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19 juillet 2019. Est-ce qu’il me suffit de piloter une moto pour être une vraie motarde? Ha! Mais qu’est-ce qu’un vrai motard? J’aimerais savoir si je peux me considérer membre de la confrérie. Je pose souvent la question à François, afin de me rassurer sur ce point. Parce que c’est important pour moi, la novice. Le fait est qu’il n’y a pas une journée où je ne pense pas à la moto. Quand, en voiture, on en croise une, mon cœur fait toujours un bond. Je regarde c’est quelle marque et quel modèle. Je me sens attirée par les motos semblables à la mienne, car je peux me visualiser à la place du conducteur. Je suis surtout jalouse de le voir sur son deux-roues, alors que je suis enfermée dans l’habitacle d’une voiture. J’aurais le goût de lui faire signe en le croisant.

J’aime regarder des courses de moto sur route, juste pour voir des motos. Je remarque toutes les motos qu’on voit dans les films ou les séries télévisées. Je trouve qu’il n’y en a pas assez. J’ai lu tous les livres à la bibliothèque de St-Jérôme que j’ai trouvés avec le mot clé « moto ». Il y en a très peu. Les meilleurs livres sur la moto que j’ai lus à ce jour sont « Et j’ai suivi le vent » d’Anne-France Dautheville, qui raconte son voyage autour du monde sur une petite Kawasaki 100cc et « Libre : Histoires de moto » de Franco Nuovo, qui rassemble le témoignage de plusieurs illustres passionnés de moto.

Je trouve ça beau un motard avec un blouson et un casque full face. J’ai une superbe photo de motard comme fond d’écran d’ordinateur. Alors chaque jour, c’est la première chose que je vois quand je commence ma journée. J’ai toujours hâte à ma prochaine sortie. Je consulte le bulletin météo continuellement, surtout quand il pleut, afin de connaître l’heure de la prochaine accalmie. Mais si on est en route et qu’on frappe du mauvais temps, c’est tant pis. On continue. J’endure bien la pluie, mais j’aime moins le vent. Cependant, à moto, je ne me plains jamais…

Ma voiture peut être toute sale, je me dis bah, la pluie finira par nettoyer cela. Alors que je sors le seau d’eau avec du savon doux et des lingettes en microfibre dès qu’un peu de poussière vient masquer le beau lustre de ma moto.

J’adore le son d’une moto qu’on démarre. C’est de la musique à mes oreilles. En écrivant cela, j’ai très bien en tête le son de la mienne. Une moto qu’on démarre, ça veut dire qu’elle va bientôt partir par-delà les chemins. J’aime mieux quand c’est moi qui suis dessus.

Il y a quelques mois, je suis allée chez Nadon avec François, et j’ai parlé moto avec le vendeur pendant une vingtaine de minutes, alors que je n’en étais encore qu’à l’étape « Un » de ma formation : le circuit fermé. Je voulais savoir ce qu’il conduisait, je lui posais plein de question, faisais des commentaires pleins de connivence et de complicité. Je pense que je l’ai bluffé. Il a dû penser que j’étais une pilote aguerrie! Ha, ha, ha!

Avec François, on parle souvent moto. Parfois pour planifier nos prochaines sorties, ou alors on réfléchit aux prochaines motos que l’on aimerait avoir. Quand une route est mauvaise, ce qui arrive trop souvent, on dit que c’est une route à GS (modèle BMW double usage) ou à Africa Twin. Car je ne suis pas sectaire. J’aime toutes les motos… ou presque… Je me sens moins d’affinités avec les Harley, parce qu’elles sont bruyantes et qu’elles aiment qu’on les remarque, ce qui ne correspond pas à ma personnalité. Et puis elles viennent avec une gamme de vêtements et un look obligatoire auquel je ne m’identifie pas non plus. Ça ne veut pas dire que je ne peux pas être amie avec un pilote de Harley. Je connais plein de personnes formidables qui ne jurent que par cette marque. Je veux bien aller rouler avec elles, car tout ce que je souhaite, c’est partager ma passion pour la moto. Je pense que les amoureux de Harley appartiennent à une classe à part. Cela vient avec une philosophie particulière. Ils prennent peut-être le temps de savourer la vie et la beauté des paysages encore davantage que plusieurs autres motards, qui éprouvent plus de jouissance à négocier avec les routes sinueuses qu’à se préoccuper de ce qu’il y a autour. Moi, je suis un peu entre les deux.

S’il y a un endroit où on se rejoint tous, c’est dans notre plaisir de partager nos expériences avec des amis motards autour d’une bonne table ou d’un bon verre, surtout si on a le plaisir de faire un voyage à plusieurs impliquant de dormir à deux pas de là. Un motard responsable ne prendrait pas le risque de conduire avec un p’tit coup dans le nez. Il a besoin de toute son attention, du maximum de ses facultés. Car piloter une moto est beaucoup plus exigeant que conduire une voiture. On est plus vulnérable et à la merci des routes mauvaises et des animaux qui se jettent devant nos roues.

C’est au cours de mes premières sorties en groupe avec le Club BMW que s’est implanté en moi le désir de conduire une moto. D’abord, se retrouver là, avec des personnes de tous horizons et se sentir membre d’une même grande famille est un sentiment extraordinaire. Je n’étais alors qu’une simple « back seat » et pourtant, je me sentais déjà incluse dans cette confrérie. C’était chaleureux, convivial, accueillant. À tel point que même s’ils roulaient beaucoup trop vite pour ce que j’étais alors capable de supporter, cramponnée à l’arrière de la moto de François, j’ai eu le goût de retrouver à nouveau cette belle gang. On a donc récidivé pour une autre sortie. On s’est encore retrouvés à rouler trop vite sur de jolies routes pleines de courbes dans les White Mountains dans l’état de New York et c’est à ce moment que j’ai compris que le plaisir de rouler avec eux ne pourrait vraiment exister que si j’étais aux commandes de ma propre moto. Leurs balades sont conçues pour le bonheur des pilotes. Je n’avais plus le goût de subir passivement tout cela. Alors j’ai décidé de devenir apprentie-motarde. Et voilà!

Pour apprendre, j’apprends. À chaque sortie, il y a toujours de grandes premières. Peut-être qu’on apprend toute sa vie, car on ne rencontre pas deux fois la même situation. Tout ce que je sais, c’est que j’adore cela. Que je ressens beaucoup de joie juste à y penser. Peut-être qu’au fond, je suis vraiment une motarde dans l’âme…

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Bon sang! J’ai le trac comme si j’allais entrer sur scène. Mon estomac est complètement noué. Inutile de me préparer un bon repas, je n’arriverai pas à l’avaler. Alors j’attrape un restant de salade de couscous dans le frigo qui traîne là depuis quelques jours et le termine à même le plat. C’est que ce soir, j’ai mon 3e cours de moto. On va sûrement s’attaquer à de nouvelles manœuvres et ça m’angoisse un peu. Même si je sais que dès que je serai sur la moto, comme d’habitude, le stress va s’en aller et je vais y mettre tout mon cœur et ma concentration.

J’arrive sur le site et constate que le circuit avec les virages en S, le 8 et le rond est installé. Je vais pouvoir tester à nouveau le contrôle de l’embrayage et de la trajectoire. Ouf! Tant mieux! J’ai tellement pensé à ce que j’aurais dû faire la dernière fois que mon cerveau surchauffe. Mais aujourd’hui, on ajoute aussi le freinage d’urgence, le virage serré à gauche et celui à droite, le parcours au ralenti et on va pratiquer le contre-braquage avec le prof qui sera là pour nous indiquer à la dernière seconde de quel côté il devra se faire.

Je m’installe en bout de piste, tel un avion paré au décollage. J’accélère franchement. Après tout, si je dois faire un freinage d’urgence, il doit se dérouler à bonne vitesse. Et puis je freine tout aussi franchement, en utilisant pour la première fois (du moins volontairement) le frein du guidon droit, combiné avec le frein au pied, n’oubliant pas de serrer l’embrayage afin de ne pas caler, les bras tendus, tout en conservant le regard loin devant. Ouf! Au dernier moment, je pose le pied gauche au sol, comme s’il était monté sur un ressort. Wow! Quelle sensation! Tout cela s’est fait sans y penser, comme une série de réflexes naturels. La moto est restée bien stable, droite, et je me suis arrêtée dans une très courte distance. Je ressens qu’il faudra moduler ces actions en fonction de la vitesse à laquelle je roule, si je ne veux pas voler par-dessus ma moto. Disons que je n’ai aucun problème de réflexe et je réagis au quart de tour. À 20 km/hre, mon premier freinage d’urgence se déroule à merveille. Une autre manœuvre démystifiée.

Tout de suite après, il faut faire un arrêt, puis exécuter deux virages à gauche serrés avant de s’arrêter à nouveau devant la porte d’accès pour le prochain défi. Oh là là. Le premier virage, ça va, mais j’oublie ensuite de tourner la tête, alors la moto suit mon regard dans une mauvaise direction et je fais une grande boucle à gauche pour recommencer l’exercice…  Je devrai repasser plusieurs fois par là avant de réaliser que juste en tournant la tête vers l’endroit où je désire aller, la moto suit comme par magie. Révélation! Même quand on y pense à la dernière minute, ça marche! Ça tourne presque sur un dix sous! OK, François dirait que j’exagère un peu, mais c’est l’impression que ça donne.

C’est ainsi que j’arriverai enfin, juste avant la fin du cours, à exécuter le parcours de virages en S sans mettre le pied à terre, en contrôlant l’embrayage et la trajectoire, en dirigeant le regard vers le cône orange suivant à contourner. C’est suffisant pour que je jubile. Ça tombe bien, le prof m’a vue réussir ce dernier parcours! Il a une preuve que je ne suis pas complètement nulle. Toutefois, le 8 et le petit rond intérieur, je ne les maîtrise pas encore, et je soupçonne que c’est encore une question de regard qui n’est pas dirigé là où il faut. Je suis fatigante avec cela, mais je comprends que c’est la base de toute la conduite à moto. Il faut aussi que je me concentre pour ne pas perdre le point de friction dans les ralentis. J’ai tendance, surtout dans les virages à gauche, à trop serrer le levier d’embrayage.

Pour l’exercice du contre-braquage et évitement d’obstacle, le prof l’a fait plus difficile que celui de l’examen. La distance entre la porte où on nous indique où tourner et les deux portes de sorties est très courte. Je rate les deux premiers virages à gauche de peu, mais quand le prof « menace » de monter avec moi sur la moto pour me faire comprendre la manœuvre, je me décide enfin à y aller franco et je réussis le 3e essai. Je réussirai tous les suivants.

Je me sens plus à l’aise avec les manœuvres à droite en général. Paraît que pour plusieurs, c’est l’inverse. Mais après 9-10 heures d’expérience, je ne peux pas dire que j’ai vraiment une faiblesse déclarée. Je n’ai juste pas l’habitude encore.

 

Le lendemain, je suis toujours aussi stressée quand vient l’heure de manger avant de partir. Mais je me contrains à le faire, car sinon, je vais manquer d’énergie. Tout ce dernier cours en circuit fermé sera entièrement dédié à la pratique de l’examen de la SAAQ. On commence par aller sur les lieux du crime, voir les traces au sol et essayer de se figurer y exécuter chacune des manœuvres. Le parcours devra se faire de façon fluide, d’un bout à l’autre. On aura tout le cours pour l’apprendre par cœur et le retenir… à jamais! Mais honnêtement, ce n’est pas si compliqué comme trajet. Faut juste savoir quoi faire et dans quelle séquence. Je ne vais pas vous l’expliquer ici, car des tas de vidéos sur Youtube le montrent très bien.

Au début, on ne va essayer que la nouvelle manœuvre du jour, le slalom, avant de faire le parcours d’examen d’un seul coup. On s’exécute chacun à notre tour et on réussit tous assez bien à passer les portes. Plus je l’essaye, plus je suis à l’aise avec l’idée de faire pencher un peu la moto pour que les passages soient plus fluides. C’est assez grisant!

Et puis le prof nous demande enfin de faire tout le parcours d’un coup. À la surprise générale de tous ceux qui m’ont vue galérer depuis le début des cours, je le réussis sans problème. Je suis sur un nuage. Les copains m’applaudissent et lèvent le pouce en l’air avec un grand sourire. Les exercices que le prof nous a fait pratiquer étaient tellement plus difficiles qu’à côté de cela, ça ressemblait à une promenade du dimanche. J’ai eu la sensation tout le long que je contrôlais la trajectoire de la moto, même pour me replacer parfaitement au centre d’une porte au début de chaque exercice. C’est la première fois que je me sens aussi bien aux guidons d’une moto.

Le prof n’en revient pas. Il me dit que je suis une vraie boîte à surprises. Il est heureux pour moi et confiant en mes capacités, car il a maintenant la preuve que je suis capable de bien diriger mon regard, de contrôler ma trajectoire et mon embrayage et de freiner avec assurance et sans hésitation, tout en conservant mon équilibre en tout temps. À la fin du cours, on s’évalue et il me dit: « donne-toi des bonnes notes là! ». Parce que je m’évaluais toujours assez sévèrement. J’ai tellement à apprendre.

La prochaine étape maintenant, c’est la conduite sur route. D’ici là (dans 1 mois), je vais avoir la chance de pouvoir pratiquer avec François, afin de maintenir mes acquis et être de plus en plus à l’aise avec l’embrayage. Je vais aussi apprendre à maîtriser ma moto aussi bien que la petite Buell avec laquelle j’ai pratiqué jusqu’ici, car c’est avec mon bike que je vais passer l’examen de la SAAQ.

Route, me voilà!