Articles Tagués ‘Famille’

La ferme de papa

Publié: septembre 19, 2017 dans Autobiographie
Tags:,

Il était une fois un petit garçon
Né dans une maison en bois rond
Il était vraiment très mignon
Très gentil et surtout très travaillant

Son papa et sa maman toute la journée se démenaient
Pour cultiver leur terre et jamais ne se reposaient
Au petit matin, il fallait traire les vaches à lait
Et ramasser les œufs que leurs poules pondaient

Jean-Marie, puisque c’est le nom qu’on lui a donné
Dans son lit, à la nuit tombée
Rêvait lui aussi de devenir fermier
Alors il se mit à économiser

Il fit une liste de ce dont il aurait besoin
D’abord une terre, où cultiver du foin
Alors des vaches il pourrait enfin acheter
Et toute la machinerie agricole de première nécessité

Jean-Marie grandit en muscles et en beauté
Que tant de jolies filles, il fit succomber
Mais la seule qui faisait battre son cœur
Travaillait à l’école comme professeur

« Mademoiselle voulez-vous danser? »
Osa-t-il un jour lui demander
Elle posa dans la sienne sa jolie main gantée
Et bientôt furent unies leurs destinées

Des enfants vinrent vite combler leurs espoirs
Qui les tinrent occupés du matin jusqu’au soir
Elle, à les nourrir et à les éduquer
Lui, à gagner de quoi les sécuriser

Alors son rêve, il a dû mettre de côté
Il avait une situation à stabiliser
Il a pris un emploi chez Bradley
Il est passé de driller à menuisier

Puis un jour il a pu monter son troupeau
Mais pour en vivre, il n’était pas assez gros
Et ça coûte cher la machinerie qui brise
Sur tout cela il n’avait aucune emprise

Il fallait donc continuer à travailler chez Bradley
Mais cela ne l’empêchait pas de rêver
Il prenait alors son accordéon
Assis dans l’escalier il improvisait un rigaudon

Et il revivait dans sa tête ses Noëls d’antan
Ah, si seulement tout pouvait redevenir comme avant
Du temps où il était jeune et insouciant
Où il mangeait les poudings de sa maman

Il était une fois un petit garçon de quatre-vingt ans
Qui a su garder son cœur d’enfant
Dans ses yeux bleus brille toujours la flamme
Son corps a vieilli, mais pas du tout son âme

Publicités

Épilogue

Publié: mars 3, 2015 dans Autobiographie
Tags:,

Depuis 1995, il y a eu des tas de naissances dans ma famille et aussi des êtres aimés qui nous ont quittés. Il me reste encore beaucoup de mots à coudre ensemble pour habiller leur vie si riche et étoffer leurs aventures, pour faire parler les vieilles photographies. Quand je serai allée aussi loin que je pouvais dans le montage de ce patchwork familial, peut-être alors comprendrai-je quel fil je dois suivre pour dénouer le fin mot de cette histoire : la mienne, la nôtre, la petite histoire de gens ordinaires au courage extraordinaire.

François et Béatrice - mariage 1934Mariage de mes grands-parents François Gaulin et Béatrice Théberge

Chaque vie est unique et vaut la peine d’être racontée. Il y a tant de combats à mener juste pour trouver notre place ici-bas, juste pour passer à travers quantités d’épreuves parsemées le long de notre route, maladies, échecs, pertes, peurs à surmonter… Mais au bout du compte et du conte, rien n’est plus beau que ces rencontres que l’on fait, ces unions que l’on tisse et tout cet amour dont nous avons des ressources infinies à partager.

Ils se marièrent, vécurent heureux et… Hé bien non, nous n’avons pas eu d’enfants, c’est la vie. Mais dans un conte de fée, c’est l’aventure qui importe. Sinon qui oserait traverser océan houleux, forêts vierges, rapides danseurs…

mariage4Mariage de François Abraham et Francine Gaulin, 7 août 1999

Lundi, 1 janvier 1996

Levée vers 10h45. François m’a lavé les cheveux au lavabo de la cuisine. Comme dans Souvenirs d’Afrique. N’est-ce pas romantique? Et puis tout le monde a revêtu ses plus beaux atours pour aller dîner au restaurant Soretel à Grand-Quevilly. La grand-mère de François était aux anges d’avoir enfin toute sa famille réunie auprès d’elle. Ce furent de belles retrouvailles et malheureusement les dernières avant le grand départ de Maleine, trois ans plus tard. Un moment que ceux qui restent doivent encore chérir aujourd’hui. Au menu, il y avait tout cela :

Flûte Saint-Sylvestre et ses amuses bouches

Terrine aux deux rougets et sa mousseline de tomates

Rouelle de la mer, sauce homardine

Sorbet impérial (le trou normand)

Mignonettes de filet de biche sauce Diane

Feuilleté de chèvre frais à la menthe sur sa salade à l’huile de noix

Délice de la Saint-Sylvestre « sous bois » et sa crème anglaise à l’Armagnac

Café et ses truffons

 

Avouez que dit comme ça, on dirait une épreuve des 12 travaux d’Astérix! Mais en fait, on prend son temps, on discute et tout ça passe bien. C’est délicieux. Comme de raison, tout le monde s’amuse de mon accent, même si je fais tout mon possible pour l’aplanir. Après le repas, on danse pour digérer, puis on va sabrer le champagne chez oncle Renaud.

 

J’ai retrouvé dans la modeste petite maison de la grand-mère de François un peu de nous. Dans l’accueil chaleureux qui se traduit par un désir de nous voir repus et contents, attablés devant de bons repas à la bonne franquette. Dans les joyeuses discussions autour de la table de cuisine. Ce fut si simple de m’intégrer à cette famille. Après tout n’est-elle pas issue d’une région où je puise mes racines. D’ailleurs, nous avons fait une virée du côté de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, lieu d’origine de mes ancêtres Gaulin, ceux qui ont fait la grande traversée vers l’Amérique au XVIIe siècle. Cette visite fut très émouvante pour moi. Surtout lorsque j’ai découvert dans la petite église du village une plaque commémorative en l’honneur de mes ancêtres. J’aurais aimé pouvoir partager cet instant avec quelques villageois, mais les rues étaient désertes comme celles d’une ville fantôme. Le brouillard épais qui flottait sur toute la région accentuait cette impression spectrale. Nous avons bien tenté de rencontrer le maire, mais il brillait par son absence. Rien pour faire la lumière sur les nombreuses questions qui me taraudaient. Par exemple, où était située la maison de mes aïeuls? Avais-je des cousins lointains dans la région?

Plaque

Nous en avons profité pour sillonner ce beau pays de long en large, parcourant plusieurs départements par avion, voiture et TGV, et ce fut l’occasion de connaître toute la proche parenté de mon François. Paris, Rouen, Nice, Ajaccio, Marseille, Monaco, sont quelques unes des villes par lesquelles nous avons transité. À Paris, nous avons bien entendu exploré les endroits typiques et touristiques en un temps record, sous un ciel bas, gris et morose qui ne laissait pas voir le sommet de la tour Eiffel. Nous avons péniblement hissé et tiré nos valises de plus en plus lourdes à travers le dédale des couloirs étroits, sales et interminables du métro. Mais qu’importe, j’étais dans la mythique ville lumière que je découvrais à travers des lunettes roses qui teintaient de merveilleux tout objet de découverte.

En Corse, nous avons fait des pique-niques dans la montagne, avec pour toile de fond de jolis petits villages peuplés de maisons aux toits de tuiles rouges, accrochées à flan de colline. Nous nous sommes réjouis de la température qui était si clémente en ce début de janvier (20°C à l’abri du vent). Nous avons passé du temps sur les plages désertes de la mer méditerranée à regarder les vagues se briser contre la grève. C’est dans ce cadre de rêve que j’ai fait la connaissance de la maman de François, personnage volontaire et coloré, et aussi de son attachant petit frère Sylvain issu d’un deuxième lit. J’espère avoir réussit le toujours périlleux test d’acceptation dans le coeur d’une belle-mère.

Ajaccio

Ajaccio, Corse

À Nice, nous avons dégusté la meilleure ratatouille au monde, celle du papa de François et visité le fameux hôtel Negresco, celui qui a servi de cadre à un de mes films préférés de Pierre Richard « Je suis timide, mais je me soigne ». Nous avons fait un crochet à Monaco du côté du palais, apprécié de ce promontoire la vue sur Monte-Carlo, ville de gratte-ciels et même pu apercevoir en chemin les Alpes enneigées.

Près de Marseille, nous avons vécu un épisode de vie de famille dans une magnifique maison provençale perchée sur une colline, à l’ombre des platanes, des oliviers et des lauriers, dégustant des mets typiques comme la soupe au poisson et la rouille, l’aïoli et aussi d’authentiques mets italiens, car c’est la nationalité de notre hôtesse. Nous avons dormi dans une petite chambre avec d’opaques volets en bois accrochés à la fenêtre.

Campagne_ProvencePaysage de Provence

Ce fut un voyage de découvertes extraordinaire! Comme si tous s’étaient donnés le mot pour nous en mettre plein la vue. Une parenthèse magique au cœur de l’hiver qui allait bientôt nous rattraper…

Chapitre 21 – De Rouyn à Rouen

Publié: février 9, 2015 dans Autobiographie
Tags:, ,

Décembre 1995, comme d’habitude, je vais passer le temps des fêtes en Abitibi et c’est la découverte pour François de nos traditions familiales : gros repas regroupant toute la famille chez mémère Gaulin et ça en fait de monde à rencontrer! Ragoûts de pattes et tourtières, beignes et bûches de Noël Vachon seront de la partie, pour le plus grand dépaysement de ses papilles. Mais François est si avide de nouvelles expériences que tout semble aller de soi.

Une fois qu’on s’est bien rempli la panse chez les Gaulin, en général, c’est rebelote avec la famille Létourneau. Sauf que cette année, ce sera à mon tour d’aller vivre le dépaysement chez les Français. Noël sous le sapin à Rouyn, fêtes du jour de l’an à Rouen!

Comme j’ai tenu un journal de voyage, je vous en transcris des extraits, avec quelques ajouts explicatifs, mais en gros, c’est ça.

 

Vendredi, 29 décembre 1995

Aéroport de Montréal : Ah non, pas encore une file! Je n’ai jamais autant fait la file de toute ma vie!

21h12, ça y est, on est enfin dans l’avion, bien assis, ceinture bouclée… let’s go!

22h51 (ou 4h51, heure de France) J’ai déjà changé l’heure de ma montre, pour me mettre dans le mood. Ce sera mon premier décalage horaire : 6 heures de différence. C’est une nuit de sommeil que je vais perdre, mais tant pis, on est jeune et on en profite. (Je ne peux pas dire « et en santé », car je suis assaillie par une grippe archi-carabinée.)

Je réalise plus ou moins ce qui m’arrive. Je m’agite dans mon siège, enthousiaste et excitée par l’aventure qui commence.

Les agentes de bord nous servent des rafraîchissements. Valérie, t’haïrais ça, c’est du jus d’orange Oasis! Ah! Ah! Ah! Jusqu’ici, la traversée est plutôt calme. Pas de turbulences. Je vais essayer de dormir un peu.

 

Samedi, 30 décembre 1995

Ça y est, on est arrivés! Dans la descente, j’ai cru que mes tympans allaient exploser. Effet de ma congestion nasale et d’un atterrissage un peu précipité. Bon, maintenant, envie de pipi. Mais qu’est-ce que c’est que ces toilettes, y’a juste un endroit pour mettre les pieds et puis un trou. En plus, le terminal tient plus du hangar à bestiaux. Allez les Canadiens, vous avez voulu prendre une compagnie à bas coûts! Je viens de vivre mon premier petit choc culturel. RER direction Paris centre-ville, puis métro. Les couloirs sont interminables. J’ai les bras étirés à force de traîner ma valise (elle a des roulettes, mais c’est l’ancien système et elle se renverse continuellement).

Ça y est! Enfin arrivés! Premier coup d’œil : l’Arc de Triomphe! C’est immense. Je n’arrive pas à le quitter des yeux. Que d’émotions.

Mais on est comme qui dirait « claqués » maintenant. Il pleut, j’ai perdu mon foulard préféré et je meurs de faim. Une baguette jambon beurre, mais encore, c’est sûrement pas assez pour caler un estomac récemment entraîné aux festins de Noël…

Paris, on n’est que de passage. Mais on reviendra. Hop dans le train direction Rouen. Il est 14h00 et on n’a pas encore dormi. François se cale le plus confortablement possible et moi je regarde défiler le paysage. Des maisons françaises, des champs, français, des vaches françaises. Et pas de neige! Malgré la fatigue, je suis bien contente d’être ici. J’ai l’impression d’être dans un film.

Rouen dans la brume. Tante Sylvette, la sœur du papa de François, est venue nous chercher à la gare avec Sophie, sa soeurette à lui. Les sourires fusent sur les visages, il y a tant à se dire, du temps à rattraper.

Le trajet, le temps que ça prend pour se rendre chez la grand-mère, on ne se rend plus compte de rien. Bonjour douce grand-mère. Tout le monde se met en quatre pour nous faire plaisir. Une petite douche chez oncle Régis. Pas de salle de bain chez la grand-mère. Quoi? Seulement une toilette et un bidet dans sa chambre à l’étage. Et puis une toilette sèche… dehors!!! Deuxième petit dépaysement. Ne peut pas m’empêcher de me lever la nuit pour aller faire pipi. C’est à cause du chauffage à eau chaude qui circule dans les tuyaux. Ce glouglou continuel. Alors je dois enfiler mon manteau et prendre une lampe de poche. Mais d’abord descendre deux étages par le petit escalier sombre et étroit…

On prend l’apéritif chez oncle Régis. Muscat et grignotines. Une tradition qui aide à patienter jusqu’au souper, qu’on peut alors prendre un peu plus tard. Quand on revient chez grand-mère, le papa de François est arrivé. Les retrouvailles sont aussi joyeuses que les ripailles. Mais je tombe de sommeil. Bonne nuit à vous tous qui êtes si gentils.

 

Dimanche, 31 décembre 1995

Aujourd’hui, on part en promenade visiter Rouen. J’adore l’architecture des bâtiments. C’est magnifique. Je regrette vivement de ne pas avoir apporté mon appareil photo. Je foule des chemins parsemés d’histoire, me recueille à l’endroit où fut brûlée Jeanne d’Arc. Quelle horreur! Les murs sont grugés par des trous de boulets de canon et de balles. Ne jamais oublier les horreurs de la guerre pour ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs.

De retour chez grand-mère Maleine (mot doux pour Madeleine), il y a de la fébrilité dans l’air. On est à quelques heures du jour de l’an. Cette année, l’aïeule a mille raisons de se réjouir, car il y a longtemps que toute la famille n’a pas été réunie. Tous mettent la main à la pâte pour préparer un festin : escargots au beurre à l’ail (comme dirait papa Didier, dans ce plat, c’est le beurre à l’ail qu’on préfère!), saumon fumé, boudin blanc (rien à voir avec le boudin noir gorgé de sang… heureusement!), canard avec des pommes rôties, salade de verdure et une glace aux pralines avec un coulis de framboises. Et pour être en mesure d’avaler tout cela, un trou normand, ce petit verre de calvados bien pourvu en alcool. De quoi décrasser les tuyaux et tuer les vilains microbes grippaux!

Bonne année et champagne tout le monde!