaient rien de bien professionnel. L’organisation de la Fête champêtre était orchestré avec plein de bonne volonté par des bénévoles et il aurait été bien mal venu de critiquer si on ne s’était pas impliqué dans la réussite du projet.

La journée se terminait par une soirée de danse à la salle paroissiale, animée par le groupe de musique local, les Matadors, dirigé par Claude Lemay. Moment où les jeunes filles se disputaient les beaux partis pour danser leurs premiers slows et où s’illustraient dans leur perte d’inhibition et dans la déchéance toujours les mêmes gars saouls.

Si aujourd’hui mon petit village organise encore des fêtes, elles n’ont plus l’ampleur de celles d’autrefois. Mais en revanche, Rouyn-Noranda, une quarantaine de kilomètres plus loin, enfile plusieurs grands événements culturels tout au long de l’année, dont le très prisé Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. La région n’a rien à envier aux grands centres urbains de la province et sait très bien se débrouiller pour attirer des vedettes lors de ses diverses manifestations. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à rouler sept heures pour voir un spectacle à Montréal! La participation des gens vient donner raison aux organisateurs de se démener.

Mais la fête des fêtes qui unit tous les québécois dans des réjouissances culturelles partout à travers la province est sans contredit la Saint-Jean-Baptiste. Reconnue jour férié en 1920, elle est devenue notre fête nationale en 1977, sous la gouvernance souverainiste du Parti Québécois, avec à sa tête René Lévesque. Lorsqu’il prit le pouvoir aux élections du 15 novembre 1976, Lévesque déclara : « Je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être québécois. (…) On n’est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple! ». Car nous avons su conserver notre langue et notre caractère distinct, malgré la prédominance de la culture anglophone partout sur le continent nord-américain. Mais combien de temps réussirons-nous à porter ce flambeau si avec la controversée politique du multiculturalisme canadienne nous n’intégrons pas les nouveaux  immigrants dans notre grande famille, leur transmettant notre langue et la fierté d’être Québécois? Une langue est plus qu’un moyen de communication. C’est une façon de voir la vie, de l’exprimer, c’est le porte-parole de toute une culture.


[1] Cuits à la vapeur.

[2] Organisation des terrains de jeux

Jour d’Abitibi

Publié: janvier 21, 2013 dans Billet d'humeur
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les foins

Lorsque je contemple ces vallons rebelles, displinés par les agriculteurs, cette lumière brute et franche qui ne laisse aucune place à l’ombre d’un doute, je saisis une parcelle de ce qui fait de l’Abitibi une région unique. Fondée par les pères de nos pères, à la sueur de leur rêve de liberté, elle a engendré des conquérants, des patenteux ingénieux et de vaillantes porteuses de flambeaux. Comment ne pas se réclamer détenteur de son ADN, comment ne pas désirer être reconnu comme légitime héritier?

On croit habiter une région, mais c’est cette région qui nous habite, même longtemps après notre départ. J’ai une tendresse pour ses habitants qui se battent encore et toujours contre les préjugés de ceux qui ne savent pas, devant encore et toujours faire leur preuve, malgré la reconnaissance éphémère de leur mérite. À beau mentir qui vient de Rouyn, dites-vous, qui croyez que sa principale ressource est une mine de mouches noires.

L’Abitibi a très tôt appris à ne compter que sur elle-même et son envol n’en fut que plus majestueux. Dans ses beaux jours, elle transpire de créativité, se débrouillant pour qu’on ne l’oublie pas.

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Maison de colonisation, famille François Gaulin
photo: Stéphane Gaulin

droits d’auteur: Francine Gaulin